Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 635-636 janvier-février 2017 *

NICARAGUA

Un regard féministe sur le Nicaragua « chrétien, socialiste et solidaire »

Cf. aussi : [Nicaragua]

Entretien de Valentina Valle avec María Teresa Blandón*

Originaire d’une zone rurale dans le nord du Nicaragua, ex-guérillera dans la révolution sandiniste, María Teresa Blandón est aujourd’hui l’une des voix les plus critiques du féminisme nicaraguayen.

Maria Teresa Blandón, militante féministe du Nicaragua

Maria Teresa Blandón, militante féministe du Nicaragua

Entretien réalisé en mai 2016 à Managua

Nous la rencontrons dans les locaux du Programa féminista la corriente, un réseau féministe qui, depuis 1994, représente une référence en Amérique centrale pour les études de la théorie féministe : enquête, formation de dirigeantes, alliances pour la défense et la promotion des droits des femmes et de l’égalité de genre. María Teresa Blandón nous a accordé un long entretien que nous publions ci-dessous quasi intégralement.

Nous commençons par parler de ce que l’on pourrait appeler « la nouvelle esthétique du Front », une sorte de rénovation idéologique et de vue qui distingue la seconde étape du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), disons, à partir de sa défaite électorale en 2001 : María Teresa Blandón l’interprète comme « le résultat d’une analyse détaillée de la société, très opportunément utilisée à des fins politiques spécifiques ».

« Les nouveaux symboles sont l’expression d’un syncrétisme depuis longtemps latent au sein du Front. Les symboles antérieurs correspondaient à une autre époque, à un autre discours et à une autre proposition, en un moment de l’histoire où il fallait exacerber le récit du guérillero héroïque, de l’homme – je dis délibérément l’homme – bon, noble, engagé, prêt à tout donner pour la patrie. Les symboles antérieurs correspondaient au récit d’un guérillero héroïque qui devait être admiré parce qu’il était prêt à mourir pour la patrie et pour les idéaux de justice. »

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María Teresa Blandón rappelle une époque « associée à la guerre, à la mort, à la souffrance, à l’individu qui abandonnait sa famille pour construire une famille révolutionnaire transcendante ». Une époque qui n’existe plus, elle a été supplantée par une supposée démocratie pacifiée et pacifique, par une époque de consommation qui déguise en politique ce qui est purement économique.

« Cette nouvelle proposition politique du Front était en gestation depuis la défaite électorale de 1990. En des temps de néolibéralisme, de consommation, où les gens veulent oublier la guerre, les morts, les blessures causées par la guerre, où l’on veut d’une certaine manière laisser le deuil en paix, ce Front qui a perdu consécutivement trois élections – en 1990, en 1997 et en 2001 – a besoin de construire de nouveaux symboles. Pour qui ? Pour la majeure partie de l’électorat, des jeunes avec une histoire fragmentée, parce que probablement leurs parents n’ont pas voulu parler à leurs fils et à leurs filles. Certains ont une idée de la pureté révolutionnaire, d’autres ont hérité un grand ressentiment envers ce qu’a signifié la fin de cette révolution. De nombreuses histoires et récits dépendent d’où se trouvaient leurs parents, mais ce sont des récits fragmentés, parce que, dans ce pays, nous n’avons pas réussi à investir dans la récupération de la mémoire historique. Il existe de nombreuses histoires, mais qui ne dialoguent pas, qui ne sont pas connectées. Les jeunes ont des morceaux d’histoire, et le récit complet ne cadre pas avec cette époque où leurs parents les poussent à une recherche plus individuelle pour satisfaire les besoins croissants dans une société de consommation.

« Les discours et les nouveaux symboles du Front pointent cela, afin d’apparaître comme une alternative viable pour la jeunesse, mais sans ce poids de la mystique révolutionnaire propre à la décennie 1970-1980. Plus comme une proposition joyeuse, ludique, quelque chose qui vise la solidarité, mais à partir de tâches très basiques qui se raccordent à une idée religieuse. Être chrétiens, solidaires avec les pauvres, mais sans abandonner ses propres intérêts de développement. Ce qui auparavant pouvait se voir comme individualisme, maintenant nous devons le rendre compatible avec le socialisme, et les symboles doivent être joyeux.

« Le rouge et le noir viennent du sandinisme mature, c’étaient des symboles très solides, mais aussi terribles, associés à la lutte de guérilla en Amérique latine ; ils s’inscrivent dans une ligne associée à la douleur, à la mort, à la souffrance, au danger, au fait même de risquer sa vie.

« Maintenant, nous avons des symboles joyeux, multicolores, avec des messages très simples et des appellations très ambiguës, pour parler aux jeunes sans remettre en question les croyances conservatrices des adultes. Car l’un des thèmes qui toucha le plus le Front dans les années 1980 était une mise en question permanente de certaines idées conservatrices religieuses. De fait, le premier thème qu’adopte le “nouveau” Front est : “Nous sommes chrétiens, socialistes et solidaires”. Ainsi, avec “chrétiens” en premier lieu, cela marque une différence très importante dans les nouveaux symboles et l’esthétique du parti. »

Les rues de Managua parlent des nouveaux symboles et des nouvelles icônes mieux que n’importe quel expert. Les références ne sont plus Fidel Castro et Che Guevara, mais plutôt un Hugo Chávez dans une version « ésotérique » qui, comme l’écrit la journaliste nicaraguayenne Sofía Montenegro, « avec un serpent à plumes et des mini-arbres de Noël, confirme un mauvais goût à l’épreuve des bombes ».

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Aux bords du lac, le FSLN a créé le port Salvador-Allende, une sorte de parc d’attractions avec des restaurants, des bars et des discothèques. L’entrée coûte 5 cordobas, « pour l’entretien du parc », explique le policier à l’entrée. Le complexe est (re)présenté comme une enclave de bien-être et de décontraction, qui semble matérialiser les mots de María Teresa Blandón : attractif pour les jeunes, rassurant pour les adultes. Le parc Allende est un lieu où les habitants de Managua peuvent se divertir, conformément aux valeurs de la chrétienté solidaire, un espace vidé de toute spontanéité et finalement aussi de tout excès. En ligne avec la nouvelle rhétorique de paix et de sécurité sociale, ce parc cherche à transmettre une impression de protection. En le visitant, néanmoins, on a l’impression de se trouver devant une inquiétante fermeture de l’espace public, une enceinte artificielle entourée de barrières métalliques qui séparent cette soi-disant oasis de bonheur sandiniste du morne désert environnant.

« Les symboles sont syncrétiques, parce que cette société est syncrétique : cela découle d’une croyance religieuse bien conservatrice, assez ancienne, qui coexiste avec un certain imaginaire où le thème des couleurs, des pierres, des tarots fait aussi partie d’une manière de tenter d’expliquer le monde et ce qui s’y passe. C’est un mélange de tout cela, il est intéressant de noter que ce n’est pas le produit d’un débat, mais vient de l’idéologue du Front par excellence, doña Rosario Murillo, et elle croit réellement à tous ces éléments. (…) C’est une femme qui représente bien le syncrétisme culturel de la culture nicaraguayenne et elle traduit cette expérience personnelle en une expérience idéologique et discursive. Elle a obtenu finalement que cette expérience se traduise dans toute la structure non seulement du parti, mais du gouvernement. »

En parlant de Rosario Murillo – épouse de Daniel Ortega et coordinatrice du Conseil de communication et de citoyenneté – comme auteure intellectuelle des principaux changements effectués par le Front dans ces dernières années, nous demandons spontanément pourquoi « la Chayo » n’a pas cherché un rapprochement avec les féministes, pourquoi elle n’a pas tenté de coopter ce mouvement au sein de son esthétique et de sa logique. « Parce que ce n’est pas possible », nous répond María Teresa Blandón, « parce qu’elle est très intelligente : sa stratégie consiste à créer un contre-mouvement de femmes qui puisse reproduire cette logique de l’amour, dans son idée la plus traditionnelle de l’unité familiale, de la femme capable de contenir les enfants, les hommes et les compagnons ».

« Elle a tenté de le faire. Mais ce ne fut pas possible, pas seulement par le mérite des féministes, mais parce que le machisme est très grossier, très évident, parce qu’il provoque beaucoup de souffrances. Ce discours sur le rôle des femmes comme protectrices et infirmières de l’espace privé, bien que provenant du cadre religieux, se confronte à des expériences vraiment terribles : l’abus sexuel, la violence, l’abandon du père, l’exploitation du travail des femmes, le harcèlement de rue, le harcèlement sexuel au travail. C’est beaucoup et ce n’est pas tombé dans le vide, parce que dans ce pays circulent les idées féministes, elles n’ont pas cessé de circuler durant ces 40 dernières années, les féministes n’ont pas cessé de dénoncer cette situation et il y a des collectifs de femmes quasiment partout. Alors, le discours de réconciliation, d’amour et de pardon se heurte à une expérience quotidienne de discrimination et il affronte un discours féministe qui dénonce les abus machistes.

« Rosario a pensé, je le crois, qu’il serait facile de marginaliser les collectifs féministes, mais elle n’y a pas réussi, ni dans son discours, ni dans la réalité. Pourtant, tout a été fait. Premièrement, on a commencé par nous menacer d’emprisonner les dirigeantes. Je me souviens lorsqu’en 2006-2007 on a menacé d’emprisonner neuf dirigeantes du mouvement pour avoir aidé une enfant violée à avorter. Ce fut la première campagne contre les féministes lancée par le gouvernement. Après, est venue une campagne de diffamation et de persécution ouverte en 2008-2009 contre certaines organisations : le Mouvement autonome des femmes, le réseau des femmes à Matagalpa et le groupe Venancía. Nous avons eu une énorme capacité de dénonciation et de mobilisation, alors a débuté une campagne de bas niveau pour inciter toutes les organisations du Front et les institutions de l’État à fermer toutes les portes et les possibilités de coopération et d’information aux groupes féministes. Et ensuite est venue la stratégie actuelle, plus silencieuse mais plus dirigée, directement destinée à éviter que les ONG et la coopération au développement appuient financièrement les organisations de femmes.

« Ils ont tout essayé pour nous rendre la vie difficile en nous empêchant de faire des marches comme celle du 8 mars qui, ces trois dernières années, s’est faite constamment, et c’est une bataille permanente. Rosario sait qu’il y a dans le mouvement féministe une direction très dure et très forte, très désenchantée par rapport au Front ; elle sait qu’il existe une blessure incurable, la dénonciation de Zoilamérica contre Daniel Ortega (1) et elle sait que les féministes, après cette dénonciation, n’iront plus jamais négocier avec la direction du Front. C’est une blessure vieille et profonde, sans solution. Les féministes ont dénoncé publiquement Daniel Ortega pour abus sexuel et Rosario comme complice. Il y a comme une sorte de guerre ouverte : nous sommes dénoncées plus que poursuivies, dirais-je. Il n’y pas de féministe prisonnière, menacée de mort, assassinée comme telle, mais il y a une énorme hostilité de la part des structures gouvernementales et partidaires envers les féministes. »

Nous en venons ainsi au thème de la dénonciation du machisme et des féminicides qui constituent une plaie dans toute l’Amérique centrale et auxquels on ne prête pourtant pas l’attention requise. « Parle-t-on de féminicides au Nicaragua ? », demandons-nous.

« Oui, de féminicides, c’est le terme utilisé ici (…). Chaque année, 70 à 90 femmes sont assassinées dans un pays de 6 millions d’habitants, c’est une horreur. Et la tendance s’accroît. Maintenant nous avons 30 cas cette année, la majeure partie d’entre eux se produit dans le cadre des relations de couples ou de fiançailles. Récemment, dans un quartier de Managua, un garçon de 14 ans a assassiné une enfant de 12 ans par jalousie. Ils étaient fiancés, on a dit au garçon qu’elle en fréquentait un autre, et il l’a tuée. Ces faits sont directement liés au machisme dans tous ses excès. Dans ce pays, le harcèlement de rue, la violence physique et psychologique, à l’intérieur de la famille, l’abus sexuel sont très forts. Et toutes les femmes, indépendamment de leur nationalité, sentent qu’il est très difficile de marcher dans les rues de ce pays. »

La situation présentée par María Teresa Blandón confirme que, comme dans le monde entier, dans le Nicaragua « chrétien, socialiste et solidaire », le binôme amour romantique-oppression patriarcale continue à empester tous les rapports de couple et de genre.

« La vérité, c’est que dans cette question de l’amour les hommes et les femmes sont roulés. Nous travaillons avec des hommes et des femmes sur des thèmes qui concernent les droits sexuels et reproductifs et l’un de ces thèmes est l’amour. D’un amour idéal-irréel-oppresseur, construit sur une clé sexiste, par la tromperie de l’éternité, de la fidélité, de l’implication totale, bien sûr les femmes sont celles qui en sortent perdantes, parce que nous sommes les plus écœurées par la reproduction de ce récit qui fait de l’amour le synonyme de la plénitude. Les femmes sont davantage impliquées que les hommes par ce rapport entre amour romantique et violence ; et il en coûte aux femmes de désapprendre ce récit trompeur de l’amour romantique, ce besoin d’aimer un homme et d’être aimée. Comme le disait Kate Millet, “l’amour est l’opium des femmes”. C’est ce qui se passe avec l’amour romantique. Et étrangement, on aurait pu penser que maintenant, avec la supposée liberté sexuelle, l’idéologie conservatrice de l’amour romantique changerait, mais non. D’un côté, nous nous retrouvons avec une idéologie antique-opressive-mal-intentionnée de l’amour comme principale source de réalisation de la femmes et comme l’état le plus merveilleux du monde et, d’autre part, avec l’exigence dans l’ordre de la sexualité du désir, de l’hédonisme. Mais cette autre demande n’est pas généralisée et elle a un relent de classe : on ne la propose pas aux femmes pauvres, noires et indiennes. On propose le sexe sans amour, les libertés érotiques aux femmes de la classe moyenne, avec une certaine capacité de consommation. »

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Ainsi, en proposant la destruction de l’amour romantique, María Teresa Blandón préconise la reconstruction d’un amour libéré des liens patriarcaux pour toutes les femmes et non-excluant.

« La solidarité entre les femmes disparaît pour d’autres raisons : la consommation, l’idéologie néolibérale fomentent la rivalité entre nous et non par rapport à un homme, parce que cet homme n’est à personne : la fidélité est un commandement complètement conservateur, personne n’enlève rien à personne, pourquoi doit-on faire tant de drame ? Enseignons à cette femme que si son homme ne la veut plus parce qu’elle ne l’attire plus ou quelle qu’en soit la raison, tout au long de sa vie elle pourra avoir de nombreux amours et que cette déception ne va pas lui enlever sa capacité de jouissance. Certes, elle se sentira malheureuse, abandonnée, comme nous nous sommes toutes senties lorsqu’on nous rejette, mais nous n’allons pas mourir de désamour, ni d’amour. Il faut être réaliste, je ne peux pas dire à une femme que nous ne souffrons pas, mais nous devons être capables d’affronter le fait qu’on peut cesser de désirer un homme – si nous parlons d’une relation hétérosexuelle – et qu’on peut cesser d’être désirée : nous devons apprendre aux filles que le désir est éphémère et que l’amour a de nombreux aspects. Cela nous aide à être plus libres, à démonter le côté fallacieux de l’amour romantique. Les femmes perdent trop de temps, du temps très précieux où nous devrions être occupées à créer, à lutter, à combattre, à penser. Les femmes investissent trop de temps dans les liens amoureux, particulièrement avec les hommes. Je travaille au moins à cela : d’accord, cette rupture fut douloureuse, mais qu’une femme apprenne à récupérer et ne se sente pas amère, qu’elle apprenne à reconnaître son corps et l’aide à renforcer sa capacité d’aimer et d’orgasme ; si les deux choses vont de pair, alors c’est génial, mais si ce n’est pas le cas, c’est ainsi. »

« Est-il si difficile que ce discours soit accepté et diffusé dans ce pays », lui demandons-nous pour conclure cette discussion.

« Difficile ? Horrible ! Nous avons besoin de préparer les jeunes femmes pour qu’elles essaient autant de fois que nécessaire, sans qu’elles se sentent mauvaises, indignes, pour qu’elles se sentent à l’aise dans leur capacité d’expériences et pour se relever après une déception. Dans notre programme de radio, nous disons cela à tout moment, depuis trois ans. C’est la radio de l’Université centraméricaine, tenue par les Jésuites, nous payons l’espace et jamais ils ne nous ont ennuyées et nous parlons absolument de tout : l’homosexualité, les transgenres, l’orgasme, l’avortement, les amours et les désamours. Nous sommes conscientes que c’est douloureux, qu’il nous arrive toujours de nous illusionner, que l’amour romantique a une partie ennuyeuse et merveilleuse, mais nous disons qu’il faut avoir un œil critique et ne pas le laisser nous manger vivantes, et consacrer moins de temps aux hommes. Que nous ne soyons pas forcées à avoir des relations sexuelles si nous n’en voulons pas, que les filles ne se sentent pas mises sous pression, qu’elles ne se laissent pas faire par mode si elles ne se sentent pas à l’aise. Qu’elles ne se laissent pas entraîner par les pressions de leur groupe, parce que là, généralement, ceux qui donnent le ton, ce sont les hommes. Ni par le prêchi-prêcha de l’amour romantique, ni par les modes de concubinage sans engagement. Raison pour laquelle nous faisons des cycles de formation avec des jeunes sur les droits sexuels, reproductifs et la violence. Il s’agit d’une rencontre mensuelle sur six mois, chaque rencontre dure deux jours, et nous cherchons à diversifier les groupes, afro, métis, de la côte Pacifique, de la Caraïbe, hétéro- et homosexuels, lesbiennes… enfin, c’est ouvert à qui veut s’y joindre. Et nous faisons aussi des campagnes, nous avons édité un guide “des bons amours” qui a remporté un succès retentissant, avec des publicités à la radio, des panneaux au bord des routes et à l’arrière des bus. Nous avons eu environ 40 présentations avec des jeunes à l’échelle nationale, ils/elles en étaient enchanté-e-s. Et bien que nous ne puissions pas être toujours en campagne, parce que c’est usant, et coûteux, nous n’arrêtons pas de travailler, c’est un effort de toutes et de tous, un travail continu, un effort constant. C’est ce que nous faisons. »

Elles le font. C’est beaucoup, mais ce n’est pourtant pas suffisant. Bien que le mouvement féministe, comme le mouvement paysan dans la zone du canal – dont nous parlerons dans un autre texte –, avance, il ne constitue pas une force suffisante pour changer la réalité du Nicaragua. Ce pays qui connaîtra une élection présidentielle en novembre, avec le slogan de « République chrétienne, socialiste et solidaire », est marqué par des différences structurelles évidentes, par un pouvoir démesuré des dirigeants Daniel Ortega et Rosario Murillo et par un machisme grossier et dangereux. Néanmoins, si le chemin du changement est long, il ne manque pas de personnes qui s’y engagent et ce n’est pas un hasard si les figures les plus actives de cette lutte sont des femmes. Lors des derniers événements du sud-est mexicain, les zapatistes l’ont continuellement rappelé : « S’il n’y a pas les femmes, il n’y a pas de révolution ». ■

* Valentina Valle est journaliste à SubVersiones – Agencia Autónoma de Comunicación, qui a publié cet article le 16 août 2016 : http://subversiones.org/archivos/125528 (Traduit de l’espagnol par Hans-Peter Renk).

Notes

1. Zoilamérica Narváez Murillo est la fille de Jorge Narváez et de Rosario Murillo, actuelle épouse de Daniel Ortega. En mars 1998, la belle-fille du président actuel – alors député à l’Assemble nationale du Nicaragua – dénonça ce dernier dans la presse nicaraguayenne, pour lui avoir infligé des abus sexuels et diverses agressions physiques et psychologiques, depuis l’âge de 11 ans jusqu’au moment de cette dénonciation. Ortega demanda alors au premier juge du district du crime le rejet de cette plainte, alléguant qu’il jouissait du privilège de l’immunité en vertu de l’article 139 de la Constitution politique du Nicaragua et que les délits qui lui étaient supposément imputés s’étaient produits de 1978 à 1982, raison pour laquelle ils étaient prescrits à la date de cette dénonciation. Lors de ce procès, qui se termina effectivement par la prescription demandée par Ortega, le mouvement féministe accompagna et appuya la dénonciation de Zoilamérica, en condamnant non seulement Ortega, mais aussi son épouse, pour avoir omis de dénoncer et pour avoir couvert ce délit. Cela donna lieu à la rupture irrémédiable dont parle María Teresa Blandón. (Note de l’auteure)

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