Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 647 janvier 2018

FEMMES

La révolution MeToo

Cf. aussi : [Féminisme]

Against the Current *

© Marc Nozell

© Marc Nozell

Les révélations continuent toujours. Cela a commencé au sommet, lorsque des actrices ont accusé de viol et de diverses formes de harcèlement sexuel le puissant magnat hollywoodien Harvey Weinstein, l’acteur Kevin Spacey et le comédien Louis C.K. Rapidement des personnalités importantes des réseaux de télévision, des dirigeants d’entreprise et des personnalités politiques des deux partis capitalistes, le Parti républicain et le Parti démocrate, ont été mis sur la sellette.

Auparavant, lorsqu’une femme présentait de tels faits, elle devait faire face seule à un barrage d’interrogateurs. Cette fois-ci, 24 heures après le lancement de #MeToo sur Facebook, 4,7 millions de personnes à travers le monde ont raconté comment les hommes utilisaient leur position pour intimider et bafouer les femmes et même les enfants – surtout dans les lieux du travail et les prisons, mais aussi au sein des familles.

Est-ce que maintenant la révélation des abus sexuels sera traitée différemment qu’elle ne l’était jusque-là ?

Nous pensons que oui, que cette fois le niveau de conscience et de solidarité a augmenté. Les hommes célèbres et puissants n’ont pas été les seuls à être démasqués. Les abus sexuels sur les lieux du travail sont une question beaucoup plus vaste, ils concernent toute la société. En osant les signaler, les victimes et les survivant.es mettent en danger leur emploi, risquent leur carrière et leur avenir matériel. Les organisations des salariés peuvent jouer un grand rôle en revendiquant un environnement sans harcèlement, en unifiant ce mouvement avec la lutte pour des salaires décents.

C’est pourquoi la déclaration des ouvrières agricoles latino-américaines de l’Alianza Nacional de Campesinas, adressée le 10 novembre à la marche « Take back the Workplaces » (Reprenons nos lieux du travail) de Hollywood, met le doigt sur la plaie :

« Nous écrivons au nom des quelque 700 000 femmes qui travaillent dans les champs agricoles et dans les sites d’emballage à travers les États-Unis. Au cours des dernières semaines nous avons vu et écouté avec tristesse les acteurs, les mannequins et d’autres personnes qui ont raconté les violences sexuelles dont elles et ils ont été victimes de la part des patrons, des collègues et d’autres personnes influentes dans les entreprises du divertissement. Nous voulons affirmer que nous sommes choquées en apprenant que c’est un problème à ce point omniprésent dans votre secteur. Malheureusement, nous ne sommes pas surprises car c’est une réalité que nous connaissons trop bien. D’innombrables travailleuses agricoles dans tout le pays souffrent en silence à cause du harcèlement sexuel répandu et des agressions auxquelles elles sont confrontées au travail.

« Nous ne travaillons pas sous les projecteurs de la scène ni sur le grand écran. Nous travaillons dans l’ombre de la société, dans des champs isolés et dans les entreprises de conditionnement qui échappent aux regards et aux esprits de la plupart des gens dans ce pays. Votre travail nourrit les âmes, remplit les cœurs et répand la joie. Notre travail nourrit la nation avec les fruits, les légumes et d’autres cultures que nous plantons, cueillons et emballons.

« Même si notre travail et nos lieux de travail sont très différents, nous partageons une expérience commune d’être la proie des personnes qui ont le pouvoir d’embaucher, de licencier, de mettre sur une liste noire et de menacer notre sécurité matérielle, physique et émotionnelle. Comme vous, nous ne disposons pas de nombreuses offres d’emploi et donc faire état de tout type de préjudice ou d’injustice n’apparaît pas être une option viable. Se plaindre de quoi que ce soit – même du harcèlement sexuel – semble impensable car cela met en danger trop de choses, y compris notre capacité de nourrir nos familles et de préserver notre réputation.

« Nous comprenons la douleur, la confusion, l’isolement et la trahison que vous ressentez. Nous portons aussi la honte et la peur résultant de cette violence. C’est un poids oppressant sur notre dos. Mais, au fond de nos cœurs, nous savons que ce n’est pas notre faute. Les seuls coupables sont les individus qui décident d’abuser de leur pouvoir pour nous harceler, menacer et nuire, de même qu’ils vous ont fait du mal.

« Dans ces moments de désespoir, alors que vous faites face à l’examen et à la critique parce que vous avez courageusement choisi de dénoncer les actes déchirants qui ont été commis contre vous, sachez que vous n’êtes pas seul.es. Nous vous croyons et nous sommes avec vous. »

L’unité qui est en train d’être forgée – ainsi qu’une prise de conscience croissante de la manière dont le racisme renforce la dynamique du pouvoir – constitue véritablement un changement radical. C’est le signe d’une révolution qui vient juste de commencer. ■

* Nous reproduisons ici l’éditorial du bimestriel Against the Current de janvier 2018, un magazine d’analyses publié par l’organisation socialiste étatsunienne Solidarity (Traduit de l’anglais par JM).

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