Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 649-650 février-mars 2018

RÉSOLUTION ECOSOCIALISME

La destruction capitaliste de l’environnement et l’alternative écosocialiste

Cf. aussi : [Ecologie] [Dix-Septième Congrès]

Cette résolution a été adoptée par le 17e Congrès mondial de la IVe Internationale par 112 mandats pour, 1 contre, 2 abstentions. (Les notes sont de la rédaction d’Inprecor).

À la mémoire de Berta Caceres, militante indigène, écologiste et féministe du Honduras, assassinée le 3 mars 2016 par les hommes de main des multinationales, ainsi que de tous les martyrs des luttes pour une justice environnementale.

1. Introduction

1.1. La pression que l’humanité exerce sur le Système Terre ne cesse de croître de plus en plus rapidement depuis les années 1950. En ce début du XXIe siècle, elle atteint un niveau extrêmement alarmant, et qui continue de croître dans presque tous les domaines. Les géologues considèrent que nous sommes dans une nouvelle ère géologique, l’Anthropocène. Des seuils critiques de dégradation sont d’ores et déjà franchis dans plusieurs domaines, tels que la concentration atmosphérique en gaz à effet de serre. Le risque est dès maintenant réel et non négligeable que cette pression quantitative croissante, observable partout et dans la plupart des domaines, débouche à tout moment sur un basculement qualitatif qui pourrait être brusque (quelques décennies) et largement irréversible. Le Système Terre entrerait alors dans un nouveau régime d’équilibre dynamique, caractérisé par des conditions géophysiques et géochimiques très différentes, ainsi que par une diminution encore plus forte de sa richesse biologique. Au minimum, outre les conséquences sur les autres êtres vivants, la transition vers ce nouveau régime mettrait en danger l’existence de centaines de millions d’êtres humains parmi les plus pauvres, en particulier des femmes, des enfants et des personnes âgées. Au maximum, un effondrement écologique de proportions globales pourrait entraîner l’effondrement de notre propre espèce.

1.2. Le danger augmente de jour en jour, mais la catastrophe peut être conjurée, ou au moins limitée et contenue. En effet, ce n’est pas l’existence humaine en général qui est la cause déterminante de la menace mais bien le mode de production et de reproduction social de cette existence, qui comprend aussi son mode de distribution et de consommation, ainsi que des valeurs culturelles. Le mode en vigueur depuis deux siècles environ – le capitalisme – est insoutenable parce que la concurrence pour le profit, qui en est le moteur, implique une tendance aveugle à la croissance quantitative sans limites, incompatible avec les flux et cycles limités de matière et d’énergie dans le système Terre. Au cours du XXe siècle, les pays dudit « socialisme réel » ont été incapables d’offrir une alternative à la destruction productiviste de l’environnement, à laquelle ils ont contribué de façon importante. En ce début du XXIe siècle, l’humanité est confrontée à l’obligation sans précédent de maîtriser son développement dans tous les domaines afin de le rendre compatible avec les limites et la bonne santé de l’environnement au sein duquel elle a pu se développer. Aucun projet politique ne peut plus faire l’impasse sur cette conclusion des études scientifiques sur le « changement global ». Tout projet politique doit au contraire être jugé en premier lieu sur la prise en compte du risque, les réponses systémiques qu’il y apporte, la conformité de ces réponses avec les exigences fondamentales de la dignité humaine, et leur articulation avec son programme dans les autres domaines, particulièrement dans le domaine social et économique.

2. Un fossé entre l’urgence d’une alternative écosocialiste radicale, d’une part, les rapports de force et les niveaux de conscience, d’autre part

2.1. Une tout autre relation de l’humanité à l’environnement est une nécessité urgente. Cette nouvelle relation, basée sur le « prendre soin » des humains et de l’environnement, ne découlera pas simplement de changements individuels de comportements. Elle nécessite un changement structurel de la relation des humains entre eux : l’éradication totale et globale du capitalisme en tant que mode de production de l’existence sociale. Cette éradication est en effet la condition sine qua non d’une gestion rationnelle, économe et prudente des échanges de matières entre l’humanité et le reste de la nature. Les sciences et les techniques pourraient faciliter cette gestion, mais à condition que leur développement ne soit plus assujetti au diktat du profit capitaliste.

2.2. La décision prise à la COP21 de fixer le seuil de dangerosité du réchauffement à 1,5 °C est un succès et un point d’appui pour le mouvement. Néanmoins, le capitalisme vert et l’accord de Paris ne permettent pas de sortir de la destruction environnementale en général et du danger climato-négationniste en particulier. La lutte pour la défense de la planète et contre le réchauffement planétaire et le changement climatique exige la coalition la plus large possible impliquant non seulement les forces des mouvements indigènes et du mouvement ouvrier, mais aussi les mouvements sociaux qui se sont renforcés et radicalisés ces dernières années et ont joué un rôle croissant, en particulier dans la mobilisation climatique. L’alternative ne peut venir que d’une politique mondiale qui satisfait les besoins humains réels, c’est-à-dire les besoins déterminés non par le biais du marché mais par une délibération démocratique, permettant aux populations de se réapproprier leur destin en se libérant de l’aliénation marchande et de casser la logique impersonnelle d’accumulation productiviste qui caractérise le capital.

2.3. Les piliers de cette alternative sont :

• La socialisation du secteur énergétique : c’est le seul moyen de sortir des énergies fossiles, d’arrêter le nucléaire, de réduire radicalement la production/consommation d’énergie et de mener rapidement la transition vers un système renouvelable, décentralisé et efficient, selon les impératifs écologiques et sociaux ;

• La socialisation du secteur du crédit : elle est indispensable vu l’imbrication des secteurs énergétiques et financiers dans des investissements lourds et de longue durée, et pour disposer des ressources financières nécessaires aux investissements de la transition ;

• L’abolition de la propriété privée des ressources naturelles (sols, eaux, forêts, vents, solaire, géothermie, ressources marines…) et des ressources du savoir ;

• La destruction de tous les stocks d’armes, la suppression des productions inutiles (armement entre autres), ou nuisibles (pétrochimie, nucléaire), la production de valeurs d’usage démocratiquement déterminées au lieu de valeurs d’échange ;

• La gestion commune et démocratique des ressources en fonction des besoins humains réels, dans le respect du bon fonctionnement et des capacités de renouvellement des écosystèmes ;

• L’abolition de toutes les formes d’inégalité et de discrimination basées sur le genre, la race, l’ethnie, la religion, ou la préférence sexuelle ; l’émancipation de toutes et tous les opprimés, en particulier l’émancipation des femmes et des personnes de couleur ;

• L’abolition du temps contraint, du travail producteur de marchandises en tant que catégorie aliénante, distincte de la libre activité humaine et destructrice de temps libre ;

• Une politique socio-économique de long terme visant à rééquilibrer les populations urbaines et rurales et à dépasser l’opposition entre villes et campagnes.

2.4. Un fossé profond sépare cette alternative objectivement nécessaire des rapports de forces sociaux et des niveaux de conscience actuels. Ce fossé ne peut être comblé que par les luttes concrètes des exploité·es et des opprimé·es pour défendre à la fois leurs conditions d’existence et leur environnement. La conquête de revendications immédiates amènera des couches de plus en plus larges à se radicaliser, à faire converger leurs luttes et à formuler des revendications transitoires, incompatibles avec la logique capitaliste.

Quelques demandes clés dans le cadre de cette stratégie sont :

• Désinvestir des énergies fossiles. Supprimer les subsides au développement de projets fossiles et au transport basé sur la combustion des fossiles. Dénoncer les partenariats public-privé qui dominent le secteur énergétique mondial ;

• Mobiliser contre les projets extractivistes – en particulier les nouvelles exploitations de pétrole et de gaz de schiste – ainsi que contre les grands travaux inutiles au service du secteur fossile (aéroports, autoroutes, etc.) ;

• Arrêter le nucléaire et l’exploitation du charbon, des sables bitumineux, du lignite ;

(Ces trois revendications trouvent une expression agitatrice dans le slogan « Keep the oil in the soil and the coal in the hole » – « Gardons le pétrole et le charbon dans le sol », qui symbolise la volonté de mobilisation contre la catastrophe climatique).

• Soutenir les programmes d’éducation permanente et populaire à la soutenabilité écologique ;

• Refuser les appropriations capitalistes des territoires, des océans et de leurs ressources ;

• Défendre les droits des femmes en commençant par lutter contre toute tentative de criminaliser les décisions des femmes concernant leurs capacités reproductrices. L’avortement et la contraception libres et gratuits, pris en charge par la sécurité sociale. Déféminiser et déprivatiser les soins aux enfants, aux malades, aux personnes âgées, car sont des responsabilités collectives ;

• Reconnaître les droits des peuples premiers à l’autodétermination. Reconnaître leurs savoirs et leur mode de gestion soutenable des écosystèmes ;

• Octroyer le statut de réfugiés aux victimes de catastrophes écologiques/climatiques. Plein respect des droits démocratiques pour les réfugié·es en général. Liberté de mouvement et d’installation ;

• Garantir de bons systèmes de sécurité sociale, assurant la sécurité d’existence des personnes et des pensions suffisantes ;

• Abolir les traités de libre échange, multilatéraux et bilatéraux ; sortir les technologies écologiques de l’AGCS (Accord général sur le commerce des services) ;

• Respecter les engagements concernant le Fonds vert (100 milliards $/an), à réaliser sous forme de dons (pas de prêts). Gestion publique du Fonds vert, non par la Banque mondiale mais par les représentants des pays du Sud, sous contrôle des communautés et des mouvements sociaux ;

• Taxer les transports internationaux, aériens et maritimes, verser le produit de cette taxe aux pays du Sud, au titre de compensation (partielle) pour la dette écologique ; augmenter régulièrement le taux de cette taxe ;

• Reconnaitre la dette écologique envers les pays du Sud. Abolir (sans indemnités, sauf pour les petits porteurs) les dettes publiques que l’impérialisme utilise comme moyen d’imposer un mal développement, injuste et insoutenable ;

• Taxer les transactions financières et mener une réforme fiscale redistributive pour que le capital et les patrimoines paient la transition ;

• Abolir le système des brevets, en particulier interdire immédiatement de breveter le vivant et les technologies de conversion/stockage de l’énergie. Mettre fin au vol des savoirs ancestraux des peuples indigènes, par les compagnies pharmaceutiques notamment ;

• Refinancer substantiellement la recherche publique ; mettre fin aux dispositifs qui soumettent la recherche à l’industrie ;

• Promouvoir la souveraineté alimentaire et la protection de la biodiversité par la réforme agraire ;

• Passer à une agriculture écologique et paysanne locale, de proximité, reconnue d’intérêt public, sans OGM ni pesticides ;

• Abolir l’élevage industriel. Réduire fortement la production/consommation de viande. Respecter le bien-être animal ;

• Interdire la publicité et recycler, réutiliser, réduire : refuser le modèle consumériste, gaspilleur, énergivore imposé par le capital ;

• Gratuité de l’énergie et de l’eau nécessaires aux besoins de base et, au-delà de ce seuil, tarification fortement progressive en fonction de la consommation pour combattre le gaspillage. Étendre la sphère de la gratuité des biens (produits alimentaires de base) et des services (transports publics, enseignement, soins de santé…).

• Garantir aux travailleur·e·s des entreprises condamnées dans le cadre de la transition le droit de proposer une production alternative nécessaire à la construction d’une infrastructure soutenable. Si ces propositions s’avèrent irréalistes, maintien des droits sociaux à la reconversion, un nouvel emploi ou la retraite ;

• Développer des entreprises publiques et communautaires visant la création d’emplois par la mise en œuvre de la transition écologique indépendamment du profit, sous contrôle ouvrier et citoyen (notamment dans les domaines de la production d’électricité, de la gestion de l’eau, de la construction-isolation-rénovation des bâtiments, de la mobilité des personnes par la sortie du « tout-automobile », du recyclage des déchets et de la réparation des écosystèmes) ;

• Réduire collectivement et radicalement le temps de travail sans perte de salaire, avec baisse des cadences de travail et embauche proportionnelle (spécialement de femmes, de jeunes et de membres des minorités) : ensemble avec le développement du secteur public, c’est le moyen par excellence de concilier réduction de la production de biens, réduction de la consommation d’énergie, plein emploi et prise en charge démocratique de la transition ;

• Étendre les droits d’organisation et de contrôle des travailleur·e·s dans les entreprises, notamment sur les questions de santé au travail, de durabilité des produits, d’efficience de la production, etc. Protéger les lanceurs d’alerte ;

• Une réforme urbaine visant à casser la spéculation foncière, à « désartificialiser » la ville (agriculture urbaine, restauration des biotopes enchâssés dans le tissu urbain) et à la libérer de la voiture au profit des transports en commun, du maraichage communautaire, des espaces récréatifs et de la mobilité douce (espaces réservés aux piétons et aux cyclistes) ;

• Dénoncer la militarisation des enjeux climatiques par les grandes puissances, l’utilisation cynique de la catastrophe à des fins géostratégiques.

2.5. Ce programme n’est pas exhaustif : il est et continuera d’être enrichi continuellement par les luttes concrètes. Dans une perspective écosocialiste, cet enrichissement doit être guidé par les principes clés d’une transition juste : justice environnementale et sociale, responsabilités communes mais différenciées, lutte contre les inégalités et amélioration des conditions d’existence, refus du colonialisme vert et du racisme environnemental, priorité à des solutions collectives, internationalisme, principe de précaution. Par-dessus tout, il s’agit de développer le pouvoir des exploité·e·s et des opprimé·e·s par la démocratie, la décentralisation, le contrôle, l’appropriation ou la réappropriation collective des communs. Ce qui est commun se définit par le processus social de sa construction démocratique, et non par la nature qui ferait de certaines choses des « communs », tandis que d’autres seraient vouées à l’appropriation privée.

Les revendications ci-dessus ne forment donc pas une solution clé en main : elles indiquent la voie générale à suivre pour ouvrir une issue anticapitaliste, écosocialiste, internationaliste et écoféministe qui modifiera toutes les sphères d’activité (production, distribution, consommation) et s’accompagnera d’un profond changement des valeurs. Elles sont applicables séparément, mais une sortie de crise n’est possible que par leur application coordonnée et planifiée. L’ensemble forme un tout cohérent, incompatible avec le fonctionnement normal du système capitaliste. Il n’y a pas d’autre solution, pas de raccourci pour faire face à l’urgence de la situation.

3. Travail salarié, aliénation et écosocialisme

3.1. Seuls les exploités et les opprimés peuvent mener la lutte environnementale jusqu’au bout, parce que l’abolition du système capitaliste correspond à leurs intérêts de classe. Mais le capital s’incorpore le travailleur·e par l’achat de sa force de travail. La marchandisation et la destruction de l’environnement vont donc de pair avec la relation salariale. Dans les circonstances « normales » du mode de production capitaliste, l’existence quotidienne des prolétaires dépend du fonctionnement du système qui les mutile directement et indirectement – en mutilant leur environnement. Cette contradiction fait que la participation du mouvement ouvrier à la lutte écologique est à la fois difficile et décisive. La difficulté tend à croître dans la période actuelle, car la restructuration de l’économie conduit au chômage de masse et détériore le rapport de forces entre le travail et le capital. Certains secteurs penchent vers le protectionnisme, voire le climato-négationnisme. Dans certains cas, en effet, la défense du climat sert de prétexte à des attaques capitalistes, ou alors des syndicalistes ont l’illusion que mettre la réalité en doute pourrait les aider à éviter la destruction de l’emploi dans les secteurs fossiles. Susciter un débat sur les alternatives écosocialistes et contribuer à dégager au sein des syndicats une gauche de rupture avec la collaboration de classe est donc une tâche de première importance stratégique.

3.2. Des secteurs syndicaux de gauche participent aux luttes environnementales – plus particulièrement à travers « Trade Unions for Energy Democracy », « Labor Network for Sustainability » et les Campagnes pour des emplois climatiques (Climate jobs campaigns). Ces initiatives engagent dans l’action les syndicats et leurs membres qui craignent des pertes d’emplois massives. Toutes ces initiatives syndicales importantes imputent la responsabilité de la sortie de l’économie fossile aux entreprises polluantes et aux gouvernements qui les ont protégées et subsidiées. En tant que telles, elles soulèvent des revendications anticapitalistes qui peuvent être amplifiées et coordonnées lorsque les travailleur·e·s sont confrontés à la gravité de la crise écologique. Trade Unions for Energy Democracy, par exemple, défend la socialisation de l’énergie. La demande d’une « transition juste » exprime à la fois la conscience de la nécessité de sortir des fossiles et le refus que les travailleur·e·s fassent les frais de la décarbonation. Cependant, il est clair que des forces pro-capitalistes tentent de limiter le radicalisme de ces campagnes en insistant pour qu’elles restent dans le cadre du « respect de la compétitivité des entreprises » (CSI, Confédération syndicale internationale, Congrès de Vancouver 2010, résolution sur la « Transition juste »). Par ailleurs, les campagnes pour des emplois climatiques se basent parfois sur des projections trop optimistes de « croissance » de l’emploi par la transition. On ne tient pas toujours compte du fait que la soutenabilité nécessite une réduction de la production. Or, la fermeture des industries nuisibles – de la fabrication d’armes aux centrales à charbon – et la reconversion de la production d’automobiles vers la fabrication et l’entretien d’un système de transport public de masse sont des mesures prioritaires de la transition. Il est vrai que la transition impliquera par ailleurs une croissance de l’emploi dans d’autres secteurs. Par exemple, le démantèlement de l’agrobusiness au profit d’une agriculture écologique et le développement du secteur public ou communautaire sous contrôle démocratique offriront des possibilités de reconversion. Il convient aussi de prendre en compte le fait que cette réorganisation de l’activité en fonction des besoins sociaux, ainsi que la réduction des inégalités, ne sont pas des objectifs limités à une région particulière, mais des objectifs globaux, impliquant de nouveaux emplois par la réparation des dommages infligés aux pays du Sud. Néanmoins, une réduction globale de la production matérielle est nécessaire. Le mouvement ouvrier doit y répondre en exigeant une réduction du temps de travail sans perte de salaire. La RCTT, réduction collective du temps de travail, est une revendication antiproductiviste par excellence. C’est le moyen privilégié de « gérer rationnellement les échanges de matière avec la nature dans le respect de la dignité humaine », c’est-à-dire de concilier plein emploi et suppression des productions inutiles, nuisibles et à obsolescence programmée.

3.3. La dégradation des rapports de forces entre capital et travail se traduit notamment par une détérioration des conditions de travail. La santé des travailleur·e·s les plus précaires est particulièrement menacée. La lutte contre l’augmentation des maladies professionnelles constitue un levier pour favoriser chez les salarié·e·s la conscience du fait que le Capital détruit à la fois la Terre et le travailleur·e. Cette destruction prend aussi la forme de la montée des risques psycho-sociaux, qui n’est pas due seulement aux formes d’organisation et de contrôle du travail, mais aussi aux dégâts environnementaux que de nombreux travailleur·e·s sont contraints de réaliser sur ordre du capital. Cette défense de la santé est aussi un levier pour la convergence souvent difficile des revendications des travailleur·e·s des entreprises polluantes, des populations environnantes et des mouvements pour l’environnement. Le scandale de l’amiante a montré que de dures batailles peuvent être menées lorsque les salarié·e·s d’une usine polluante, leurs proches et les riverains sont victimes de la rapacité des patrons qui les exposent à des produits toxiques.

4. Luttes des femmes et écosocialisme

4.1. Les peuples indigènes, les paysans et la jeunesse sont à l’avant-garde des luttes environnementales, et les femmes jouent un rôle de premier plan dans ces trois secteurs. Cette situation est le produit de leur oppression spécifique, pas de leur sexe biologique, comme l’ont montré les écoféministes non essentialistes. L’oppression patriarcale impose aux femmes des fonctions sociales directement liées au « prendre soin » et qui les mettent en première ligne des défis environnementaux. Parce qu’elles produisent 80 % de la production vivrière dans les pays du Sud, les femmes sont directement confrontées aux ravages du changement climatique et de l’agrobusiness. Parce qu’elles assument la plus grande partie des tâches d’éducation des enfants et d’entretien de la maison, les femmes sont directement confrontées aux effets de la destruction et de l’empoisonnement de l’environnement sur la santé et sur la scolarité.

4.2. Sur le plan idéologique, les mouvements de femmes gardent la mémoire des expériences d’instrumentalisation du corps des femmes au nom de la science (campagnes de stérilisation forcée, par exemple), ce qui favorise une vision critique de la pseudo-rationalité scientifique mécaniste en tant qu’instrument de domination et de manipulation.

4.3. Les combats des femmes ont de plus un apport particulier, précieux et irremplaçable au développement d’une conscience anticapitaliste globale, qui favorise l’intégration des luttes. Selon l’ONU, la gamme complète des moyens de planning familial reste inaccessible à au moins 350 millions de couples dans le monde. Plus de 220 millions de femmes ne bénéficient pas des services de base liés à la reproduction, qui font souvent la différence entre la vie et la mort. 74 000 femmes meurent chaque année par suite d’avortements clandestins – la plupart dans les pays du Sud. Chaque année, 288 000 femmes (à 99 % dans les pays en développement) meurent de raisons évitables liées à la grossesse et à l’accouchement. En luttant contre l’appropriation patriarcale de leur corps ainsi que de leur capacité naturelle de reproduction, et contre l’exploitation du travail domestique gratuit dont elles réalisent la plus grande part, les femmes stimulent la compréhension du fait que le capitalisme repose non seulement sur l’appropriation de la nature et l’exploitation de la force de travail par le salariat mais aussi sur l’invisibilisation patriarcale du travail de soin et de reproduction de la force de travail. À ces trois piliers du capitalisme s’ajoute un quatrième : l’exploitation et l’oppression basées sur la race. Or ces quatre piliers du capitalisme ont en dernière instance un dénominateur commun qui est l’appropriation des ressources naturelles, dont la force de travail humaine fait partie. Les luttes des femmes

• pour le droit de contrôler leur corps, leur sexualité et leurs capacités reproductives,

• contre les discriminations sexistes et racistes dont elles sont victimes sur le marché de l’emploi salarié et dans la production en général, ainsi que

• pour la reconnaissance sociale et la réorganisation du travail domestique

font ainsi partie intégrante du combat écosocialiste. Les luttes des femmes approfondissent et élargissent les horizons de la libération.

5. Question agraire et écosocialisme

5.1. Dans le monde entier, les paysan·e·s, les paysan·e·s sans terre et les ouvrier·e·s agricoles constituent le secteur social le plus massivement engagé dans la lutte environnementale en général, climatique en particulier. Ce rôle d’avant-garde est la riposte à l’agression brutale du capital qui veut transformer les paysan·e·s indépendants en chômeur·e·s (afin de peser sur les salaires) ou en salarié·e·s ou quasi-salarié·e·s agricoles (afin de produire des marchandises médiocres à bon marché pour le marché mondial plutôt que des produits vivriers de qualité pour les populations locales). Elle est le résultat aussi du travail d’organisation et de conscientisation mené par des syndicats paysans tels que Via Campesina, en particulier des occupations de terre par les paysan·e·s sans terre.

5.2. A la différence des salarié·e·s, les petits paysan·e·s ne sont pas incorporés au capital. Quoique la production pour le marché tende à leur imposer des objectifs et des méthodes productivistes, ils/elles gardent aussi la mentalité de l’artisan soucieux de faire « de la belle ouvrage ». En dépit de la puissance de leur ennemi capitaliste, ils et elles se mobilisent pour garder ou reconquérir la propriété de leurs moyens de production. Le rapport de force très inégal face à l’agrobusiness et à la grande distribution les pousse à chercher des alliances avec d’autres mouvements sociaux, notamment avec les salarié·e·s et avec le mouvement pour l’environnement. Quant aux ouvrier·e·s agricoles, surtout les saisonnier·e·s sans papiers surexploités, ils – elles surtout – n’ont aucune perspective de sortir des marges ultra-précaires du salariat. Malgré les intimidations et la répression fréquente par les employeurs, certains ont pu créer des syndicats et améliorer leurs salaires ainsi que leurs conditions de travail. Leur lutte est objectivement anticapitaliste.

5.3. L’importance de la question agraire ne doit pas être jugée uniquement à l’aune de la proportion d’agriculteur·e·s dans la population active, mais à partir de cinq faits objectifs :

5.3.1. Les modes de production agraires et la pêche sont au centre d’enjeux décisifs de santé humaine (obésité, maladies cardiaques, allergies, etc.) et de protection de l’environnement qui révèlent la force destructive du capital. Les changements de comportements des consommateurs ne peuvent pas piloter la transition écologique, mais les choix en matière d’alimentation peuvent soutenir au niveau des filières des réorientations qui ont un impact écologique significatif. La revendication de « souveraineté alimentaire » met en question la capacité des multinationales d’employer l’arme alimentaire contre les luttes des peuples. Elle permet d’unifier consommateurs et producteurs autour d’un combat et de pratiques génératrices de conscience anticapitaliste.

5.3.2. Le rôle important des femmes dans la production agricole. Les femmes constituent 43 % de la main-d’œuvre agricole dans les pays dits « en développement ». La discrimination patriarcale se traduit dans la taille plus petite de leurs exploitations et de leur cheptel, le niveau plus faible de mécanisation, une charge de travail plus lourde pour un rendement plus faible (par suite du poids des corvées non productives – notamment l’eau et le bois), et un accès moindre à la formation ainsi qu’au crédit (mais une part plus importante que les hommes dans le micro-crédit). Les ouvrières agricoles ont de plus des statuts plus précaires que ceux des hommes. L’émancipation des agricultrices en tant que femmes est une des conditions déterminantes pour relever à la fois le défi de la souveraineté alimentaire et celui d’une agriculture écologique. C’est donc un enjeu écosocialiste en soi.

5.3.3. La filière agricole-forestière dans son ensemble est responsable de plus de 40 % des émissions de gaz à effet de serre. L’agrobusiness est en outre un agent clé de l’empoisonnement chimique de la biosphère, tandis que la pêche industrielle et la pollution des eaux par l’agrobusiness sont des facteurs déterminants du déclin de la biodiversité dans les milieux aquatiques. En même temps, le réchauffement menace la productivité des terres et l’acidification due au réchauffement menace celle des écosystèmes aquatiques.

5.3.4. Le déclin de la biodiversité ne sera pas stoppé principalement par la création de réserves naturelles mais par le développement d’une agriculture écologique. Par ailleurs, réduire les émissions de gaz à effet de serre à zéro n’est plus suffisant pour enrayer le changement climatique. Il faut dans les décennies qui viennent retirer du carbone de l’atmosphère. Dans sa logique de profit, le capital ne peut réagir que par les technologies d’apprenti-sorcier de la géo-ingénierie et une appropriation généralisée des « services écosystémiques ». L’agriculture paysanne et une foresterie rationnelle sont les seuls moyens de diminuer la concentration atmosphérique en carbone efficacement, sans dangers et dans la justice sociale. Ainsi, la protection de la biodiversité et celle du climat renforcent la nécessité de l’alternative écosocialiste et fondent matériellement la place décisive de l’alternative agroécologique dans cette alternative d’ensemble.

5.3.5. Le passage à une agriculture (et à une pêcherie, et à une sylviculture) écologiques constitue une condition majeure de construction d’une société écosocialiste, du même niveau d’importance que la démocratie des producteurs et l’utilisation d’une énergie 100 % renouvelable. Or, cette agriculture est plus intensive en main-d’œuvre que l’agriculture industrielle. Le passage à une sylviculture soutenable et la restauration/protection des écosystèmes impliquent eux aussi une augmentation de la part de la population investie dans ces activités. Relever ce défi requiert une politique de longue haleine de revalorisation des métiers agricoles, de formation des travailleur·e·s et d’équipement des zones rurales en infrastructures et en services aux personnes, ainsi que le développement du maraîchage urbain.

6. Peuples indigènes, buen vivir et écosocialisme

En Amérique du Nord, centrale et du Sud, en Afrique, en Asie et en Océanie, les peuples premiers sont également en première ligne. Leur combat se combine souvent à celui des paysan·e·s et des communautés rurales, mais il est spécifique. Les peuples premiers produisent leur existence sociale à partir d’une relation directe avec l’environnement qu’ils ont façonné et qui constitue leur cadre de vie. De ce fait, ces peuples sont dans le chemin de nombreux acteurs capitalistes très puissants et avides de ressources naturelles à piller : multinationales pétrolières, gazières, minières, du bois, de la pâte à papier, de la viande, de l’agrobusiness, du secteur pharmaceutique, sans compter les financiers de la « compensation carbone » déguisés en défenseurs écologiques de la forêt. Tous ces pillards extractivistes agissent en règle générale avec la complicité des gouvernements nationaux et des autorités locales, qui invoquent les objectifs du développement et les besoins de l’écologie pour dissimuler leur appât du gain et leur mépris néocolonial à l’égard des peuples indigènes. De leur côté, ceux-ci ne disposent généralement d’aucun titre de propriété sur les ressources de leur environnement. Ils n’ont d’autre moyen que la lutte contre leur déplacement. Par cette lutte, les peuples premiers protègent et font connaître leur cosmogonie, qui est une richesse précieuse pour l’ensemble de l’humanité et une source d’inspiration pour l’écosocialisme. Face au capitalisme qui tente de les écraser et d’approprier leurs ressources et leurs savoirs, ces peuples jouent un rôle d’avant-garde dans la lutte pour une société écologiquement soutenable. Même quand les peuples indigènes sont urbanisés, ils maintiennent des liens avec leurs communautés et culture, tout en faisant face à des problèmes spécifiques, notamment de discrimination. Ils ont raison de chercher des alliés pour renforcer leur combat.

7. Autogestion, contrôle et débouché politique

7.1. Les profonds changements de mode de vie et de perspectives de développement que la transition écologique nécessite ne pourront pas être imposés d’en haut, de façon autoritaire ou technocratique. Ils ne sont réalisables que si la majorité de la population acquiert la conviction qu’ils sont indispensables et compatibles avec une amélioration significative de ses conditions d’existence, donc désirables. Ceci nécessite un changement majeur dans la conscience afin de donner plus de valeur au temps, au contrôle de qui est produit et au travail désaliéné qu’à l’accumulation infinie de biens matériels. Il s’agit donc de propager l’éducation permanente sur la gravité de la destruction environnementale et ses causes. Face à l’impuissance capitaliste, il s’agit de stimuler des processus démocratiques de contrôle actif, de prise en charge de la transition, d’intervention dans la décision publique, voire d’appropriation commune de la production et de la reproduction sociale, ainsi que de protection des écosystèmes menacés. Par leur nature même, ces processus se combinent avec les luttes des communautés opprimées pour leurs droits sociaux et leur droit démocratique à l’autodétermination. Il s’agit d’esquisser en pratique l’invention de relations émancipées entre les êtres humains, et entre l’humanité et le reste de la nature, pour montrer qu’un « autre monde est possible ». Ces pratiques des secteurs sociaux les plus engagés dans les luttes encourageront le mouvement ouvrier à combattre l’influence du protectionnisme et du productivisme en son sein.

7.2. Le mouvement pour le désinvestissement des énergies fossiles et le mouvement des villes en transition doit être soutenu activement. D’une manière générale, les expériences de contrôle ouvrier, de contrôle citoyen, de gestion participative, voire d’autogestion, ainsi que les luttes des femmes pour la reconnaissance sociale et le partage des tâches domestiques, créent un terrain propice à la formation d’une conscience et d’un projet anticapitalistes incluant la dimension écosocialiste. Les expériences d’agriculture écologique coopérative, notamment, en Europe mais surtout en Amérique latine, en font la démonstration, et ont une influence aussi dans le mouvement ouvrier. De nombreuses expériences de production en autogestion impliquent d’ailleurs des travailleur·e·s licenciés, des exclu·e·s et des précaires, voire des sans-papier·e·s et des demandeur·e·s d’asile. Ces alternatives apportent une réponse immédiate à l’exclusion sociale massive et permanente, qui dégrade l’existence et la dignité des personnes. Elles ont une place importante dans une stratégie écosocialiste parce qu’elles refusent le fatalisme, créent des solidarités, débordent les cercles de militants de l’environnement.

C’est cependant une illusion de croire que leur généralisation par contagion à l’ensemble de la société permettrait d’éviter la catastrophe écologique : les mesures socio-économiques structurelles – en priorité la socialisation du crédit et de l’énergie – sont incontournables. Les initiatives de transition doivent s’articuler sur l’exigence d’une planification démocratique de la transition incluant à la fois la satisfaction des besoins sociaux et le respect des contraintes écologiques. Faute d’une telle articulation, ces initiatives peuvent avoir des effets de dépolitisation, voire déboucher sur une coexistence à long terme avec le système basé sur le profit.

7.3. La lutte contre les grands travaux fossiles est un élément clé du mouvement général d’ingérence, de contrôle et de prise en charge de la transition. Les manifestations de masse, les occupations de sites, de mines, et les campagnes de désobéissance civile permettent de s’opposer concrètement à la dynamique « croissanciste » et « extractiviste » du capital. Ces combats ont une importance clé dans la défense des écosystèmes et des communautés humaines qui y vivent/qui les ont façonnés. Ils ont une importance stratégique dans la défense du climat, car le niveau actuel des infrastructures constitue un goulet d’étranglement pour la valorisation des réserves de capital fossile. Ils constituent un moyen privilégié de jeter au niveau des territoires des ponts entre les luttes des paysan·e·s, des peuples indigènes, de la jeunesse, des femmes et, à partir de là, d’interpeller le mouvement ouvrier pour qu’il rejoigne la lutte. La mise en réseau internationale de ces résistances permet d’améliorer le rapport de forces, de dissiper les accusations de Nimby (1) et de renforcer la légitimité des revendications. Dans certains cas, cela permet d’imposer des réformes qui, tout en restant dans le cadre capitaliste, peuvent servir de points d’appui aux radicalisations ultérieures.

7.4. La nécessaire convergence des luttes sociales et environnementales ne vise pas un rassemblement sur un compromis stable entre l’environnement et le social. C’est un processus dynamique de clarification, de recomposition et de radicalisation. Un tel processus implique de multiples conflits entre secteurs sociaux, en particulier des conflits avec des secteurs du mouvement ouvrier qui pratiquent la collaboration de classe avec le productivisme. Tout en faisant preuve du sens tactique indispensable et en insistant sur les avantages de la transition écologique pour les travailleurs (spécialement en termes d’emplois et de santé), il faut tenir tête au mouvement ouvrier sous influence protectionniste et productiviste. Dans un conflit entre des secteurs sociaux engagés pour l’environnement et des secteurs du mouvement ouvrier alignés sur le productivisme et le protectionnisme, nous défendons les premiers tout en essayant de convaincre les travailleur·e·s de changer leur position. Dans ce cas, nous devons tâcher de proposer des alternatives programmatiques solides visant à augmenter les droits et le bien-être des travailleur·e·s et des communautés. Ils n’ont pas à payer pour les décisions des entreprises et des gouvernements qui soutiennent celles-ci.

7.5. Gagner le mouvement ouvrier et les autres mouvements sociaux à la lutte pour un programme de transition écosocialiste n’est réalisable en définitive que par l’émergence d’alternatives politiques qui se fixent l’objectif de prendre le pouvoir gouvernemental pour mettre en œuvre un plan global de réformes de structures anticapitalistes satisfaisant à la fois les besoins sociaux et les contraintes environnementales. Sans la construction de telles alternatives politiques, et sans leur articulation avec les mouvements sociaux, cette satisfaction conjointe sera toujours une chimère, de sorte que l’environnemental sera sacrifié sur l’autel du social, ou que celui-ci sera sacrifié sur l’autel de celui-là. La constitution d’un gouvernement écosocialiste qui rompt avec le capitalisme en s’appuyant sur la mobilisation sociale est la clé de voûte d’un programme d’urgence écosocialiste. Mais il n’y a pas d’écosocialisme possible dans un seul pays. La formation d’un tel gouvernement n’est à son tour qu’une étape transitoire d’un processus permanent qui vise au renversement du capitalisme sur toute la surface du globe.

8. Technologies, autogestion et décentralisation

8.1. « La Commune est la forme politique enfin trouvée de l’émancipation du travail », écrivait Marx dans ses leçons de la Commune de Paris. Au XIXe siècle, le capitalisme a créé un système énergétique de plus en plus uniforme et centralisé, dont la maîtrise technique et politique impliquait respectivement un ample appareil bureaucratique et un système complexe de délégations de pouvoir. Ce système n’est évidemment pas la cause de la dégénérescence bureaucratique de l’URSS – qui a découlé avant tout de la contre-révolution stalinienne – mais il l’a favorisée dans une certaine mesure. À l’inverse, la souplesse et la modularité des technologies renouvelables ne donnent pas de garantie d’un socialisme démocratique, mais ouvrent de nouvelles possibilités de réformes de structure anticapitalistes visant un développement territorial décentralisé, organisé autour du contrôle démocratique par les communautés locales de la ressource énergétique renouvelable disponible sur place et de son usage. Mais la réalisation de ces possibilités dépend de la lutte des classes. La confiscation d’une partie seulement des fortunes accumulées par les pétromonarchies arabes suffirait à financer des projets régionaux de développement alternatif du Proche et du Moyen-Orient basés sur l’énergie solaire et orientés vers la satisfaction des besoins sociaux à l’échelle locale. Dans le même ordre d’idées, il est déplorable que les gouvernements latino-américains dits « progressistes » n’aient pas investi les revenus de l’exploitation fossile dans des plans de transition sociale et écologique visant un autre type de développement, décentralisé, démocratique, plus équilibré entre villes et campagnes, axé sur les communautés et basé sur le 100 % renouvelables.

8.2. Les technologies énergétiques renouvelables modifient aussi l’articulation entre mesures structurelles et expériences de contrôle ou d’autogestion au niveau des territoires, celles-ci voyant s’ouvrir de nouvelles possibilités d’autonomie énergétique. Le projet d’une société écosocialiste démocratique basée sur un réseau d’organes de pouvoir décentralisés regagne ainsi en actualité et en crédibilité. La nature physique et les difficultés de stockage de l’énergie électrique fait qu’elle serait plus facile à gérer dans un système décentralisé solidaire et complémentaire que dans l’actuel système assujetti au diktat du marché. Ce terrain de lutte est particulièrement important pour les pays du Sud, dans le cadre d’un modèle de développement alternatif au modèle impérialiste incluant aussi la souveraineté alimentaire. D’une manière générale, le niveau continental ou sous-continental est adéquat pour articuler une nouvelle conception du développement axée sur l’autogestion des territoires et servir de relais entre le local et le global.

9. Destruction environnementale et engagement social des scientifiques

Les réponses capitalistes sont insuffisantes écologiquement et injustes socialement parce que biaisées par l’assimilation des règles sociales du marché à des lois naturelles incontournables. Cette réalité pousse certains scientifiques à s’engager sur le terrain des luttes. Leur engagement a pour toile de fond la critique face à la parcellisation croissante de la recherche et à sa subordination de plus en plus forte aux besoins du capital et à sa temporalité. Un nombre minoritaire mais croissant de chercheur·e·s perçoivent la nécessité de l’interdisciplinarité et de la transdisciplinarité qui implique la collaboration avec les milieux sociaux. Dans ce contexte, une opportunité se fait jour de redéfinir « le savoir », de le désenclaver et de le retourner contre le capital. Elle est encore accrue par la montée dans certains secteurs de la classe dominante de l’irrationnel et du déni des faits objectifs, deux traits réactionnaires incarnés notamment par Donald Trump. Les écosocialistes doivent contribuer à ce que cette opportunité soit saisie à pleines mains. Il ne s’agit pas de soumettre le mouvement social à la dictature de « la science » ou des experts mais au contraire de mettre l’expertise au service du mouvement social et de la soumettre à sa critique. Cela peut accroître grandement la crédibilité et la légitimité des options anticapitalistes. En particulier, l’expérience de coopération internationale des scientifiques est un atout important pour développer l’internationalisme.

10. Auto-organisation des populations touchées

Les moyens de conjurer LA catastrophe qui vient sont terriblement en retard par rapport aux exigences. DES catastrophes écologiques « anthropiques » sont donc appelées à se multiplier, en particulier du fait de phénomènes météorologiques extrêmes (inondations, cyclones, etc.). Cela crée des situations de désorganisation et de chaos qui sont exploitées par les spéculateurs et instrumentalisées à des fins de domination (politique, économique, géostratégique). En même temps, ces mêmes situations peuvent être propices à des initiatives de construction de réseaux de solidarité alternatifs aux agences impérialistes, ainsi que d’auto-organisation de l’aide, de l’accueil des réfugié·e·s, voire de la reconstruction et de la vie sociale en général. Ces initiatives bénéficient alors d’une grande légitimité car elles deviennent vitales en ces circonstances et sont plus efficaces que l’aide internationale. Le facteur subjectif est déterminant pour que des possibilités de ce genre se concrétisent. Cette perspective fait partie intégrante de notre stratégie écosocialiste en tant que stratégie révolutionnaire. De manière plus générale, l’impuissance capitaliste persistante face au développement de la crise écologique contribue à créer une situation objectivement propice, soit à la barbarie, soit à la révolution.

11. Écosocialisme et internationalisme

11.1. Dans le plan d’urgence écosocialiste, les exigences de localisation de la production et de souveraineté alimentaire s’inscrivent dans une perspective autogestionnaire et internationaliste radicalement opposée à la fois à la mondialisation capitaliste et au libre échange, d’une part, au protectionnisme capitaliste et à la souveraineté nationale, d’autre part. Dans les pays développés en particulier, la plus grande vigilance est de rigueur face aux tentatives de récupération par l’extrême droite ou la droite extrême. Celles-ci tentent de dévoyer les revendications écologiques vers de pseudo-réponses nationalistes qui sont toujours au service du capital et font le pont vers les thèmes racistes, islamophobes et réactionnaires-traditionnalistes en général. Les demandes de localisation de la production et de souveraineté alimentaire sont un des terrains de prédilection de ces tentatives. Il est donc crucial de cadrer ces demandes soigneusement, pour éviter toute récupération.

11.2. Nous nous opposons aux délocalisations d’entreprises vers des pays à bas coûts, et sommes partisans de la localisation de la production en général, mais n’appuyons pas la demande de relocalisation d’entreprises qui ont délocalisé. L’idée de relocalisation implique en effet que des travailleur·e·s des pays à bas coûts devraient perdre leur emploi pour que ceux et celles des pays impérialistes regagnent le leur. Au lieu d’unir les salarié·e·s des différents pays face à leurs exploiteurs, cette revendication les met en concurrence, et les désarme par conséquent face aux exigences patronales de compétitivité sur les marchés. La localisation de la production s’inscrit dans un tout autre projet, qui part des besoins écologiques et sociaux, en particulier du droit à l’emploi et au revenu pour tous et toutes, à proximité de leur lieu de vie. De même, la souveraineté alimentaire, pour nous, n’est pas une souveraineté nationale mais une souveraineté au niveau des territoires tels que constitués historiquement par les communautés. Elle doit donc respecter leur histoire. Nous défendons la solidarité intercommunautaire qui permet de gérer les ressources communes et les échanger sur une base de solidarité et de complémentarité plutôt que de concurrence et de surexploitation.

11.3. D’une manière générale, les formules de « protectionnisme de gauche et solidaire » accréditent l’idée que la concurrence des pays à bas salaires et qui ne protègent pas l’environnement sont la cause décisive des pertes d’emplois industriels dans les pays développés. Or, la cause principale de ces pertes d’emplois est la hausse de la productivité du travail dans un contexte où le mouvement historique de réduction du temps de travail est bloqué du fait de la dégradation des rapports de forces. En adoptant la vision obsolète d’une économie mondiale basée sur la concurrence entre pays, alors que le rôle dominant est joué par les multinationales, les « protectionnistes de gauche » détournent l’attention de la contradiction capital-travail au profit d’un front interclassiste de défense de la compétitivité. Le « protectionnisme de gauche » se veut internationaliste, mais il escamote la concurrence destructrice des exportations de produits agricoles à bas coûts des pays développés dans les pays du Sud, et autres manifestations de la domination impérialiste. Le danger de contamination raciste à partir des positions souverainistes est significatif. En effet, dans les pays plus développés, on glisse facilement de la défense de l’emploi, par la sauvegarde de la compétitivité des entreprises contre la concurrence des pays à bas salaire, à la défense de l’emploi par la lutte contre la concurrence des travailleur·e·s sans papiers ou détachés, puisque ceux-ci représentent pour ainsi dire « un tiers monde à domicile ». C’est précisément dans ce piège mortel que l’extrême droite veut attirer le mouvement ouvrier et le mouvement de défense de l’environnement.

Il n’y a pas de raccourci, pas de front possible pour résoudre à la fois le chômage et la destruction de l’environnement par un front entre les capitalistes et leur force de travail. Au lieu du front avec le patronat, les travailleurs doivent développer des campagnes de solidarité leur permettant de trouver l’unité et la force pour battre la crise.

11.4. Face à un gouvernement écosocialiste qui commencerait effectivement à rompre avec la logique capitaliste en s’appuyant sur la mobilisation des exploité·e·s et des opprimé·e·s, nous défendrions évidemment le droit pour ce gouvernement de protéger sa politique par des mesures telles que le monopole du commerce extérieur, le contrôle des mouvements de capitaux etc. Mais il ne s’agit pas dans ce cas de protéger les entreprises capitalistes contre la concurrence internationale : il s’agit au contraire de protéger la politique anticapitaliste tout en appelant les exploité·e·s et opprimé·e·s d’autres pays à lutter pour que ce succès se propage à d’autres pays, dans une perspective internationaliste de renversement du capitalisme mondial. Une telle politique est aux antipodes du « protectionnisme », qui revient toujours à subordonner les revendications écologiques et sociales aux besoins de renforcement du capitalisme national sur le marché mondial, c’est-à-dire en dernière instance… au libre échange.

11.5. L’écosocialisme peut commencer au niveau national, mais ne peut être réalisé pleinement qu’à l’échelle mondiale, car la gestion rationnelle et prudente du système terrestre demande une planification démocratique mondiale. Le travail scientifique mondial réalisé par des organismes comme le GIEC, l’IGBP et d’autres montre que cette planification démocratique mondiale est possible. Ce que les scientifiques peuvent faire à leur niveau pourrait également être fait par des représentant·e·s démocratiquement élus des mouvements sociaux, et en partie fait aujourd’hui par des organisations comme Via Campesina et d’autres syndicats.

12. L’état du mouvement

12.1. Les peuples autochtones ont longtemps été les défenseurs les plus efficaces de l’écologie de la planète et de ses espaces sauvages et les meilleurs gardiens de son intégrité et de sa biodiversité. De nombreux peuples autochtones vivent sur un territoire riche en ressources, en partie parce qu’ils l’ont protégé et préservé pendant des générations. Cela en fait des cibles privilégiées pour les industries extractives et les accaparements de terres. Ils luttent contre la colonisation depuis plus de 500 ans et continuent de lutter contre toutes les formes de colonisation et de racisme. Les peuples autochtones du Canada et du nord des États-Unis ont été à l’avant-garde de la lutte contre la construction d’oléoducs pour l’extraction des sables bitumineux de l’Alberta. Cinquante organisations autochtones ont signé en 2016 un traité pour s’y opposer, y compris la tribu sioux Standing Rock, qui s’oppose à l’oléoduc du Dakota du Nord.

Après la défaite du mouvement climatique au sommet de Copenhague sur le climat (COP15), le président bolivien Evo Morales a convoqué en avril 2010 une conférence des peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre Mère à Cochabamba en Bolivie, afin de faire entendre la voix des peuples, y compris les peuples autochtones. Plus de 35 000 personnes ont assisté à la conférence malgré les perturbations causées par une éruption volcanique en Islande (volcan Eyjafjallajökull) qui a empêché plusieurs milliers de personnes d’y assister.

La lutte pour la défense de la planète et contre le réchauffement planétaire et le changement climatique exige la coalition la plus large possible impliquant non seulement les forces des mouvements indigènes et du mouvement ouvrier, mais aussi les mouvements sociaux qui se sont renforcés et radicalisés ces dernières années et ont joué un rôle croissant, en particulier dans la mobilisation climatique. Des organisations telles que Plane Stupid, Take the Power et les mouvements Ende Gelände en Allemagne ont mené d’importantes campagnes d’action directe. Via Campesina est l’un des plus grands mouvements sociaux au monde et rassemble plus de 200 millions de petits et moyens agriculteur·es, de paysan·es sans terre, de femmes agricultrices, de peuples autochtones, de migrant·es et de travailleur·es agricoles de 70 pays ; la lutte pour l’agroécologie, contre l’agrobusiness capitaliste, est devenue de plus en plus centrale dans leur agenda. Des organisations de longue date telles que les Amis de la Terre et Greenpeace se sont développées et radicalisées ces dernières années et de nouveaux groupes tels qu’Avaaz et 38 Degrees se sont radicalisés, notamment à la veille de la COP de Paris, et ont une capacité de mobilisation impressionnante. De nombreuses mobilisations locales, comme la lutte contre les mines d’or à Cajamarca au Pérou ou contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes en France, peuvent bloquer des initiatives destructrices. Toutes ces actions de résistance, appelées Blockadia par Naomi Klein, sont les composantes les plus importantes de la lutte pour « changer le système, pas le climat ».

Finalement, l’implication des syndicats dans la lutte contre le changement climatique est cruciale, même si elle reste difficile dans une telle période défensive. Les progrès ont néanmoins été le fruit d’initiatives telles que la campagne pour un million d’emplois verts en Grande-Bretagne, qui bénéficie du soutien de la plupart des grands syndicats et de la TUC. Au niveau international, la campagne de « transition juste » de la CSI (une transition socialement juste des combustibles fossiles aux emplois verts) est très importante, bien qu’elle se déroule dans un cadre réformiste – comme la grande majorité des campagnes et actions syndicales, telles que « Trade Unions for Energy Democracy » et « Labour Network for Sustainability ». Ces initiatives sont crédibles au sein des syndicats car elles traitent la question des pertes d’emplois à la suite du passage à l’énergie verte.

12.2. La IVe Internationale s’est déclarée écosocialiste lors du dernier Congrès mondial en 2010. Ce faisant, elle est devenue le seul courant international de la gauche radicale à le faire. C’est une décision importante mais ce n’est qu’un premier pas sur lequel bâtir. Les partisans les plus fervents de cette initiative sont les sections des pays pauvres du Sud qui sont les plus touchées par les phénomènes météorologiques extrêmes, qui ont le moins contribué aux émissions de carbone et qui sont les plus démunis en matière de justice climatique. Certaines de ces sections étaient déjà écosocialistes.

La section de la IVe Internationale de Mindanao aux Philippines, par exemple, une région confrontée à des typhons de plus en plus fréquents et puissants, a longtemps été impliquée dans la défense de leurs communautés contre les phénomènes météorologiques extrêmes. Ils sont également engagé·es dans le développement de méthodes agricoles basées sur la souveraineté alimentaire et l’exclusion des semences génétiquement modifiées de multinationales comme Monsanto. À l’inverse, ils cultivent leurs propres semences et produisent de la nourriture biologique pour les communautés locales.

Le Bangladesh, l’un des pays les plus vulnérables, de faible altitude, et les plus touchés du monde en termes de changement climatique, souffre déjà de l’élévation du niveau de la mer et de la salinisation de vastes régions du pays. L’organisation de la IVe Internationale est profondément engagée dans la lutte contre le changement climatique et l’élévation du niveau de la mer. Elle est centralement investie dans de grands mouvements paysans, à la fois dans la lutte contre le changement climatique et pour la redistribution des terres sur le modèle du MST au Brésil. Avec Via Campesina et d’autres organisations, ils font campagne pour la souveraineté alimentaire, les droits des producteurs paysans et pour la redistribution des terres. Ils ont été fortement impliqués dans l’organisation de caravanes climatiques depuis 2011, qui ont fait campagne dans tout le Bangladesh, au Népal et en Inde contre le changement climatique et le réchauffement global.

Au Pakistan, les camarades de la IVe Internationale ont également été à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique. En 2010, des inondations dévastatrices ont submergé un cinquième du pays et laissé des millions de sans-abri. Vingt millions de personnes ont été touchées et 2 000 personnes ont perdu la vie, 12 millions de personnes ont vu leurs foyers endommagés ou détruits. Un demi-million de têtes de bétail ont été perdues et 10 000 écoles ont été détruites.

Cinq camarades ont été emprisonnés pour avoir défendu des villageois après un glissement de terrain qui a bloqué la rivière Hunza dans la région de Gilgit-Baltistan au Pakistan, balayant des maisons et tuant 19 personnes. Le glissement de terrain a formé un lac de 23 km de long qui a submergé trois villages, laissant 500 personnes sans abri et 25 000 bloquées. Ils sont toujours en prison aujourd’hui sept ans plus tard et les campagnes se poursuivent pour leur libération (2).

Au Brésil, les camarades sont impliqué·es dans la construction du mouvement climatique. En 2015, ils ont organisé à Fortaleza la plus grande marche climatique brésilienne, et depuis ils ont manifesté en 2016 dans le cadre de la campagne 350’s Break Free devant la plus grande centrale brésilienne au charbon, et en 2017 dans la Marche de l’eau. Ils agissent au côté des peuples autochtones, des communautés locales et des groupes environnementaux dans les conflits de l’eau, en particulier dans la partie semi-aride du pays. Des camarades ont aussi été impliqué·es dans la défense de l’Amazonie et contre le désastreux traité REDD (Réduction des émissions dues à la déforestation et à la dégradation des forêts).

Les organisations de la IVe Internationale en Amérique latine ont été impliquées dans des mobilisations autour du Sommet des Peuples à Cochabamba.

En Europe et en Amérique du Nord, les camarades de la IVe Internationale sont de plus en plus investi·es dans les mobilisations climatiques – autour des COP à Copenhague et à Paris ou autour de luttes plus localisées – contre la fracturation en Grande-Bretagne, contre les sables bitumineux dans l’État canadien ou contre l’oléoduc Keystone Pipeline aux États-Unis et dans l’État canadien.

13. Conclusion : écosocialisme et révolution

La logique capitaliste absurde et irrationnelle d’expansion et d’accumulation infinies, ainsi que son productivisme obsédé par la recherche du profit à tout prix, sont responsables du fait que l’humanité se trouve aujourd’hui au bord de l’abîme : destruction écologique, basculement climatique.

Le passage du « progrès destructif » capitaliste à l’écosocalisme est un processus historique, une transformation révolutionnaire permanente de la société, de la culture et des mentalités. Cette transition conduirait non seulement à un nouveau mode de production et à une société égalitaire et démocratique, mais aussi à un mode de vie alternatif, une nouvelle civilisation, au-delà du règne de l’argent, au-delà des habitudes de consommation produites artificiellement par la publicité, et au-delà de la production illimitée de marchandises inutiles. Et, comme Marx l’a dit, le Royaume de la Liberté commence par la diminution du travail…

Il est important de souligner qu’un tel processus ne peut avoir lieu sans la transformation révolutionnaire des structures sociales et politiques par une action de masse de la grande majorité de la population. Le développement d’une conscience socialiste, féministe et écologique est un processus dans lequel le facteur décisif est l’expérience de lutte collective des peuples eux-mêmes, depuis les confrontations locales et partielles jusqu’au changement radical de la société.

Rêver et lutter pour un socialisme vert, ou pour un communisme solaire, comme disent certains, n’implique pas de ne pas lutter pour des réformes concrètes et urgentes. Sans la moindre illusion sur le « capitalisme vert », nous devons tenter de gagner du temps et d’imposer aux pouvoirs en place des mesures concrètes contre la catastrophe en cours, à commencer par une réduction radicale des émissions de gaz à effet de serre.

Ces éco-revendications urgentes peuvent favoriser un processus de radicalisation, à condition qu’on refuse de limiter les objectifs en fonction des exigences du marché capitaliste ou de la « compétitivité ».

Chaque petite victoire, chaque avancée partielle peut conduire immédiatement à une revendication plus élevée, à un but plus radical. De telles luttes autour de problèmes concrets sont importantes, non seulement parce que des victoires partielles sont bienvenues en elles-mêmes, mais aussi parce qu’elles contribuent à accroître la conscience écologique et socialiste, et promeuvent l’autonomie et l’auto-organisation par en bas. Cette autonomie et cette organisation sont des pré-conditions nécessaires et décisives à une transformation du monde radicale, c’est-à-dire révolutionnaire, qui n’est possible que par l’auto-émancipation des opprimé·e·s et des exploité·e·s : les ouvrier·e·s et paysan·e·s, les femmes, les communautés indigènes, ainsi que les personnes persécutées pour leur race, leur religion ou leur nationalité.

Barricadées dans leurs retranchements, les élites dirigeantes du système sont incroyablement puissantes et les forces de l’opposition radicale sont petites. Cependant, leur développement dans un mouvement de masse sans précédent par ses proportions est le seul espoir pour arrêter le cours catastrophique de la « croissance » capitaliste et inventer une forme de vie désirable, plus riche en qualités humaines, une nouvelle société basée sur les valeurs de la dignité humaine, de la solidarité, de la liberté et du respect de « Mère Nature », de la Terre-Mère. ■

Notes

1. Acronyme de l'expression « Not In My BackYard », qui signifie « pas dans mon jardin », utilisé généralement de manière péjorative pour décrire soit l’opposition de résidents à un projet local d’intérêt général dont ils considèrent qu’ils subiront des nuisances, soit les résidents eux-mêmes.

2. Pour plus d’informations voir Inprecor n° 587 d’octobre 2012, Inprecor n° 629/630 de juillet-août 2016 et Inprecor n° 639/640 de mai-juin 2017.

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