Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 639-640 mai-juin 2017

VENEZUELA

Nous rejetons la tentative d’imposer une Constituante trompeuse et antidémocratique

Cf. aussi : [Venezuela]

Proclamation de la Plateforme du peuple en lutte et du chavisme critique*

Luisa Ortega Díaz et Nicolás Maduro. Luisa Otega, procureur général du Venezuela, défend la Constitution de 1999 et s'oppose à la convocation d'une nouvelle Constituante par Maduro. © GOV

Luisa Ortega Díaz et Nicolás Maduro. Luisa Otega, procureur général du Venezuela, défend la Constitution de 1999 et s'oppose à la convocation d'une nouvelle Constituante par Maduro. © GOV

La Plateforme du peuple en lutte et du chavisme critique repousse énergiquement la tentative, de la part du gouvernement Maduro, d’imposer une escroquerie d’« Assemblée nationale constituante » dépourvue de réelle souveraineté populaire.

La première chose que nous voulons dire clairement en tant que Plateforme du peuple en lutte et du chavisme critique, c’est notre absolue conviction que le thème de la Constituante n’est pas un problème simplement juridique, et encore moins une question réservée à des « experts » constitutionnalistes. C’est fondamentalement un problème politique dont le sujet et protagoniste authentique devrait être le peuple travailleur. De ce point de vue cette « proposition » est un contresens absolu.

D’une part, parce que ce n’est pas une proposition mais une décision imposée par le gouvernement de Maduro qui est celui qui a pris « l’initiative » en ne consultant pas le pouvoir originaire, c’est-à-dire le peuple, pour savoir s’il est ou non d’accord avec « l’Assemblée nationale constituante ».

D’autre part parce qu’il est lui-même un gouvernement délégitimé par un très haut degré de rejet populaire qui fait qu’il manque de l’autorité et de la confiance nécessaires pour se porter à la tête d’un processus constituant. De plus ce gouvernement est en train d’appliquer une terrible série de mesures d’ajustement qui réprime et nous affame, devenant ainsi dans les faits une véritable pomme de discorde dans le cadre de la terrible tragédie sociale que nous vivons.

Sa duplicité et son impudence sont telles qu’il tente d’imposer au peuple une assemblée constituante sectorisée et soumise aux entreprises, dont il impose les bases électorales en se garantissant plus de la moitié des délégués, ce qui en fait une vulgaire copie des congrès du PSUV et « du Congrès de la patrie », manipulés à sa guise par la fraction dirigeante. Avec cette « proposition d’Assemblée constituante », le gouvernement tente d’évacuer sa responsabilité dans la catastrophe que vit le peuple vénézuélien et c’est une manœuvre pour détourner l’attention de nos véritables problèmes qui sont la faim, le manque de nourriture, l’inflation, les salaires détruits.

Synthèse et articles Inprecor

Une véritable Constituante est un processus de révolution permanente où le rôle décisif est exercé quotidiennement par le peuple à travers le débat sur les questions fondamentales pour le pays et non par des événements épileptiques fabriqués à tout bout de champ par cette même fraction dirigeante qui écarte le pouvoir originaire pour faire de la démocratie un mot creux et du peuple un instrument de sa manipulation. Et il faut se demander si le problème central que nous les Vénézuéliens vivons c’est celui de la Constitution de 1999 ou bien plutôt une terrible gestion gouvernementale complètement déviée en faveur du capital.

Ce n’est pas non plus, comme ils le prétendent, « meilleur pour la paix » ni « pour développer un nouveau modèle productif ». En fait ce que cherche le gouvernement c’est avancer vers des mesures totalitaires et continuer à restreindre les libertés démocratiques. Changer les règles du jeu pour se perpétuer au pouvoir au moyen d’une « Assemblée constituante » faite à sa mesure. Au fond ils sont en train de laminer l’exercice démocratique au point qu’ils ne peuvent effectuer aucun processus électoral, même pas dans les syndicats, parce qu’ils se savent perdants d’avance.

Nous revendiquons le droit de manifester et nous nous engageons pour la mobilisation du peuple

Nous revendiquons catégoriquement le droit à la protestation et à la mobilisation du peuple pour ses propres intérêts et en marge des deux fractions dirigeantes en raison de la situation dramatique qui l’affecte, qui pourrit son quotidien et le rend victime de la pénurie des aliments, des médicaments, de l’insécurité, de la corruption et de conditions de vie chaque jour plus précaires, situation dont est absolument responsable ce gouvernement affameur, corrompu et répressif.

A partir de ce qui vient d’être exposé, nous affirmons que ce qui est en gestation c’est une rébellion populaire qui se profile sans lien ni identification politique avec la MUD, puisqu’elle commence comme le simple fruit du désespoir et de l’indignation du peuple, de sa colère accumulée devant l’escroquerie politique dont il a été victime de la part de ceux qui s’autoproclament « fils de Chávez », à cause de leurs mensonges récurrents et du terrible paquet de mesures du gouvernement Maduro.

Il est évident qu’en ces moments le peuple est en train, pas à pas, de perdre la peur et de s’arracher du contrôle étroit et du chantage des différents mécanismes planifiés par le gouvernement (les Clap, le Carnet de la Patrie, etc.) comme le confirment les populations des cités comme celles de Cumana, Ciudad Bolivar, Puerto La Cruz, Maturin, Maracaibo, Merida, Valera, San Cristobal, Maracay, Valencia et La Vega à Caracas, tout au long de l’année 2016 et plus récemment en 2017, El Valle, San Martin, La Vega, El Paraiso, Barrio 5 de Julio à Petare, Merida, San Cristobal, Valencia, Los Teques, Guarenas, Altos Mirandinos, Catia, San Bernardino et d’autres expressions de rébellions et mouvements de populations qui sont de plus en plus fréquents.

Nous revendiquons le droit aux manifestations qui se développent dans le pays, nous exhortons le peuple vénézuélien, y compris les bases de la MUD et du PSUV-GPP à refuser de servir de « chair à canon » dans les conflits pour le contrôle de la rente pétrolière et du pouvoir politique à leurs propres fins auxquels se livrent les deux fractions dirigeantes pro-capitalistes, corrompues et capitulardes qui n’ont aucun lien ni rapport avec les intérêts et les attentes du peuple travailleur. Çela vaut pas la peine de verser une goutte de sang vénézuélien supplémentaire pour ces fractions dirigeantes traîtres !

Nous refusons catégoriquement de qualifier ces explosions sociales de « vandalisme », de « terrorisme » ou de « putschisme » comme le fait le gouvernement dans ses médias officiels en recourant au discours réactionnaire et hypocrite de ceux qui, il y a 28 ans, parlèrent de « délinquants » et de « subversifs », une façon de qualifier aujourd’hui le peuple indigné, le même qui s’était lancé dans les rues un 27 février 1989 (1).

Même la MUD prend ses distances vis-à-vis des manifestations et des pillages qui sont la conséquence de la colère et de la frustration des pauvres, et met ainsi à nu son caractère antipopulaire.

Une explosion sociale est un processus qui reflète le désespoir des gens, causé par la faim, le chômage, l’incertitude, qui amènent des millions de travailleurs, de jeunes et des secteurs populaires à piller, à chercher de n’importe quelle façon la nourriture que leur enlèvent tous les jours les patrons et les commerçants. Des faits qui ne s’arrêtent pas aux formalités juridiques, politiques ou morales, car ils sont des expressions crues et dramatiques de la frustration et de l’indignation populaire.

Toute autre interprétation de ces faits est une imposture et correspond à l’idéalisation bourgeoise de l’histoire. Nous ne glorifions pas la mort ni la tragédie humaine mais ces explosions sociales confirment de façon catégorique et crue, sans hypocrisie, la phrase de Marx : « la violence est l’accoucheuse de l’histoire ».

Devant la rébellion et la mobilisation populaire nous, révolutionnaires, ne pourrions jamais choisir de tenter d’apaiser ou de « renvoyer à la maison » le peuple, puisque c’est uniquement en étant mobilisé et en construisant un plan autonome que le peuple peut garantir que les fractions dirigeantes ne l’écartent pas des décisions fondamentales et du futur du pays dont il est le seul et véritable maître.

Synthèse et articles Inprecor

Pour finir nous appelons la Plateforme de défense de la Constitution, la Plateforme contre l’Arc minier de l’Orénoque, la Plateforme pour l’audit public et citoyen, les organisations de gauche, les syndicats et organisations populaires et étudiantes à convoquer de façon unitaire un piquet-conférence de presse devant le Ministère public du Venezuela (2) pour rejeter la farce de l’Assemblée constituante.

De plus nous considérons nécessaire qu’à l’initiative de ces organisations soient réalisées par la base des assemblées, réunions et forums pour discuter des actions à mener de manière unitaire afin d’exprimer le rejet cette frauduleuse « convocation » bureaucratique et de préparer un plan de lutte nationale contre elle ainsi que pour affronter les mesures d’ajustement qui affectent les populations pauvres. ■

Caracas, le 12 mai 2017

* La Plateforme du peuple en lutte et du chavisme critique regroupe : le Syndicat révolutionnaire des travailleurs de la Santé du district de la capitale (Sirtra Salud Dtto Capital), l’Unité socialiste des travailleurs (UST, qui fait partie de la Ligue internationale des travailleurs - Quatrième Internationale, fondée en 1982 à l’initiative de Nahuel Moreno), le Syndicat national des travailleurs de l’Université centrale du Venezuela (Sinatra-UCV), le Parti socialisme et liberté (PSL, fondé en 2008, faisant partie de l’Union internationale des Travailleurs – Quatrième Internationale, un autre réseau international se réclamant de Nahuel Moreno), la radio Tripalium Memorias de Clase (animée par Thony Navas, militant du Collectif des travailleurs en révolution de l’Union nationale des travailleurs et président de SitraSalud Dto Capital) et Marea socialista. Cette proclamation a d’abord été publiée par Aporrea (https://www.aporrea.org/actualidad/n308460.html) et résumée par Contrapunto.com (http://contrapunto.com/noticia/en-claves-por-que-el-chavismo-critico-dice-que-en-el-pais-hay-una-rebelion-popular-136064/). (Traduit du castillan par Didier Germain-Thomas).

Notes

1. Le 27 février 1989 a eu lieu le soulèvement populaire, appelé « Caracazo », brutalement réprime par le régime d’alors.

2. Le Ministère public du Venezuela est l’entité chargée de veiller au respect de la loi et d’entamer des actions en justice au nom de l’État et de la collectivité. Le Ministère public forme une des cinq branches du pouvoir public au Venezuela (avec les pouvoirs législatif, exécutif, judiciaire et électoral). Il est sous l’autorité du Procureur général de la République, nommé par l’Assemblée nationale pour une période de sept ans. C’est Luisa Ortega Díaz qui est la Procureure générale de la République depuis 2007 et qui a été reconduite en 2014 par le Parlement, alors à majorité chaviste et contre les députés de MUD, jusqu’en 2021. Lors d’une conférence de presse le 24 mai 2017, elle a accusé les militaires d’être responsables de plus de 500 blessés et de la mort d’un jeune homme lors des manifestations hostiles au président Maduro.

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