Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 642-643 août-septembre 2017

OCTOBRE 1917-2017

D’un communisme décolonial à la démocratie des communs : Le « siècle soviétique » dans la tourmente de la « révolution permanente » (1/4)

Cf. aussi : [Samary Catherine] [Révolution Russe]

Catherine Samary

I- De la révolution d’Octobre à la stalinisation

Petrograd, 1<sup>er</sup> mai 1017

Petrograd, 1er mai 1017

« De quelle sorte seront les mille grandes et petites mesures concrètes en vue d’introduire les principes socialistes dans l’économie, dans le droit, dans tous les rapports sociaux ? Là, aucun programme de parti, aucun manuel de socialisme ne peut fournir de renseignement (…). Seule l’expérience est capable d’apporter les correctifs nécessaires et d’ouvrir des voies nouvelles. Seule une vie bouillonnante, absolument libre, s’engage dans mille formes et improvisations nouvelles, reçoit une force créatrice, corrige elle-même ses propres fautes. »

Rosa Luxemburg, La révolution russe (1)

Synthèse et articles Inprecor

Nous ne sommes plus dans le contexte du « siècle soviétique » (2) et l’on assiste à diverses formes de dépassement des organisations du « mouvement ouvrier » ancrées dans cette époque. Pourtant, alors que se déploient les polarisations politiques et une crise de civilisation (écologique, socio-économique, politique) intrinsèquement associée au capitalisme globalisé, les questions stratégiques « classiques » du XXe siècle se reformulent de façon complexe et interpellent, dans des conditions radicalement nouvelles, toutes les organisations qui demeurent convaincues de l’urgente nécessité de « changer ce monde » (3). Le « pur capitalisme » du XXIe siècle (4), appuyé sur ses firmes et institutions mondialisées, financières et militaires, tend à revenir au XIXe siècle en voulant faire de toutes les résistances du « court XXe siècle » une simple et aberrante parenthèse, donc en réduisant au goulag les révolutions qui ont justement voulu transformer le monde. Sa guerre sociale s’accompagne d’opérations idéologiques dignes de la formulation de George Orwell (dans un ouvrage qui aurait dû s’intituler 1989 !) : « Celui qui contrôle le présent contrôle le passé. Celui qui contrôle le passé, contrôle le futur ». On ne peut y résister sans un inventaire pluriel et systématique des avancées, reculs, et échecs de la « révolution permanente » travaillant le « siècle soviétique » – sur des enjeux toujours actuels mais approfondissant les dimensions démocratiques et égalitaires d’un communisme décolonial (5) né en Octobre 1917 (6).

Mise en perspective du devoir d’inventaire

La nouvelle ère géopolitique et sociale ouverte par le tournant dit « néolibéral » des années 1980 est celle d’une guerre sociale radicalisée et mondialisée et de nouvelles guerres « tout court » dites de civilisation, depuis le basculement de 1989/1991. Son point de départ a été la réponse de classe, sous une idéologie « néolibérale », à la profonde remise en cause du « système-monde capitaliste » (7) qui marquait les années 1960-1970 : celle-ci fut vécue par les dominants comme la menace interne/externe du « communisme » – comme en témoignent les rapports secrets des policiers « couvrant » la Conférence de solidarité avec les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine dite Tricontinentale se tenant à La Havane en 1966 (8). Cette menace, ouverte par Octobre 1917, ne s’est pas interrompue malgré la bureaucratisation des soviets et la stalinisation totalitaire de l’URSS, et malgré le comportement de cette nouvelle « grande puissance », cherchant à subordonner à sa diplomatie les PC du monde entier, dans le pire des brouillages idéologiques.

Il faut donc revenir sur le scénario « impur » (par rapport aux pronostics de Trotski notamment) de ce que fut la Seconde Guerre mondiale et les nouvelles révolutions qui se sont engouffrées dans une crise structurelle du capitalisme marquée par la montée du fascisme et les ruptures révolutionnaires au cœur de deux guerres mondiales et de la phase poststalinienne du « siècle soviétique » (9). Il y eut de diverses façons « défaite du communisme dans sa victoire » (10) – avec un blocage des transformations socialistes par le bureaucratisme et le « substitutisme » des partis au pouvoir (parlant au nom des travailleurs) qui vont faciliter la restauration capitaliste – mais non sans avancées révolutionnaires dans le monde. Cela impose l’analyse concrète de l’imprévu, de l’hybride, et notamment des orientations des différents PC selon qu’ils se sont pliés ou pas (et comment ?) à la « défense du socialisme dans un seul pays ». Mais aussi la mise à plat de ce qui dans les échecs de ce siècle n’était dû ni aux adversaires de classe, ni aux réformismes de l’adaptation au capitalisme, ni au stalinisme – mais à tous ceux qui, révolutionnaires sincères, ont pu se tromper et mutuellement « s’excommunier » sans critiquer, dans leurs propres rangs, les méthodes dénoncées « ailleurs ».

Le devoir d’inventaire s’impose donc, comme le disait Daniel Bensaïd (11), à la fois au sein de chaque famille politique et sur des bases égalitaires avec des regards croisés : ce devoir a commencé et doit être poursuivi de façon plurielle au nom même d’un communisme qui n’est, disait Bensaïd en reprenant Marx et Engels, « ni une idée pure ni un modèle doctrinaire de société », mais « le nom d’un mouvement qui, en permanence, dépasse/supprime l’ordre établi » et conteste tous les rapports de domination.

Il faut analyser comment ce communisme-là travaillait aussi le « système-monde soviétique », au sens inclusif de toutes ces révolutions, contre et malgré la stalinisation : cela est vrai jusques et y compris avec l’émergence des conseils ouvriers contre l’occupation des tanks soviétiques en Tchécoslovaquie en 1968 ou la même année en Yougoslavie dans les mouvements exigeant « l’autogestion de bas en haut » contre la « bourgeoisie rouge » (12) ; et ce fut encore vérifié, en dépit d’un contexte idéologique de plus en plus brouillé, avec le « Rendez-nous nos usines » des travailleurs polonais (13) et le projet de république autogérée de leur syndicat indépendant Solidarnosc en 1980 – aux antipodes de la thérapie de choc libérale et des privatisations, une décennie plus tard – autant de mouvements aspirant à réduire l’écart entre idéaux communistes proclamés et réalité, révélant les contradictions réelles de ces régimes.

Le devoir communiste d’inventaire doit donc intégrer plusieurs exigences et objectifs, enrichissant et actualisant la problématique d’un communisme décolonial de la « révolution permanente » à l’œuvre dans la révolution d’Octobre, vers un « pluriversalisme décolonial » (14).

Cette contribution ne peut être qu’un éclairage partiel dans cet inventaire pluriel nécessaire. Elle propose une interprétation du « siècle soviétique » qui intègre pleinement la tourmente de la « révolution permanente », sous l’angle international et celui de la transformation qui se voulait socialiste – dans leurs « impuretés », avancées et reculs, non réductible au stalinisme, et non interrompu par le stalinisme. L’objectif est aussi le dépassement d’anciens débats sur la « construction du socialisme » par leur actualisation dépassant de faux dilemmes à la lumière d’élaborations sur une société autogestionnaire, nées de l’expérience – celle des contradictions et des crises de la Yougoslavie des années 1960 et celles qui concernent les territoires et biens « mis en commun » (15), dans le monde. Les réflexions les plus élaborées sur ces dernières peuvent aider à comprendre ce qui a manqué à l’autogestion yougoslave ; mais réciproquement celle-ci permet de soulever les enjeux de pouvoir et de système dans les débats et expériences actuels sur les communs de façon à réfléchir aux conditions d’émergence d’une « société des communs » contradictoire avec la logique capitaliste – une utopie concrète ?

I- De la révolution d’Octobre à la stalinisation

La conception de la transformation socialiste et l’amorce d’un communisme décolonial

Le stalinisme a-t-il été le prix d’une révolution « prématurée » ? Dans les Leçons d’Octobre, Trotski (16) fustige ceux qui veulent que « les pays avancés montrent aux pays retardataires ce à quoi leur avenir doit ressembler » (17). La formulation synthétise la rupture entre bolcheviks et mencheviks (18) – mais aussi une évolution de la pensée marxiste : avant la révolution d’Octobre, le scénario dominant supposait que la révolution socialiste surgirait des sociétés capitalistes les plus développées qui « montraient la voie » – non sans vision civilisatrice pénétrant y compris de premières formulations marxistes, analysées par K.B. Anderson (19). Les soulèvements populaires au sein des pays (néo)colonisés mais aussi en Russie ont été essentiels pour modifier cette perception. Cette question est au cœur de bien des débats actuels contre les visions occidentalo-centrées des luttes et transformations à l’ordre du jour.

Les révolutions de Février et d’Octobre 1917 ont surgi des contradictions spécifiques de la société russe telle qu’elle était reliée au « système-monde capitaliste », alors en crise. Lénine avait affirmé avec force en avril 1917 l’actualité d’une rupture anticapitaliste commençant en Russie dans le contexte de la guerre mondiale inter-impérialiste (20). Cette approche s’ancrait dans son analyse de l’impérialisme (21), marquant une inflexion de la pensée marxiste que la stalinisation va occulter : le capitalisme était appréhendé comme un système, articulé et hiérarchique, et non une somme d’États devant tous connaître le même scénario d’industrialisation. C’était aussi actualiser et prolonger le début de prise en compte par Marx des résistances émergeant dans « les marges » de l’Empire britannique, souligné par K.B. Anderson – de l’Islande à l’Inde – mais aussi en Russie : dans ses lettres à Vera Zassoulitch de 1881 à propos de la Russie, Marx avait soulevé l’importance stratégique de la paysannerie dans ce type de formation sociale (22) ; et il avait émis l’hypothèse d’une révolution russe qui deviendrait « le signal d’une révolution prolétarienne à l’Ouest, de telle sorte que toutes deux se complètent ».

Dans son Histoire de la révolution russe, Trotski affirme à son tour : « Pour que se fondât un État soviétique, il a fallu le rapprochement et la pénétration mutuelle de deux facteurs de nature historique tout à fait différente : une guerre de paysans, c’est-à-dire un mouvement qui caractérise l’aube du développement bourgeois, et une insurrection prolétarienne, c’est-à-dire un mouvement qui signale le déclin de la société bourgeoise. Toute l’année 1917 se dessine là. » Rosa Luxemburg, imprégnée par ses propres recherches sur l’impérialisme, rejoignait ce point de vue. Elle critiquait l’approche menchevique, soutenue par Kautsky, d’une révolution russe qui « aurait dû » rester seulement « bourgeoise » et anti-tsariste (révolution de Février) : « La Révolution russe fruit de l’entrelacement des relations internationales et de la question agraire ne peut aboutir dans le cadre de la société bourgeoise. »

L’analyse de la « révolution permanente » de Trotski (caricaturée par Staline) s’appuyait sur une notion encore essentielle aux analyses actuelles : il partait du « développement inégal et combiné » d’une formation sociale de la semi-périphérie capitaliste, comme la Russie, mêlant dans ses structures des traits relevant de phases précapitalistes et d’une industrialisation extravertie, sous dépendance étroite des métropoles impérialistes (23). La transformation socialiste d’une telle société dépendait des trois processus articulés de ce que Trotski appelait la « révolution permanente » : la transcroissance de la révolution démocratique bourgeoise (révolution de Février contre le tsarisme) en rupture anticapitaliste (Octobre) ancrée dans la dynamique même des luttes de classe (24) ; la radicale transformation de l’ancienne société au profit des classes dominées ouvrières et paysannes vers une société socialiste sans classes – sans recettes sur le comment ; l’extension mondiale de la révolution contre le système capitaliste, en crise structurelle.

C’est donc dans une optique révolutionnaire interne/externe, lourde d’incertitudes et de tensions, que les dirigeants bolcheviks menèrent de front au début des années 1920 des tâches stratégiquement combinées face à l’ordre mondial existant. D’une part, la construction de l’Internationale communiste (IC) conduisant aux grandes scissions de la IIe Internationale : celles-ci différenciaient les nouveaux partis communistes de la social-démocratie à la fois contre la guerre impérialiste et pour l’extension de la révolution socialiste mondiale dans le souffle d’Octobre. Les clivages imposés par les « 21 conditions » d’adhésion à l’IC se produisaient à la fois au cœur des métropoles impérialistes européennes et dans les pays colonisés, notamment d’Orient (25) – et dans les rapports aux populations dominées de l’Empire russe (26).Simultanément se posaient pour la première fois concrètement les tâches pratiques d’organisation de la nouvelle société de « transition au socialisme ».

Quelle révolution permanente au plan sociétal ?

Les bolcheviks assumaient le fait que la première rupture révolutionnaire pouvait se réaliser dans un « maillon faible » de la chaîne impérialiste. Cela introduisait une phase « de transition au socialisme » néanmoins handicapée par le « sous-développement » des forces productives et une population paysanne majoritaire – avec la perception dominante du relais vital de l’extension de la révolution en Europe, notamment en Allemagne.

Mais, avec le recul on peut synthétiser plusieurs faiblesses : l’absence de clarté sur les questions nationales (27), en particulier celles des nations opprimées de l’Empire russe ; la défiance envers la paysannerie ; une vision économiste du « primat » de la croissance des « forces productives » favorisant le renvoi de la transformation des rapports sociaux de production à une « étape » ultérieure. Il s’agit de dimensions importantes de la « révolution permanente » ouverte par Octobre : la remise en cause des rapports de domination entre nations, l’alliance des travailleurs et de la paysannerie pauvre, l’auto-organisation des populations subalternes dans les soviets et comités d’usine.

Les difficultés rencontrées sur la voie d’une « gestion directe » de l’économie par les producteurs eux-mêmes, sans aucune expérience et avec une population massivement analphabète furent souvent soulignées. Et l’ampleur des tâches d’éducation entreprises par les bolcheviks (28) souligne d’ailleurs la volonté politique de surmonter ce handicap pour la réalisation d’objectifs socialistes. Mais cette « arriération » n’avait pas empêché l’impressionnante éclosion des soviets et du « contrôle ouvrier » dans les usines, l’auto-organisation des conseils (ou « soviets ») d’ouvriers, de paysans et de soldats dans la révolution de 1917. Tout cela avait convaincu les bolcheviks de la dynamique révolutionnaire d’ensemble et de ces formes d’organisation comme « écoles du communisme ». Ils avaient pratiqué dans cette phase un réel pluralisme politique (interne et externe), polarisé autour des enjeux complexes de la paix contre la guerre impérialiste et les orientations patriotiques (non sans conflits d’orientation majeurs entre les divers courants internationalistes voire au sein du parti bolchevik) – et de la pertinence d’exiger « tout le pouvoir aux soviets ! ».

Le passage de la lutte contre à la lutte pour (29) va catalyser un changement d’enjeux et révéler beaucoup d’impréparation. Leur complexité est tangible pour quiconque se replonge dans les scénarios précis indiquant de rapides évolutions de points de vue et des chassés-croisés sur des questions différentes dans la phase 1918-1927 dont il hors de question de rendre compte sérieusement ici.

Le constat d’un cours désastreux, qu’on peut juger erroné, est plus facile à faire que son interprétation – avec l’inacceptable assimilation entre ce qui relève d’actions « contre-révolutionnaires » ou de trahison, et ce qui relève d’erreurs et divergences graves entre révolutionnaires (marxistes ou/et libertaires) partageant la même défense d’Octobre. Mieux vaut surmonter les invectives et porter l’accent sur les analyses et constats : celui d’un cours hyper-centraliste prôné par Lénine, minutieusement décrit par Jean-Jacques Marie (30). On ne décrira pas ici ses basculements, de la « main de fer » au « corset de fer » s’imposant non seulement sur les ennemis (réels ou présumés) de la révolution, mais sur les couches du prolétariat et de la paysannerie « qui n’agissent pas dans l’intérêt de l’État » – c’est-à-dire, en pratique, des intérêts interprétés par le parti, si ce n’est la direction bolchevique voire Lénine, avec tout son prestige. Ce substitutisme radical et de la pire violence dans les actions de la Tchéka (supposées en défense de la révolution contre ses ennemis et souvent expéditives et arbitraires) s’accompagne de la militarisation de l’économie et de mesures croissantes réduisant le pluralisme politique externe et interne au parti – sans que les oppositions et points de vue publics disparaissent avant 1926.

Dans l’État et la révolution, rédigé par Lénine (31), le nouvel État – soviétique – basé sur les classes dominées de l’ancien régime, devait « dépérir » en étant « accessible pour tous ». La thèse du dépérissement nécessaire de l’État fut contestée par Lénine lui-même l’année suivante face au délabrement de l’économie et au caractère explosif de la situation. L’immense écart entre cette affirmation et le contenu pris par la « dictature du prolétariat » a été analysé et critiqué (32), notamment (outre les libertaires) par les « communistes de gauche » et d’autres oppositions au sein du bolchevisme (33). Les membres du courant du « centralisme démocratique » (aussi appelés « décistes », de « D.C. » ses initiales en russe) se regroupèrent en 1919 en défendant une vie démocratique du parti contre son centralisme bureaucratique ; ils prônaient aussi la revitalisation des conseils et un contrôle ouvrier sur les « spécialistes » nommés à la tête des entreprises – contre le point de vue de Lénine sur ce plan qui prônait une direction « unique » et sous contrôle du seul parti bolchevik. Cette opposition s’exprima aussi contre la militarisation du travail prônée par Trotski (34). De son côté, l’Opposition ouvrière (35) mettait l’accent sur le caractère collectif de la gestion des entreprises passant par l’activité des bolcheviks au sein des syndicats industriels (36).

Les positions vont être évolutives face à la décomposition de l’économie puis face à la guerre, tout en étant marquées par certaines approches théoriques initiales. Un an avant leur introduction, Lénine avait été plutôt réticent envers de trop radicales mesures de nationalisations : dans le contexte où il percevait la décentralisation marchande et individualiste paysanne comme problème essentiel, il avait prôné un certain « capitalisme d’État » combinant des nationalisations et un recours au capital étranger ou russe – sous contrôle de « l’État prolétarien ». Boukharine s’y était plutôt opposé, soutenant la radicalité des nationalisations de ce qu’on appela le « communisme de guerre », y compris contre l’appel à des spécialistes qualifiés, loin des positions ultérieures qu’il défendit dans le cadre de la NEP pour une « planification à pas de tortue » qui ménage la paysannerie. L’ABC du communisme rédigé par Boukharine en 1919 (et largement diffusé dans l’Internationale communiste) reflétait un radicalisme initial proche de Lénine quant à la façon dont le capitalisme développé y était analysé comme « préparant le communisme » par la destruction de la petite production marchande et la concentration monopoliste. Il s’en dégageait une critique principale du capitalisme sous l’angle de l’anarchie de ses crises, associées aux mécanismes marchands, tout en étant évidemment critique de l’appropriation de la plus-value produite par les travailleurs par les profits privés.

D’une certaine façon, le communisme de guerre était perçu, par ses nationalisations radicales et la suppression de toute monnaie (pas de banque centrale, comme le rappelle Jean-Jacques Marie), comme le moyen de supprimer brutalement cette « anarchie capitaliste » et celle de la petite production marchande (supposée nourrir le capitalisme) en même temps que l’appropriation privée du surplus. La valorisation par Lénine de « l’organisation scientifique du travail » associée au travail aux pièces, ou les propositions de militarisation des syndicats intégrés à l’État « prolétarien » que soutint Trotski, reflétaient ces illusions et erreurs « économistes » – confrontées à la bureaucratisation de l’État : Lénine en fut rapidement conscient, s’opposant pour cette raison à Trotski sur la question syndicale en estimant que l’autonomie des syndicats devait être préservée pour défendre les travailleurs contre « leur État ».

Mais l’ABC du communisme ne mettait pas en évidence « l’économie politique des travailleurs » (37), en conflit avec les critères d’économie politique du Capital. Le « despotisme d’entreprise » n’y était pas remis en cause – et l’approche dominante chez les marxistes sur le « primat » de la croissance des forces productives (38), comme condition d’une transformation socialiste, marquait sans doute, au-delà du pragmatisme de l’urgence, une forme d’étapisme économiste. La notion de « transition au socialisme » reflétait sans doute partiellement – de façon discutable – cet étapisme. Les anarchistes comme les « communistes de gauche » le critiquèrent, en prônant la démocratie au cœur des entreprises – à juste titre. Cela n’impliquait aucune réponse simple et évidente sur la façon d’organiser l’économie et le « pouvoir ».

Dans l’immédiat, les logiques autogestionnaires du contrôle ouvrier furent bloquées, soit parce qu’elles étaient perçues comme contradictoires avec l’état de développement de l’économie, soit par défiance envers les capacités des travailleurs sans expérience à surmonter un certain localisme du « contrôle ouvrier » ou de la gestion d’entreprise, face à l’urgence des tâches de coordination de l’économie. L’étatisme s’imposait contre la transformation des rapports sociaux exprimée de façon embryonnaire dans les comités d’usine et les soviets – ce qui facilitera la cristallisation de l’appareil stalinien. Trente ans plus tard, cette logique étatiste va être remise en cause par les communistes yougoslaves, contre Staline. La révolution permanente reprenait son cours sinueux. Mais dans l’immédiat les engrenages régressifs vont se poursuivre non sans débats et confrontations majeures.

La tragique erreur de la répression de Cronstadt

La prise de conscience par les dirigeants bolcheviks de la bureaucratisation de l’État et du parti (auquel adhéraient une bonne partie des membres de l’ancien appareil tsariste) et le constat des effets contreproductifs de la suppression de tout marché dans la production agricole se feront sous pression des révoltes populaires croissantes. Mais ce sera trop tard, et de façon insuffisamment claire, pour éviter la tragique erreur de la répression du soulèvement de Cronstadt (et non la « tragique nécessité » contre les menaces des Blancs, comme ce fut perçu à l’époque très largement, y compris par toutes les oppositions internes aux bolcheviks et par Victor Serge).

Dans son chapitre sur « la crise de la révolution », Pierre Broué (39) s’appuie notamment sur le travail à ce sujet de l’historien Paul Avrich (40). Tout en confirmant la réalité de composantes contre-révolutionnaires au sein de la rébellion, il conclut de façon claire : « Ces découvertes importantes accréditent-elles la version caricaturale de l’insurrection-conspiration, version policière de l’histoire selon laquelle les insurgés n’auraient été en quelque sorte que les instruments de la manipulation effectuée par des “agents” ? Une telle interprétation est insoutenable. Les marins de Cronstadt reflétaient indiscutablement, dans leurs revendications et leur programme, la colère populaire, la volonté d’en finir avec l’oppression que signifiait pour elle le communisme de guerre d’une masse paysanne unanime, mais aussi d’une fraction importante de la classe ouvrière » (41). Il souligne aussi l’influence prépondérante des anarchistes « en prise avec l’état d’esprit des marins que l’historien Paul Avrich résume par “le dégoût des privilèges et de l’autorité, la haine de l’embrigadement, le rêve d’autonomie locale et d’auto-administration” » – dans un contexte de grande « détresse dans le pays ».

On peut donc estimer confirmé le point de vue similaire que Victor Serge exprimait en 1947 – un point de vue important, parce que se situant toujours du côté de la révolution d’Octobre, et combattant explicitement les mensonges concernant la politique des bolcheviks (supposés putschistes ou refusant dans la révolution de travailler avec d’autres courants) (42). Mais il dénonce ensuite clairement des erreurs dont l’engrenage fut fatal : notamment la mise en place de la Tchéka avec tout son arbitraire, et la répression de Cronstadt. On peut adhérer à sa conclusion sur ce plan : « Lénine, en proclamant la fin du “communisme de guerre” et la “nouvelle politique économique” (NEP), satisfit les revendications économiques de Cronstadt, après la bataille et le massacre. Il reconnut ainsi que le Parti et lui-même s’étaient enferrés en maintenant un régime intenable et dont Trotski avait du reste dénoncé les périls et proposé le changement un an auparavant. La nouvelle politique économique abolissait les réquisitions dans les campagnes, remplacées par un impôt en nature, rétablissait la liberté du commerce et de la petite entreprise, desserrait en un mot l’armature mortelle de l’étatisation complète de la production et des échanges ». Mais, ajoute-t-il, « il eût été naturel de desserrer en même temps l’armature du gouvernement, par une politique de tolérance et de réconciliation envers les éléments socialistes et libertaires disposés à se placer sur le terrain de la Constitution soviétique » (43).

Tel ne fut pas le choix de Lénine : la répression du pluralisme s’étendit au contraire avec l’interdiction des fractions. Par contre la façon d’appréhender la société et l’économie se modifia au sein des marxistes russes (en rupture avec les illusions du « communisme de guerre », largement partagées) : on se situa sur le plan plus réaliste d’une « société de transition au socialisme ». Cette conceptualisation domina les débats des années 1920 entre Trotski, Préobrajenski et Boukharine (44) – et elle fut reprise dans le post-stalinisme, à Cuba ou en Yougoslavie (45). Sa vertu est d’expliciter (et non de cacher comme l’imposera durablement le stalinisme) la réalité d’une société conflictuelle et fragile, non socialiste où se pose concrètement la question des rapports entre l’industrialisation planifiée et l’agriculture marchande. Mais les débats « économiques » n’intégraient pas explicitement la question de la bureaucratisation de l’État (et du parti), donc aussi du « despotisme » d’usine que seule une démarche explicitement autogestionnaire permettait de remettre en cause.

Des difficultés objectives à l’enjeu démocratique au cœur de la révolution permanente

Victor Serge « trente ans après » (46), comme Rosa Luxemburg (47) exprimant ses critiques aux bolcheviks, commençait par se « situer » : quelles que soient leurs critiques, l’un et l’autre restaient fidèles à une impressionnante révolution dont les travaux des historiens (48) ont confirmé la profondeur et les liens subtils noués entre un parti bolchevik (loin d’être homogène et discipliné derrière Lénine souvent mis en minorité) et l’auto-organisation démocratique des masses populaires inventant les soviets et comités d’usine. C’est le caractère attractif d’un tel parti qui lui permit de côtoyer sur de nombreux fronts de bataille, voire de rallier à ses rangs des libertaires comme Victor Serge (49) pour autant que les bolcheviks défendaient les aspirations populaires fondamentales – le pain, la paix, le contrôle ouvrier dans les usines, la terre à ceux qui la travaillent et « tout le pouvoir aux soviets ». Mais quelle démocratie soviétique s’agissait-il de construire ?

Après Octobre 1917 l’opposition concrète à la logique du parti unique et à son pouvoir dans l’État soviétique impliquait-elle de proposer des « soviets sans partis », ou « sans les bolcheviks », comme le proposaient certains courants libertaires ? Ne fallait-il pas laisser aux membres des soviets eux-mêmes le choix d’accepter ou pas les différents partis (ou leurs membres) selon leur comportement pratique et leur respect de la démocratie des soviets – selon des règles à élaborer dans un congrès – ou une « assemblée constituante », sur des bases pluralistes ?

La dissolution de l’Assemblée constituante par les bolcheviks souleva les questionnements de Rosa Luxemburg (50). Mais elle considérait qu’ils avaient eu raison de ne pas vouloir « confier le sort de la révolution à une Assemblée qui représentait la Russie de Kerensky, la période d’hésitations et de coalition avec la bourgeoisie ». Ce qu’elle ne partageait pas avec Lénine et Trotski, c’était leurs arguments rejetant tout projet de nouvelle constituante. Même s’il n’était pas convaincant de dire, comme elle l’écrivait de sa prison, qu’il fallait « convoquer immédiatement » une nouvelle assemblée, ses arguments contre les restrictions démocratiques, du point de vue même de la consolidation de la révolution, étaient (sont) essentiels.

Les difficultés de la situation justifiaient-elles les mesures répressives ? Là encore, Rosa Luxemburg soulevait explicitement cette question difficile, sans contester la nécessité de mesures répressives « pour protéger la collectivité ». Mais sa logique dominante était d’estimer que les difficultés étaient plutôt, au contraire, un argument contre les mesures liberticides à caractère général : « les tâches gigantesques auxquelles les bolcheviks se sont attelés avec courage et résolution nécessitaient l’éducation politique des masses la plus intense et une accumulation d’expérience qui n’est pas possible sans liberté politique », disait-elle. Ceci valait pour les soviets et pour le parti – et pas seulement pour la convocation d’une constituante.

Loin de se détourner des tâches de transformation socialiste, Rosa Luxemburg disait vouloir combattre l’illusion que « la transformation socialiste est une chose pour laquelle le parti de la révolution a en poche une recette toute prête, qu’il ne s’agit plus que d’appliquer avec énergie ». Et elle ajoutait : « Par malheur – ou, si l’on veut, par bonheur –, il n’en est pas ainsi. Bien loin d’être une somme de prescriptions toutes faites qu’on n’aurait plus qu’à appliquer, la réalisation pratique du socialisme en tant que système économique, juridique et social, est une chose qui reste complètement enveloppée dans les brouillards de l’avenir. (...) Seule l’expérience est capable d’apporter les correctifs nécessaires et d’ouvrir des voies nouvelles. Seule une vie bouillonnante, absolument libre, s’engage dans mille formes et improvisations nouvelles, reçoit une force créatrice, corrige elle-même ses propres fautes » (51).

En 1923, mettant au cœur des urgences la lutte contre la bureaucratisation de l’appareil et du parti, Trotski (52) mettait l’accent sur la nécessité des débats, tout en étant confronté à la montée du « fractionnalisme » et de ses polémiques destructrices. C’était l’illustration des préoccupations de Rosa Luxemburg. Il s’y ajoutait la critique de travers qui avaient commencé à affecter (y compris dans les propres pratiques de Trotski ou celles de Lénine) la liberté d’exprimer des divergences politiques : « il ne faudrait pas comprendre d’une façon trop simpliste la pensée que les divergences du Parti et, à plus forte raison, les groupements ne sont autre chose qu’une lutte d’influences de classes opposées. Ainsi, en 1920, la question de l’invasion de la Pologne a suscité deux courants d’opinions, l’un préconisant une politique plus audacieuse, l’autre prêchant la prudence. Y avait-il là différentes tendances de classe ? Je ne crois pas qu’on puisse l’affirmer. Il n’y avait que des divergences dans l’appréciation de la situation, des forces, des moyens. Mais le critérium essentiel de l’appréciation était le même chez les deux parties ».

Bientôt, toute la vieille garde bolchevique va être éliminée – politiquement et physiquement – par Staline, les divers « regroupements fractionnels » et positions critiques, quelles qu’elles soient, de Boukharine à Trotski, seront assimilés à « l’ennemi de classe » infiltré.

La stalinisation, interne et internationale, et la bureaucratisation politico-sociale au cœur des révolutions

C’est dans le contexte d’isolement de la révolution russe (53), après l’échec des avancées en Allemagne notamment, d’une population affamée et épuisée, et des tensions majeures internes à la société et au parti bolchevik où se préparait « la succession » de Lénine, que Staline mit à l’ordre du jour le « socialisme dans un seul pays » (contre l’épuisante « révolution permanente » !).

À la fin des années 1920, la collectivisation forcée de l’agriculture (avec toutes ses dimensions d’oppression nationale grand-russe, notamment en Ukraine), consolida l’appareil de l’État/parti devenu unique après avoir radicalisé les mesures répressives prises par les bolcheviks du vivant de Lénine. Les vagues de grands procès et de purges frappant notamment les vieux bolcheviks, la liquidation physique d’opposants réels ou supposés, accompagnèrent la mise en place de la planification hypercentralisée et détaillée, en nature, radicalisant l’approche de Préobrajenski de façon répressive.

L’industrialisation accélérée favorisa aussi une promotion sociale et politique verticale massive de paysans dans la classe ouvrière, de travailleurs dans l’appareil d’État/parti jusqu’aux plus hauts sommets. Malgré les derniers combats de Lénine (54) prenant conscience de la bureaucratisation de « l’État ouvrier » et de l’orientation « grand-russe » de Staline, un système stalinien totalitaire se cristallisa. À la fin des années 1930, Staline proclama que l’URSS était devenue socialiste. Son modèle de planification devint désormais « le critère » de base du « socialisme » dans les PC stalinisés. Le socialisme était également supposé sans conflit. Le régime fit donc régner désormais la censure de toute expression des conflits – de classes ou autres. La très rapide croissance industrielle, et sa priorité immédiate à l’industrie lourde, s’accompagna d’un embrigadement « stakhanoviste » des travailleurs.

Cependant la montée du fascisme et la Seconde Guerre mondiale vont produire de sanglantes et opaques polarisations. Après la rupture du Pacte germano-soviétique, l’implication des PC et de l’URSS dans le camp antifasciste et ses victoires vont donner un nouveau souffle et prestige international au pouvoir stalinien. Ils ne feront pas oublier l’annexion forcée des pays baltes ou la déportation des Tatars de Crimée, tous suspects de complicités avec les nazis.

Mais les PC devaient désormais populariser de façon apologétique les succès soviétiques et éviter tout débordement anticapitaliste de peur qu’il ne soit attribué à l’URSS – ce qui la gênerait dans ses négociations de partage du monde entre grandes puissances, sur le dos des peuples, comme à Yalta. Si une aide avait été apportée par l’URSS aux combattants du franquisme, ceux-ci furent combattus et assassinés par le Kremlin s’ils allaient au-delà de la lutte antifasciste – comme Ken Loach l’a souligné dans son film Land and Freedom.

Face à la montée du fascisme et aux comportements des PC, Trotski a estimé que l’IC stalinisée était morte et décida avec ses camarades de créer la IVe Internationale à la fin des années 1930 – avant même que Staline décide de remplacer le Komintern par un simple Bureau d’information. Cet acte concrétisait le constat de la réalité d’un tournant stratégique : désormais la transformation socialiste mondiale était subordonnée à « la construction du socialisme dans un seul pays ».

Le réformisme des partis communistes se distingua donc de celui de la social-démocratie par sa référence durablement maintenue à un projet socialiste – incarné par l’URSS. Il fut crédible dans le contexte de la reconstruction des pays du centre capitaliste après la guerre. Il en fut autrement dans les semi-périphéries du capitalisme connaissant des dictatures et polarisations de classe extrêmes. C’est là que de nouvelles crises révolutionnaires vont surgir, tout d’abord à la faveur de la Seconde Guerre mondiale.

* Catherine Samary, économiste, est membre de la gauche radicale en France et du Comité international de la IVe Internationale. Elle a publié, notamment, Yougoslavie, de la décomposition aux enjeux européens (éditions du Cygne, 2008), Les Conflits yougoslaves de A à Z (L’Atelier, 2000, écrit avec Jean-Arnault Dérens), La Déchirure yougoslave – Questions pour l’Europe (L’Harmattan, 1994), Le Marché contre l’autogestion, l’expérience yougoslave (Publisud-La Brèche, 1988).

Notes

1. Rosa Luxemburg, La révolution russe, https://www.marxists.org/francais/luxembur/revo-rus/rrus.htm

2. Cf. Moshe Lewin, le Siècle soviétique, Paris 2003, Fayard/le Monde diplomatique.

3. Je ne peux traiter ici, mais je tente d’interpréter sous l’angle des enjeux stratégiques « L’essor et les crises du mouvement altermondialiste » dans un article sous ce nom paru dans : Bertrand Badie et Dominique Vidal (dir.), En quête d’alternative – L’état du monde 2018, Paris 2017, La Découverte.

4. Michel Husson, Un pur capitalisme, Lausanne 2008, Cahiers Libres, Page Deux.

5. J’utilise ici les notions de « communisme décolonial » et de « pluriversalisme décolonial » (Zahra Ali Z. & Sonia Dayan-Herzbrun dir., « Un pluriversalisme décolonial », Tumultes n° 48, mai 2017, éditions Kimé) tout en les considérant évidemment ouvertes à bien des débats et analyses croisées en cours, parfois très conflictuelles, qu’il est hors de question de présenter ici. Lire notamment Capucine Boidin, « Études décoloniales et postcoloniales dans les débats français », Cahiers des Amériques latines (http://cal.revues.org/1620). J’évoque ces notions pour m’inscrire explicitement dans les approches critiques des versions linéaires et « civilisatrices » des combats émancipateurs – celui du communisme en général, du féminisme en particulier, ainsi que ceux de « l’antiracisme politique ». Il est essentiel d’intégrer dans les points de vue marxistes et dans tous les combats émancipateurs (donc, de mon point de vue « communistes ») l’analyse des oppressions croisées (classe, race, genre...) ou encore de « l’intersectionnalité » des rapports de domination ; mais aussi l’appui essentiel sur l’auto-organisation des populations concernées comme condition de l’émancipation. Cela n’implique au plan des analyses et des orientations politiques aucune « ethnicisation » ou approche « sociologisante » essentialiste. Les thèses (de Léon Trotski notamment) sur le « développement inégal et combiné » des diverses sociétés articulées dans le système-monde capitaliste, et l’intégration des luttes féministes et nationales aux combats de classe, ont été dans mon militantisme et la formation politique que j’ai reçue en critique radicale d’un « communisme » ouvriériste et perméable aux postures néocoloniales. J’ai partagé de plus, notamment avec mes amies du Collectif des féministes pour l’égalité (CFPE), une opposition concrète aux approches et comportements des courants féministes dominants face aux jeunes filles et femmes portant le foulard, et excluant une diversité de cheminements des combats féministes. Il ne s’est jamais agi de rejeter les aspirations universalistes des combats émancipateurs, ni de tomber dans un éclectisme « relativiste », mais du rejet d’un pseudo-universalisme des dominants, et de la découverte (heureuse) d’une pluralité de cheminements et de références dans la construction d’un universalisme concret.

6. L’Internationale communiste impulsée par les bolcheviks ne pouvait encore être « post » coloniale mais bien commencer à être « décoloniale ». Franz Fanon estime dans les Damnés de la terre, que « les analyses marxistes doivent être toujours légèrement distendues chaque fois qu’on aborde le problème colonial ». Sur le communisme « postcolonial » voir notamment : http://revueperiode.net/provincialiser-le-sujet-occidental-pour-un-communisme-postcolonial/. Voir également : Benjamin Bürbaumer, « Retour vers le futur. Les origines du capitalisme », Revue Période (http://revueperiode.net/retour-vers-le-futur-les-origines-du-capitalisme/) et K.B. Anderson, Marx at the Margins, on nationalism, etnicity and non-Western Societies (édition française, Syllepse 2015, Marx aux antipodes – Nations, ethnicités et sociétés non occidentales) : http://abahlali.org/files/Anderson - Marx at the Margins.pdf

7. J’emprunte ici cette notion de « système-monde capitaliste » dans un sens sensiblement différent de celui que lui donne I. Wallerstein (Comprendre le monde – Introduction à la théorie des systèmes-monde, La Découverte, Paris 2009) : je retiens de son approche l’idée (commune aux thèses marxistes sur l’impérialisme) d’un système capitaliste articulé et marqué au XIXe siècle par des rapports de domination entre pays du « centre » et « (semi)périphéries » (néo)colonies ; mais j’y insère explicitement, contrairement à I. Wallerstein, l’approche marxiste des rapports de production et crises du capitalisme à la racine de la mondialisation impérialiste, exploitant les atouts de la colonisation antérieure. En omettant de le faire, I. Wallerstein « étend » la notion de « capitalisme » de façon non convaincante – ce que critique Robert Brenner (« La théorie du système-monde et la transition au capitalisme » http://revueperiode.net/la-théorie-du-systeme-monde-et-la-transition-au-capitalisme-perspectives-historique-et-theorique/) concernant l’émergence du capitalisme ; mais cette critique s’applique, de mon point de vue, à la non-prise en compte par I. Wallerstein d’un autre « système-monde », non capitaliste (et largement autarcique) issu des révolutions du « siècle soviétique », sur un tiers de la planète – favorisant aussi les résistances anticolonialistes. Cf. C. Samary, Contribution au débat sur la situation mondiale et l’impérialisme aujourd’hui : http://www.cadtm.org/Contribution-au-debat-sur-la

8. Cf. R. Gallissot, « Mehdi Ben Barka et la Tricontinentale », le Monde diplomatique, octobre 2005, https://www.monde-diplomatique.fr/2005/10/GALLISSOT/12827 ; S. Bouamama, la Tricontinentale. Les peuples du tiers-monde à l’assaut du ciel, Cetim/Syllepse, Genève/Paris 2016.

9. Comme le fait Moshe Lewin, il faut distinguer une phase spécifiquement totalitaire – que Trotski lui-même a pu comparer dans bien des traits au nazisme – et l’URSS de l’après XXe congrès où le régime tente de se stabiliser par d’autres méthodes et des rapports de productions spécifiques sans transformation démocratique socialiste : il s’agit donc d’une semi-rupture avec le stalinisme. Cf. notamment les textes de Moshe Lewin rassemblés et présentés par Denis Paillard Russie/URSS/Russie (1917-1991), Page2 (Lausanne)-Syllepse(Paris), 2017. M. Lewin n’analyse cependant pas les dimensions internationales du siècle soviétique.

10. Formule empruntée à Henri Maler, « Marx, le communisme, l’utopie », Revue des Deux Mondes, avril 2000, http://www.homme-moderne.org/societe/philo/hmaler/textes/marx.html

11. Daniel Bensaïd, Puissances du communisme, http://www.contretemps.eu/puissances-communisme/

12. On explicitera plus loin le contexte et les apports de ces mouvements reprenant les propositions des marxistes yougoslaves visant à remettre en cause à la fois l’aliénation par l’étatisme et par les rapports marchands.

13. C’est le titre du livre sur le combat de Solidarnosc : Zbigniew Kowalewski, Rendez-nous nos usines : Solidarnosc dans le combat pour l’autogestion ouvrière, Paris 1985, La Brèche.

14. Zahra Ali Z. & Sonia Dayan-Herzbrun, op. cit. note 5.

15. Cette contribution s’inscrit dans la problématique sur les « biens communs » explicitée par Silvia Federici (Federici S., Feminism And the Politics of the Commons, en pdf sur le site : http://www.thecommoner.org/) ou encore, entre autres, celle de David Harvey (« The future of the Commons », Radical Historic Review, issue 109, winter 2011), Jean-Marie Harribey (La richesse, la valeur et l’inestimable, Les Liens qui Libèrent 2013), Pierre Dardot & Christian Laval (Commun. Essai sur la révolution au XXIe siècle, La Découverte, Paris 2014), Benjamin Coriat (Coriat B. dir., le Retour des communs. La crise de l’idéologie propriétaire, Les Liens qui libèrent 2015) : elle implique une approche critique des débats sur les « biens communs » qui « définiraient » leur gestion à partir de leur « nature », ou encore qui n’analysent pas dans quelles dynamiques s’inscrivent les expériences de gestion de communs. Il s’agit de mettre l’accent sur des choix établis entre des êtres humains (ou une population donnée), décidant la « mise en commun » de biens ou/et territoires divers et déterminant ensemble les critères et modalités de leur gestion.

16. Léon Trotski, les Leçons d’Octobre (nouvelle traduction), Les Bons Caractères, Collection Classiques, Paris 2014.

17. Sauf que dans ce texte le clivage s’exprime sur la question d’une démocratie parlementaire versus le pouvoir aux soviets. Il y a en fait superposition et chassés-croisés de plusieurs débats : Rosa Luxemburg soutient l’approche globale des bolcheviks sur Octobre et les soviets comme composante de la révolution socialiste mondiale, mais cela ne l’empêche pas de contester leur approche des enjeux démocratiques, y inclus l’Assemblée constituante. On y reviendra.

18. Les marxistes russes, organisés au début du siècle dans le POSDR (Parti ouvrier social-démocrate de Russie) s’étaient divisés en deux courants sur divers enjeux organisationnels et stratégiques – les « bolcheviks », avec Lénine à leur tête (d’après le russe, pour désigner les « majoritaires ») et les « mencheviks » (minoritaires). Formant des organisations distinctes après la scission de 1903 avec des influences évolutives, ils se réunifient en 1905 jusqu’à une nouvelle (et définitive) scission en 1912. Les bolcheviks, avec Lénine à leur tête, prônent une alliance des prolétaires et des paysans pauvres, alors que les mencheviks sont pour l’alliance avec la bourgeoisie libérale. Trotski initialement critique de Lénine sur les questions d’organisation avait en même temps soutenu la thèse d’une dynamique anticapitaliste de la révolution russe dans son contexte mondial (cf. plus loin sur la « révolution permanente »), une thèse que Lénine rejoindra explicitement en avril 1917. Après la révolution d’Octobre, les bolcheviks prirent le nom de parti communiste, impulsant l’Internationale communiste (IC ou Komintern). Les mencheviks restèrent reliés à la IIe Internationale où resteront les « sociaux-démocrates » une appellation qui prit alors le sens d’un « réformisme » au sein du capitalisme, associé au rejet de la révolution d’Octobre.

19. Op. cit, cf. note 6.

20. Cf. Jean-Jacques Marie, Lénine. La révolution permanente, Paris 2011, Payot, collection Biographie Payot.

21. Cf. Claudio Katz, La théorie classique de l’impérialisme, http://www.avanti4.be/debats-theorie-histoire/article/la-theorie-classique-de-l-imperialisme

22. Sur Marx et la paysannerie russe, voir également : Teodor Shanin, Late Marx and the Russian Road : Marx and the « Peripheries » of Capitalim, Monthly Review Press, New York 1983.

23. Cf. Michael Löwy, « L’actualité de la révolution permanente », Inprecor n° 449-450, juillet 2000 ; cf. aussi les débats sur le « développement inégal et combiné » : Benjamin Bürbaumer, op. cit. note 6.

24. Au cœur de cette dynamique, Marc Ferro (La révolution de 1917, Albin Michel 1997) souligne la radicalité des antagonismes de classe ; mais il faut surtout mesurer la dialectique complexe entre les actions spontanées et les orientations politiques qui s’y inscrivaient dans divers sens, remarquablement soulignée, notamment par Alexander Rabinowitch (Les bolcheviks prennent le pouvoir. La révolution de 1917 à Pétrograd. La Fabrique éditions 2016) ou David Mandel (dans October 1917, Workers in power – avec des textes P. Le Blanc, E. Mandel, L. Trotski, R. Luxemburg et V. Lénine, Resistance Book et IIRE, Merlin Press 2016).

25. Cf. l’organisation par l’IC du 1er congrès des peuples d’Orient à Bakou en 1920 dont les textes édités par Maspero en 1971 viennent d’être réédités en 2017 par les éditions Radar et La Brèche. Cf. la présentation https://npa2009.org/idees/culture/1920-le-premier-congres-des-peuples-dorient

26. Cf. Georges Haupt, Michael Löwy et Claudie Weill, Les marxistes et la question nationale – 1848-1914, L’Harmattan 1979 ; et la critique par Roman Rosdolsky des positions d’Engels sur les peuples « sans histoire » (https://www.marxists.org/francais/rosdolsky/works/1948/00/rosdolsky-engels-table.htm). Plus spécifiquement sur la question ukrainienne, Z. Kowalewski, « L’indépendance de l’Ukraine : préhistoire d’un mot d’ordre de Trotski », Inprecor n° 611 de janvier 2015, http://www.inprecor.fr/article-Ukraine-L’indépendance de l’Ukraine : préhistoire d’un mot d’ordre de Trotski ?id=1706 ; cf. également N.G. Varela, « Le marxisme et l’Ukraine : contre la “real politik” infantile », http://www.avanti4.be/debats-theorie-histoire/article/le-marxisme-et-l-ukraine-contre-la-realpolitik

27. Cf. notes 25 et 26. NB : même la défense du droit d’auto-détermination des peuples dominés et donc la distinction entre nations dominées et dominantes (sur lesquelles insistait Lénine comme conditions d’une union des prolétaires), n’impliquait pas de point de vue programmatique clair sur les questions imbriquées nationales, sociales, politiques, voire religieuses : voir l’émergence d’un Bund communiste, de courants communistes musulmans, comme le tatar bolchevik Mirsaid Sultan Galaiev : cf. à ce sujet Renault Matthieu, « L’idée du communisme musulman : à propos de Mirsaid Sultan Galiev » (http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article41639)

28. Lire Samuel Joshua, « Ils ont osé ! L’expérience de l’école soviétique des années 1920 », https://www.contretemps.eu/ils-ont-ose-ecole-sovietique-1920/

29. Lire à ce propos, notamment, la présentation de Jean-Michel Kay (présentation des textes de Kautsky et Lénine), l’Épreuve du pouvoir, Russie 1917. Cf. aussi D. Mandel et A. Rabinowitch, op. cit. note 24. Voir aussi, quant aux problèmes généraux d’impréparation, du point de vue des libertaires et pas seulement des marxistes, les remarques d’introduction de la Plateforme de 1926 du groupe d’anarchistes russes à l’étranger, Dielo Trouda, sur le site dédié à Nestor Makhno : http://www.nestormakhno.info/french/platform/introduction.htm

30. Op. cit., voir note 20.

31. Rédigé par Lénine en août-septembre 1917, publié en mai 1918 – en français cf. V.I. Lénine, l’État et la révolution, http://marxiste.fr/lenine/lenine4.pdf

32. Voir aussi sur ce sujet Antoine Artous (Marx, l’État et la politique, Syllepse, Paris 1999) ou Henri Maler (Convoiter l’impossible, Albin Michel, Paris 1995 ainsi que « Communisme sans État ou démocratie sans domination ? Retour critique sur le dépérissement de l’État », https://www.contretemps.eu/communisme-sans-etat-ou-democratie-sans-domination-retour-critique-sur-le-deperissement-de-letat/), ou Isaac Johsua (La Révolution selon Karl Marx, Cahiers libres/éditions Page deux, 2012) et la controverse de Pierre Khalfa, « Le marxisme en question » dans la revue Contretemps (https://www.contretemps.eu/marxisme-en-question/).

33. Cf. sur les « communistes de gauche » et la revue Komunist, Leonard Shapiro (les Bolcheviks et l’opposition : 1917-1922, éd. Les Nuits rouges 2007) qui évoque les différentes oppositions, internes au parti bolchevik et externes – libertaires, socialistes-révolutionnaires, mencheviks ; Maurice Brinton (les Bolcheviques et le contrôle ouvrier (1917-1921) – L’État et la contre-révolution, Éd. Les Nuits Rouges – texte original, Solidarity, Londres 1970) ; Michel Olivier (La Gauche bolchevik et le pouvoir ouvrier 1920-1927, http://www.leftcommunism.org/IMG/pdf/GR_-_Decistes_-_presentation.pdf) qui conteste que Shapiro arrête son étude en 1922, comme s’il n’y avait plus de contestation interne en mesure de s’exprimer à partir de cette date.

34. Ce qui n’empêcha pas que beaucoup d’entre eux se retrouvèrent pour quelques mois au sein de l’Opposition unifiée, avec Trotski, Zinoviev, Kamenev qui se forme eau printemps 1926. Cf. également Pierre Broué, le Parti bolchevik, https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch.htm.

35. Alexandra Kollontaï en rédigea la plateforme : l’Opposition ouvrière, https://www.marxists.org/francais/kollontai/works/1921/00/akoll_oo.htm

36. Selon Michel Olivier (voir note 33), il y avait trois positions au sein des bolcheviks sur les syndicats. Celles de l’Opposition ouvrière, évoquée plus haut ; celle de Trotski qui voulait une intégration des syndicats dans l’appareil d’État, avec pour fonction d’augmenter la productivité du travail d’une façon militarisée ; et celle de Lénine pour le maintien de syndicats indépendants de l’État et sans responsabilité de gestion, avec pour fonction la défense des travailleurs contre « l’État ouvrier » (dont il percevait la bureaucratisation).

37. Michael Lebowitz, Beyond Capital : Marx’s Political Economy of Workers, Palgrave Macmillan UK 2003.

38. C. Bettelheim (« On socialist planning and the level of the development of the productive forces », dans Bertram Silverman (éd.), Man and Socialism in Cuba : The Great Debate, New York 1971, Atheneum) dans ses textes du début des années 1960 avant son basculement vers la révolution culturelle prolétarienne chinoise, caractérisait ainsi ce type de société comme marquée par une « non-correspondance » entre forces productive et rapport de production.

39. Pierre Broué, Trotsky, notamment : chapitre XVII « Communisme de guerre et terreur » (https://www.marxists.org/francais/broue/works/1988/00/PB_tky_17.htm) et chapitre XVIII « La crise de la révolution » (https://www.marxists.org/francais/broue/works/1988/00/PB_tky_18.htm)

40. Paul Avrich P. (1970) Kronstadt 1921, Princeton, 1970 (traduction française La Tragédie de Cronstadt, Paris, 1970).

41. Cf. Pierre Broué, Trotsky, « La crise de la révolution », op. cit. note 39.

42. Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », publié en 1947 dans la revue La Révolution prolétarienne et repris en mars 2017 par la revue électronique À l’Encontre en deux parties (http://alencontre.org/societe/histoire/trente-ans-apres-la-revolution-russe-i.html) et (http://alencontre.org/societe/histoire/trente-ans-apres-la-revolution-russe-ii.html). Cf. la première partie de son texte.

43. Cf. la deuxième partie de son texte, concernant les erreurs (http://alencontre.org/societe/histoire/trente-ans-apres-la-revolution-russe-ii.html)

44. Cf. N. Boukharine, E. Préobrajenski, L. Trotski, Le débat soviétique sur la loi de la valeur, Livres Critiques de l’économie politique, Maspero, Paris 1972

45. Elle est également commune à Ernest Mandel ou à Charles Bettelheim, dont les divergences sont de même nature qu’entre Préobrajenski et Boukharine. Mais la stalinisation idéologique de la Chine de Mao produira une variante caricaturale des analyses des conflits assimilés à une lutte de classe.

46. Victor Serge, « Trente ans après la Révolution russe », op. cit.

47. Rosa Luxemburg, la Révolution russe, op.cit. note 1

48. Cf. Marc Ferro (op. cit., note 24), Alexander Rabinowitch (op. cit., note 24), Pierre Broué, le Parti bolchevik (https://www.marxists.org/francais/broue/works/1963/00/broue_pbolch.htm) et Pierre Broué, Trotsky (op. cit.) ou encore Jean-Jacques Marie sur Lénine, op. cit.

49. Sur la politique des anarchistes en Russie, cf. Victor Serge Les anarchistes et l’expérience de la révolution russe (https://www.marxists.org/francais/serge/works/1920/08/exprevrusse.htm). Cf. aussi le site d’archives en plusieurs langues (http://www.nestormakhno.info/index.htm) et notamment la Plateforme du groupe Dielo Truda des anarchistes russes à l’étranger (Makhno, Mett, Archinov, Valevski, Linski) critiqué par d’autres comme Voline pour être « bolchévisés ». Cf. aussi le reportage pour Mediapart du 17 juillet 2017 de Jean-Arnaud Dérens et Laurent Geslin, « Octobre 17. Nestor Makhno, le “batko” anarchiste d’Ukraine » (https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/190717/octobre-17-nestor-makhno-le-batko-anarchiste-dukraine?onglet=full). Il ne semble pas que les libertaires aient une position homogène sur les questions nationales et en particulier l’indépendance de l’Ukraine.

50. Op. cit, note 1. Je ne peux discuter ici, les autres critiques qu’elle formule – loin d’être convaincantes, et que je ne partage pas, contre les mots d’ordre « la terre à ceux qui la travaillent » (repris des S-R par Lénine) et le « droit d’autodétermination » des peuples, que soutient ce dernier.

51. Les éditions Spartacus ont reproduit en 2005 des textes de Kautsky et les réponses de Lénine dans un passionnant recueil présenté par Jean-Michel Kay, l’Épreuve du pouvoir, Russie 1917 (Amis de Spartacus, 2005). Les convergences entre Kautsky et Rosa Luxemburg sur cette question démocratique n’impliquaient pas, comme on l’a souligné, que celle-ci partageait le point de vue de Kautsky hostile à la révolution d’Octobre.

52. Cf. L. Trotsky, Cours nouveau et Lettre à une Assemblée du Parti (https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/coursnouveau/cn6.html), ainsi que P. Broué sur « La crise de la révolution », op. cit.

53. Je ne peux discuter ici des causes. Pourtant le souffle d’Octobre se fera sentir largement en Europe. Le rôle de la social-démocratie, les orientations gauchistes, la répression se combinent dans l’interprétation nécessaire.

Vous appréciez ce site ?
Aidez-nous à en maintenir sa gratuité
Abonnez-vous ou faites un don
Qui sommes-nous ? |  Contact | Abonnement | Design et codage © Orta