Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 513-514 janvier-février 2006 *

LECTURES

Enfin ! Une histoire de la LCR

Cf. aussi : [France] [Jean-Michel Krivine]

Jean-Michel Krivine

Jean-Paul Salles, La Ligue Communiste Révolutionnaire (1968-1981), Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ? Presses universitaires de Rennes, Rennes 2005, 22,00 €

Un gros livre vient de paraître retraçant l’histoire de la LCR de 1968 à 1981. C’est la première fois qu’un tel travail est publié. L’auteur précise bien qu’à cette époque il était encore membre de l’organisation et que son regard n’est pas simplement extérieur.

Jean-Paul Salles montre bien comment la Ligue a évolué : créée en 1969 sous le nom de Ligue communiste, elle rassemble les quelques anciens du PCI (section française de la 4è Internationale) qui lors de la scission de 1952 étaient minoritaires en France (contrairement aux « lambertistes ») et les nombreux jeunes qui avaient fondé la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) en 1966, comportant beaucoup d’exclus de l’UEC (Union des étudiants communistes) et de la JC (Jeunesse communiste). Lors des événements de mai 1968 la JCR devait faire parler d’elle ...

L’auteur montre bien comment la LCR, tout en demeurant fidèle à l’essentiel de la pensée trotskiste (et même « guévariste » pour les JCR) a cherché à sortir des schémas habituels inspirés de la révolution russe pour s’ouvrir à la société contemporaine, participant certes aux luttes ouvrières mais également à des combats moins traditionnels comme le féminisme, l’écologie, l’altermondialisme, etc. Comme le fait remarquer le préfacier Michel Dreyfus, tout au long de la décennie 70, la LCR « cherche à s’ouvrir à la société, à la comprendre et parfois même à s’y adapter. Cette période est donc très différente de celles qui l’ont précédée dans la mesure où, pour l’essentiel, il s’était alors agi de « préserver » les acquis théoriques du léninisme et du trotskisme ».

J.-P. Salles montre bien comment, après 1973 (date de la dissolution de la Ligue communiste après que son service d’ordre ait tenté d’interdire un meeting fasciste d’Ordre nouveau, et date de création de la LCR), les militants, bénéficiant d’une formation attentive, ont su utiliser habilement médias, élections luttes ouvrières pour faire entendre leur voix même s’ils ne sont pas parvenus à devenir une « partie organique » du mouvement ouvrier français, contrairement au PC de jadis.

L’avenir de la LCR est encore imprécis mais l’auteur pense qu’il lui faudra encore « s’éloigner du schéma bolchevik originel » pour « s’inscrire durablement dans le champ politique comme force de contestation ».

A discuter ...

Si l’ensemble de l’ouvrage apporte beaucoup, qu’il me soit cependant permis d’émettre quelques réserves. Il s’agit de la reproduction d’une thèse universitaire basée avant tout sur un impressionnant épluchage de documents (journaux, revues, brochures, bulletins intérieurs, archives privées et publiques). La lecture du livre par un non universitaire est rendue plus difficile par la présence de nombreuses notes de bas de page (chaque page en présente jusqu’à 10). Il n’y en avait pas une seule dans les deux gros livres de Hamon et Rotman « Génération », paru en 1987-1988 et traitant des « Années de rêve » et des « Années de poudre »

Par ailleurs la seule consultation des textes ne permet pas de tout saisir. Les interviews sont également indispensables or l’auteur précise qu’il n’en a effectué que 15, dont il cite les participants, ce qui parait assez maigre.

Un exemple : l’auteur me cite deux fois à partir d’articles de Rouge que j’avais complètement oublié par contre il ne dit pas un mot d’une activité qui fit pas mal de bruit pendant la guerre du Vietnam et qui fut initiée par des membres du secteur Santé de la Ligue : la création en 1967 de l’Association Médicale Franco-Vietnamienne, parrainée par de nombreux « patrons » des hôpitaux, qui organisa une importante aide médico-chirurgicale jusqu’en 1975, le tout facilité par les rapports chaleureux que nous avions établis en 1967 avec Pham Ngoc Thach, qui n’était pas « un des dirigeants du FLN vietnamien » (p. 78) mais bien le ministre de la santé du Nord-Vietnam. En plus nous avions mis au point un Secrétariat de coordination des associations médicales européennes d’aide au Vietnam qui organisa plusieurs colloques où se retrouvèrent une quinzaine d’associations participant activement à l’aide sanitaire.

Il est vraisemblable que davantage d’interviews dans différents secteurs auraient dévoilé d’autres aspects du travail des militants « liguards ».

Quoi qu’il en soit ce travail demeure unique dans le monde du livre pour aller à la rencontre d’une organisation dont nous sont dévoilés l’histoire, la structure, les défauts et l’imprévisible avenir ...

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