Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 518 juin 2006 *

« Un Vietnamien bien tranquille »

Cf. aussi : [Jean-Michel Krivine] [Vietnam]

Jean-Michel Krivine

Jean-Claude Pomonti, Un Vietnamien bien tranquille, Éd. des Équateurs, Paris 2006, 16,90 €

Tel est le titre du livre que le journaliste Jean-Claude Pomonti vient de consacrer à Pham Xuân Ân qui fut la principale taupe communiste dans le Sud-Vietnam du début des années 1950 à la chute de Saigon en 1975.

J-C Pomonti avait été recruté par Le Monde en 1968 pour couvrir la seconde guerre d'Indochine. Il séjourne à Saigon et y rencontre un confrère vietnamien qui travaille pour l'hebdomadaire américain Time Magazine ainsi que pour l'agence Reuter. Il le reverra lors de son retour au Vietnam en 1987 et, lors d'entretiens qui se sont déroulés pendant quinze ans, Ân lui racontera une vie peu ordinaire.

Adolescent, il rejoint la Résistance anticolonialiste par nationalisme. Au début des années 1950 il est convoqué par le futur ministre de la santé de la RDV, Pham Ngoc Thach, médecin de Hô Chi Minh, qui a sous sa responsabilité toute la zone de Saigon. Thach veut que Ân devienne le premier agent d'un réseau de « renseignements stratégiques » du Viet Minh. Son interlocuteur est loin d'être séduit par l'idée de devenir un espion mais Thach insiste, on doit exécuter la mission assignée par la « révolution ». Toute activité politique publique doit alors être abandonnée et le futur informateur doit devenir « un Vietnamien bien tranquille ». Il sera admis clandestinement au PC en 1953 et devra apprendre le journalisme afin d'être recruté par une influente publication américaine. Il ira se former en Californie de 1957 à 1959 et à son retour il bénéficiera d'un réseau de relations lui permettant d'avoir partout ses entrées : dans les états-majors, à la CIA, à l'ambassade américaine et au gouvernement sud-vietnamien. Il maniera avec une suprême dextérité espionnage et journalisme et fera remettre au général Giap (qui ne le connaît pas) des rapports qui lui feront un jour s'exclamer « Nous sommes maintenant dans la salle d'opérations américaine ».

Le véritable visage de Ân se découvrira progressivement à partir de 1978 et apparaîtra cette incroyable nouvelle : le journaliste préféré des Américains était en réalité une taupe, colonel des services de renseignements communistes et héros de l'Armée populaire…

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