Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 642-643 août-septembre 2017

ÉTAT ESPAGNOL & CATALOGNE

L’indépendance abstraite de la Catalogne – en réponse à Pau Llonch

Cf. aussi : [Espagne]

Alberto Garzón*

« Comment – se demanda monsieur K. – suis-je devenu nationaliste d’une minute à l’autre ? Parce que j’ai croisé un nationaliste. »

Bertolt Brecht (1)

Récemment, le camarade Pau Llonch, militant des CUP et membre du Séminaire d’économie critique Taifa, m’a écrit par le biais d’une lettre ouverte pour discuter de ce qu’on appelle la question catalane. L’origine de ce débat public réside dans la prise de position d’Izquierda Unida de ne pas participer au référendum qui aura lieu le 1er octobre, ce qui est une « colossale déception » pour Pau Llonch. Je vais donc reprendre ses arguments.

Synthèse et articles Inprecor

D’abord, en ce qui concerne l’autorité des citations. Dans le cadre de notre discussion précédente sur les réseaux sociaux, Llonch m’a cité une position de Lénine sur le droit à l’autodétermination qui, si on l’accepte telle quelle, mettrait en évidence que ceux qui appartiennent à l’école marxiste devraient soutenir les désirs d’indépendance de n’importe quel peuple. Il en serait ainsi si deux préconditions étaient réunies : s’il existait quelque chose comme l’école marxiste, homogène et intemporelle, et que l’interprétation de Lénine était canonique. Dans mon cas, j’ai toujours été réticent à lire les classiques comme s’ils étaient porteurs de la vérité et que leurs textes étaient des écritures sacrées. Ensuite, paradoxalement, il se référait à la définition du marxisme par Lénine : « analyse concrète de la réalité concrète ». Sur cette question, mon opinion coïncide avec celle d’un des meilleurs marxistes, Francisco Fernández Buey (2), qui recommandait de lire les classiques non en cherchant une phrase à citer, mais en tant qu’inspirateurs d’une tradition politique plurielle et hétérogène, toujours ouverte au contexte et au moment historique. Sinon, nous courons le risque d’interpréter la citation de Marx que Llonch a mis en tête de son article et sa position sur l’Écosse ou l’Irlande comme si elles n’étaient pas inscrites dans un contexte historique particulier. Et la réalité c’est que nos classiques avaient également des contradictions. Qui ne se souvient pas de la position de Marx sur la brutale colonisation de l’Inde par l’Angleterre, cette dernière qualifiée ni plus ni moins que d’« instrument inconscient de l’histoire » (3). Notre cher vieux Engels a également justifié la « guerre de conquête » menée par les Étatsuniens contre les Mexicains, se demandant rhétoriquement si c’était « un malheur que la splendide Californie soit arrachée aux Mexicains paresseux qui ne savaient qu'en faire ? » (4) Et que dire de la IIe Internationale, internationaliste de pure forme en termes européens et colonialiste en même temps, qui dans son Ve Congrès a reconnu « le droit des habitants des pays civilisés à s’établir dans des pays dont la population se trouve dans des stades inférieurs de développement » (5). En somme, mieux vaut l’analyse concrète d’une situation concrète que la lecture scolastique du marxisme.

Deuxièmement, sur la méthode. Llonch accuse mon analyse d’abstraction, à la différence de la sienne qui ferait appel aux réalités concrètes. En bref, il soutient que je défends le non à l’indépendance à partir d’un fil déductif qui exclut le détail, autrement dit qui détermine fatalement le résultat. Par exemple, je parlerais de la bourgeoisie sans tenir compte de ses divisions. Mais c’est une mauvaise perception de ma manière de travailler. Ce n’est pas en vain que tous les deux – et tout le monde – nous utilisons des catégories abstraites (classe, nation, parti, bourgeoisie, indépendance…) qui sont construites en s’inspirant d’une conception déterminée du monde, qui de plus, soit dit en passant, sont dans ce cas des cousines germaines. Ce qui change, c’est le poids explicatif accordé aux différentes catégories et leur articulation. Llonch ne parle pas de réalités plus concrètes, il articule seulement différemment ses catégories abstraites. Par ailleurs, et je crains que là soit la confusion, il accorde à la stratégie indépendantiste un espoir qui devrait se matérialiser à court terme, par comparaison à n’importe quel autre. En effet, il arrive à dire que la stratégie indépendentiste est une « potentialité concrète » alors que la nôtre serait, en théorie, une « alternative abstraite ». C’est une hypothèse légitime, mais cela n’a rien à voir avec la méthode analytique. En fin de compte, il ne s’agit pas du fait que mes analyses seraient plus abstraites et que celles de Llonch ne le seraient pas ; il s’agit du fait que nos perspectives et nos instruments d’analyse diffèrent, et donc aussi nos conclusions politiques.

Troisièmement, parlons de la catégorie nation. En tant que matérialiste non dogmatique je me fonde sur le fait que les nations sont des constructions sociales. Ou, comme l’explique l’historien marxiste Benedict Anderson, ce sont des communautés imaginées. Être espagnol, être catalan ou être français fait partie du domaine des croyances, qui se sont créées et développées historiquement. Des circonstances historiques et contingentes extérieures et la construction de la personnalité sont impliqués dans la consolidation ou la destruction de telles croyances. Mais dans le domaine des croyances il ne s’agit pas de science, mais de politique. Par conséquent je ne discute pas de qui se sent catalan ou espagnol sur la base du sens objectif que cela aurait, mais de sa capacité de médiation par rapport aux objectifs, qu’il s’agisse du socialisme ou de la simple amélioration des conditions de vie. C’est pourquoi il est absurde de mettre tous les nationalismes dans le même sac. Le nationalisme impérialiste de l’Allemagne de 1914 ou le nationalisme de l’Espagne franquiste ne sont pas comparables avec le nationalisme de libération nationale des peuples latino-américains ou celui des luttes anticoloniales du siècle passé. À partir de cet argument on peut tirer une première conclusion : le droit à l’autodétermination n’est pas une fin en soi. Être indépendantiste, à mon avis, non plus. Cela dépend de la réalité concrète.

Quatrièmement, les peuples sont aussi des constructions sociales. Cela signifie que leur reconnaissance et leur existence sont un acte politique. Un acte qui doit être fondé. Par exemple, je reconnais le peuple catalan. Un peuple avec ses propres institutions – la langue, la culture, les normes, etc. – dont les racines plongent certainement au-delà de 1713 ; qui, sinon, aurait mis en question Philippe IV au milieu du XVIIe siècle ? Le peuple catalan s’est construit, comme je l’ai dit, à partir de trajectoires historiques. Sans doute, le fait qu’en Espagne ait régné si longtemps la Maison d’Autriche et non celle des Bourbons a-t-il eu une influence notable sur le développement du peuple catalan. Mais à ce stade, il faut se rappeler que la bourgeoisie est responsable de la construction de l’État, non de la construction des peuples. Il y a un peuple catalan de ceux d’en bas et un peuple catalan de ceux d’en haut ; il y a un peuple qui se réfère davantage à la semaine tragique de 1909 ou à la défense de Barcelone au cours de la guerre civile qu’à l’esprit de Francisco Cambó (6), par exemple.

Cinquièmement, la reconnaissance du droit à l’autodétermination est un principe fondamental pour les marxistes.

Comme le disait Manuel Sacristán, « aucun problème national ne peut être résolu sans partir d’une situation d’autodétermination » (7). Bien que les peuples et les nations soient des constructions sociales, ils fonctionnent en réalité comme s’ils étaient des entités objectives et que, par conséquent, leurs activités produisent des effets réels. Lorsque les peuples entrent en conflit les uns avec les autres, quelles qu’en soient les causes, la seule façon de le résoudre devrait être le dialogue et la négociation. En accordant la même condition abstraite au nationalisme espagnol et au nationalisme catalan, on ne saurait prendre parti préalablement pour aucun des deux. Il y a ici la veine libertaire qui sous-tend toute approche qui conduit à l’expression « les prolétaires n’ont pas de patrie ». Il faut, au contraire, être conscient qu’il est possible d’ouvrir des canaux institutionnels pour résoudre le conflit réel. Le meilleur canal institutionnel est la reconnaissance du droit à l’autodétermination, ce qui implique que tout processus de dialogue entre les peuples – note que je parle des peuples, et non de Rajoy – doit intégrer ce mécanisme spécifique.

Sixièmement, la défense du droit à l’autodétermination est compatible avec la défense d’un modèle fédéral.

Étant donné que le droit à l’autodétermination n’est pas fondé sur la conviction que tout peuple devrait être indépendant, mais sur des principes démocratiques et pratiques indiqués précédemment, il est compatible avec la défense d’un État fédéral. Ce n’est rien d’autre que défendre la vie commune des peuples dans le cadre d’institutions communes, idéalement basées sur des principes de fraternité et d’administration autonome. Cette fraternité, comme Antoni Domenech l’explique brillamment, vient de la tradition républicaine-socialiste et inspire, entre autres choses, l’internationalisme. Un État fédéral qui reconnaît les peuples et les nations d’Espagne et ne les affronte pas, est une belle aspiration. Et c’est possible.

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Septièmement, est-il possible de ne pas être indépendantiste avant ?

Selon Llonch, compte tenu de la réalité d’un État autoritaire en Espagne, il est impossible d’être fédéraliste sans être indépendantiste avant. Quelque chose comme : je voudrais bien être fédéraliste, mais ils ne me le permettent pas. Cet argument a une part de vérité, celle qui fait référence à la nature obsessionnelle et autoritaire de l’État espagnol et de ses deux principaux partis, PP et PSOE. Jusqu’à présent, sa position politique a entravé les possibilités d’activer des canaux institutionnels adéquats, comme le référendum. Mais la croissance du vote indépendantiste ces dernières années n'est pas seulement due à cette cause. Il y a très clairement une canalisation populiste de la frustration populaire devant la crise et le capitalisme. Autrement dit : l’indépendance a été également présentée non pas comme un droit démocratique du peuple catalan mais comme la solution aux maux économiques et sociaux subis individuellement. La droite catalane a été la première à saisir que les drapeaux sont des abris intéressants en temps de crise. Bien que l’argumentation fondée sur « l’Espagne nous vole » n’ait pas été utilisée – c’est difficile vu la stupidité de l’argument – il y a sans aucun doute un fond économique, stimulé par la droite catalane elle-même, qui voit comme un poids la simple existence de liens avec des zones moins développées de l’État. Néanmoins, la question demeure : est-il possible d’être fédéraliste en Catalogne ? Selon la question formulée pour le 1er octobre, certainement pas. C’est frappant, car c’est en fait une différence avec le 9 novembre [2014]. Que pourrait voter le 1er octobre une personne qui n’est pas nationaliste ou indépendantiste, espagnole ou catalane ? Simplement, elle ne pourrait pas. Formulons le autrement : le cadre construit par les promoteurs du 1er octobre rend impossible que la société catalane s’exprime dans sa totalité. En somme, le processus manque de garanties suffisantes.

Huitièmement, les garanties vont au-delà de la légalité.

Lorsque nous disons que le processus n’offre aucune garantie, nous ne faisons pas référence à sa légalité, comme s’il nous semblait prioritaire de respecter le régime de 1978, mais à son utilité en tant que mécanisme pour résoudre le conflit. Ce n'est pas seulement que l’option fédéraliste est neutralisée, ce qui est déjà remarquable, mais aussi, alors que le processus a été dirigé plus comme une arme politique que comme un instrument pour canaliser le conflit, il ne donne pas l’impression qu’il peut contribuer à résoudre quoi que ce soit. Les différends au sein du gouvernement, sur la manière de réaliser le référendum, semblent abonder cette idée : peu croient que cela sera utile. En tout cas, c’est une démonstration de force, légitime, mais inutile. La garantie serait que lorsque le peuple catalan est consulté, il peut exprimer son opinion clairement et nettement, après un débat sérieux et rigoureux. Le droit à l'autodétermination est en fait un clarificateur et c'est pourquoi nous le défendons. Mais pour que ce droit puisse être exercé avec des garanties, il ne peut l’être comme c’est proposé pour le 1er octobre. Toutes les personnes qui, partageant mes thèses, veulent voter pour la rupture avec le régime de 1978 sans voter pour l’indépendance aspirent à avoir leur espace propre ; et actuellement ce n’est pas le cas.

Neuvièmement, ce n’est pas une bonne idée de sous-estimer la force de la bourgeoisie catalane.

Il est vrai qu’une partie considérable de la bourgeoisie catalane ne semble pas soutenir l’indépendance et il est vrai que les tensions ont atteint l’ancienne Convergence (CDC) donc le nouveau PDECAT. Mais il m’est difficile de supposer que la bourgeoisie catalane soit maladroite et mauvaise au point d’offrir à des forces catalanes subalternes le contrôle du processus. Llonch nous rappelle comment 1 515 militants des CUP ont réussi à renverser Mas et le repousser de la première ligne en décembre 2015. Mais il oublie de rappeler que 1 515 autres militants ont voté en faveur de l’investiture de Mas, et donc ont priorisé la question nationale par rapport à celle de la classe d’une manière très significative. Antonio Baños, que j’admire, a démissionné pour la même raison, car il était favorable au maintien du chef de la droite à la barre. Et que dire de l’ERC qui soutient, depuis de nombreuses années, un gouvernement catalan que les classes populaires ont du mal à supporter – et qui en souffrent. Et ainsi, d’une chose à l’autre, nous voyons depuis au moins cinq ans comment l’élite catalane continue à gouverner réellement la Catalogne. Honnêtement, avec cette feuille de route, je ne sais qui contrôle qui. Bien sûr, le fait qu’un rapport de forces ait permis d’adopter les lois anti-expulsion, par exemple, est très positif. Mais je ne vois pas comment cela justifierait l’indépendantisme. Il y avait également des lois anti-expulsion en Navarre et en Andalousie et dans tous ces cas le régime de 1978, au travers de la Cour constitutionnelle, les a annulées. Cela m’invite à réfléchir davantage sur l’ennemi commun que sur l’indépendance d’une partie.

Dixièmement, le référendum est-il la meilleure façon de rompre avec le régime ?

C’est ce que semblent insinuer Llonch et nombre d’autres personnes, dans la gauche espagnole également. Parfois une partie de leur argumentation est fondée sur une formulation du « plus c’est pire, mieux c’est », que je ne partage pas. Le problème consiste en ce que, pour commencer – même en supposant que c’est la meilleure manière de rompre avec le régime (ce que je ne crois pas, car le régime s’est constitué pour défendre un mode de production et une structure du pouvoir qui ne seront pas modifiés par la simple existence d’États plus nombreux) – ce n’est pas notre manière. C’est-à-dire que nous ne contrôlons aucun des paramètres de cette rupture. Tout peut arriver et rien n’est décidé à l’avance. Les camarades des CUP pourront-ils gouverner un scénario après l’indépendance ou bien sera-t-il dirigé par la droite catalane ? Relancera-t-il les forces de rupture dans le reste de l’État ou les conduira-t-il à une défaite fomentée par le renforcement du nationalisme espagnol ? La citation de Brecht avec laquelle je commence cette réponse n’est pas accidentelle. Je suis convaincu que le nationalisme espagnol a créé des milliers de nationalistes catalans. Mais nous oublions souvent qu’un peuple espagnol existe aussi et que le nationalisme catalan crée autant d’autres nationalistes espagnols. Enfermés dans ce dilemme nous voyons arriver les échos de cette année 1914 fatidique, au cours de laquelle la social-démocratie allemande et la française, entre autres, ont trahi leur classe pour défendre leur nation ; et ils l’ont fait en confrontant leur peuple et leur propre classe. Je préfère réfléchir, en somme, à des formules qui nous permettent de discuter de la rupture démocratique et sociale dans laquelle ceux d’en bas de nos peuples respectifs peuvent coopérer.

Il y a quelque chose de plus sur quoi je voudrais terminer. Le capitalisme pousse les classes populaires à rivaliser les unes avec les autres dans la sphère productive comme dans d’autres espaces. Nous sommes en concurrence pour les emplois, l’accès aux services, le statut social… Nos classiques (Marx, Engels, Luxemburg, Lénine, Gramsci…) le savaient très bien et ont compris que la classe sociale commence par un fait objectif – la place qu’elle occupe dans la production – mais qu’elle se construit aussi socialement. C’est pourquoi on a appelé « formation de la classe » les processus de constitution d’organisations comme les partis, les syndicats, etc. Lorsque nous nous organisons, nous faisons plus que de nous coordonner : nous déclarons ce que nous avons en commun face à un système qui nous divise. Nous construisons ainsi un « nous » qui évite une « guerre entre les pauvres » qui est la situation normale dans ce système capitaliste. « Prolétaires de tous les pays, unissons-nous » ou « Frère prolétaires, unis » ne sont pas seulement des très dignes slogans conjoncturels, ils expriment l’universalité d’une situation spécifique, celle des dépossédés et de la partie souffrante de l’humanité qui luttent pour s’émanciper du règne de la nécessité… dans toutes les parties du monde – comme l’a dit Fernández Buey. C’est mon approche, qui commence son exposé par l’abstrait et qui se cristallise avec l’analyse concrète. Cette dernière est bien claire : droit à l’autodétermination et République fédérale. Et, aussi, un socialisme apatride. Salud y República ■

16 juillet 2017

* Alberto Garzón, économiste, membre d’ATTAC, militant du Parti communiste d’Espagne (PCE), est coordinateur fédéral de Izquierda unida (IU, Gauche unie), est député de Unidos Podemos. Cet article a été d’abord publié par le quotidien électronique Publico : http://blogs.publico.es (Traduit de l’espagnol par JM).

Notes

1. Bertolt Brecht, Histoires de monsieur Keuner, Paris 2015, L’Arche éditeur, 13,00 €

2. Francisco Fernández Buey (1943-2012), philosophe marxiste, membre du Parti socialiste unifié de Catalogne et de Izquierda Unida.

3. K. Marx, Œuvres, Gallimard 1965, tome IV, p. 270. Ce que l’auteur ne dit pas, c’est que Marx parle de l’Angleterre « mue uniquement par les plus sordides intérêts » avant de la qualifier ainsi (note du traducteur).

4. F. Engels, Le panslavisme démocratique, Neue Rheinishe Zeitung, 14 février 1849 (en polémique avec Bakounine) : https://www.marxists.org/francais/engels/works/1849/02/fe18490214.htm

5. L’auteur cite sans doute d’après le site web dont les références ne sont pas sérieuses. Sur cette question Karl Kautsky a écrit en 1907 un pamphlet (Le socialisme et la politique coloniale) où il polémique en particulier avec Hendrikus van Kol et Edouard Bernstein à propos des débats du VIIe congrès de Stuttgart, qui a rejeté le projet de résolution proposé par la commission dirigée par Van Kol. Quant à la résolution coloniale adoptée par le Ve Congrès socialiste international tenu à Paris du 13 au 27 septembre 1900, elle a un sens différent. La voici :

« Considérant,

« Que le développement du capitalisme mène fatalement à l’expansion coloniale, cette cause de conflits entre les gouvernements ;

« Que l’impérialisme qui en est la conséquence excite le chauvinisme dans tous les pays et force à des dépenses toujours grandissantes au profit du militarisme ;

« Considérant,

« Que la politique coloniale de la bourgeoisie n’a d’autre but que d’élargir les profits de la classe capitaliste et le maintien du système capitaliste tout en épuisant le sang et l’argent du prolétariat producteur, et en commettant des crimes et des cruautés sans nombre envers les races indigènes des colonies conquises par la force des armes,

« Le Congrès déclare,

« Que le prolétariat organisé doit user de tous les moyens en son pouvoir pour combattre l’expansion coloniale de la bourgeoisie et flétrir en toutes circonstances et de toute sa force les injustices et les cruautés qui nécessairement en découlent dans toutes les parties du monde, livrées aux convoitises d’un capitalisme sans honte et sans remords ;

« Dans ce but, le Congrès préconise plus particulièrement les mesures suivantes :

« 1. Que les divers partis socialistes mettent à l’étude la question coloniale partout où les conditions économiques le permettront ;

« 2. Encourager d’une façon spéciale la formation des partis socialistes coloniaux adhérant aux organisations métropolitaines ;

« 3. Créer des rapports entre les partis socialistes des différentes colonies. » (cf. Les Congrès Socialistes Internationaux, Ordres du jour et Résolutions, publié par le Bureau socialiste international de Bruxelles, Société coopérative « Volksdrukerij », Gand 1902, pp. 87-88. Photographies disponibles sur le web : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k7194/f5.image)

6. Francesc Cambó (1876-1947), homme politique catalan, fondateur du parti conservateur Lliga Regionalista de Catalunya.

7. Manuel Sacristán, Seis conferencias – sobre la tradición marxista y los nuevos problemas, Barcelona 2003, El Viejo Topo, p. 142. Manuel Sacristán (1925-1985), philosophe, écrivain et dirigeant du PSUC et du PCE clandestin (avec lequel il pris ses distances après 1968 et qu’il quitta à la fin des années 1970).

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