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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale

 

N° 505-506 mai-juin 2005 *

GRANDE-BRETAGNE : ÉCOSSE

Résultat décevant pour le SSP

Cf. aussi : [Ecosse] [Grande-Bretagne]

Alan McCombes

Cet article a été publié dans l’hebdomadaire du SSP, Scottish Socialist Voice, du 12 mai 2005. Alan McCombes est un des dirigeants du Parti socialiste écossais (SSP).

Une tradition bien ancrée de la politique veut que les partis qui viennent de subir un revers électoral bandent leurs muscles et fassent comme s’ils venaient de remporter une glorieuse victoire. Jeudi dernier [5 mai 2005] cinq partis écossais ont subi des revers. Seul le Parti socialiste écossais (SSP) a reconnu sa défaite. Exprimant notre déception dans un langage vif, notre porte-parole Colin Fox a cité la phrase historique de l’ex-dirigeant de l’équipe de football Manchester United, Tommy Docherty : « Nous avons encaissé 4 contre 0 et nous avons eu de la chance d’obtenir 0 ».

Nous n’avions aucune illusion sur le résultat de ces élections et nous savions qu’elles seraient difficiles. Dans les élections écossaises de 2003 et dans les européennes de 2004 chaque vote comptait potentiellement pour élire un(e) candidat(e) socialiste. Dans cette élection nous n’avions aucune chance d’avoir des élus — ce que nous avions annoncé dès le début de notre campagne. Il n’en reste pas moins que le glissement des 3 % lors de la dernière élection à scrutin majoritaire en 2001 à moins de 2 % en 2005 est une déception. Ce résultat illustre l’immensité de la tâche que nous nous sommes fixée en construisant un parti socialiste de masse qui se donne pour but la création d’une Écosse indépendante et socialiste. Il souligne le fait que nous ne pouvons espérer des progrès linéaires, toujours plus loin et toujours plus haut : les échecs sur notre route sont inévitables.

Il n’y a pas d’explication unilatérale de ce recul. C’est le produit d’une combinaison complexe de circonstances. Le parti lui-même a connu la période la plus difficile de son histoire de sept années. A la suite de la démission de Tommy Sheridan, nous avions encaissé des attaques soutenues des médias, principalement fondées sur l’ignorance et la désinformation. Le parti n’a pas non plus eu le temps d’imposer le profil public de son nouveau porte-parole, Colin Fox. Mais nous devons également reconnaître que d’autres forces, plus puissantes, travaillaient contre nous dans ces élections.

Depuis la création du Parlement écossais (Hollyrood), les élections pour le Parlement de Westminster (britannique) sont devenues un terrain de plus en plus hostile pour les partis écossais, le Parti national écossais (SNP), les Verts et le SSP. En 2001 cela fut en partie masqué par le fait que le résultat des législatives était évident dès le premier jour et que la victoire du Parti travailliste ne faisait pas de doute. Au contraire, lors des législatives du 5 mai 2005 le Parti travailliste pouvait exciter au sein des travailleurs la crainte d’une victoire du conservateur Michael Howard. Le quotidien tabloïd écossais Daily Record, par exemple, n’a pas hésité a faire peur aux électeurs qui pourraient être tentés par l’abandon du vote travailliste, titrant en première page le jour des élections « Aujourd’hui votre maison est en danger. C’est votre maison, votre retraite et l’école de vos enfants qui sont en jeu », le tout accompagné d’une image de Michael Howard se transformant en Margaret Thatcher.

Un problème encore plus grand pour le SSP, le SNP et les Verts fut l’émergence des Libéraux Démocrates (LD) en tant qu’opposition de gauche. Ils ont promis de taxer les riches et de lutter contre les très impopulaires impôts locaux (Council Tax) tout en se présentant comme un parti progressiste, contre la guerre et antiraciste, contrastant ainsi avec le Parti travailliste et le Parti conservateur. En pratique les Libéraux Démocrates sont un parti de centre-droite. Au sein de Hollyrood ils se sont opposés à l’augmentation des salaires, ont voté la suppression des repas scolaires gratuits, soutenu les privatisations et la participation privée dans les capitaux publics. Et après cinq ans de participation au gouvernement écossais ils n’ont pas réussi à supprimer ni même à réduire les impôts locaux. Ils s’opposent à la re-nationalisation des chemins de fer, ils soutiennent les armes atomiques sur la Clyde et refusent d’appeler au retrait des troupes de l’Irak…

Mais en politique la perception est essentielle. Et dans un canular digne des meilleurs comiques, les Libéraux Démocrates sont parvenus à se faire passer pour un parti réformiste comme le fut dans le passé le Parti travailliste. Ils ont bénéficié pour cela du soutien acritique des mass médias britanniques et de l’incapacité des deux partis traditionnels à leur faire abattre leur masque.

Comme le succès spectaculaire du petit parti de droite — le Parti de l’indépendance du Royaume Uni (UKIP) — lors des européennes de 2004, la percée des Libéraux démocrates est peu susceptible d’être consolidée, particulièrement en Écosse. En 2007 ils devront affronter les élections pour le Hollyrood non en tant qu’opposition critique, mais en tant que parti gouvernemental défendant un morne bilan.

Tous les autres partis en Écosse ont vécu une nuit décevante. Dans le cadre de son recul généralisé dans tout le Royaume-Uni, le Parti travailliste a perdu cinq sièges et vu son score réduit de 4,5 %. Les Tories (conservateurs) — qui ont remporté la majorité des voix en Angleterre — n’ont pas réussi à progresser en Écosse, stagnant à 15 % des voix avec un seul élu, malgré le bilan désastreux des travaillistes au gouvernement depuis huit ans. Ayant gagné deux sièges, le SNP a jubilé. Mais bien que ce parti peut se prévaloir de progrès localisés, son score national s’est réduit. Malgré le retour d’Alex Salmond, largement reconnu en tant que leader fort et charismatique, le parti a obtenu moins de 18 % des votes, soit 2,5 % de moins qu’en 2001 sous la direction de John Swinney.

Il serait erroné de tirer de tout cela la conclusion que le soutien à l’indépendance diminue, comme il serait erroné de croire que les pertes du SSP signalent un recul des idéaux du socialisme et de la redistribution des richesses. Selon les sondages réalisés au cours de la campagne, l’attachement à l’idée de l’indépendance était plus élevé qu’en 2001 (ICM : 29 % ; BBC : 33 % ; YouGov : 34 % ; System Three/TNS : 46 %). Ces sondages confirment également le modèle remarqué depuis longtemps : le soutien à l’indépendance de l’Écosse est plus fort chez les jeunes (plus de 45 %) et chez les ouvriers peu ou pas qualifiés. Ces sondages soulignent le paradoxe : la sympathie pour l’indépendance est, en Écosse, bien plus forte que le soutien combiné pour les trois partis indépendantistes.

Mais, à l’exception du noyau dur des électeurs pro-indépendantistes, ces élections n’étaient nullement perçues comme pouvant mettre en cause l’avenir du Royaume-Uni. Pas plus qu’elles n’étaient perçues comme porteuses d’un changement socialiste. Non, la majorité des électeurs écossais voyaient là une possibilité d’écarter les conservateurs en votant travailliste. D’autres, en particulier les jeunes électeurs, avaient pour priorité l’affaiblissement de la suprématie du nouveau travaillisme à Westminster en votant pour les Libéraux démocrates.

Si les partis écossais ont été marginalisés par les mass médias britanniques, y compris la BBC, l’ITN, le Channel Four et les deux principaux programmes de la Radio, les petits partis écossais ont été marginalisés doublement. Les campagnes des Verts écossais et du SSP n’ont pas été couvertes même par les médias écossais. Au début de la campagne les Verts parlaient de la possibilité d’élire le premier député Vert en Écosse, se fondant sur les bons résultats réalisés à Glasgow Kelvin et à Edinburgh Central dans les élections européennes de l’an dernier. Au lieu de cela, leur score s’est brusquement effondré, en particulier dans leur place forte d’Edinburgh, où il passe de 14 351 à 8 619 voix. Dans toute l’Écosse la Parti Vert ne réalise que 1 % des voix, car ses candidats n’étaient présents que dans un tiers des circonscriptions. Si l’on tient compte des seuls 19 sièges visés par les Verts, qui se présentaient seulement dans les circonscriptions où ils se sentaient les plus forts, on peut estimer qu’en présentant des candidatures dans toute l’Écosse ils auraient obtenu autour de 2,5 % des voix. Autant que le score décevant du SNP ne représente pas un glissement en faveur de l’unionisme britannique, le résultat des Verts ne reflète nullement un intérêt moindre pour l’environnement.

Avec les résultats obtenus dans les élections législatives britanniques du 5 mai dernier, ni le SSP ni les Verts ne pourraient espérer avoir des élus dans les prochaines élections du Parlement écossais en 2007. Mais la bataille pour les élections de 2007 se déroulera sur un terrain plus favorable. Dans les élections du 5 mai tous les partis écossais ont vu leur électorat réduit à son noyau dur, car beaucoup d’électeurs ont décidé, pour cette élection seulement, de voter « utile » plutôt que de voter pour le parti qui leur est le plus proche.

Le SSP a aussi souffert de la tendance continue à la « participation électorale différentielle » : tandis que dans les circonscriptions électorales bourgeoises, tels East Renfrewshire et East Dunbartonshire, le taux de participation a dépassé les 72 %, dans celles à dominante ouvrière, à Glasgow, il n’atteint pas les 50 % et dans certains bureaux de vote il tourne autour de 25 % seulement.

Avec les prochaines élections nationales (écossaises) dans deux ans, le SSP a le temps pour préparer sa future stratégie électorale et celle de ses campagnes politiques. Par exemple lors des élections de 2003 le SSP a été le seul parti à faire campagne pour la suppression des impôts locaux. Aujourd’hui le Libéraux démocrates et le SNP ont sauté dans le train, après un remarquable silence durant cinq ans. Au cours des deux années qui précèdent les élections de 2007, le SSP devra se délimiter plus clairement des autres partis, non seulement sur un terrain abstrait, mais sur celui de la politique concrète pour laquelle nous devons combattre activement. C’est également une occasion pour débattre d’une meilleure concentration de nos forces dans les circonscriptions électorales choisies, tant dans la prochaine élection au scrutin majoritaire qu’en ce qui concerne l’élection du Parlement écossais.

En Écosse, le SNP a été capable de défier la tendance nationale en concentrant tous ses moyens sur les six circonscriptions où il escomptait gagner. De même, en Angleterre, la magnifique victoire de George Galloway dans la circonscription de Bethnal Green et Bow n’aurait pas été possible, même dans cette circonscription hautement politisée et concentrant la plus importante population musulmane du Royaume-Uni, si Respect n’y avait pas concentré une grande partie de ses moyens, visitant toutes les habitations et faisant une campagne de propagande de terrain très intense.

Par contraste, aussi bien les Verts que, surtout, le SSP ont dilué leurs maigres ressources partout — dans les 58 circonscriptions dans le cas du SSP. Ceci nous a empêché de parer efficacement la propagande des mass médias, celle de la BBC, de l’ITN et des quotidiens. Alors que les grands partis occupaient les médias jusqu’à saturation, le SSP en était réduit, dans la majorité des circonscriptions, à un tract de format A-5 et à une émission de quatre minutes. C’était comme essayer de percer la cacophonie d’une foule de supporters d’une équipe de football avec un petit sifflet.

Mais si cette élection fut difficile, le SSP reste prêt pour le combat. Malgré le fait que nous sortons tout juste de la plus difficile période de notre existence de sept années, nous avons été capables de relever le défi dans l’ensemble des 58 circonscriptions, depuis les frontières jusqu’aux îles du Nord — où le candidat du SSP dans la circonscription d’Orkney & Shetland, John Aberdain, a réussi a atteindre 5,6 %, notre plus haut score national.

Nous avions diffusé 3,2 millions de professions de foi et des centaines de milliers de tracts et, au cours de la campagne, nous avons reçu des centaines de nouvelles demandes d’adhésion. Nous devons affronter maintenant de nouveaux défis, et tout d’abord celui de la réunion du G-8 à Perthshire en juillet, qui sera l’occasion de présenter nos aspiration tant pour l’Écosse que pour la planète entière à la nouvelle génération. Sur le terrain électoral, nous avons maintenant deux ans de répit. Et comme l’a dit notre porte-parole Colin Fox à l’issue du scrutin, « Cette élection pour Westminster était pour nous un match à l’extérieur. Celle de Hollyrood se jouera chez nous et nous jouerons devant notre public ».

Traduction : J.M. (de l'anglais)