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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale

 

N° 601-602 février 2014 *

CENTRAFRIQUE

Les non-dits de l’intervention militaire française (2/2)

Cf. aussi : [Centrafrique] [Jean Nanga] [Afrique]

Jean Nanga*

Rivalités africaines et centrafricaines

En effet, la présence de la SANDF en Centrafrique (abritant le siège de la CEMAC) au nom de l’accord de défense liant les deux pays, mais sans mandat de l’Union Africaine, sans concertation préalable avec les États de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), présents sur le terrain militaire comme FOMAC, n’a pas été bien appréciée par les dirigeants de ladite communauté sous-régionale. Il s’agissait d’une intrusion étrangère à la sous-région, comme l’avait été — à la différence près, concernant la lusophonie partagée — celle de l’Angola (dans le cadre de la mission de la Communauté de pays de langue portugaise et de l’UA pour la formation de la police nationale qui s’était accompagnée d’investissements miniers) en Guinée-Bissau aux yeux de certains dirigeants d’Afrique de l’Ouest. Comme avait failli l’être la présence tchadienne au Mali, si elle ne s’était pas illustrée rapidement par des succès militaires contre les groupes armés islamistes. Une présence sud-africaine mal appréciée particulièrement par les présidents congolais et tchadien, car François Bozizé avait accédé au pouvoir et s’y était maintenu aussi grâce au soutien qu’ils lui avaient apporté. Au nom aussi de leur fraternité maçonnique ; les loges maçonniques métropolitaines ayant depuis la période coloniale leur volet françafricain (43). Ainsi, le choix fait par leur ancien protégé, Bozizé, de développer les relations bilatérales de la RCA avec l’Afrique du Sud, de la présidence Mbeki à celle de Zuma, jusqu’à solliciter une intervention militaire sud-africaine en janvier 2013, malgré la présence de la FOMAC, est apparu comme une menace pour leurs intérêts.

Du côté tchadien, il y avait le contrôle de sa frontière méridionale, grâce à la présence des troupes mises à la disposition de Bozizé par son parrain Déby, ainsi que l’usage par l’armée française de la RCA pour voler au secours du régime de N’Djamena, en cas de grave menace de la rébellion tchadienne. Une vraie garantie pour le président tchadien que pouvait fragiliser le développement de la coopération militaire entre la RCA et la RSA, car cette dernière est réputée vouloir débarrasser l’Afrique de la présence des armées non africaines, au nom du principe « l’Afrique aux Africains ». L’accord RCA-RSA, en disposant de la possibilité d’une protection rapprochée de Bozizé par la SANDF, paraissait aussi préparer le renvoi des soldats tchadiens assurant la garde rapprochée du président centrafricain. Une marque d’ingratitude de celui-ci à l’égard de l’un de ceux qui l’ont fait président. D’où le passage, en quelques mois, du soutien habituel apporté à Bozizé contre les rebelles, à l’aide que le régime de Déby est présumé avoir apportée à la Séléka, ne serait-ce que par son manque d’opposition à sa prise du pouvoir (44).

Du côté du régime de Brazzaville, il n’y a pas de menace de rébellion armée, ni même une opposition civile, qui se serait installée à la frontière avec le voisin centrafricain. Ainsi, il semble qu’au delà du statut de doyen que veut s’attribuer le président congolais dans la sous-région, la présence sud-africaine susciterait plutôt un malaise économiquement motivé. Car, selon une enquête de l’ICG, la contribution du président congolais à la conquête du pouvoir par le général Bozizé — avec ses alliés de l’opposition armée — n’a pas été militaire, à la différence de celle de ses collègues le chef de l’État tchadien Déby (troupes) ainsi que celui de la RD Congo, Kabila (matériels) (45), mais en espèces sonnantes et trébuchantes : « le président (…) finance l’opération à hauteur de 3 milliards de francs CFA, soit environ 4,6 millions d’euros » (46). En cassant sa tirelire personnelle ? Une telle générosité de la part d’un président dont la famille est couramment considérée comme une pratiquante effrénée de l’accumulation capitaliste peut-elle être dépourvue de quelque retour d’ascenseur ? Vu que le conquérant du pouvoir centrafricain, François Bozizé, était appelé à présider un pays dont le diamant est l’un des deux principaux produits d’exportation. Diamant à propos duquel Brazzaville va être indexée et punie (exclusion temporaire, de 2004 à 2007, du Processus de Kimberley pour la traçabilité des diamants), faute d’explication officielle, pour son exportation (5 millions de carats) de diamant cent fois supérieure à la production nationale (50 000 carats). En fait, « le Congo servait surtout de plaque tournante pour la contrebande des diamants en provenance des pays voisins, et plus particulièrement de la République Démocratique du Congo et de l’Angola (…). Après avoir parlé de “complot”, les autorités du Congo, par la voix du président de la République (…) en personne, ont annoncé une série de mesures visant à “réintégrer le pays dans le Processus de Kimberley” » (47). Parmi ces « pays voisins », il y a aussi la RCA. Ainsi, selon l’ICG encore, en 2010, soit trois ans après la réintégration du Congo dans le Processus de Kimberley, « les diamants de la RCA passent également en plus petites quantités vers la République du Congo et la RDC où les taxes d’exportation sont bien moindres et où les risques d’êtres pris sont minimes, tant les pierres locales ressemblent à celles de la RCA » (48). Dans un de ces pays où se manifeste assez bien cet esprit du temps — un certain dynamisme capitaliste ou affairiste (qui n’est pas souvent assumé publiquement par les dirigeants politiques et administratifs) — le commerce de cette pierre précieuse ne peut manquer de les intéresser. Par exemple, dans un document diffusé en ligne, principalement par les réseaux de l’opposition aussi bien congolaise que gabonaise, daté de 2004, qui recensait des entreprises attribuées alors à la famille présidentielle congolaise (avec indication de leur emplacement ou siège, ainsi que les prête-noms et associés), figure entre autres, un comptoir congolais du diamant (CCD) (49). Mais au-delà d’autres informations pouvant être traitées comme des indices concernant un certain intérêt pour le diamant centrafricain (50), il y a le fait indéniable d’une volonté officielle de développer une coopération entre les deux États — patrimonialistes comme diraient les africanistes — en matière d’exploitation diamantifère (51). Ce projet ne pouvait que souffrir de l’offensive sud-africaine sur le diamant centrafricain.

Le projet le plus menaçant concernant le diamant centrafricain était celui d’Inala Centrafrique, une joint-venture entre le gouvernement de la RCA et des partenaires sud-africains assez liés à l’ANC. Projet qui a évolué de l’achat du diamant aux mineurs artisanaux à la mise en place d’une police des mines, au service de l’État centrafricain, contre l’important trafic illégal du diamant centrafricain (plus de 50 % de la production). Inala Centrafrique allait ainsi faire ce que l’entreprise française BIVAC Centrafrique faisait concernant l’exportation du bois, victime aussi d’un important trafic illégal. Pire, Inala Centrafrique, envisageait le monopole de l’exportation du diamant centrafricain (52). Un projet dont les ambitions ont été revues à la baisse (53), à partir de la fin 2008. C’est, comme par coïncidence, en cette même année 2008 que le tandem Bozizé-Ndoutingai, avait, sous le prétexte de remettre de l’ordre dans le secteur du diamant, séquestré les diamants des trois quarts des bureaux de vente centrafricains (interdits d’activités par conséquent) ainsi que ceux de riches collecteurs. D’où le rapprochement, voire le soutien de ces diamantaires expropriés à la rébellion armée (54), animée en partie par des anciens compagnons de Bozizé, pendant la prise du pouvoir en 2003 et frustrés par la suite, qui ne pouvait être indifférente aux conséquences possibles du deal entre le régime de Bozizé et ses partenaires sud-africains.

L’accumulation des richesses : de Bokassa à l’après-Bozizé

Les diamants ont non seulement contribué à la défaite électorale de Giscard d’Estaing en 1981, mais ils ont aussi et surtout contribué aux malheurs du peuple centrafricain, de Bokassa à Bozizé. Objet d’exploitation et d’exportation par des entreprises étrangères, la gestion du diamant est aussi l’une des principales sources d’accumulation primitive pour la « bourgeoisie politico-bureaucratique » et la « petite bourgeoisie technocratique ». En 1969, à partir d’un « chevauchement entre les pouvoirs politico-administratifs et économique » hérité du temps des compagnies concessionnaires (55), Bokassa s’était transformé en entrepreneur diamantaire avec la Centradiam, source de démêlés avec les entreprises occidentales (étatsunienne, française, hollandaise) et israélienne alors en situation de monopole. Ce qui lui permettra d’être le président-capitaliste (grand exploitant agricole aussi) devenu empereur. Un esprit entrepreneurial alors partagé par son Premier ministre, Patassé, mais qui atteindra les sommets après l’élection « démocratique » de ce dernier en 1993, avec sa multitude d’entreprises dans les différents secteurs les plus rentables de l’économie centrafricaine : « en plein dans l’affairisme, M. Patassé émarge comme personnel de direction de plusieurs sociétés : Catadiam, Centrafondor, Colombes-Bois, Colombes Mines, etc. et il en perçoit les salaires » (56). Une réussite capitaliste telle, que face à l’incapacité du Trésor public centrafricain d’assurer le versement régulier des salaires des fonctionnaires, des pensions des retraités, des bourses des étudiants, le président Patassé s’était proposé, en 2000, de faire don à l’État qu’il dirigeait de quelques milliards de francs CFA de sa fortune privée. Une insolence, accompagnée d’une instrumentalisation des affinités ethniques et d’une féroce répression qui avaient favorisé une large et solide coalition politique contre son régime, s’appuyant sur un fort rejet populaire de celui-ci, jusqu’à sa chute en 2003.

C’est ainsi que l’une des principales tâches proclamées du régime de Bozizé, avec pour Premier ministre (mars-décembre 2003), Abel Goumba, réputé honnête, était de mettre un terme à l’enrichissement à partir de la détention du pouvoir politique ou administratif, à la « gestion économique catastrophique, caractérisée par l’affairisme des dirigeants, les scandales financiers (Zongo-Oil, Beac, Centrafrican Airlines, Colombes Mines, Trans-Oil…) (…). Obligation [était alors] faite à tous les membres du gouvernement de procéder, par acte notarié, à la déclaration de leurs biens au moment de leur entrée en fonction » (57). Le genre de proclamation ou de posture qui ne résiste pas longtemps à l’épreuve du pouvoir. Car en ces temps dits de « fin des idéologies », mais en fait d’hégémonie presque incontestée du capitalisme, la principale motivation politique des organisations politiques et de leurs leaders, aussi bien des gouvernants que de leurs principaux opposants, non seulement en Afrique, est la participation en bonne place à la reproduction du capital. Voire en en tirant le plus de profit privé possible.

Dans le cas de la fraction de Bozizé, il s’agissait de satisfaire les institutions de Bretton Woods — dont la conception de la privatisation des entreprises publiques et de la libéralisation des marchés, privilégiant les « investisseurs stratégiques » n’était pas partagée par l’entrepreneur capitaliste et chef de l’État centrafricain, Patassé — tout en procédant à son tour à l’accumulation privée, en développant son esprit entrepreneurial ainsi qu’un clientélisme qui ne peut être réduit aux affinités familiales ou ethniques. Ce qui s’accompagnait de la diffusion d’un discours sur « la création des incitations au développement du secteur privé d’où la nécessité de prôner une bourgeoisie centrafricaine » (58), la promotion du « développement de l’économie du pays, par l’émergence d’une bourgeoisie centrafricaine » (59).

Contempteur, lors de son arrivée au pouvoir, de la gabegie de la fraction de Patassé, la fraction de Bozizé a été à son tour accusée de prévarication, de développement des inégalités, d’accumulation de dessous de tables : « Bozizé concentre entre ses mains le pouvoir d’accorder l’accès aux diamants et le contrôle sur les revenus miniers. Lui seul peut signer les décrets octroyant aux compagnies minières des permis d’exploration et d’extraction et lui seul peut autoriser les bureaux d’achat à exporter des diamants. Le régime est ainsi assuré de recevoir une part satisfaisante des profits, et ceux qui gravitent autour du pouvoir sont sûrs d’obtenir des postes lucratifs » (60). Avec aussi une diversification des partenaires plutôt que la conservation d’un rapport léonin néocolonial (qui fragilise le contrôle du pouvoir) cette fraction ne pouvait que participer en très bonne place au développement d’une bourgeoisie centrafricaine. Ce que ses tombeurs ont voulu empêcher en mandatant « plusieurs émissaires [des cabinets d’avocats parisiens] pour lancer une opération “Bien mal acquis” contre le président déchu en mars » (61), s’octroyant ainsi du même coup un certificat d’intégrité dans la gestion, alors en cours, de la transition.

Ce qui tranche toutefois avec le pillage du diamant et de l’or, l’extorsion des biens des petits paysans dans les zones contrôlées par les forces de la Séléka, le vol des biens de l’État et autres forfaits qui leur sont attribués, ainsi qu’aux « mercenaires étrangers », non sans quelque dose de chauvinisme. Un comportement qui relève, aussi bien de la part des dirigeants de l’ex-opposition armée — parmi lesquels des dinosaures recyclés (62) — que de leurs miliciens, du principe des oppositions armées menées en Afrique, depuis la fin des guerres de libération nationale anticoloniales ; les déficiences théoriques des mouvements de libération nationale, que pointait déjà Amilcar Cabral, ont favorisé la transformation de ces oppositions en viviers d’oligarques post-coloniaux. Derrière les résolutions, plutôt destinées à l’Union européenne, aux États-Unis et leurs réseaux humanitaires, prises par ces opposants, y compris au risque quotidien de leur vie, contre la « dictature », le « tribalisme », le « népotisme », la « mauvaise gouvernance » du régime en place, en l’occurrence celui de Bozizé, il y a presque toujours des ambitions d’enrichissement privé (accumulation primitive et affairisme) à partir de la participation en position privilégiée à la gestion de l’État. Surtout quand il s’agit, comme dans le cas centrafricain, d’une participation assez limitée dans le temps : une transition de trois ans, avec la restriction que « le Premier ministre ainsi que les autres membres du Gouvernement ne peuvent être candidats à la prochaine élection présidentielle » (article 6, alinéa 1er de l’Accord politique de Libreville). Même l’annonce faite par l’équipe aujourd’hui déchue de Michel Djotodia de la révision des contrats miniers et pétroliers n’a rien d’original dans l’histoire de la Centrafrique. Le régime de Bozizé l’avait annoncée et accomplie, mais au profit de sa fraction surtout, en fin de compte. Par la révision de tels contrats, sont restructurés aussi bien les rapports aux richesses nationales entre les différentes fractions que les alliances internationales, y compris en Afrique (64).

Les manœuvres dilatoires de Bozizé contre sa perte du contrôle de la répartition des privilèges que constituait l’Accord de Libreville ont conduit la Séléka, en mars 2013, au terme du processus de la rébellion armée. Elle a été à son tour victime de la cupidité qui est, avec la frustration de certains ex-privilégiés de la fraction Bozizé, le principal facteur des violences meurtrières, qui ont pris une tournure confessionnelle, voire ethno-régionale et chauvine à l’égard des Tchadiens et des Ouest-Africains en s’autonomisant au fil des mois. Ce qui non seulement allongeait la liste des morts et aggravait la catastrophe humanitaire, mais aussi compromettait la sécurisation « de la croissance par la paix ».

Ainsi, en principale suzeraine de la transition centrafricaine, la France a fait démettre, le 10 janvier 2014, par les chefs d’État de la CEEAC et les parlementaires centrafricains convoqués à N’Djamena, le président centrafricain Michel Djotodia et le Premier ministre Nicolas Tiangaye, comme dommage « collatéral ». Accomplissement de l’impossibilité de continuer la transition avec Michel Djotodia, déjà annoncée par François Hollande, sur une chaîne télévisée, au début décembre 2013. Cette démission a été précédé d’une mission d’information du ministre français de la Défense auprès des présidents du Congo-Brazzaville et du Gabon, alors que la décision avait été préalablement prise en concertation avec le président tchadien.

Comme par hasard, la nouvelle élue à la présidence de la transition est une patronne, réputée intègre, ne cachant pas son admiration pour la France officielle. Il ne s’agit pas d’une personne tout à fait étrangère au monde politique centrafricain, car si elle n’est pas affiliée à un parti politique, elle est néanmoins la compagne d’un ancien ministre des présidents Kolingba et Bozizé. Ceci ne l’ayant pas empêchée d’être par ailleurs une activiste des droits humains, principalement des violences contre les femmes. D’où, sans doute, le choix par le gouvernement précédent de la nommer mairesse de la ville de Bangui. Malgré tout, c’est une personne du sérail qui ne semble pas disposée à s’écarter de la conception de la transition centrafricaine telle que définie, avec l’aide des chefs d’État sous-traitants d’Afrique centrale, par une France néocoloniale dite en plein « redéploiement » (65).

La durée et le programme de ladite transition promettent une post-transition ne pouvant être qu’un réaménagement de l’État centrafricain, comme l’a été celui des États africains francophones, passés par les conférences nationales : une « démocratisation » néolibérale qui ne sera pas centrée sur l’organisation d’une vraie participation du peuple centrafricain — mieux informé et formé, y compris en matière de distinction entre les identités ethniques ou régionales, confessionnelles, politiques, de classe, etc. — à la prise des décisions et au contrôle de leur exécution. Ce qui ne peut s’organiser en quinze ou vingt-quatre mois, surtout dans un pays comme la RCA où la particularité de l’histoire néocoloniale, la fonction de la RCA (ex-Oubangui) dans le dispositif colonial, puis françafricain, a sérieusement affecté le niveau de la conscience politique.

Un choix de la courte durée, motivé par l’impatience de procéder à la relance de la croissance économique de la RCA, qui ne profitera surtout qu’aux « investisseurs stratégiques » étrangers ainsi qu’aux Centrafricains appartenant à la même classe sociale que la présidente Samba-Panza. Le gouvernement des technocrates promis par la nouvelle présidente et dirigé par un Premier ministre membre de la technocratie néolibérale et néocoloniale (Banque africaine de développement, puis Banque de développement des États d’Afrique centrale) ne peut avoir pour horizon que le néolibéralisme et sa minimalisation de la démocratie entendue comme participation du peuple à l’organisation de la vie commune et du bien-être de tous et de toutes.

Le gouvernement Djotodia-Tiangaye n’avait à aucun moment affirmé quelque intention que ce soit de s’écarter des instructions de la technocratie néolibérale (institutions de Bretton Woods, institutions de la Zone franc et consorts), exprimées par l’article 5 de l’Accord de Libreville, ni de la continuation plus stricte de l’Ajustement structurel néolibéral.

Pourtant, c’est en tournant le dos au catéchisme néolibéral appliqué depuis au moins deux décennies en RCA, en choisissant une organisation de l’économie centrafricaine en fonction de la satisfaction des besoins du peuple centrafricain, aussi dans une perspective d’intégration régionale animée par le même principe, sans les conséquences écocides évitables, que réside une solution durable du problème social qu’est la disponibilité d’une partie de la jeunesse à servir de chair à canon et d’exécutant des crimes des fractions politiciennes centrafricaines en quête d’enrichissement privé, de participation à la reproduction du capitalisme à partir du contexte local et aux dépens du bien-être de tous et toutes. Les jeunes de la Séléka, par exemple, sont avant tout des produits de la déscolarisation, du chômage, de la paupérisation, du consumérisme des images, etc., renforcés par les politiques néolibérales et néocoloniales pratiquées des présidences Kolingba à Bozizé. Une situation partagée avec des anti-balaka, avec lesquels ils devraient, plutôt que de se combattre, s’organiser ensemble pour la défense de leurs intérêts de victimes des injustices sociales, avec les syndicats des salariés publics et privés, les associations paysannes, les syndicats étudiants, des collectifs de malades du sida et autres associations, en exigeant, par exemple, de la prétendue « communauté internationale », dont la « sidération humanitaire » semble partagée même par des anti-impérialistes, l’annulation pure et simple des 350 milliards de la dette publique extérieure — multilatérale (environ 6 %) et bilatérale (93 %) — de la RCA et de les réserver à des dépenses sociales, y compris le payement de quelques arriérés de salaires, sans se faire d’illusion sur l’efficacité durable d’une telle mesure. Car d’abord, il ne peut y avoir, dans le contexte néolibéral, de solution positive durable aux problèmes sociaux d’au moins 62 % de Centrafricain·e·s vivant dans la pauvreté.

Ce n’est pas en RCA que le néolibéralisme va se transformer de facteur de paupérisation massive, qu’il s’avère sur tous les continents, en facteur d’amélioration des conditions de vie des exploités et autres couches sociales populaires. Malgré la feuille de vigne du « cadre structurel de lutte contre la pauvreté », le progrès social et culturel pour les majorités ne relève pas du logiciel néolibéral.

L’actuelle classe politique centrafricaine se caractérisant par l’absence d’un courant porteur d’un projet alternatif à l’ordre néocolonial et capitaliste en RCA, comme ailleurs, l’émancipation des salariés, des paysans, des jeunes précaires, des chômeurs et autres victimes dudit ordre en RCA ne sera possible qu’à partir de leur auto-organisation pour la défense des intérêts particuliers de leurs catégories sociales ainsi que de la construction des convergences, en vue de l’instauration d’une société centrafricaine émancipée du néocolonialisme en particulier, du capitalisme en général.  ■

* Jean Nanga est un correspondant d’Inprecor en Afrique.

Notes

43. « South Africa bolsters its troops in the Central African Republic », Irin News, 8 January 2013, http://www.irinnews.org/report/97194/central-african-republic-sou...

44. Pour une critique interne, cf. par exemple Pierre Marion (franc-maçon et ancien directeur de la DGSE), « Mes bien-aimés frères — Histoire et dérive de la franc-maçonnerie », Flammarion, Paris 2001.

45. En fin août 2012, un journal banguissois annonçait que « 50 éléments tchadiens de la garde présidentielle disparaissent avec armes et munitions », Globe Le Visionnaire, 31 août 2012, http://globevisionnaire.6mablog.com/post/50-éléments-tchadiens-d...

46. Son adversaire Jean-Pierre Mbemba avait envoyé des combattants de son Mouvement de libération du Congo pour défendre le régime d’Ange-Félix Patassé menacé par la rébellion armée.

47. ICG, « République centrafricaine : Anatomie… », p. 16 (cf. note 10).

48. Philippe Renaudière, « Le Processus de Kimberley et les diamants de la guerre », Research Papers n°2 (Centre Européen de Recherche Internationale et Stratégique), 2004, p. 45

49. ICG, « De dangereuses petites pierres : les diamants en République centrafricaine », Rapport Afrique, n° 167, 16 décembre 2010, p. 15.

50. Un membre de cette famille présidentielle serait aussi co-actionnaire d’Azur (installée comme Nationlink en 2004), l’un des quatre opérateurs de téléphonie mobile en RCA.

51. La Lettre du Continent évoque des hommes d’affaires, aussi bien congolais que français, actifs dans le secteur pétrolier congolais et proches des deux régimes, dont « le principal conseiller officieux de François Bozizé », qui sont devenus des diamantaires de « premier plan en Centrafrique » (« La Lettre du Continent » 17 mai 2001 ; 18 mars 2003 ; 20 mai 2004, 2 septembre 2004).

52. Le titre de l’article ne reflète pas le contenu : « Selon la presse centrafricaine, Bozizé et Sassou s’associent pour “exploiter” illégalement le diamant centrafricain », Centrafrique-Presse.com, repris p

ar Congopage.com, 21 août 2005, http://www.congopage.com/?page=imprimersans&id_article=2740

53. « South Africa bolsters its troops in the Central African Republic », IRIN News, 8 January 2013, http://www.irinnews.org/report/97194/central-african-republic-sou...

54. Dans un rapport édité par IPIS/ActionAid Nederland/Cordaid, Inala n’apparaît que comme 8e sur 9 bureaux d’achat exportateurs du diamant centrafricain en 2011 et n’ayant rien exporté au premier trimestre 2012 : Ken Matthysen & Iain Clarkson, « L’or et les diamants de la République centrafricaine. Le secteur minier et les problèmes sociaux et environnementaux y afférents », Anvers, février 2013, p. 18.

55. RFI, « Centrafrique : des diamantaires reconnaissent avoir financé la Séléka  », 9 avril 2013, http://www.rfi.fr/print/946616

56. Oscar Leaba, « La crise centrafricaine de l’été 2001 », Politique africaine, 2001/4, n° 84, (p. 163-175), p. 167-168 pour la citation et Bokassa.

57. Mémorandum de l’opposition centrafricaine sur la situation politique, économique et sociale de la République centrafricaine à la très haute attention des chefs d’États réunis à l’occasion du sommet France-Afrique, Yaoundé, 17-19 janvier 2001, 14 janvier 2001, p. 4. http://www.fodem.org/infos%20centrafrique/memorandum_opposition.htm

58. Primature de la République centrafricaine, Consultation UE/ACP sur la situation nationale en République centrafricaine. Mémorandum présenté par le gouvernement de transition, Bangui, Juin 2003, p. 10. L’un des principaux co-actionnaires de Centrafrican Airlines, était rien moins que le célèbre trafiquant d’armes Victor Bout (incarné par Nicolas Cage dans le film hollywoodien Lord of War) actuellement incarcéré aux États-Unis, après maints services rendus, comme l’avait été Noriega avant lui.

59. Propos du ministre d’État aux Finances et au Budget, Sylvain Ndoutingaï cité dans le Rapport général du Forum national de la jeunesse, 26 novembre 2011, organisé par le Conseil national de la jeunesse centrafricaine.

60. La ministre du Commerce et de l’Industrie, Marlyn Mouliom Roosalem, citée par Sébastien Lamba, « La guerre

des tables-rondes des donateurs est ouverte entre les ministres de Bozizé », Centrafrique Presse, 5 juillet 2011.

61. ICG, De dangereuses petites p

ierres… p. 5-6 (cf. note 49).

62. « Sur les traces des avoirs de François Bozizé », « La Lettre du Continent », 1er janvier 2014, p. 3. Par ironie de l’histoire l’un des avocats parisiens consultés (W. B.) est en charge de la traque des BMA de l’un des anciens parrains de Bozizé, alors devenu un parrain de Djotodia

63. http://www.lanouvellecentrafrique.info/discours-des-organisations-des-travailleurs-de-centrafrique-a-loccasion-de-la-fete-du-mai-2013/attachment/1332773164491/

64. À la recherche d’autres soutiens que ceux d’Afrique centrale, Bozizé s’était tourné non seulement vers Mbeki, puis Zuma, mais aussi vers Blaise Compaoré qui avait déjà eu à soutenir les diamantaires Jonas Savimbi (chef de l’Unita) et le dirigeant libérien Charles Taylor, un des principaux bénéficiaires des « diamants du sang » sierraleonais.

65. Jean Batou, « Le redéploiement de l’impérialisme français en Afrique et la sidération humanitaire de la gauche », Contretemps, 15 janvier 2014, http://www.contretemps.eu/print/interventions/afrique-redeploiem...