Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 639-640 mai-juin 2017

VENEZUELA

Un défi pour le mouvement social et les travailleurs

Cf. aussi : [Venezuela]

Militants de la Ligue unitaire chaviste socialiste*

Militants de la Ligue unitaire chaviste socialiste (Luchas), nous présentons notre point de vue sur la convocation de l’Assemblée nationale constituante (ANC) annoncée lors de son discours de célébration de la journée internationale des travailleurs, le 1er mai, par le président Nicolás Maduro.

Nous espérons que les camarades des autres organisations et les personnalités politiques révolutionnaires, avec lesquels depuis des mois nous partageons certaines orientations et analyses sur ce qui se passe au Venezuela et dans notre continent, décideront d’adhérer à cette déclaration. C’est un document que nous soumettons pour discussion aux diverses organisations révolutionnaires et à l’avant-garde qui a rendu possible les avancées de ce processus chaviste et bolivarien.

Synthèse et articles Inprecor

Pour argumenter notre position sur la participation à la convocation de cette ANC, nous considérons qu’il est nécessaire de faire référence à des éléments historiques à l’origine de ce conflit « pour l’instant » non résolu et qui, en cette année 2017, a pris la dimension dangereuse d’une violence qui semble déborder chaque fois un peu plus.

1. Les origines du conflit

Au début du XXe siècle, le Venezuela était un pays dont le mode de production était agricole et de caractère précapitaliste. L’impulsion de l’exploitation pétrolière à partir de la décennie 1930 a permis l’intégration du pays dans le monde capitaliste. Mais les puissants et riches seigneurs locaux ont décidé de monter dans un train déjà en marche. Le mécanisme originaire de l’accumulation du capital était basé sur l’exploitation de la main-d’œuvre salariée pour la production agricole. C’est son évolution qui a été fondamentale et permet de comprendre le surgissement tardif d’un capitalisme dépendant et parasitaire au Venezuela et l’apparition de la lumpen-bourgeoisie nationale. L’émergence de cette bourgeoisie vénézuélienne n’est pas le résultat du développement d’un puissant complexe de production industrielle. Au contraire, elle se caractérise par :

• Une appropriation frauduleuse de la rente pétrolière qui ne vise pas l’émergence d’une importante infrastructure productive mais a pour but d’engendrer une machinerie importatrice d’aliments, de biens et de services. Cette machinerie, alimentée avec les devises provenant de la commercialisation du pétrole, génère des profits énormes. Elle permet de ne pas risquer son propre capital et d’éviter les dangereux rapports avec les travailleurs dans les usines. Les quelques industries installées se limitent à l’assemblage ou à la capture d’une portion plus importante de la rente pétrolière au travers de demandes d’importation des fournitures pour la production de leurs marchandises ;

• Le développement d’une infrastructure bancaire-financière qui rend possible cette dynamique ;

• La formation de partis multiclassistes pour la mise en place du modèle de la démocratie représentative, qui servent de médiation et visent à éviter le conflit social, ce qui implique une articulation particulière entre la classe politique et la lumpen-bourgeoisie, dont les frontières sont souvent confuses du fait des liens familiaux, économiques et d’intérêts communs ;

• Les partis vénézuéliens modernes (AD, COPEI, URD, PCV) (1) ont surgi dans le contexte du conflit mondial entre le fascisme et le stalinisme. Ils ont impulsé la construction des imaginaires de liberté, de progrès et de changement, oscillant entre une social-démocratie claudicante devant le capital et une perspective bureaucratique du socialisme révolutionnaire. La dynamique de ces partis modernes était marquée dès leurs origines par un discours, conditionné par la diatribe fascisme contre stalinisme, qui a rendu possible la construction d’imaginaires autoritaires.

L’appropriation de la rente pétrolière, pour concentrer les profits capitalistes sur l’import, a produit quatre grandes vagues d’abandon de l’agriculture, conçue dans le cadre de l’opposition ville-campagne comme si la campagne était synonyme d’un retard et la ville synonyme du progrès. La première vague a eu lieu lors des essais démocratiques et de leurs intermèdes dictatoriaux (1936-1958), la deuxième lors de la guerre contre les guérillas paysannes au cours de la décennie 1960, et la troisième lors de la hausse du prix du pétrole des années 1970. Une quatrième vague, avec une population rurale déjà décimée, a eu lieu au cours des deux dernières décennies du XXe siècle.

Toutes ces périodes et tous ces processus ont pratiquement détruit la capacité nationale de production agricole et de l’élevage, alors que ce qu’on nomme les installations industrielles ne sont que des gigantesques machineries de capture de la rente pétrolière au travers du développement de l’import des marchandises, des pièces et des produits quasiment finis, qui génèrent des profits exorbitants et qui à certains moments parviennent à dissimuler leurs conséquences néfastes sur les rapports capital-travail ainsi que l’extraction de cette plus-value sui generis.

2. Le début de la rupture

Ce modèle est entré en crise du fait de l’impact de la baisse des prix du pétrole au cours de la décennie 1980, de la crise de l’endettement extérieur des pays dépendants et du ralentissement de l’économie mondiale au cours de la même période. Le « vendredi noir » (2) vénézuélien a conduit la lumpen-bourgeoisie à initier un processus rapide de transfert des conséquences de la crise du capitalisme sur le dos des travailleurs, de la classe ouvrière et de tous les salariés.

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Une inflation incontrôlable, générée par l’impact de la dévaluation du bolivar par rapport au dollar et son transfert immédiat sur les prix des marchandises, produits, biens et services importés par la lumpen-bourgeoisie, a produit une chute brutale du pouvoir d’achat des salaires d’une très grande majorité de la population. C’était un signe clair que l’économie vénézuélienne était dépendante de l’import et que seulement une toute petite frange de ce dont la population a besoin était produite dans le pays.

La baisse du niveau de vie a été si rapide qu’elle a produit un malaise énorme dans la population vénézuélienne qui s’est révoltée les 27 et 28 février 1989. Cette insurrection populaire a révélé l’épuisement fondamental du modèle rentier-importateur de l’économie vénézuélienne. Mais la lumpen-bourgeoisie n’était pas intéressée par les investissements permettant de faire produire la terre ou de mettre en marche un parc industriel répondant aux besoins de la population. Au contraire, elle s’est concentrée sur les manœuvres politiques pour tenter de surmonter la tempête et continuer son modèle d’accumulation du capital à travers les importations.

3. Le soulèvement militaire et sa vision du modèle économique vénézuélien

En 1992 deux soulèvements militaires (3) installent les militaires comme un nouveau facteur de la dynamique politique, économique et sociale vénézuélienne. Jusqu’en 2004, les projets de Chávez et de la plupart des militaires rebelles se concentrent sur la possibilité de développer un capitalisme à visage humain. Les militaires insurgés considéraient, dans cette perspective, que la lumpen-bourgeoisie ne voulait pas s’entendre avec le peuple et que cette situation ne pouvait changer qu’avec l’émergence d’une bourgeoisie nationaliste. En termes politiques il n’y avait là aucune nouveauté : le stalinisme l’avait déjà fait depuis les années 1930 pour freiner la révolution mondiale et le maoïsme avait fait de cette prémisse une vérité absolue. La nouveauté, c’était que ceux qui l’avançaient étaient nouveaux – des militaires – et qu’ils ont rapidement construit leur hégémonie politique dans l’imaginaire populaire. Autrement dit, dès ses origines le mouvement bolivarien chaviste s’est attaché à détruire la vieille lumpen-bourgeoisie et à créer les conditions objectives et subjectives pour qu’une nouvelle bourgeoisie nationaliste, anti-impérialiste et progressiste puisse voir le jour. Ainsi divers secteurs et acteurs qui voulaient accéder à la rente pétrolière ont vu dans ce mouvement une opportunité.

Les travailleurs, les paysans, les salariés, et plus généralement les exploités et les marginalisés, ont commencé à voir dans le mouvement insurgé une possibilité de changer leur propre destin. Par conséquent, rapidement et à la surprise de l’establishment, ils se sont rassemblés dans un mouvement portant une identité de classe, qui n’avait jamais existé auparavant. Mais le programme de l’alternative bolivarienne (1996) continuait à avancer le développement d’un capitalisme à visage humain comme sa tâche urgente. Cette dynamique a initié un processus de conflit au sein du mouvement bolivarien entre les bourgeois et aspirants néo-bourgeois et ceux qui vivent de leur travail. Une tension dont la première expression fut la tentative de coup d’État des 11, 12 et 13 avril 2002. Il ne s’agissait pas là d’un point culminant, mais du début d’un conflit ouvert pour le contrôle de la rente pétrolière entre les classes sociales antagoniques et entre des secteurs de la bourgeoisie.

La gauche vénézuélienne est le produit de quatre défaites successives.

La première, lors de la guerre de guérilla des années 1960.

La deuxième, lors de la combinaison des formes de luttes légales, électorales et clandestines au cours de la décennie suivante.

La troisième – l’échec de la combinaison des multiples tactiques qui auraient pu ouvrir la voie au triomphe électoral à la présidence de la République d’un ouvrier métallurgiste… dont beaucoup ont dit qu’il avait vendu contre des miettes sa victoire aux puissants.

Et la quatrième : la chute du soi-disant socialisme réel.

Une gauche électorale (MAS, PCV, MEP, etc.) (4), qui dans sa majorité a soutenu le candidat de la démocratie chrétienne au cours des années 1990, et une gauche radicale qui était en cours de dissolution de ses organisations (PRV, PST, OR, etc.) (5) ont trouvé dans le mouvement bolivarien une bouée de sauvetage. Mais tant la gauche modérée que la gauche radicale étaient bien conscientes que le pari initial du mouvement bolivarien était la destruction de la vieille bourgeoisie et la création des conditions pour qu’une bourgeoisie nationaliste nouvelle émerge. Beaucoup se rapprochèrent consciemment, pariant au cours de ce processus sur une accentuation des contradictions de classes, qui ouvrirait les portes à une révolution socialiste. Mais personne ne se trompait sur la signification de cette rencontre.

4. La Constitution de 1999

Le processus constituant de 1999 avait pour but d’asseoir les bases juridiques exprimant les nouveaux rapports de forces, un reflet des phénomènes politiques et sociaux survenus depuis 1958 et aussi pour ouvrir les voies d’une nouvelle forme de construction de la nation. Il s’agit d’une Constitution conçue pour un État de justice sociale nécessitant l’émergence d’une nouvelle bourgeoisie nationaliste, intéressée par le développement des forces productives nationales et pas seulement par l’appropriation des devises provenant de la rente pétrolière, pour son modèle importateur. Il s’agit également d’un effort visant à construire légalement – une aspiration issue des décennies de lutte – un modèle politique de démocratie participative qui garantirait l’élargissement des droits économiques et sociaux de la très grande majorité de la population. Ce pacte social avait le soutien des forces politiques et scellait l’alliance entre civils et militaires pour ouvrir la voie d’un autre Venezuela possible.

Les forces de l’opposition vénézuélienne avec ses principaux acteurs actuels – [Henrique] Capriles [Radonski], Leopoldo López, Ramus Allup, María Corina Machado, etc. – se sont frontalement opposées au texte de la Constitution car elles représentent la bourgeoisie parasitaire, celle qui capture les dollars de la rente pétrolière et qui y voyait une menace pour son pouvoir. En 1999 ils ont appelé à voter « non » au référendum sur la Constitution. Pour cela, la première chose qu’ils ont essayé de faire au cours du coup d’État qu’ils ont organisé en 2002, c’était d’abroger la Constitution de 1999. Il est donc inacceptable qu’aujourd’hui ils prétendent s’ériger en ses défenseurs sans avouer qu’ils ont peur que le processus constituant de 2017 ne construise un nouveau pacte social qui supprimera définitivement de la Constitution les intérêts, le modus vivendi et les représentations de la vieille bourgeoisie.

Il est également insolite que les secteurs de la gauche radicale qui ont toujours contesté le texte de la Constitution – car elle ne rompait pas avec le capitalisme – invoquent actuellement la défense de son contenu et l’impossibilité de sa réforme en s’opposant au processus constituant de 2017. Leurs arguments indiquent qu’il y a un risque de perdre des droits, exprimant ainsi le conservatisme et le manque de confiance dans les possibilités révolutionnaires du peuple pour générer un processus de radicalisation. Comme l’a récemment signalé Atilio Borón, au Venezuela la lutte de classes entre dans une phase déterminante et, dans cette perspective, cette gauche devient conservatrice. Bien sûr, il y a des risques de contre-réformes dans toute action politique, mais si les luttes sont le lieu pour un tel renoncement il vaudrait alors mieux ne pas faire de la politique. Nous préférons être avec le peuple constituant, oser ainsi vivre les risques et assumer notre sort en tant que travailleurs.

5. Qu’est-il arrivé entre 2005 et 2013 ?

La reprise de l’industrie pétrolière par le gouvernement bolivarien a matérialisé dans le domaine de la politique publique le début de la destruction de la vieille lumpen-bourgeoisie. Le fait d’interdire l’accès aux devises de la rente pétrolière à un important secteur de cette lumpen-bourgeoisie constituait une attaque que cette dernière n’avait pas connue depuis le début de l’exploitation pétrolière. Ils ont alors réagi violemment et ont tenté de liquider le processus bolivarien par le coup d’État de 2002. Ce que les usurpateurs de la richesse du Venezuela n’avaient pas prévu, c’était que les travailleurs, les salariés, allaient prendre les rues pour défendre le gouvernement de Chávez. Cette mobilisation populaire a révélé la profondeur de la lutte de classes dans la société vénézuélienne et a provoqué une tension au sein du mouvement bolivarien, car la rébellion de 2002 pouvait ouvrir la voie à une situation révolutionnaire.

Le rôle principal joué alors par la mobilisation populaire a permis que Chávez et une importante partie du mouvement bolivarien évoluent vers la gauche au cours d’un processus qui a duré deux ans et a culminé en 2004 avec la déclaration du caractère socialiste de la révolution. Mais la politique a horreur du vide. Sans réactivation de la production agricole ni du parc industriel, il fallait continuer à importer plus de 90 % des produits, des marchandises, des biens et des services dont la population vénézuélienne a besoin. Cela a provoqué l’émergence de nouvelles formes associatives proto-socialistes – telles les communes, les conseils communaux, les entreprises de production sociale ou des entreprises récupérées par les travailleurs –, mais aussi celle d’un nouveau groupe d’importateurs devenant une néo-bourgeoisie. Dès l’année 2006, de fortes tensions ont ainsi vu le jour entre la vieille lumpen-bourgeoisie dont l’accès aux devises de la rente pétrolière a été limité, la néo-bourgeoisie parasitaire importatrice et les travailleurs qui ont embrassé la cause du socialisme. La lutte des classes était entrée dans une nouvelle phase.

Dans ces contradictions entre le capital et le travail, Chávez se plaçait généralement du côté des intérêts des travailleurs, tout en jouant à son tour le rôle d’arbitre pour éviter la confrontation directe entre les classes antagonistes. La gauche radicale avait toujours pris clairement part à cette dynamique, tout en pariant toujours sur un nouveau rapport de forces permettant aux secteurs populaires avec Chávez et les bolivariens anticapitalistes d’ouvrir la voie à une révolution socialiste radicale. Nous ne pouvons pas comprendre comment maintenant certains prétendent découvrir les tensions qui étaient évidentes dès l’année 2002 et qui sont devenues plus dynamiques avec la lutte pour les dollars, le contrôle des changes et le blocage des prix de produits du fait des subventions permanentes.

6. Le gouvernement de Maduro et les tensions qui éclatent au grand jour

La réalité a l’habitude de dépasser l’imagination politique. La maladie et la mort de Chávez ainsi que la brusque et importante baisse des prix du pétrole à des niveaux bien inférieurs au revenu minimum nécessaire pour maintenir la situation de la gouvernance, commencé en 2006, a ouvert un nouveau chapitre dans la lutte des classes au Venezuela. L’empire américain, ses gouvernements laquais dans le monde et la lumpen-bourgeoisie nationale ont vu que le temps était venu de récupérer la rente pétrolière et revenir au modèle du capitalisme tardif, dépendant et importateur qu’ils avaient impulsé.

Mais une nouvelle bourgeoisie apparue entre 2006 et 2013 n’est pas disposée à perdre le contrôle de 96 % des produits de consommation importés. Entre les deux, il y a un gouvernement et un parti, qui a joué à un nouveau multiclassisme socialiste, évitant la confrontation directe entre les classes antagonistes. Les travailleur.e.s touchés par une inflation brutale, la perte du pouvoir d’achat et le remplacement du discours socialiste par une rhétorique de la survie au pouvoir, vacillent entre la passivité et le soutien inconditionnel au gouvernement de Maduro. Cette hésitation a conduit plus d’un million d’électeurs Chávez à s’abstenir lors des élections législatives en décembre 2015, ce qui a rendu possible le triomphe de secteurs de l’opposition antichaviste.

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La rue est redevenue l’espace d’évaluation du rapport des forces. En réalité, chacun des secteurs en conflit avec un électorat de plus de quatre millions de voix, peut mobiliser 100 000 ou 200 000 personnes. La propagande sur la supériorité de l’un ou l’autre, basée sur leurs mobilisations, ne peut faire oublier qu’il y a une intensification de la lutte des classes. Les secteurs influencés par la droite parient sur un retour au modèle capitaliste d’avant 1998, une frange très importante des travailleurs influencés par le chavisme commence à se lasser de la situation actuelle et aspire à une radicalisation sans rompre avec les appareils bureaucratiques, alors que la néo-bourgeoisie voudrait que rien ne change.

Les secteurs politiques des deux camps, influencés par l’une ou l’autre fraction de la bourgeoisie, ne réussissent pas à dialoguer car les deux veulent 100 % de la rente pétrolière. Ne pouvant se mettre d’accord sur le partage des « profits » de la rente pétrolière, ils exacerbent le conflit en une spirale de tension permanente sans issue possible. La crise politique est une expression de ces tensions sur la répartition de la rente pétrolière entre les fractions de la bourgeoisie.

Cependant dans les partis du Grand pôle patriotique (6) la majorité des cadres intermédiaires, les bases et certains dirigeants ne sont pas concernés par cette dispute, alors que son résultat pourrait les affecter, car ce conflit pourrait conduire à une régression dans le domaine des conquêtes politiques, sociales et économiques. Pour cette raison ils commencent à se tourner vers la gauche en direction de la « logique populaire ».

Pour l’establishment, le plus grand risque de cette impossibilité du dialogue politique serait que leurs intérêts économiques et leurs ambitions soient débordées, d’une des deux manières suivantes :

• si apparaissait une solution autoritaire prétendant s’ériger au-dessus des deux secteurs de la bourgeoisie en conflit, construisant ainsi les fondations d’un accord imposé. Si une telle solution autoritaire réussissait à imposer un consensus économique, une solution politique serait possible et « l’autoritarisme » cesserait d’avoir une raison d’être ;

• si surgissait une révolution sociale qui construirait un centre politique radicalement différent de celui connu au XXe et au début du XXIe siècle au Venezuela.

7. L’Assemblée constituante est-elle l’occasion de résoudre le conflit de classe au Venezuela ?

La crise vénézuélienne s’est aggravée en 2017. Ce n’est plus seulement une crise économique et politique, mais aussi une crise sociale, morale, culturelle et fondamentalement une crise de sa perspective nationale. Dans cette situation – conséquence du large conflit déjà expliqué – la violence et l’incompréhension ont atteint le sommet de ce qu’on a connu depuis près de 20 ans, lorsque Hugo Chávez s’est imposé à la tête du mouvement qui a essayé de changer le modèle de l’État capitaliste connu sous le nom de IVe République.

À l’heure actuelle, nous vivons de terribles niveaux de violence quotidienne, dont l’escalade ouvre la possibilité d’une guerre civile, expression d’un débordement de la lutte des classes et du début d’une situation révolutionnaire, mais aussi les possibilités de la formation d’un gouvernement autoritaire cherchant à arbitrer le conflit intérieur de la bourgeoisie, ou d’une intervention militaire étrangère pour effacer le mauvais exemple du chavisme en Amérique latine, les Caraïbes et dans le monde, ou encore d’un blocus économique avec le gel des comptes du pétrole.

Chaque fois que des tensions entre les classes sociales menaçaient de rompre le pacte social de 1999, la solution avancée par le mouvement bolivarien avec Chávez à sa tête consistait en plus de démocratie par l’élargissement de la participation populaire ou par des élections. Ces tensions durent depuis longtemps et leur expression a été sans doute la plus pertinente à divers moments historiques autour des élections de l’Assemblée constituante en 1999, de la reprise du contrôle de PDVSA et du coup d’État de 2002, du sabotage pétrolier et du lock-out patronal à la fin de 2002, du sabotage des investissements productifs par le patronat, des sabotages de l’électricité à divers moments, de la guerre économique avec la programmation des pénuries alimentaires, des protestations violentes : guarimbas (7), barrages routiers et piquets.

Malheureusement, lors d’un grand nombre de telles situations, nous avons été également témoins d’abus de pouvoir, de la criminalisation des protestations et des violations des droits humains, ce qui témoigne que les tensions de la lutte des classes s’expriment aussi au sein du mouvement bolivarien lui-même.

Dans la conjoncture actuelle, il faut souligner le rôle particulier de l’engagement des gouvernements d’autres pays, comme c’est le cas du « décret Obama », qui considère le Venezuela comme un pays « très dangereux pour la stabilité des États-Unis » ou de la prétention de [Luis] Almargo d’appliquer la Charte démocratique de l’Organisation des États américains (OEA) à la révolution bolivarienne et/ou imposer une prétendue aide humanitaire au pays. Ces tentatives de déstabilisation, brevetées à l’étranger, ont provoqué des débordements qui ont bénéficié de l’impunité malgré le nombre effroyable d’assassinats et les grandes pertes matérielles et économiques.

Nous souffrons quotidiennement de cette violence de rues et des nombreux morts, financée par la lumpen-bourgeoisie et par les forces extérieures. Luchas [Ligue unitaire chaviste socialiste] exige l’incarcération immédiate et la poursuite des auteurs de ces meurtres, quels qu’ils soient et peu importe ce qu’ils prétendent défendre. Pour nous, ce sont des enfants de travailleurs et de salariés qui sont manipulés ou qui tombent dans la mêlée et pour que cela ne puisse se reproduire il ne peut y avoir aucune tolérance, aucune impunité ou dissimulation procédurière de la vérité.

Ces protestations violentes parrainées par les secteurs de l’opposition ont pour but unique la rupture de l’ordre constitutionnel par l’éviction forcée du président Maduro du gouvernement. Elles se déguisent avec de prétendues aspirations démocratiques, mais ce qui est derrière c’est le désespoir de ceux qui veulent contrôler les devises provenant de la rente pétrolière. C’est pourquoi leurs revendications oscillent. Ils ont tout d’abord mis en avant l’incapacité et le manque de légitimité du président Maduro. Puis ils ont demandé les élections de gouverneurs qui ont été reportées en raison de la crise d’approvisionnement, de l’inflation et de la productivité. Plus tard ils ont commencé d’exiger des élections générales et un processus constituant pour effacer la Constitution de 1999.

Des manifestations « pacifiques », certaines en faveur des droits démocratiques légitimes, sont immédiatement devenues violentes, avec le vandalisme, les morts et la destruction des infrastructures. Tout cela est manipulé pour apparaître dans les médias internationaux comme des démocrates qui accusent le gouvernement de violer le droit de manifester, d’être répressif et même assassin. Tout ce baratin médiatique impérial a été mis au service du renversement du gouvernement bolivarien.

La violence oppositionnelle s’est accrue, avec des actes de pillage et de criminalité, dès qu’a été connue la résolution de la Cour suprême de justice (TSJ) de limiter les attributions de l’Assemblée nationale, qui ne cessait pas les outrages dans une lutte prolongée pour le pouvoir. La déclaration de Luisa Ortega Díaz, Procureure générale de la République, qui a remis en cause les résolutions de TSJ, a pu aggraver la spirale de la violence alors qu’on avait rendu à l’Assemblée nationale toutes ses attributions.

C’est dans un tel contexte que se sont multipliés les slogans accusant le gouvernement du président Maduro de faire un coup d’État, dans le but évident de l’isoler et d’obtenir une condamnation internationale au moment même où l’influence de la droite était croissante dans la région. Les gouvernements de plusieurs pays, dont ceux de Colombie, des États-Unis, du Brésil, de l’Argentine, du Mexique, du Canada, de l’Espagne et d’autres encore, ont fait pression sur le président Maduro pour qu’il ouvre un dialogue, alors que l’opposition le refuse. Une telle articulation internationale n’est pas nouvelle, des tentatives d’encercler le Venezuela sur la scène mondiale ont déjà eu lieu à plusieurs reprises. Rappelons la solidarité automatique des gouvernements de droite avec les guarimbas de l’année 2014, ces violences criminelles dirigées par Leopoldo López, connues comme « La Salida » (la sortie), visant à mettre fin de facto au gouvernement Maduro récemment installé.

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Cette fois-ci, l’objectif est de réaliser des manifestations violentes « avec une couverture démocratique » autour de la demande des élections de gouverneurs, l’élection d’un nouveau Conseil électoral national (CNE) qu’ils domineraient, la liberté de ceux qu’ils appellent des prisonniers politiques, dont le champion est le criminel Leopoldo López, jugé pour sa responsabilité des crimes et des dommages causés par les actes insurrectionnels qu’il a publiquement convoqués et dirigés en 2014.

La convocation d’une Assemblée nationale constituante (ANC) a renforcé l’extrémisme de la droite, provoquant une montée incontrôlée de la violence. Dans certains États du pays, comme dans celui de Carabobo, elle a atteint un paroxysme : les gangs criminels armés qui contrôlent certaines zones, lotissements et quartiers des principales villes de cet État ont imposé le pillage de commerces, des transports alimentaires et des logements, imposant des péages aux déplacements des habitants, agressant et même assassinant des gens dans les rues.

Les dirigeants de la MUD, dont le président de l’Assemblée nationale Julio Borges, ont appelé le peuple à « se rebeller » et à protester contre la convocation de l’ANC par le président Maduro. Ils ont qualifié cette convocation de coup d’État et de nouvelle manœuvre de Maduro, visant à gagner du temps pour se maintenir au pouvoir. Des secteurs de la gauche des classes moyennes, prétendument radicaux – dont un ex-ministre de Chávez, qui biaisent leur analyse de la conjoncture de la lutte de classes avec chaque fois plus de haine, ont dit « que cette convocation d’une ANC signifiait une grande trahison de Chávez car la Constitution de la République bolivarienne du Venezuela (CRBV) était son œuvre monumentale ». Pour eux, « oser changer ou modifier la CRBV c’est agir contre son héritage ». Ils oublient qu’ils avaient soutenu Chávez lorsque ce dernier a essayé de modifier 69 articles de la Constitution par un référendum, qu’il a perdu. La droite regroupée dans la MUD s’était dans le passé opposée à une réforme constitutionnelle car elle craignait une radicalisation de son contenu qui romprait avec la logique du capital, il est donc compréhensible qu’elle s’y oppose une nouvelle fois. Ce qui est inexplicable, c’est la régression de cet autre secteur de la gauche, qui partage maintenant la tactique de la MUD avec des arguments timorés. Ce n’est pas un élément mineur sur le terrain de la lutte de classes.

Le fait qu’il y a dix ans Chávez avait clairement estimé que la Constitution n’était pas parfaite et qu’il fallait faire des changements pour pouvoir avancer, ridiculise les positions de ces « chavistes critiques » et les déclarations de la Procureure générale de la République affirmant que « notre Constitution est parfaite ».

La violence des événements de ces dernières semaines, en particulier dans les États importants tel que le Carabobo, fait penser que nous pourrions être au bord d’une tragédie comme le « Bogotazo » (8) en Colombie, ouvrant une longue période de violence dans notre pays comme ce fut le cas dans ce pays frère après l’assassinat de Jorge Eliécer Gaitán.

Ce serait une atteinte très grave pour la société vénézuélienne, qui placerait la résolution du conflit entre les classes sur le terrain des forces armées et de la violence. Il est donc urgent de barrer la route à toute tentative de solution autoritaire, par en haut, à la lutte des classes en cours. C’est de ce point de vue que nous évaluons la convocation de l’ANC et c’est dans le cadre de la Constituante que nous voulons faire valoir nos positions politiques sur les contradictions de la lutte des classes.

La principale critique du processus constituant 2017 mise en avant par la droite, c’est qu’il ne s’agit pas d’un accord entre les partis, mais d’un appel à la participation de tous les citoyens. Nous notons que dans les circonstances actuelles de lutte pour les devises de la rente pétrolière, les partis politiques polyclassistes sont de toute façon incompétents pour parvenir à un accord et résoudre le problème de la violence. Les secteurs bourgeois en conflit, dont chacun veut 100 % de la rente pétrolière, ne peuvent l’arbitrer. Les solutions partidaires visant simplement un dialogue pour parvenir à un accord sans participation populaire, sans les travailleurs, les femmes au foyer, les étudiants et les salariés, sont impossibles car le peuple est le principal acteur du conflit actuel. C’est pourquoi nous considérons que la convocation d’une Constituante de la part du pouvoir populaire est progressiste non seulement pour la résorption de la violence par la base de la société, mais aussi parce que c’est une bonne voie pour l’approfondissement révolutionnaire et la radicalisation du processus. Les critiques avancées à l’unisson par la droite et une certaine gauche radicale, selon lesquelles la convocation d’un processus constituant serait une stratégie gouvernementale visant à prolonger son maintien au pouvoir, nous semblent accessoires et cosmétiques, car l’essentiel c’est le rôle principal du peuple dans la détermination de l’usage et de la jouissance de la rente pétrolière.

Pour les révolutionnaires, le fait que Maduro ait dit que l’ANC va être « profondément ouvrière, communale, celle de la jeunesse, des indigènes et de tout le peuple » est très progressiste ! Pour ceux qui sont du côté des patrons et pour les papes constitutionnalistes du « chavisme critique » il s’agit d’une hérésie contre la CRBV et d’une manœuvre brutale de Maduro. Lorsqu’on est à des moments cruciaux de la lutte des classes, tant les opportunistes que les sectaires ne voient que des manœuvres dans les défis et les opportunités.

Nous n’avons pas l’illusion de croire que par elle seule l’ANC sera la baguette magique permettant de mettre fin à la crise actuelle. Cette convocation de l’ANC est un défi pour que le mouvement social et les travailleurs, en tant que secteurs d’avant-garde, parviennent à démontrer leur capacité d’indépendance de classe face au capital, à l’État et à ses institutions. Tant l’opposition de droite que celle de la gauche critique et/ou du chavisme critique, sont contre l’élection par secteurs non pour des raisons constitutionnalistes et démocratiques, mais du fait de simples calculs, car leur influence est faible au sein des syndicats, des fédérations, des communes, des conseils communaux et des organisations indigènes. La droite tient quelques corporations professionnelles et quelques centres estudiantins, mais elle craint que cela ne soit pas suffisant, c’est-à-dire qu’au total cela ne pèse pas. Et s’ils n’obtiennent pas un avantage électoral égal ou supérieur à celui des élections de l’Assemblée nationale, ce sera de leur point de vue une défaite anticipée pour leurs exigences centrales : que Maduro s’en aille, que la CRBV (qu’en bons hypocrites ils disent maintenant défendre) soit radicalement transformée et qu’ils récupèrent l’accès aux devises de l’industrie pétrolière.

8. La convocation de l’Assemblée nationale constituante 2017 est nécessaire

Dans cette situation de violents conflits, de l’impossibilité de les résoudre par un dialogue et devant les pressions croissantes d’en bas pour une solution radicale rapide, le président Maduro a pris l’audacieuse initiative politique de convoquer un processus constituant. Nous ne devons pas voir ce processus comme seulement un développement démocratique, mais comme un nouveau chapitre de la lutte des classes. Dans ce sens, l’appel du président Maduro prend un caractère progressiste en tant qu’une possibilité de résoudre le conflit non par un accord entre les fractions de la bourgeoisie, mais en s’appuyant sur le rôle principal du peuple et des travailleurs. Cette convocation fait monter la tension de la lutte des classes.

Dans ce contexte, la Ligue unitaire chaviste socialiste a décidé de participer activement et ouvertement au processus constituant. Nous réaffirmons notre soutien critique au processus bolivarien et dans ce sens nous allons accompagner les travailleurs, les paysans, les étudiants, les femmes, les salariés, les exploités et les marginalisés dans la perspective d’obtenir une grande représentation légitime dans ce grand scénario parlementaire que doit être cette Constituante, afin que leurs députés contribuent à ouvrir la voie à une radicalisation socialiste révolutionnaire du processus. Sans douter ni hésiter, nous sommes du côté du président Maduro en nous appuyant sur les travailleurs pour impulser la révolution socialiste radicale du processus bolivarien.

Les travailleuses et les travailleurs doivent être la classe sociale centrale qui, avec tous les salariés et les révolutionnaires, doit être capable de prendre la tête des organes de décision pour faire avancer les changements et les transformations nécessaires. Seules des actions et des mesures révolutionnaires peuvent nous conduire au socialisme véritable. En tant que forme de gouvernement, c’est la plus ample discussion démocratique qui doit régner pour affronter les problèmes de la révolution. Alors seulement l’héritage de la démocratie participative mise en place par la CRBV pourra se matérialiser.

Synthèse et articles Inprecor

La Commission préparatoire pour la convocation de cette Assemblée constituante a déclaré que ses objectifs seront, entre autres, les suivants :

1. Une Constituante pour la paix ;

2. Construire un nouveau système économique post-pétrolier ;

3. Faire encore progresser l’État-providence en donnant aux Missions un rang constitutionnel ;

4. Renforcer le fonctionnement de la justice et de la protection du peuple pour mettre fin à l’impunité ;

5. Impulser de nouvelles formes de démocratie participative en donnant un rang constitutionnel aux communes ;

6. Une politique extérieure souveraine ;

7. L’identité culturelle et une nouvelle vénézuélianité ;

8. La garantie de l’avenir ;

9. La préservation de la vie.

Ces points nous fournissent un appui pour dépasser le capitalisme au-delà de ce qui a déjà été fait. Mais nous ne pouvons attendre l’installation de la Constituante pour affronter les problèmes qui rongent les bases sociales soutenant le processus.

9. La Constituante et le « Coup de barre »

Nous devons critiquer les erreurs tactiques et stratégiques qui ont conduit cette crise à son ampleur actuelle, dont nous souffrons. Nous attendons toujours le « Coup de barre » que Chávez a exigé avant sa mort, lorsqu’il faisait le bilan de ses gouvernements. Nous devons faire face dès maintenant, car il est déjà tard, aux pénuries alimentaires et médicales, à la perte vertigineuse du pouvoir d’achat des salaires. Parce qu’elle n’a pas été affrontée à temps, conjoncturellement et stratégiquement, la guerre économique a dégénéré, produisant le chaos économique dont nous souffrons, alors que les commerçants du plus petit au plus grand, les épiciers et les trafiquants peuvent imposer le prix qu’ils veulent à leurs marchandises sans aucun contrôle véritable.

Il faut adopter immédiatement un Plan d’urgence économique, qui tire l’appareil productif de sa prostration pour garantir la livraison des biens et services ainsi que la récupération du pouvoir d’achat des salaires. C’est essentiel pour freiner le mécontentement populaire existant. Il faut dénoncer les actes de corruption et exiger que les corrompus soient poursuivis et sanctionnés, imposer que les fonctionnaires publics incapables et corrompus soient destitués. Nombre de compatriotes se souviennent et voudraient savoir qui sont ces supposés entrepreneurs qui ont utilisé plus de 20 milliards de dollars obtenus à un taux de change préférentiel pour l’importation, n’acheminant que des conteneurs vides ou remplis de déchets. Et comment ce fut possible qu’au cours de ces quatre dernières années 160 millions de dollars se soient évadés ?

De même, le paiement de la dette extérieure ainsi que les concessions pour l’exploitation de nos richesses naturelles – tel l’Arc minier de l’Orénoque accordant l’exploitation du pétrole et du gaz à des entreprises transnationales et privées – doivent être traités dans le cadre des questions économiques par la Constituante et servir de point de départ d’un audit citoyen de la dette extérieure et des dépenses publiques, de caractère permanent, avec rang constitutionnel…

Après cette étape de propagande pour la Constituante, il faudra élaborer à partir des divers secteurs sociaux des programmes économiques, sociaux, environnementaux, de droits citoyens, d’intégration et de coopérations régionales, tout en soumettant des propositions immédiates pour assurer la paix et la coexistence qui permettront à la Constituante de débattre. Au cours des deux dernières semaines, il y a eu une renaissance de la ferveur des travailleurs et des mouvements sociaux. Nous avons vu des dizaines d’assemblées de travailleuses et des travailleurs dans différentes États et dans divers secteurs, convoquées par les syndicats et les fédérations affiliées à la Centrale bolivarienne socialiste des travailleurs (CBST), au cours desquelles ont déjà été formés les Commandos de campagne pour la Constituante. C’est un enthousiasme surprenant qui s’est manifesté pour construire ces commandos et les participants ont déjà exprimé leur volonté de discuter de tous les sujets mis en avant.

Cependant, il faut aller beaucoup plus loin. Il faut étendre le processus constituant aux collectivités et aux différentes bases sociales qui seront représentées au sein de la Constituante, avec des réunions régulières permanentes des bases avec les député-e-s et qui les représentent. Ces derniers doivent présenter des comptes et assumer les orientations que les bases décident dans leurs assemblées démocratiques. Ces député-e-s et les assemblées doivent accompagner les luttes des travailleurs et des divers secteurs populaires pour leurs droits. En particulier, il y a aujourd’hui le risque que des conflits se multiplient et que des centaines de travailleurs perdent leur emploi si les patrons suivent l’exemple de ce que tente d’imposer General Motors. Cette multinationale a décidé de « cesser ses activités dans le pays », alors qu’il est évident qu’elle veut licencier 2 700 salariés en leur versant des indemnités les plus basses, puis d’ici un ou deux ans reprendre ses opérations. Et l’impudence de GM va encore plus loin, car elle a dit aux médias que le gouvernement vénézuélien avait exproprié l’entreprise, participant ainsi à la campagne médiatique internationale.

Aujourd’hui la plus grande solidarité de classe et les meilleures expressions de la conscience révolutionnaire doivent s’imposer, comme jamais auparavant. Nous suivons le conseil de Léon Trotski à plusieurs organisations à travers le monde dans diverses circonstances de la lutte de classes : « Il faut aider les masses à trouver dans le processus de leur lutte quotidienne un pont entre leurs revendications immédiates et le programme de la révolution socialiste. Ce pont doit consister en un système de revendications transitoires, partant des conditions actuelles et de la conscience réelle de larges couches de la classe ouvrière ». ■

Valencia, mai 2017

* Cet article a été signé par Stalin Pérez Borges, Christian Pereira, Ismael Hernández, Jesús Vargas, Osman Cañizales pour la Coordination de la Ligue unitaire chaviste socialiste (Luchas), dont les militants se sont séparés de Marea socialista en juillet 2016. Luchas a le statut d’observateur permanent lors des réunions du Comité international de la IVe Internationale. Cet article a été publié le 14 mai 2017 par Aporrea : https://www.aporrea.org/actualidad/n308469.html (Traduit du castillan par JM).

Notes

1. Action démocratique (AD), membre de l’Internationale socialiste, fondé en 1941, a été un des principaux partis gouvernants. Il fait actuellement partie de l’opposition anti-chaviste de la MUD. Le Comité d’organisation politique électorale indépendante (COPEI) a été, avec AD, le parti de la droite conservatrice dans le système bipartite des années 1958-1998. Il fait aujourd’hui partie de la MUD. L’Union républicaine démocratique (URD) est un parti centriste libéral, fondé en 1945, actuellement dans la MUD. Le Parti communiste du Venezuela (PCV) a été le principal parti de gauche de 1931 à son éclatement en 1971. Au cours des années 1960 il a lancé une guérilla, mais n’a pas été capable de mobiliser la paysannerie. Depuis 1998 il soutient Chávez en faveur d’une transition lente et évolutive vers le socialisme.

2. Le vendredi noir est le nom donné au jour d’une brutale dévaluation du bolivar vénézuélien face au dollar (18 février 1983), qui a fait imposer un contrôle des changes au gouvernement de Luis Herrera Campins.

3. Les militaires progressistes ont formé à l’occasion du 200e anniversaire de la naissance de Simón Bolívar un Mouvement révolutionnaire bolivarien 200 (MBR-200). Après le soulèvement populaire de février 1989 contre le néolibéralisme à Caracas, brutalement réprimé par le gouvernement (AD-COPEI-URD), qui a fait plusieurs milliers de morts, le MBR-200 s’est radicalisé. Le 4 février 1992 le MBR-200, dirigé par Hugo Chávez, a tenté un coup d’État contre le président Carlos Andrés Pérez (AD) responsable de la répression sanglante, qui a échoué. Emprisonné, Chávez enregistre un appel à l’insurrection, diffusé la nuit du 26 au 27 novembre 1992, lors d’un second coup d’État qui échoue également.

4. Le Mouvement vers le socialisme (MAS) est issu d’une scission opposée à la lutte de guérilla du Parti communiste en 1971. Il fait partie de l’Internationale socialiste. Après avoir soutenu Chávez en 1998, il a rejoint l’opposition antichaviste en 2002 (une minorité scissionne alors pour créer Podemos et soutenir Chávez). Le PCV : voir note 1. Le Mouvement électoral du peuple (MEP) est issu d’une scission populiste de gauche de l’Action démocratique en 1967.

5. Le Parti de la révolution vénézuélienne (PRV) est né d’une division du PCV en 1966, devenant l’appareil politique des Forces armées de libération nationale (FALN). Après une crise en 1983, il a fini par s’auto-dissoudre en 1992. Le Parti socialiste des travailleurs (PST) a été une organisation marxiste-révolutionnaire liée au PST argentin de Nahuel Moreno au cours des années 1970 et 1990. L’Organisation des révolutionnaires (OR), dont la façade légale portait le nom de Ligue socialiste, est issue d’une scission du Front guérillero Antonio José de Sucre, lui-même issu de la division du Mouvement de la gauche révolutionnaire (MIR) en 1969. En 2007 ses militants ont intégré le PSUV.

6. Le Grand pôle patriotique est une coalition des partis politiques et de mouvements sociaux, qui regroupe le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV), le Parti communiste (PCV), L’unité populaire vénézuélienne (UPV), Patrie pour tous (PPT), le Mouvement Tupamaro du Venezuela, le Mouvement électoral du peuple (MEP), les Indépendants pour la communauté nationale (IPCN), Pour la démocratie sociale (Podemos), Courants révolutionnaires vénézuéliens (CRV), le Parti REDES ainsi que des mouvements sociaux de toutes les régions du pays. Aux élections législatives de 2015 cette coalition a obtenu 5 622 844 suffrages (40,91 %).

7. La guarimba est une protestation organisée dans les zones résidentielles par blocage de rue mais sans affronter les corps de sécurité de l’État. Les récents messages circulant par courriel ou pas SMS donnaient les cinq conseils suivants pour les organiser : « 1) préparer des cellules de résistance de 7 personnes au maximum (seulement des gens de confiance) ; 2) chercher tout ce qui permet de barrer la rue (surtout les routes principales) ; 3) construire rapidement une barricade à 16 h ; 4) lorsque la barricade est construite, ne pas la défendre, rentrer chez soi ! 5) Tu peux commencer à construire une barricade par jour dans les rues les plus proches pour toi… et faire circuler son adresse. »

8. Le « Bogotazo » est le nom donné à aux protestations violentes et à leur répression par l’armée, à la suite de l’assassinat, le 9 avril 1948, du leader du Parti libéral colombien, Jorge Eliécer Gaitán, alors probable vainqueur des élections présidentielles. Les troubles, commencés à Bogota, se sont étendus à d’autres villes du pays. Le « Bogotazo » marque le début de « la Violencia », une période de guerre civile entre les libéraux et les conservateurs, qui durera jusqu’en 1958.

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