Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 664-665 juin-juillet 2019

FRANCE

La situation de la France, Macron et les Gilets jaunes

Cf. aussi : [France]

Henri Wilno*

La France vit depuis novembre 2018 un mouvement populaire inédit par son caractère national, sa popularité (qui va bien au-delà de celles et ceux qui y participent directement), sa radicalité et sa composition sociale : les Gilets jaunes qui, tel un projecteur, mettent en lumière la crise de la société et du système politique français.

Rassemblement des Gilets jaunes à Carcassonne en décembre 2018 © Ttdu11

Rassemblement des Gilets jaunes à Carcassonne en décembre 2018 © Ttdu11

« On est là, on est là, même si Macron ne le veut pas, on est là, pour l’honneur des travailleurs et un monde meilleur ».

Un des chants des Gilets jaunes

La vie militante est souvent faite de périodes de routines mais parfois interviennent des événements imprévus face auxquels il faut se disposer. Ce furent ces dernières années Occupy Wall Street, les occupations de places en Espagne, le parc Gezi à Istanbul (les manifestations populaires en Égypte et en Algérie sont des brisures d’une tout autre ampleur). La France vit depuis novembre 2018 un mouvement populaire inédit par son caractère national, sa popularité (qui va bien au-delà de celles et ceux qui y participent directement), sa radicalité et sa composition sociale : les Gilets jaunes qui, tel un projecteur, mettent en lumière la crise de la société et du système politique français.

La France est dans l’Union européenne, et face à l’Allemagne, une puissance affaiblie par la diminution de son importance économique, en premier lieu celle de son industrie. L’État français a essayé de le compenser en jouant de son poids politique et militaire (1). Depuis 2010, s’y sont ajoutés des efforts redoublés pour « normaliser » le modèle social français (le tournant néolibéral de la politique économique et sociale date cependant de mars 1983 au moment où Mitterrand choisit la « rigueur » en rupture avec le programme de l’union de la gauche arrivée au pouvoir en mai 1981).

Macron a été élu président en mai 2017, en grande partie à la suite d’un concours de circonstances. La politique fermement et ouvertement pro-patronale de François Hollande a complètement déstabilisé le Parti socialiste. Le candidat de la droite François Fillon a été discrédité par un amour de l’argent qui l’a conduit, en pleine campagne électorale, à être mis en examen par la justice. Cela a ouvert la voie à un « petit Bonaparte » : Emmanuel Macron qui, d’emblée, a joui de forts soutiens dans l’establishment (patronat et haute administration) et est apparu, selon les mots du politologue Jérôme Sainte-Marie comme l’homme de la « réunification idéologique et sociale de la bourgeoisie française pour donner aux réformes la plus grande force propulsive possible » (2).

Macron, l’homme du « bloc bourgeois » (3)

La bourgeoisie française a eu en effet pendant longtemps une aile internationalisée, totalement engagée dans la construction de l’Europe capitaliste et une aile plus soucieuse de sa base territoriale et plus dépendante de l’État national. Par ailleurs, existaient aussi des divergences culturelles, entre les tenants de la modernité anglo-saxonne et des courants plus traditionalistes et liés notamment au catholicisme. Le PS, dans sa dégénérescence, avait fini par incarner à sa façon, à la fois le libéralisme économique (avec de temps en temps une petite ritournelle « sociale » pour les électeurs) et le libéralisme culturel et sociétal. Face à lui, la droite de gouvernement se fracturait entre « conservateurs » et « libéraux ». Pour la bourgeoisie française, dans un contexte international incertain, ces divergences plus ou moins en trompe-l’œil sont désormais ressenties comme une perte d’énergie et de temps. Il s’agit désormais de « taper dans le dur » avec résolution : droit du travail, SNCF, retraites, Fonction publique, salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC) à terme… tout doit passer à la moulinette. « TINA » (there is no alternative : il n’y a pas d’alternative) comme le disait Margaret Thatcher. Macron a su fédérer derrière lui des hommes et des femmes venus tant du PS que des Républicains (la droite traditionnelle), ceci assaisonné d’un zeste de prétendus représentants de la « société civile », pour l’essentiel soit des commis du patronat (comme Muriel Pénicaud, la ministre du Travail), soit des personnalités au passé parfois plus honorable que le présent (comme Nicolas Hulot et Daniel Cohn-Bendit). Comme l’écrivent Amable et Palombarini, le bloc social derrière Macron regroupe les « catégories aisées pro-intégration européenne et favorables aux réformes néolibérales… au-delà de la droite et de la gauche ».

Macron s’est d’emblée attelé à la tâche. Il a réussi à faire passer deux réformes majeures, l’une concernant le droit du travail, dans la droite ligne des lois Rebsamen et El Khomri du quinquennat Hollande, et l’autre les chemins de fer (statut des cheminots, ouverture à la concurrence) et en a annoncé deux supplémentaires : retraites et assurance chômage. Tout en annonçant son intention de mener à bien le rééquilibrage des finances publiques, il a accordé d’importants cadeaux fiscaux aux grandes entreprises et aux plus fortunés avec la suppression de l’impôt sur la fortune (ISF, réduit à la seule propriété immobilière), à l’instauration d’une « flat tax » (taxe à taux unique) sur les revenus du capital et en annonçant des réductions supplémentaires de l’impôt sur les sociétés et des cotisations sociales des employeurs. L’impact d’autres réformes supposées favoriser les bas et moyens revenus (taxe d’habitation, cotisations sociales) a été réduit par leurs modalités (étalement temporel) tandis que les revenus des retraités étaient affectés par la hausse de la CSG (contribution sociale généralisée) et la désindexation des retraites. Dans le même temps, intervenaient des mesures symboliques d’une politique inégalitaire (baisse de l’allocation logement et désindexation des prestations sociales). Le tout dans un contexte de difficultés et de recul des services publics (notamment pour ce qui est des hôpitaux). Bien que le gouvernement s’en soit défendu, tout cela est apparu comme inspiré par la théorie du « ruissellement » des riches vers les pauvres d’autant que Macron lui-même n’était pas avare de remarques laudatives pour « ceux d’en haut » (les « premiers de cordée ») et méprisantes pour « ceux d’en bas » (les « gens qui ne sont rien ») et, enfin, ignorantes des réalités sociales (« traversez la rue et vous trouverez du travail »).

L’interminable affaire Benalla et la révélation des complaisances dont il a bénéficié de la part du président a, depuis le début mai 2018, ajouté au ressenti de larges cercles de la population vis-à-vis de l’exercice du pouvoir par Macron. Mais après la victoire remportée sur les cheminots au premier semestre 2018, on pouvait penser à la rentrée de septembre 2018 que bien faibles risquaient d’être les résistances. En septembre 2018, le gouvernement a annoncé son intention d’augmenter la TICPE (taxe intérieure sur la consommation de produits énergétiques) de 11,5 %. Ceci alors que le prix des carburants se situe déjà à un niveau élevé et que l’argument écologique mis en avant par les autorités apparaît comme un prétexte : les taxes (TICPE et TVA), qui constituent 60 % du prix des carburants, ne profitent que très partiellement au budget de la transition énergétique.

Le 17 novembre, après une préparation et des discussions sur les réseaux sociaux, les Gilets jaunes occupèrent des ronds-points routiers, des péages d’autoroutes… sur tout le territoire. Ce jour-là, plus de 3 000 sites sont occupés en France selon le ministère de l’Intérieur. Le même jour, à Paris, le boulevard périphérique est bloqué puis des manifestants descendent les Champs-Élysées vers l’Élysée (résidence présidentielle) avant d’être bloqués par la police. Selon les chiffres officiels, il y aurait eu ce jour-là 287 000 personnes mobilisées (en fait, sensiblement plus). Cette mobilisation se poursuit dans les semaines qui suivent, partout en France. La protestation s’organise de manière très décentralisée et horizontale sur les ronds-points et par des manifestations organisées chaque samedi. Au-delà des participants directs au mouvement, les enquêtes d’opinion montrent qu’il bénéficie d’un soutien majoritaire dans l’opinion, en premier lieu chez les ouvriers et employés.

Les racines du mouvement des Gilets jaunes

L’irruption des Gilets jaunes n’a été prévue par personne. Il s’agit d’une révolte spontanée qui échappe aux cadres des luttes sociales connues par la France depuis des décennies. Ce qui se manifeste d’abord par ses deux emblèmes : le gilet jaune et le drapeau tricolore. Le gilet jaune est à la fois un objet que quasiment tout le monde possède (il est obligatoire pour les automobilistes) et que certains portent pour exercer leur travail. Si on tient à rechercher des analogies historiques, il faut sans doute remonter plus loin plus que la fourche des Forconi italiens de 2012-2013 : le gilet jaune, cet objet populaire (au sens de « du peuple ») semble relever du même registre que le Bundschuh (chaussure en cuir noué portée par les paysans), emblème des paysans allemands révoltés au début du XVe siècle. Le drapeau tricolore, lui, renvoie au souvenir de la révolution de 1789 qui a aboli les privilèges (et qui est vécue comme ayant été un moment d’unité nationale au-delà des divergences syndicales et politiques d’aujourd’hui).

Au-delà des analogies historiques plus ou moins discutables, comprendre le mouvement suppose de revenir à la racine : les Gilets jaunes sont le produit de l’évolution de la formation sociale française, elle-même déterminée par les transformations récentes du capitalisme.

Le prolétariat salarié a connu des modifications différenciées : élargissement et homogénéisation d’un côté, éclatement et dispersion de l’autre. Les conditions de rémunération et de travail de même que le rapport au patronat des ouvriers, des employés, d’une large fraction des techniciens et travailleurs qualifiés de l’industrie et des services, voire d’une partie de l’encadrement, se sont rapprochées. Les avantages concédés dans le passé à certaines de ces catégories ont tendu à s’éroder. Mais, dans le même temps, les statuts se sont diversifiés : intérim, contrats à durée déterminée (CDD), externalisation, sous-traitance externe ou sur site, diminution de la taille des établissements au profit de « réseaux », horaires variables ou « à trous ». Dans les services publics, les contrats de droit privé et la précarité se sont développés.

Les couches sociales dites intermédiaires sont très sensibles aux évolutions du capitalisme surtout quand elles s’accélèrent. Ces catégories ont été profondément renouvelées : recul de la paysannerie, et dans une moindre mesure des artisans et petits commerçants, et montée et essor continu des « couches moyennes salariées ». Si de nouvelles catégories de non-salariés se développent aujourd’hui, elles se sentent privées d’un des attributs traditionnels de cette situation : les « indépendants » sont devenus largement dépendants, et souvent ce n’est pas seulement un sentiment mais une situation objective. Quant aux « couches moyennes salariées », elles sont écartelées : si une partie fait bloc idéologiquement avec la grande bourgeoisie, leurs éléments « inférieurs » ont de plus en plus conscience de subir eux aussi la logique capitaliste.

Il faut ajouter à ce tableau le remodelage du territoire. Les grandes concentrations ouvrières ont été partiellement disloquées et ont quitté les villes tandis que l’aménagement capitaliste de l’espace contraint, par la hausse du prix des logements, beaucoup de salariés à vivre plus ou moins loin des métropoles mais pas forcément près de leur travail : d’où des déplacements incessants de banlieue à banlieue ou de la périphérie vers le centre (encore accrus par l’évolution du commerce avec le développement des centres commerciaux et le recul des commerces de proximité). Pour une large partie du salariat, c’en est largement fini de la proximité entre lieux de travail et de vie. Ainsi Saint-Denis était à la fois un lieu d’habitat ouvrier et de concentration d’usines et au plus fort du mouvement de mai-juin 1968, la ville « comptera 25 000 grévistes, 125 entreprises et industries en grève, dont au moins 70 occupations, et près de 60 grèves dans les services publics dont 30 occupations » (4). Le contraste est net avec la situation actuelle.

La césure géographique affecte aussi les artisans et divers petits entrepreneurs qui doivent se déplacer pour aller chez leurs clients. Ces évolutions expliquent la sensibilité d’importants secteurs populaires au prix de l’énergie : les études sur l’impact des prix sur les comportements de consommation montrent que la hausse des prix des carburants n’impacte qu’à la marge le nombre de déplacements automobiles (car les gens ne peuvent faire autrement pour travailler ou se ravitailler) ; s’il y a un impact des variations des prix pétroliers, c’est (surtout pour les bas revenus) sur le chauffage (avec l’augmentation de la précarité énergétique) : ainsi que le résume Michel Husson : « quand le prix de l’énergie augmente, les plus pauvres consomment autant pour leur voiture, et se chauffent moins » (5). Ce n’est donc pas un hasard si le mouvement des Gilets jaunes a d’abord dénoncé les taxes qui amplifient la hausse du prix des carburants. D’autant que le revenu disponible des Français (mesuré par le revenu disponible moyen calculé par l’INSEE) a baissé ces dernières années – entre 2008 et 2016 – y compris plus particulièrement pour les catégories populaires. De plus, il importe de ne pas fétichiser cet indicateur officiel du pouvoir d’achat : une étude de l’Institut de recherches économiques et sociales montre que le coût des budgets types (panier de consommation permettant à une famille avec enfants de vivre décemment) élaborés par l’Union nationale des associations familiales a augmenté deux fois plus vite que l’indice des prix à la consommation de l’Insee sur la période 2010-2018. Autrement dit, le coût d’une vie décente augmente bien plus vite que ce qu’indique l’indice de prix officiel à partir duquel l’Insee calcule l’évolution du pouvoir d’achat (6).

D’ailleurs, la politique macronienne, dans la continuité de celle de ses prédécesseurs, sape la légitimité du système fiscal : pourquoi payer des impôts quand les riches en payent de moins en moins (soit grâce aux réformes fiscales, soit parce qu’ils peuvent sans grand risque pratiquer l’évasion, voire la fraude pure et simple), quand les hôpitaux sont engorgés ou fermés, les bureaux de poste et les voies ferrées hors TGV sacrifiés ? Il faut ajouter que, comme le souligne Alain Bihr, les attaques contre les services publics et les prestations sociales sont un volet complémentaire de la remise en cause du code du travail, de la précarisation des salariés et de la pression sur les salaires (7) : il s’agit de réduire le coût pour le capital de ces équipements et services collectifs, pour une part nécessaires à la reproduction de la force de travail (appareil scolaire et universitaire, système de santé…). Sous prétexte de réduire un endettement public qui résulte pourtant avant tout de l’injustice fiscale au profit du capital et des possédants, les gouvernements successifs s’acharnent à tailler dans les équipements et services collectifs. Ce volet du néolibéralisme touche l’ensemble des catégories populaires, salariées ou non, et les a rapprochées.

Le sentiment d’être injustement taxé est plus fort dans les zones périurbaines et rurales dont les habitants voient disparaître année après année les services publics qui représentent la concrétisation locale de leurs impôts et taxes (8). Quoi qu’on puisse en penser sur le fond, la décision gouvernementale de limiter à 80 km/h la vitesse sur des routes où elle était auparavant de 90 km/h a été vécue dans ces zones comme une tracasserie supplémentaire.

Un mouvement hétérogène mais une commune volonté d’égalité

Les Gilets jaunes sont un regroupement de couches sociales hétéroclites mais qui se sentent toutes victimes de la brutalité néolibérale, du mépris de « l’élite ». Le gros du mouvement est formé par des prolétaires en activité (ouvriers et employés) ou retraités, auxquels s’ajoutent des membres de la petite bourgeoisie (artisans, auto-entrepreneurs, infirmières libérales), des paysans et des petits patrons. Il faut aussi noter l’importance des femmes, nombreuses sur les ronds-points et dans les manifestations : une enquête citée par le magazine Causette évalue à 45 % la proportion des femmes parmi les Gilets jaunes (9) ; au-delà du chiffre, il n’y a nul doute sur la forte et visible présence des femmes, qui ont parfois organisé leurs propres manifestations.

Ce n’est pas un mouvement du cœur des grandes agglomérations ni des quartiers populaires (dont la population est on le sait largement d’origine étrangère). Même si les fins de mois difficiles sont un leitmotiv de nombreux Gilets jaunes, la base du mouvement n’est pas la population la plus pauvre et la plus marginalisée (10) : ceux qui se mobilisent sont avant tout ceux qui ont un travail mais ne peuvent en vivre décemment. Si la mobilisation est un phénomène national, certaines grandes villes de province jusque-là présentées comme des modèles de dynamisme, comme Bordeaux et Toulouse, ont connu des manifestations particulièrement importantes largement alimentées en fait par leur périphérie, ce qui a amené des analyses plus lucides sur le type de développement de ces agglomérations qui reproduisent (avec bien sûr certaines particularités) le modèle parisien de ségrégation sociale et économique. Comme l’explique un sociologue à propos de Bordeaux : « La politique de rénovation menée par le maire Alain Juppé (…) a eu des effets pervers. Beaucoup ont été renvoyés dans la périphérie de plus en plus lointaine. Les gilets jaunes en sont aussi la conséquence. Aujourd’hui, Bordeaux est une nouvelle ville, un petit Paris. Les différences sociales s’y sont considérablement accentuées. » (11)

Les revendications sociales mises en avant par les Gilets jaunes ont évolué : de la taxe sur les carburants, elles se sont élargies au rétablissement de l’ISF, la hausse des retraites, la dénonciation de la TVA sur les produits de première nécessité et la revalorisation du SMIC. La question écologique et climatique a été utilisée par le gouvernement contre les Gilets jaunes, mais ceux-ci ont souvent su montrer qu’ils n’y sont pas indifférents (et pour une part, ont participé aux marches pour le climat) même s’ils refusent que ce soient « ceux d’en bas » qui fassent les frais de la transition nécessaire. En retour, l’existence des Gilets jaunes a poussé une partie des manifestants à ces marches à intégrer l’importance de se soucier de la « fin du mois ».

Le cœur des revendications des Gilets jaunes n’est pas la mise en cause de l’exploitation capitaliste mais plutôt de ses conséquences, et des choix fiscaux et budgétaires du gouvernement. Socialement largement prolétaires dans leur base, les Gilets jaunes par leurs revendications se posent avant tout en mouvement des « petits contre les gros », un mouvement pour l’égalité.

Les Gilets jaunes occupent en fait souvent une place, hétérogène, dans les rapports de production capitalistes qui les différencie des salariés qui participent encore aux mobilisations syndicales : salariés des très petites ou moyennes entreprises (TPE-PME) souvent idéologiquement proches de « leur patron », indépendants (infirmières, aides à la personne, chauffeurs routiers, etc.), petits patrons… et enfin, retraités.

Les salaires sont donc loin de constituer le volet prioritaire du mouvement mais, malgré le poids des non-salariés, ses exigences ne se résument pas du tout à la « baisse des charges ». Les salariés, souvent syndiqués ou ex-syndiqués, présents dans le mouvement ne le sont pas en tant que tels (et d’ailleurs, même quand ils sont syndiqués, ne sont pas forcément prêts à participer à des mobilisations revendicatives sur leur lieu de travail). Cette occultation des intérêts propres des salariés dans le mouvement peut renvoyer à divers facteurs, dont la volonté de préserver son unité malgré les disparités des catégories populaires présentes. Les Gilets jaunes, en effet, se méfient de tout ce qui pourrait diviser : la priorité est la recherche du consensus, mais cela a son revers en termes de crainte des débats ouverts entre diverses options. L’historien Samuel Hayat, partant de l’étude des revendications des Gilets jaunes, a soutenu que leur mobilisation s’ancre dans « l’économie morale des classes populaires » (12), c’est-à-dire dans des principes moraux considérés comme devant régir le fonctionnement de l’économie : on doit pouvoir vivre de son travail, chacun doit contribuer selon ses moyens, les fraudeurs fiscaux doivent être punis… Hayat explique que Macron est apparu comme piétinant ce pacte implicite, tant par les mesures prises que par son discours méprisant. Il précise qu’une telle révolte, même si elle est authentiquement populaire, ne se transforme pas nécessairement en mouvement révolutionnaire : elle s’apparente plus à un sursaut contre un pouvoir qui a dépassé la mesure et, par exemple, comme le soulignent de leur côté Halimi et Rimbert, ne remet en cause ni la subordination des salariés dans l’entreprise ni la répartition fondamentale des revenus (13).

Avec les Gilets jaunes, la question sociale a fait un retour en force, de même que la question démocratique : la revendication du RIC (référendum d’initiative citoyenne) a de plus en plus été portée par le mouvement. Elle traduit la crise du système représentatif tel qu’il fonctionne désormais en France : présidentialisme, subordination du législatif à l’exécutif (d’autant que les élections législatives sont désormais organisées après les présidentielles), éloignement entre la réalité sociale et la représentation politique (4,6 % des députéas sont employés et aucun n’est ouvrier, alors que ces catégories représentent la moitié de la population active). À cette monarchie républicaine, à ce système représentatif dégénéré, le RIC oppose (avec beaucoup d’illusions) une volonté de démocratie directe.

Problèmes d’orientation et de structuration

Pour comprendre le mouvement, il faut tenir compte du fait qu’il existe plusieurs « cercles » de « Gilets jaunes » : du plus large composé de gens qui soutiennent sans participer aux actions et débats (ou de moins en moins) au plus resserré, plus militant, qui continue depuis de longs mois à être mobilisé. Ce cercle restreint, confronté semaine après semaine à la répression policière, a été amené à se poser le problème de la convergence avec d’autres, y compris les syndicats.

L’extrême droite s’est immiscée dès le début dans le mouvement. Cette infiltration est apparue très tôt par la création de plusieurs groupes Facebook sur des revendications où se joignent pêle-mêle le retour du 90 km/h sur les routes départementales, la peine de mort pour les pédophiles, la fin des radars et autres sujets assez porteurs sur un électorat d’extrême droite. Le bureau exécutif du Rassemblement national (RN, nouveau nom du Front national, le parti de Marine Le Pen) a décidé, le 19 novembre 2018, de soutenir le mouvement des Gilets jaunes, tout en gardant une certaine distance tandis que s’affairaient « Debout la France » de Dupont-Aignan et divers groupes fascistes violents (14). Plusieurs des initiateurs des premiers appels sur les réseaux sociaux et de ceux qui ont été médiatisés au début du mouvement n’étaient donc pas sans lien avec la droite et l’extrême droite mais ce n’était pas la généralité.

Les figures qui restent maintenant les plus influentes (Priscillia Ludoski, Éric Drouet, Jérôme Rodrigues, Maxime Nicolle dit « Fly Rider ») n’ont pour les trois premiers pas de lien avec l’extrême droite et il en est très vraisemblablement de même pour le dernier malgré un penchant au confusionnisme/complotisme. Une partie de la clientèle électorale populaire de la droite et du Rassemblement national s’est effectivement retrouvée parmi les Gilets jaunes (ou en soutien à ceux-ci) et a influencé leurs formes d’apparition (drapeaux tricolores, Marseillaise) mais il ne faut confondre cette présence avec les menées de l’extrême droite organisée. Celle-ci a tenté de faire de l’immigration (avec le fantasme du pacte mondial sur l’immigration proclamé à Marrakech en décembre 2018) un axe du mouvement mais elle a échoué, même si des dérapages racistes et antisémites ont été constatés ici et là et ont été montés en épingle par la propagande du pouvoir (surtout pour ce qui est de l’interpellation antisémite dont a été l’objet l’écrivain Alain Finkielkraut). Une fraction de la droite parlementaire (Les Républicains), bruyamment en soutien des Gilets jaunes au début, s’en est ensuite démarquée et a commencé à attaquer le gouvernement sur son « incapacité » à maintenir l’ordre. Le Rassemblement national a modéré son discours favorable aux Gilets jaunes et a manifesté son opposition à la hausse du SMIC. Les différents groupes fascistes ont essayé de jouer leur carte (en participant aux affrontements ou bien en se proposant comme service d’ordre), ont parfois agressé des manifestants d’extrême gauche mais ils n’ont pas pesé sur l’orientation du mouvement, sauf très ponctuellement. Il ne faut cependant pas nier chez certains participants au mouvement une influence diffuse, par le biais des réseaux sociaux, de la mouvance Soral-Dieudonné qui mêle au discours « anti-système » un antisémitisme, reflet de préjugés ancrés dans la société (et qui ne sont donc ni nouveaux ni spécifiques aux Gilets jaunes).

En fait, les Gilets jaunes ont affirmé leur volonté d’indépendance et de non-récupération. Cette volonté s’est manifestée par une grande méfiance vis-à-vis des porte-parole autoproclamés. Les personnalités qui n’ont pas été rejetées par le mouvement sont celles qui ont pris garde à ne pas paraître décoller de la « base ». Les Gilets jaunes sont un mouvement d’emblée à dimension nationale mais organisé d’abord au niveau local, des participants aux groupes qui se relaient sur les ronds-points ou se réunissent dans les localités. Les réseaux sociaux sont le vecteur des liaisons entre groupes et permettent d’informer sur les actions proposées.

Les groupes locaux sont très hétérogènes dans la fréquence et les modalités de leurs réunions, surtout à partir du moment où les forces policières évacuent les ronds-points et détruisent les cabanes qui y avaient été construites. La plus grande démocratie règne dans certains groupes, dans d’autres ceux « qui parlent le plus fort » ont un poids disproportionné. L’extrême droite est plus ou moins présente, elle est parfois rejetée ou bien écoutée au point de rendre difficile la participation des militants de gauche ou d’extrême gauche. Dans les manifestations, beaucoup de choses se décident sur le terrain, le déroulement des cortèges dépend souvent des offensives policières. Les participants ne sont cependant pas prêts à se dissoudre au moindre jet de grenade et, de plus en plus, viennent équipés de lunettes et masques pour résister aux lacrymogènes. La conscience du rôle répressif de la police au service du gouvernement et des puissants est de plus en plus partagée. L’extrême droite, très minoritaire dans les cortèges, tente parfois, comme nous l’avons signalé ci-dessus, d’agresser des militants d’extrême gauche, notamment à Paris les militants du NPA le 26 janvier.

La préoccupation de structuration nationale s’est exprimée dans l’Assemblée des assemblées qui s’est tenue une première fois le 27 janvier à l’initiative du groupe de Gilets jaunes de Commercy et ensuite du 5 au 7 avril à Saint-Nazaire. Ces deux réunions ont donné lieu à des débats très riches et produit des appels à tonalité combative et progressiste. Mais elles n’ont regroupé qu’une petite minorité du mouvement et n’ont pas pallié le manque de structuration et de débat national démocratique. Les Gilets jaunes, à juste titre, se méfient de porte-parole qui confisqueraient leur lutte et parleraient sans mandat en leur nom, mais ils n’ont pu aller jusqu’à un début réel de mise en place d’une coordination nationale démocratique.

Radicalité et « violences »

Dans le mouvement ouvrier français (y compris dans une large mesure l’extrême gauche), les manifestations de rue se sont, depuis les années 1980, ritualisées avec des cortèges où chacun défile derrière son organisation (d’abord les syndicats et les organisations « de masse », puis les partis politiques) sur des parcours négociés avec la police et, au moins à Paris, cantonnés dans les quartiers restés quelque peu populaires. Seules les manifestations de jeunes échappaient à ce schéma (ainsi que des courants « autonomes » très minoritaires). Cette habitude a commencé à être ébréchée lors des mouvements contre les contre-réformes des retraites de 2003 et 2010 avec des occupations de gares et de voies ferrées.

Sous la présidence Hollande, les choses ont commencé à changer de manière plus massive avec l’apparition du « cortège de tête » dans les manifestations durant la lutte contre la loi travail, c’est-à-dire d’un nombre significatif de manifestants ne voyant pas pourquoi ils défileraient derrière les services d’ordre et les dirigeants des organisations syndicales. Soit parce qu’ils ne se reconnaissaient pas dans ces organisations (dont l’influence a régressé), soit parce qu’adhérant à ces organisations, ils ne voyaient pas pourquoi ils devraient attendre que les « responsables » décident de la façon dont ils devaient manifester. Parallèlement, est intervenu, sous couvert des contraintes de la lutte antiterroriste, un durcissement de l’attitude de la police ; police qui vise plus spécialement (à coups de grenades lacrymogènes ou de désencerclement, de matraques et d’interpellations) le cortège de tête alors qu’une bonne partie de ceux qui y participent ne désirent pas spécialement casser des vitrines ou s’affronter avec la police. Toutefois, le refus du pouvoir de transiger sur sa loi et la violence policière a induit une compréhension « positive » plus ou moins large des initiatives des « autonomes ».

Tout ceci va s’amplifier avec Macron lors du mouvement contre la deuxième loi de démantèlement du code du travail et face à un pouvoir largement perçu comme méprisant et au service des « ultra-riches ».

Avec les Gilets jaunes, un degré supplémentaire est franchi dans l’utilisation de la police pour tenter de régler les questions politiques et sociales. Les Gilets jaunes se sont d’emblée situés hors du traintrain habituel des manifestations : s’ils ne se posent pas le problème de la grève, ils veulent que leurs manifestations aient un impact concret, d’où la présence sur les ronds-points (afin d’être vus et de ralentir la circulation), aux péages d’autoroutes et les manifestations du samedi sur des parcours non négociés avec la police. D’où aussi la volonté de se rassembler et de défiler là où sont les pouvoirs, les riches, les commerces de luxe : à Paris sur les Champs-Élysées et le plus près possible de l’Élysée, dans les rues commerçantes des centres-villes et à proximité des mairies et préfectures en province. Le refus du pouvoir de l’accepter et le mépris vis-à-vis de leurs revendications ne pouvaient qu’exaspérer les manifestants (et augmenter la compréhension vis-à-vis de ceux qui résistaient à la police ou bien s’attaquaient à des symboles du pouvoir et de l’argent).

Le samedi 1er décembre, les manifestants se sont, malgré le dispositif policier, largement approchés de l’Élysée au point que le 8 décembre des moyens (hélicoptère, etc.) ont été mis en place pour évacuer si nécessaire le président. Le 1er décembre également, la préfecture du Puy-en-Velay avait été incendiée et les aéroports de Nantes et Nice bloqués. À partir de là, le pouvoir a mis en place une stratégie à deux volets : faire semblant de vouloir dialoguer et de satisfaire certaines des revendications du mouvement et user sans réserve de la répression. C’est ce deuxième point que nous traiterons ici (le premier sera abordé plus loin).

Depuis la mort de Malik Oussekine (tué en 1986 lors d’une manifestation étudiante), la police avait pour consigne de faire preuve de retenue vis-à-vis des manifestations dans les centres-villes au contraire des méthodes répressives et violentes utilisées dans les banlieues populaires. Contre les Gilets jaunes, s’est déployée une répression policière et judiciaire plus acharnée qu’en mai 1968 (sauf, pour ce qui est de la violence policière, au moment de la reprise des usines automobiles de Renault Flins et de Peugeot Sochaux en juin 1968) mais aussi une répression préventive visant à décourager les personnes de manifester par des contrôles, des fouilles, voire des gardes à vue prolongées jusqu’après la fin de la manifestation, même s’il n’y a rien à reprocher à la personne arrêtée. Des unités spéciales de policiers ont été mises en place, canons à eau et véhicules blindés sont apparus dans les rues, les LBD (« lanceurs de balles de défense ») et les grenades défensives ont été utilisés intensément malgré les critiques sur leur dangerosité. La police a été montée contre les manifestants par des déclarations incendiaires, en premier lieu du ministre de l’Intérieur Christophe Castaner présentant les manifestants comme des casseurs, des pillards, des tueurs en puissance « à la volonté de tuer nos forces de l’ordre» (déclaration du 3 décembre 2018 à l’Assemblée nationale). Le ministre et à l’occasion le président lui-même ont bien fait comprendre aux policiers qu’ils étaient couverts quelles que soient les blessures causées par les LBD, les grenades et les matraquages. Le nombre des blessés et mutilés du côté des manifestants n’a cessé d’augmenter : au 7 mai dernier sont décomptés 1 décès (une dame âgée qui se penchait à sa fenêtre à Marseille), 5 mains arrachées, 24 éborgnés, 284 blessures à la tête, parmi des centaines de blessés. Outre des manifestants, des journalistes et des street medics ont été ciblé·es par la police. Ceci, alors que le ministère de l’Intérieur s’est contenté de publier des décomptes de policiers blessés et que, malgré les déclarations allant jusqu’à parler de policiers « lynchés », il n’a jamais produit un seul cas de blessé grave. Une tentative de fichage des manifestants hospitalisés a été dénoncée par des médecins hospitaliers. Certes, l’IGPN (inspection générale de la police nationale) a été saisie d’environ 200 cas de policiers mais elle instruit les affaires avec une grande lenteur et, dans le cas des policiers de Mantes-la-Jolie, qui ont contraint le 6 décembre 2018, 151 collégiens et lycéens à rester près de 3 heures à genoux, menottés ou les mains sur la tête, avant de les arrêter, l’IGPN a indiqué le 16 mai qu’il n’y avait ni faute ni « comportement déviant » de la part de la police ! La lenteur de l’IGPN et celle de la justice quand elle est saisie de plaintes contraste avec la célérité des tribunaux à juger et condamner les manifestants. Les médias dominants usent sans distinction des termes « manifestants », « casseurs » et « pillards » et les personnes qui passent devant les tribunaux voient leur participation à un mouvement social amalgamée à des agissements de délinquants de droit commun et sont condamnés en conséquence.

Macron, sa clique politique et le « bloc bourgeois » sont déterminés. Leur base sociale et politique est plus faible que celle de De Gaulle en 1968. C’est pourquoi, rassuré aussi par le caractère moins massif des mobilisations et l’absence de jonction avec le mouvement ouvrier organisé, le pouvoir n’hésite pas et n’hésitera pas à recourir à une violence policière sans guère de limites. Le blanc-seing à la police a été réitéré le 2 juin par l’adjoint de Castaner, le secrétaire d’État Laurent Nuñez, lors de l’émission « Le Grand Jury » sur RTL-LCI-le Figaro : « Nous n’avons pas de regret sur la façon dont nous avons mené l’ordre public et la sécurité publique. C’est une crise inédite depuis cinquante ou soixante ans, personne n’a eu à affronter ce que nous avons eu à affronter avec Christophe Castaner et les choses se sont quand même globalement bien passées en matière d’ordre public (…) J’ai toute confiance dans les policiers et gendarmes de ce pays (…). Nous savons qu’ils ont employé la force de manière proportionnée dans la plupart des cas, et la force n’a été employée que quand il s’agissait de riposter à des agressions violentes contre eux-mêmes ou contre nos institutions. »

Pour apprécier la situation des Gilets jaunes, il faut également souligner le mépris exprimé par les couches supérieures et une partie des intellectuels, y compris « de gauche » manifestant une forme de ce que Bourdieu caractérisait comme un « racisme de l’intelligence… qui fait que les dominants se sentent justifiés d’exister comme dominants » (15). Certes il y a eu des voix dissidentes : certains universitaires ont assez vite, collectivement ou individuellement, apporté un soutien aux Gilets jaunes. Des écrivains se sont également manifestés et, après plusieurs mois, le 4 mai, a été publiée une pétition de gens du spectacle et de personnalités culturelles, dont certains fort connus (16). C’est un phénomène positif mais qui se traduit surtout par des signatures de pétitions.

Un front social contre Macron ?

Après le 1er décembre, beaucoup de choses semblent possibles (ce qui ne veut pas dire, sauf à s’illusionner, que « tout est possible »). Le 3 décembre, le ministère de l’Éducation nationale annonce que plus d’une centaine de lycées en France sont bloqués, au moins partiellement. Des lycéens, qui protestent contre les réformes du baccalauréat, du lycée et Parcoursup, manifestent avec les Gilets jaunes. Comme cela a déjà été indiqué, la répression policière se déchaine à Mantes-la-Jolie. Des Gilets jaunes entament un blocage des dépôts de carburant dans le nord-ouest de la France, provoquant une pénurie de carburant au moins partielle dans 300 stations-service, dont 75 en pénurie locale au 3 décembre.

Mais, en fait, la convergence ne va pas se faire au-delà de convergences locales « par en bas » (17) : comme le soulignent Christine Poupin et Patrick Le Moal, l’idée que « c’est le moment » ne s’impose pas (18). Même dans les entreprises, où des salariés soutiennent le mouvement et où des sections syndicales et des militants cherchent à mobiliser. S’il n’y a pas spontanéité à la convergence, la responsabilité des directions syndicales n’en est pas moins importante.

Certes, les Gilets jaunes se proclament apolitiques et a-syndicaux et, souvent, affirment leur hostilité tant aux partis qu’aux syndicats. Des syndicalistes se voient demander de ne pas arborer drapeaux et banderoles dans les manifestations. Mais les directions syndicales nationales, bien que divisées, se rejoignent à des degrés divers dans la passivité et ne font à peu près rien pour lever les méfiances. La CFDT soutient le gouvernement. Force ouvrière est hétérogène et paralysée (elle sort alors à peine d’une crise qui a conduit à un changement forcé de secrétaire général). Une partie des adhérents de la CGT sont dans le mouvement mais la direction confédérale manifeste sa méfiance, arguant d’une présence de l’extrême droite parmi les Gilets jaunes. Solidaires, après des réticences initiales, a affirmé son soutien mais ne représente pas une force suffisante pour peser sur la situation. Le 6 décembre 2018, toutes les confédérations syndicales, sauf Solidaires, publient un communiqué commun et « dénoncent toutes formes de violence dans l’expression des revendications » !

Mais début décembre, le mouvement est toujours fort et le régime craint la suite. Le 4 décembre, il décide de lâcher sur les carburants : suspension ou annulation de la taxe ? Après des hésitations, ce sera finalement l’annulation. Mais le mouvement est fort. Et il est clair qu’il a d’autres motifs : hausse de la CSG, suppression de l’ISF, non-augmentation du SMIC… tout est remis en cause. Le patronat est le premier à comprendre qu’il faudra lâcher plus : même si la production n’est pas bloquée, si les grèves annoncées ne se concrétisent pas ou peu (comme l’appel des fédérations CGT et FO transports à une grève à partir du 9 décembre ou le mouvement dans la chimie), la direction du Medef craint que la situation ne devienne plus sérieuse. Le 4 décembre, Geoffroy Roux de Bézieux, le « patron des patrons », propose une augmentation du SMIC, mais à condition de baisser les cotisations sociales employeurs sur le salaire minimum… Autrement dit, la Sécurité sociale ou le contribuable paieront.

Les fausses concessions du pouvoir

Donner quelque chose aux salariés, sans que ça coûte un centime aux patrons, l’idée est bonne commence-t-on sans doute à penser dans les cabinets ministériels qui planchent sur l’intervention de Macron annoncée pour le 10 décembre. Mais pas question de toucher au SMIC lui-même : cela apparaîtrait comme une victoire directe des salariés grâce aux Gilets jaunes. Donc, la solution sera l’usine à gaz de la prime d’activité, faussement présentée comme une hausse du SMIC. S’y ajoutent l’exemption de cotisations et d’impôts sur les heures supplémentaires et un recul en arrière partiel sur la hausse de la CSG des retraités.

En fait, la hausse de la prime d’activité n’équivaut en rien à une augmentation du SMIC, elle ne compte pas pour la retraite et rien ne garantit qu’elle sera revalorisée comme le SMIC fin 2019. La mesure sur les heures supplémentaires les rend encore moins couteuses : c’est un encouragement à les utiliser (d’autant que leur taux de majoration peut par accord conventionnel être abaissé à 10 %) au détriment des embauches. Quant aux retraités, la non-augmentation de la CSG ne compensera pas la baisse alors programmée du pouvoir d’achat des retraites. Ces mesures ont un coût total évalué par le gouvernement à 10 milliards d’euros. On peut le comparer aux quelque 18 à 20 milliards pour 2019 liés à la transformation du CICE et aux quelque 4 milliards d’euros de pertes de recettes résultant de la réforme de l’ISF. Bien que comprises comme un succès (partiel) de la mobilisation (enfin, après les nombreuses défaites accumulées par les mobilisations traditionnelles de ces dernières années), ces concessions s’inscrivent dans la logique politique du macronisme (notamment le démantèlement du financement de la protection sociale, dans son principe assis sur les cotisations prélevées sur les salaires).

La conclusion de l’intervention de Macron du 10 décembre est grandiloquente : « Nous ne reprendrons pas le cours normal de nos vies, comme trop souvent par le passé dans des crises semblables, sans que rien n’ait été vraiment compris et sans que rien n’ait changé. » En fait, il a fait quelques concessions pour sauver l’essentiel : les réformes néolibérales déjà intervenues ou à venir. Un peu plus de déficit budgétaire ne le gêne pas si c’est pour sauver le noyau dur de sa politique, et il sait que la Commission européenne sera compréhensive. Car, comme le soulignait justement l’économiste Stefano Palombarini dans son blog sur Mediapart : « il est essentiel de souligner que le cœur du néolibéralisme n’est pas l’austérité budgétaire, mais une relation salariale “flexible”, la main libre au patronat dans les relations du travail, une protection sociale pliée aux règles marchandes. L’austérité a été utilisée, en France comme ailleurs, pour montrer le caractère prétendument inéluctable des réformes néolibérales, qui sont à l’origine de la diffusion de la précarité, de la pauvreté et des inégalités grandissantes… » (19). D’ailleurs, comme l’a fait alors remarquer Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, « il n’y a pas de changement de cap ». Macron annonce aussi l’organisation d’un « Grand débat » associant les élus, les « partenaires sociaux », les intellectuels… et prétendument destiné à recueillir les aspirations des Français avant de nouvelles décisions présidentielles. Parmi les axes de ce « débat », il introduit l’immigration et l’identité nationale, question peu avancée publiquement par les Gilets jaunes (ce qui ne veut pas dire que certains n’y étaient pas sensibles).

Le premier trimestre va donc être rythmé par les épisodes du « Grand débat » (sous haute protection policière quand Macron se déplace en province et « dialogue » avec des participants sélectionnés) mais, surtout, par les « actes », successifs, c’est-à-dire les manifestations du samedi organisées par les Gilets jaunes. Celles-ci déclinent cependant en nombre de participants, de même que la présence sur les ronds-points mais les sondages auprès de la population montrent que le soutien reste majoritaire, surtout parmi les ouvriers et employés, malgré l’intense propagande gouvernementale sur les « violences », le coût économique du mouvement, le fait qu’il n’a plus d’objet à l’heure du « Grand débat ». Suite à un appel de la CGT à une journée de grève pour le 5 février, de nombreux Gilets jaunes (dont Éric Drouet) ont annoncé leur participation, mais la CGT n’a pas cherché à mobiliser massivement, ni donné la moindre perspective au-delà de cette journée. Le 27 avril, à l’appel de fédérations et d’unions départementales CGT critiques de la direction, puis le 1er mai, Gilets jaunes et syndicats se sont retrouvés aux mêmes endroits pour manifester mais, pour l’essentiel, sans réelle jonction.

Le 25 avril, Macron donne une très longue conférence de presse pour annoncer de premières décisions ou axes de travail prétendument issus du « Grand débat ». En matière de fiscalité, il a en premier lieu confirmé qu’il ne reviendrait pas sur les mesures prises ces deux dernières années. Au lieu de rétablissement de l’ISF et de baisse de la TVA sur les produits de première nécessité, il annonce une baisse de l’impôt sur le revenu estimée à 5 milliards d’euros, tout en restant assez flou sur ses modalités et son financement. 43 % des contribuables seulement paient l’impôt sur le revenu qui est par ailleurs un des rares impôts progressifs français, où plus on gagne, plus on est taxé. En réduisant l’impôt sur le revenu on laisse de côté 57 % des contribuables aux plus bas revenus qui continueront à payer pleinement la TVA ! Concernant l’évasion fiscale et la fraude fiscale, aucune mesure concrète, à part l’annonce d’une nouvelle évaluation par la Cour des comptes.

En matière de services publics, annonce la plus spectaculaire : il n’y aura plus « d’ici à la fin du quinquennat de nouvelles fermetures, ni d’hôpitaux, ni d’écoles sans l’accord du maire ». En fait, Macron joue sur les mots : pas de fermeture d’écoles ne veut pas dire pas de fermetures de classes ; de même pour les hôpitaux, puisqu’il n’a pas dit : pas de fermetures de services. Donc, des maternités et des services de chirurgie vont continuer à disparaître. Hôpitaux et écoles ont eu droit à quelques bonnes paroles présidentielles, mais pas les gares. Rien sur les lignes de trains dites secondaires de plus en plus sinistrées. Les bureaux de poste, eux aussi, ont été oubliés. Enfin, pas tout à fait. Emmanuel Macron a en effet annoncé un projet d’installation d’ici la fin du quinquennat de 2000 « maisons » baptisées « France services », qui regrouperont divers services publics (poste, caisse d’allocations familiales, assurance maladie, Pôle emploi…) en un même lieu, pour prétendument combattre la désertion des zones périphériques. En réalité, il y en a actuellement déjà environ 1 300, fonctionnant plus ou moins bien. De fait, « France services » risque bien d’être « France casse des services » !

A été aussi abordée la question du temps de travail : il faudra que les Français « travaillent plus » (comme si la durée du travail en France était plus faible qu’ailleurs !) (20). Pour y aboutir, Macron compte sur la négociation d’entreprise et de branche pour augmenter le temps de travail effectif, et sur les modalités de la réforme de retraites pour amener au report des départs (sous peine d’une baisse de la pension). Un geste pour les retraités est quand même annoncé : en 2020, les retraités gagnant moins de 2 000 euros par mois verront leurs pensions revalorisées au même rythme que l’inflation. Plus aucune pension ne serait sous-indexée (par rapport à l’indice des prix) en 2021. Mais la désindexation des autres prestations sociales et la baisse des APL ne sont pas remises en cause. Ces transferts sociaux verront donc leur valeur réelle se dégrader dans les prochaines années.

Enfin, Macron s’est étendu sur les questions migratoires bien que sur les 135 000 contributions recensées, seulement 5 000 (soit moins de 4 %) les mentionnent. Il a martelé « pour moi, c’est le deuxième grand combat européen, avec le climat, c’est le combat en matière de migrations ». Un grossier appel du pied vers la droite et l’extrême droite à la veille des élections européennes.

Sur le plan économique et social, les Gilets jaunes ont donc bien obtenu quelques concessions de Macron (prime d’activité, pouvoir d’achat des retraites) : c’est plus que ce qu’avaient réussi à avoir les syndicats mais, outre que c’est loin des véritables revendications du mouvement, il s’agit seulement pour le pouvoir de tenter d’apaiser les mécontentements immédiats afin de pouvoir mener, si possible dans le calme (et avec une répression maintenue) les réformes déjà programmées (21).

En guise de conclusions…

1. Si les manifestations continuent, le mouvement est en recul :

• Du fait de la répression qui a réussi à séparer les éléments les plus déterminés des autres participants aux premières manifestations ;

• De la fatigue des participants présents samedi après samedi (sans parler des actions locales) ;

• De l’incapacité et du manque de volonté déjà évoqués du mouvement syndical à se lier aux Gilets jaunes.

Il faut enfin tenir compte du fait que le mouvement est confronté à des choix difficiles alors que les participants actifs sont moins nombreux et les risques de répression élevés et que le pouvoir considère qu’il a répondu au mouvement. Que choisir désormais comme formes d’action : Retour sur les ronds-points ? Actions de blocage ? Manifestations déclarées ou pas ? Sans parler de la question des élections municipales de mars 2020 qui affleure dans certains débats.

Mais nul ne peut dire au moment où cet article est rédigé que le mouvement est terminé, qu’il n’a été qu’une parenthèse : des rebondissements sont possibles et la crise sociale et politique n’est pas close.

2. La crise de l’État est patente, une crise organique de « l’État intégral » au sens de Gramsci (22) :

• Macron est largement haï et dévalorisé : sa base est clairement réduite pour l’essentiel aux catégories sociales supérieures et il est de plus en plus marqué à droite ;

• Les syndicats n’ont pas su profiter de la brèche entrouverte par les Gilets jaunes et continuent de s’affaiblir ;

• Les partis politiques sont ébranlés à des degrés divers et contestés comme expression de la démocratie ;

• Une partie de ceux qui s’éliminaient du jeu politique et social ont pris la parole ;

• Le pouvoir repose essentiellement sur les ressources offertes par les institutions de la Ve République et la police, avec une base sociale plus restreinte que celle de De Gaulle en 1968 (un des signes en est qu’il n’a pas réussi à organiser la moindre manifestation significative de soutien).

Les élections européennes traduisent un demi-succès de Macron, campé dans une posture de seule alternative électorale au RN. Le régime se sent assez fort pour en revenir au mépris du début du mouvement : il martèle désormais que les manifestations n’ont plus d’objet et qu’il n’y a plus de débouché au mouvement. Mais cette présomption ne résout pas la question fondamentale de l’étroitesse de sa base sociale et de ses relais.

Pour ce qui est du vote RN parmi les Gilets jaunes, une enquête IPSOS réalisée à la veille du scrutin montre que 50 % d’entre eux annonçaient qu’ils ne voteraient pas et que 44 % de ceux qui voteraient le feraient pour le RN. Il est donc difficile de laisser entendre que le mouvement n’aurait nourri que le vote RN (23).

3. Le syndicalisme, la gauche y compris radicale a besoin de faire son propre examen. Face à un phénomène nouveau et complexe, il y a eu rejet du mouvement par une partie du syndicalisme, des écologistes et de la gauche et une difficulté plus ou moins grande à définir une position pour les secteurs plus ouverts au mouvement.

Les Gilets jaunes se sont inscrits hors de ce que Bourdieu appelait « la définition dominante de la lutte convenable »<(24), ils ont su faire « faire peur aux dirigeants » – pour reprendre une expression d’une étude sur Peugeot-Sochaux où est évoquée l’époque passée où la classe ouvrière faisait effectivement peur au patronat (25). Cela leur a permis d’imposer au rouleau compresseur néolibéral ses premiers reculs depuis 1995 (ou 2006 avec le recul sur le CPE, Contrat première embauche). Mais que faire d’une telle radicalité quand il s’agit de mobiliser de larges masses et non une minorité ? Comment l’organiser ?

Parmi les forces politiques dites radicales :

• Certains (La France insoumise) ont affirmé un soutien aux Gilets jaunes considérés comme la preuve de la validité d’une orientation populiste (au sens de Laclau-Mouffe), sans exprimer un quelconque point de vue sur les conditions d’une victoire sociale, car leur priorité était avant tout de faire du mouvement un appui à leur tactique électorale.

• D’autres (Lutte ouvrière) ont peu participé au mouvement et y ont vu surtout une forme de mobilisation pluriclassiste confuse où les intérêts des salariés risquaient de se retrouver oubliés (26).

• Pour ce qui est du NPA, il a globalement évité ces deux travers et participé (avec un petit retard) au mouvement tout en dénonçant les menées de l’extrême droite et tout en soulignant que les Gilets ne pourraient gagner seuls. Il a donc fait ce qu’il a pu pour créer une convergence avec les syndicats, mais avec des moyens trop faibles pour peser significativement (autrement que localement et encore dans peu d’endroits) tant sur les Gilets jaunes que sur les syndicats.

Globalement, la « gauche » syndicale et politique n’a pas profité du mouvement social des Gilets jaunes : c’est une question en soi. Il serait sans doute erroné de l’oublier et de se précipiter pour tirer des bilans et tracer des perspectives à la lumière des seuls résultats des récentes élections européennes.

Pour conclure, il est difficile de dire « où va la France » (27). Les Gilets jaunes constituent indéniablement la preuve de l’instabilité de la situation. Pourtant, dans le cadre des rapports de forces sociaux et politiques existants, celle-ci est lourde de dangers, d’autant que les risques de crise économique se précisent. Macron, pour sa part, a bien l’intention de poursuivre sa politique libérale-autoritaire dans une Union européenne en panne de projet autre que l’austérité et le rejet des immigrés.

* Henri Wilno, économiste, est militant du Nouveau parti anticapitaliste (NPA, France) et de la IVe Internationale.

Notes

1. Sur l’utilisation des moyens militaires français (force nucléaire, interventions extérieures, en premier lieu en Afrique) comme contrepoids au déclin économique relatif de la France, voir Claude Serfati, Le Militaire, une histoire française, éditions Amsterdam, 2017.

2. « Emmanuel Macron incarne la réunification de la bourgeoisie », interview dans l’Humanité, 15 mai 2018.

3. Nous empruntons l’expression à Bruno Amable et Stefano Palombarini, l’Illusion du bloc bourgeois. Alliances sociales et avenir du modèle français, Raisons d’agir éditions, 2018.

4. https://lejsd.com/content/mai%E2%80%AF68-souvenirs-dionysiens

5. Michel Husson, « Les fondements micro économiques de la connerie », A l’encontre, 30 novembre 2018 http://alencontre.org/economie/les-fondements-microeconomiques-de-la-connerie.html

6. Gaston Lefranc, « Pouvoir d’achat, les mensonges du gouvernement », l’Anticapitaliste, 16 mai 2019. https://npa2009.org/actualite/politique/pouvoir-dachat-les-mensonges-du-gouvernement

7. Alain Bihr, Les « gilets jaunes » : un soulèvement populaire contre l’acte II de l’offensive néolibérale, mardi 21 mai 2019, site « Ici et Ailleurs » : https://ici-et-ailleurs.org/voyons-ou-la-philo-mene/article/les-gilets-jaunes-un

8. Alexis Spire, « Aux sources de la colère contre l’impôt », le Monde diplomatique, décembre 2018.

9. Marion Rousset, « Gilets jaunes. Les mères célibataires se manifestent », Causette n° 97, février 2019.

10. Cf. interview de Ramón Bordallo, maire de Loubaut (Ariège), parue dans l’Anticapitaliste du 20 décembre 2018 et sur le site du NPA Ariège : http://www.npa-ariege.org/spip/spip.php?article2584

11. « Pourquoi Bordeaux est-elle devenue un bastion des gilets jaunes ? », interview du sociologue Francis Neyrat, Sud-Ouest, 11 janvier 2019. https://www.sudouest.fr/2019/01/11/pourquoi-bordeaux-est-elle-devenue-un-bastion-des-gilets-jaunes-5723688-2780.php

12. Samuel Hayat, Les Gilets Jaunes, l’économie morale et le pouvoir, 5 décembre 2018, https://samuelhayat.wordpress.com/2018/12/05/les-gilets-jaunes-leconomie-morale-et-le-pouvoir/

13. Serge Halimi & Pierre Rimbert, « Luttes de classes en France », le Monde diplomatique, février 2019.

14. « Ces gilets bruns qui polluent les gilets jaunes », Les dossiers de Visa (Vigilance syndicale antifasciste) n° 5, décembre 2018.

15. Pierre Bourdieu, Questions de sociologie, éditions de Minuit, 1981, réédité en 2002.

16. « Nous ne sommes pas dupes », http://www.nousnesommespasdupes.fr/

17. Cathy Billard, « Gilets jaunes et mouvement syndical : une histoire compliquée », l’Anticapitaliste, 16 mai 2019.

18. Christine Poupin & Patrick Le Moal, « Gilets jaunes, un mouvement populaire inédit », Inprecor n° 659-660, janvier-février 2019.

19. Stefano Palombarini, « Les gilets jaunes, le néolibéralisme et la gauche », 21 décembre 2018, https://blogs.mediapart.fr/stefano-palombarini/blog/211218/les-gilets-jaunes-le-neoliberalisme-et-la-gauche

20. « "La France travaille beaucoup moins que ses voisins", répète Macron c’est faux, la preuve », Louis Nadau, Marianne, 26 avril 2019 : https://www.marianne.net/economie/la-france-travaille-beaucoup-moins-que-ses-voisins-repete-macron-c-est-faux-la-preuve

21. Romaric Godin, « Six mois de "gilets jaunes": une politique économique réaffirmée », Mediapart, 17 mai 2019 : https://www.mediapart.fr/journal/france/170519/six-mois-de-gilets-jaunes-une-politique-economique-reaffirmee?onglet=full

22. Julien Salingue, « Macron, Gramsci et la violence d’État », l'Anticapitaliste-la revue, avril-mai 2019.

23. Gilets jaunes : pourquoi ils sont loin d'avoir tous voté RN, Mediapart, 1er juin 2019 : https://www.mediapart.fr/journal/france/010619/gilets-jaunes-pourquoi-ils-sont-loin-davoir-tous-vote-rn

24. « Questions de sociologie », ouvrage cité, voir note 15.

25. Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière. Enquête aux usines Peugeot de Sochaux-Montbéliard, 1999, réédition La Découverte, 2012.

26. « Les gilets jaunes : l’expression d’une colère, la recherche d’une perspective », Lutte de Classe n° 197, février 2019.

27. Titre d’un texte le Léon Trotsky de fin octobre 1934 où on trouve ces phrases toujours d’actualité dans le contexte de crise multiforme de la société : « Dans tous les pays agissent aujourd'hui des lois identiques, celles de la décadence du capitalisme. Si les moyens de production demeurent entre les mains d'un petit nombre de capitalistes, il n'existe pas de salut pour la société qui est condamnée à aller de crise en crise, de misère en misère, de mal en pis. Selon les pays, les conséquences de la décrépitude et de la décadence du capitalisme s’expriment sous des formes diverses et se développent à des rythmes inégaux. Mais le fond du processus est partout le même. »

Il est à remarquer, par ailleurs, que ce texte sur la situation de la France contient de longs développements sur les « classes moyennes », la « petite bourgeoisie » à laquelle, souligne Trotsky, la classe ouvrière « ne peut pas tourner le dos… en la laissant à son malheur ». (https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalafrance/ovlf2.htm)

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