Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 590 janvier 2013 *

TUNISIE

Fondamentalement rien n’a changé

Cf. aussi : [Tunisie]

Jilani Hammami *

En Tunisie, fondamentalement rien n’a changé, les causes qui ont donné lieu à la Révolution, sont toujours là.

Assemblée constituante. © Magharebia

Assemblée constituante. © Magharebia

18 décembre 2012

Les aspirations du peuple tunisien pour la liberté et la démocratie sont toujours d’actualité, étant donné qu’il n’a bénéficié que de courtes réalisations. En dehors de la liberté de s’organiser ou de publier un journal, rien n’est fait. Les libertés publiques sont toujours bafouées. Il y a un retour de la torture et des arrestations arbitraires. Des manifestations sont réprimées. Dans les régions et un peu partout, on est revenu à l’utilisation abusive de la répression et des armes. Le gouvernement fait la sourde oreille aux pratiques des « Ligues de protection de la révolution » [1.] et des acolytes d’Ennahda.

Synthèse actualisée Inprecor

Sur le plan politique le bilan est très maigre. A l’Assemblée nationale constituante (ANC), on attend toujours la Constitution. Parallèlement les tentatives sont nombreuses pour légiférer des lois non démocratiques comme celle dite d’immunisation de la Révolution, ou celle de l’éthique de la magistrature.

Pire encore, au niveau des questions économiques et sociales, la Tunisie passe toujours par une récession dont on ne voit pas le bout du tunnel. Les indicateurs, entre autres, de la production, des prix, du commerce extérieur poussent à l’inquiétude. Notre balance commerciale est très déficitaire. L’inflation s’est stabilisée à plus de 5,5%. On s’attend à 6%. Le déficit budgétaire est croissant. La part de l’endettement est préoccupante. Les indicateurs du temps de Ben Ali étaient meilleurs. Le gouvernement ne fait rien. Il suit les mêmes solutions que l’ancien régime.

Les problèmes sociaux se sont aggravés. Le chômage est au-dessus de 700.000. Les régions intérieures sont toujours laissées pour compte. C’est ce qui a généré des soulèvements comme celui de Siliana et des manifestations un peu partout. Le taux de pauvreté est au-dessus de 20 %.

Rien n’a été fait dans la lutte contre la corruption. La Cour des Comptes a dévoilé le maintien des mêmes pratiques de corruption et d’abus de pouvoir.

Le gouvernement refuse toujours d’engager la Justice transitionnelle. Il veut en faire des mesures de bricolage.

Sur le plan extérieur, la Tunisie a été placée dans l’axe réactionnaire du monde arabe. Le pays avance vers un statut de protectorat du Qatar, de l’Arabie Saoudite et de la Turquie. Le Gouvernement a pris des initiatives pour que la Tunisie devienne un partenaire privilégié de l’Union européenne. Il va ouvrir les portes du pays dans les domaines de l’agriculture et des services. On s’attend à ce que le tissu économique tunisien en reçoive des coups préjudiciables.

Globalement, le bilan est très négatif. Cette situation ne s’explique pas uniquement par les difficultés économiques internationales, mais aussi par les choix du gouvernement.  ■

* Jilani Hammami est le nouveau porte-parole du Parti des Travailleurs (PdT, ex-PCOT), depuis la désignation de Hamma Hammami, porte-parole du Front populaire. Propos recueillis par Hassine Bouazra et publiés dans le quotidien tunisien Le Temps du 18 décembre 2012.

Notes

[1.] Ligues de la protection de la révolution. Sorte de milices pro-pouvoir.

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