Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Politique

N° 536-537 mars-avril 2008

AFRIQUE-FRANÇAFRIQUE

Lé néocolonialsme de la rupture (2/2)

Cf. aussi : [Afrique]

Jean Nanga

Suite de l'article de Jean Nanga "le néocolonialisme de la rupture (1/2)".

Maquette d'avion Air Mali réalisée pour les spectacles de théâtre du Mali. Photothèque Rouge/JR

Maquette d'avion Air Mali réalisée pour les spectacles de théâtre du Mali. Photothèque Rouge/JR

« Retour sur investissement militaire »

Ainsi la coopération militaire s’est révélée, une fois de plus, au-delà de l’enrichissement de la doctrine militaire dite de la guerre anti-subversive et de l’expérimentation in vivo de certaines armes et munitions high tech (27), très importante et très rentable (28). Il en est autant du soutien au régime chancelant d’Idriss Déby au Tchad, avec une plus effective intervention française (de l’Opération Épervier) dans les combats aux côtés de l’armée loyaliste contre les rebelles et l’approvisionnement en armement lourd (29). C’est la mise en œuvre du principe du « retour économique sur investissement militaire », selon le jargon de certains cercles de la réflexion stratégique française. En effet, bien que n’étant plus concerné volontairement, pour le moment, par l’exploitation du pétrole tchadien, l’État français y agit à cause de la situation stratégique du Tchad. Et surtout, de son voisinage avec le Soudan qui peut être considéré, avec la République démocratique du Congo (RDC), comme l’un des principaux théâtres tragiques de la rivalité interimpérialiste en Afrique, pour des raisons bien évidentes.

La médiatisation française de la crise du Darfour, avec organisation à Paris, en fin juin 2007, d’une réunion internationale, une mascarade que même l’Union Africaine n’a pas voulu cautionner, ne relève pas de quelque fibre humaniste officielle, mais de motivations bassement économiques. Une réunion caractérisée par, entre autres, la non-participation africaine ; même l’Union Africaine n’a pas voulu cautionner cette mascarade. Car derrière cet humanitarisme médiatique, il y a la protection des États dépendants de Centrafrique et du Tchad menacés par des rébellions adossées sur le Soudan, la relative concurrence avec les États-Unis d’Amérique concernant le leadership de la force internationale d’intervention dans la crise du Darfour, guidée, il va de soi, par ce principe du « retour économique sur investissement militaire » (30). Cependant, même sous Chirac, l’État français ne pouvant s’imaginer rivaliser militairement avec les États-Unis d’Amérique, a entrepris d’entraîner l’Union Européenne dans le versant centrafrico-tchadien de l’opération. L’intervention militaire de l’Union européenne en Afrique est l’un des acquis de la construction européenne, une nouvelle tradition en voie d’instauration, sous le leadership franco-allemand.

En effet, depuis l’opération Artémis en Ituri, à l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), en 2003, l’Afrique est devenue le banc d’essai de la force militaire européenne, l’Eufor. Et, les industriels allemands avaient clairement exprimé la raison véritable de la participation de l’armée allemande à cette mission dite de supervision des élections générales en RDC en 2006 : c’était l’intérêt pour les ressources stratégiques plutôt que la crainte d’une invasion de migrants subséquentes à l’échec du processus électoral en RDC, avancée mensongèrement par Angela Merkel. Mais bien que l’Eufor se veut indépendante plutôt que contre l’Otan, elle ne suscite pas un grand enthousiasme parmi les membres de l’UE. Le gouvernement britannique, se voulant plus fidèle aux États-Unis ne veut pas cautionner cette rivalité feutrée. D’autres États de ladite Union expriment leur réticence à participer à l’opération au Soudan et au Tchad, car ils y voient surtout une opération de défense des intérêts français (31). Ainsi les gestes pro-atlantistes de Nicolas Sarkozy serviraient aussi à couvrir cette continuation de la tradition néocoloniale dans l’armée française.

Malgré son américanophilie, le battage médiatique sur sa « modernité » en matière économique, autrement dit son assomption du néolibéralisme, Nicolas Sarkozy ne peut s’oublier comme élu du capital français plutôt que celui du capital états-unien. Ainsi, les courses diplomatico-militaires doivent s’inscrire dans le « patriotisme économique ». Que ce soit en Chine ou en Afrique, voire à l’Assemblée générale de l’ONU où a été lancée l’offre publique de vente des centrales nucléaires « civiles » d’AREVA.

La concurrence étant forte, « l’ouverture » ou la « la modernité », s’accompagne dans les faits de la persistance d’une espèce de protectionnisme ou de la tradition (françafricaine, en l’occurrence). Il n’est pas surprenant que, lors du deuxième Sommet Afrique-Union Européenne, Sarkozy ait défendu la FrançAfrique économique en soutenant l’opposition de nombreux États africains à la signature des Accords de Partenariat Économique (APE) Afrique, Caraïbes, Pacifique-Union Européenne (32). C’est sans aucun doute à lui que faisait allusion au lendemain du dit sommet, le Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, le Belge, Louis Michel, en critiquant, « certaines capitales [qui] ont agi par égoïsme national et font croire qu’elles soutiennent les pays africains ».

Sarkozy qui tient au « rang de la France dans le monde », s’y investit tous azimuts. Ce qui se constate même sur un terrain tel que celui de la propagande extérieure. Ainsi, dans un contexte économique hexagonal caractérisé par des économies budgétaires dans les secteurs sociaux : « TV5 Monde bénéficie d’une légère hausse de ses crédits, qui sont portés à 65,7 millions d’euros sur le budget de l’État, un dégel récent étant en outre intervenu pour palier les difficultés. C’est la chaîne de la francophonie, et il faut la soutenir » (33). Et l’Afrique est l’une des principales cibles de cette chaîne porteuse de la voix et des images — y compris de publicité économique — de la métropole, accompagnée accessoirement de celles d’autres États francophones occidentaux, et de l’image de soi des ex-colonisés qu’attend d’eux et d’elles le maître métropolitain. Des images qui par ailleurs peuvent rassurer le téléspectateur métropolitain lambda dont malgré les menaces sur ses droits sociaux et leur réduction permanente, les conditions d’existence ne sont pas encore celles des peuples africains.

Nouvelle élite économique africaine

Jusqu’au début des années 1980, l’existence de l’Union soviétique et de ses satellites poussait l’Europe — exception faite de la France avec ses putschs et ses interventions militaires — à maquiller son agressivité impériale vis-à-vis du Tiers monde en général, de l’Afrique en particulier. Les Accords ACP-CEE étaient marqués par cette volonté de paraître capables d’établir un partenariat, apparemment peu léonin, à travers la stabilisation des prix des matières premières, Stabex (pour les produits agricoles), Sysmin (pour les produits miniers). Mais qui demeurait un échange inégal, au profit des « partenaires » européens. La fin de ce monde dit communiste et l’universalisation du néolibéralisme ont paru une opportunité pour l’Union Européenne, sous le couvert de l’OMC, d’imposer à ses partenaires africains des rapports plus léonins, tels les Accords dits de Partenariat Économique (APE) appelés à remplacer le dernier accord Afrique, Caraïbes, Pacifique-Union Européenne (ACP-UE) dit Accord de Cotonou. Mais l’intérêt pour l’Afrique manifesté par la Chine, avec son partenariat qui semble dépourvu de paternalisme et plus efficient pour les gouvernants africains (34), se révèle un obstacle à la réalisation du projet européen. Par exemple, l’ombre de la Chine et d’autres économies dites émergentes d’Asie et d’Amérique dite latine — embarqués dans la course folle du capitalisme — a plané sur le sommet Union Européenne-Afrique de Lisbonne (décembre 2007). L’Union européenne en est ainsi arrivée, cinquante ans après les « indépendances », à penser ses rapports avec l’Afrique en termes d’égalité : « Nous développerons ce partenariat entre égaux, fondé sur l’adhésion effective de nos sociétés, afin d’obtenir des résultats significatifs au regard de nos engagements fondamentaux » (Déclaration de Lisbonne, 8-9 décembre 2007). La raison a été donnée, à la veille du Sommet de Lisbonne par le Secrétaire d’État français chargé de la Coopération et de la Francophonie, Jean-François Bockel : « C’est un sommet éminemment politique. Il constituera aussi une démonstration de force et de puissance de l’Union européenne après le sommet Chine-Afrique » (Les Échos, 7 décembre 2007).

Dans ce contexte, l’État du capital français est confronté à une volonté de renforcement/élargissement de l’autonomie au sein de la FrançAfrique et est contraint d’en tenir compte. La crise franco-ivoirienne a été la grande révélatrice de l’existence en Afrique d’une nouvelle élite économique, qui favorise la cooptation par le privé, ayant accumulé à partir de sa position dans l’appareil d’État ou du secteur privé dépendant des marchés de l’État, surfacturés, voire de la représentation des États dans les organismes économico-financiers internationaux. Sans projet nationaliste mais exploitant son autochtonie nationale ou continentale, elle veut participer davantage à l’accumulation du profit néolibéral sur le continent, voire ailleurs. Pour cela, elle tient à l’instauration de rapports autres que ceux traditionnels, de la FrançAfrique par exemple (35). Ce qui semble s’appliquer aussi aux États-Unis, avec la décision de la Communauté des États d’Afrique australe (« anglophone ») de ne pas héberger l’Africom. Cette présence militaire qui se prétend aussi humanitaire etc. ruinerait leur volonté d’afficher une souveraineté dont l’effectivité semble encore lointaine, eu égard à leur enthousiasme pour le capitalisme néolibéral. Quoiqu’il en soit leurs intérêts ne sont pas les nôtres. Leur Afrique présente et future n’est pas la nôtre.

Solidarité ou… nouvelle « mission civilisatrice » ?

Beaucoup plus que dans la décennie 1980 et au début de la décennie 1990, la dénonciation de la reproduction de la domination néocoloniale française en Afrique — « la FrançAfrique » pour citer l’expression du dictateur ivoirien Houphouët-Boigny vulgarisée par François-Xavier Verschave et l’Association Survie — est la raison d’être de nombreuses associations, l’objet de plusieurs initiatives, le sujet de plusieurs publications. Même le principal journal des milieux économiques coloniaux puis postcoloniaux français en Afrique, « Marchés tropicaux et méditerranéens », en est arrivé à consacrer un dossier à la FrançAfrique, à la veille des élections présidentielles françaises de mai 2007 (36). Au même moment plusieurs articles, études académiques ont été publiés sur la fin de la FrançAfrique avec le départ de Jacques Chirac. Comme si la machinerie néocoloniale mi-centenaire dépendait d’un individu. Ce qui relève d’une bien particulière compréhension de l’histoire post-coloniale. Ainsi, le Sommet France-Afrique de février 2007 à Nice a été perçu comme le dernier, comme l’enterrement de la FrançAfrique. Cette illusion a été renforcée par la recevabilité par la justice française de la plainte relative aux biens mal acquis, repérés sur le territoire français, de certains chefs d’État africains, comme Omar Bongo du Gabon et son beau-père, Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville.

Louables initiatives, que cette plainte et d’autres actes courageux, qui tranchent avec la grande indifférence, basée sur une certaine ignorance de la pratique impériale française et les désillusions d’un certain tiers-mondisme, sa mutation en un anti-tiers-mondisme qui ne voyait plus que le versant africain du néocolonialisme, c’est-à-dire les régimes « dictatoriaux », « corrompus », « incompétents », « kleptocrates » africains. Cependant, cette entreprise de solidarité avec les peuples africains, victimes de la FrançAfrique nous semble assez marquée, malgré elle, aussi bien par le contexte actuel, celui de « la fin des idéologies », comme le sont bien d’autres entreprises de solidarité internationale, qui, par une certaine tradition, persistent.

Ainsi, par exemple, l’Appel aux candidats, initié au FSM de Nairobi, par des associations françaises, soutenues par les associations partenaires africaines, dénote une sous-estimation du cynisme, économiquement et géopolitiquement motivé, de la classe politique française. C’est comme si ces citoyennes et ces citoyens de bonne volonté étaient pris dans l’illusion démocratique, devenant ainsi sourds aux leçons de l’histoire réelle de la République,

Une attitude moraliste qui se retrouve dans des actes par ailleurs intéressants, à l’instar de cette recherche sur la fortune des dirigeants africains en Occident. Cependant, le langage courant, « dictateurs », « corrompus », « paradis fiscaux », utilisé à juste titre, l’est presque toujours de façon unilatérale. Ce qui peut conférer à cette dénonciation de la « corruption », un air de nouvelle « mission civilisatrice » : ces Africains souffriraient d’un déficit de moralité républicaine qu’ils devront acquérir grâce à l’action de différentes institutions métropolitaines ou occidentales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, Transparency International etc., ces croisés de la lutte médiatique contre la corruption. Voire des ONG de développement.

La corruption est ainsi perçue et présentée comme une anomalie non pas comme un mécanisme structurel, tel que le comprendrait quiconque apprend l’histoire véritable du capitalisme, assez différente à ce propos de ce que proposent très souvent les manuels et traités d’économie. Cet a priori favorable au capitalisme métropolitain, à la République, semble rendre insensible aux affaires de corruption, « d’abus de biens sociaux » etc. qui, malgré le verrouillage juridique résultant du statut constitutionnel d’autorité, et non pas de pouvoir, du judiciaire en France, jalonnent l’histoire de la Vème République, pour ne pas dire l’histoire de France. Les connivences illégales entre le patronat et les autorités publiques (gouvernement, parlement, conseils régionaux, municipalités…) ne constituent pas une exception et s’évaluent en milliards d’euros. Cette corruption des sommets de la République par des entrepreneurs faisant l’honneur, la fierté de la France, dirait Sarkozy, est normalisée, banalisée par l’usage des termes « lobbies », « lobbyistes », agissant dans les couloirs des pouvoirs législatif et exécutif et de l’autorité judiciaire, à la place de « corrupteurs ». Il n’est pas inutile de rappeler que certains de ces entrepreneurs capitalistes contrôlent les principaux organes d’information (agences de presse, journaux, chaînes de télévision, maisons d’édition…), façonnant ainsi la conception du monde dominante, même parmi ceux et celles qui se croient dans la contestation.

Connivence frictionnelle des corrupteurs et corrompus

Donneur de leçons en Afrique, dont il dénonce « la corruption… la prévarication », Nicolas Sarkozy n’est pas un modèle de vertu, au regard de certaines « affaires » liées à sa gestion de la banlieue chic de Neuilly (37). Lui qui, en toute logique et avec la souveraineté que lui confère la constitution, a promis au patronat français la disparition du « risque pénal » : « La pénalisation de notre Droit des affaires est une grave erreur, je veux y mettre un terme » (Allocution à l’université d’été du Medef, le syndicat patronal français, le 30 août 2007), car elle handicape la compétitivité (38). Une telle option en métropole, ouvertement assumée, laisse entendre, qu’il ne saurait être question, dans les territoires dépendants, de « contrôler de manière plus stricte [sic !] les activités des multinationales françaises en Centrafrique, notamment dans le domaine de l’exploitation de ressources naturelles (diamant, or, uranium, fer, cuivre, bois…) », selon le vœu de l’Association Survie (39).

Il serait intéressant, malgré la différence en matière de conséquences sociales, incommensurablement dramatiques en Afrique, et par souci pédagogique (une qualité militante qui se raréfie) que soit dépassée cette lecture bien sélective de l’abus des biens publics ou sociaux et de la corruption (40). D’ailleurs, la responsabilité concernant les conséquences socialement graves de la corruption en Afrique n’est-elle pas souvent partagée entre d’une part les États et entrepreneurs capitalistes de la métropole, d’Occident et d’autre part les dirigeants corrompus d’Afrique, en connivence permanente, parfois frictionnelle, avec les premiers ?

C’est cette connivence frictionnelle qui permet à certains oligarques africains d’avoir l’air vertueux : « Le ministre kenyan de la justice, Danson Mungatana, a accusé hier l’Union Européenne (UE) de mettre en place des barrières pour s’opposer à la tentative de son pays de récupérer plus d’un milliard de dollars américains planqués dans les banques étrangères par des dirigeants corrompus… Selon plusieurs sources, la plupart de cet argent se trouve en Grande-Bretagne, en Suisse, aux États-Unis, en Allemagne et en Norvège. M. Mungatana a également accusé l’Occident de ne pas aider les gouvernements africains à rapatrier leur argent détourné. “Les multinationales donnent des pots-de-vin à nos responsables et les fonds sont gardés à l’étranger. Quand nous essayons de les toucher, leurs gouvernants les protègent. Quand nous essayons de récupérer cet argent, ils nous parlent de la confidentialité du client ou du secret bancaire. On nous demande aussi de prouver que ces fonds ont été acquis par le biais de la corruption”, a-t-il déploré » (41). Pourquoi mettre l’accent sur les corrompus plutôt que sur le tandem corrupteurs et corrompus ? D’ailleurs, les dirigeants corrompus d’Afrique ne sont-ils pas à leur tour corrupteurs de leurs comparses métropolitains ? La séparation des pouvoirs entre l’exécutif et l’autorité judiciaire n’est-elle pas ainsi souvent réfutée quand sont en cause des acteurs africains de la FrançAfrique, à l’instar du coup d’arrêt récent concernant l’affaire des biens de Bongo et Sassou Nguesso ? Un officier supérieur congolais, présumé criminel, n’a t-il pas été libéré, très exceptionnellement, un samedi à 2 heures du matin et aussitôt renvoyé dans son pays ? Ne peut-on pas penser que c’est à la faveur de la localisation géographique ou du taux de mélanine des acteurs métropolitains que passent vite à l’as leurs démêlés judiciaires et rares condamnations, légères, les privant ainsi de l’étiquette, pourtant méritée, de corrompus, voire tout simplement de voleurs ?

Humanisme unilatéral

Comment peut-on d’un côté stigmatiser les dictateurs et de l’autre s’adresser à ceux qui les installent au pouvoir, les soutiennent en les dotant des outils répressifs contre les peuples, en mettant à leur disposition le savoir-tuer de l’armée républicaine-métropolitaine pendant les guerres civiles etc., comme si ces alliés métropolitains étaient en vérité garants du respect des droits humains, de la justice sociale… ? (42) N’est-ce pas refuser de voir cette dimension de la délocalisation, aussi vieille que les temps modernes, de la barbarie capitaliste ?

Du point de vue humaniste sans complaisance, les forfaits de la République Française en Afrique, rien que par le nombre de cadavres produits, ne sont pas fondamentalement différents de ceux de Kadhafi à l’égard de son peuple. Par ailleurs, l’on ne devrait oublier que lors de sa visite officielle en Tunisie, Jacques Chirac, chef de l’État français à l’époque, avait apprécié le dictateur Ben Ali, en arguant du fait que le peuple tunisien (qu’il avait rencontré ?) mangeait à sa faim, donc n’avait que faire des droits et libertés dont il était privé. Comme on aimerait bien voir cette opinion humaniste qui s’est mobilisée spectaculairement contre le séjour de l’autocrate libyen à Paris en faire autant lors d’une visite de George W. Bush dont le nombre de morts sur la conscience ne fait que gonfler en Afghanistan, en Irak, en Somalie. Sans oublier le camp de la torture de Guantanamo. Mais une telle mobilisation pourrait être utilisée par quelque américanophile pour rappeler les bombardements, par les Mirage français, de villages centrafricains et tchadiens — moins télégéniques que la sensationnelle opération de sauvetage de « l’Arche de Zoé » — et que Sarkozy, habile à évoquer « les guerres sanglantes que les Africains se font entre eux », réduit à une aide indirecte de l’opération Épervier au Tchad (43). En la matière, il ne devrait pas y avoir deux poids, deux mesures. Il ne saurait y avoir de véritable solidarité humaniste si elle n’est pas fondée sur le principe d’égalité humaine concrète.

Ce qui semble impossible, surtout en ce moment de forte concurrence néolibérale, sans viser en même temps le système qui le reproduit. Ainsi en étendant son regard au-delà de l’Hexagone et son empire néocolonial, similarité peut être établie avec la pratique traditionnelle des États-Unis en Amérique centrale et méridionale, voire aux Philippines, espace d’expérimentation du néocolonialisme du XXe siècle, alors que sévissait encore le colonialisme européen en Afrique, en Asie, en Amérique (Antilles, Guyanes), en Océanie. Ce système dont les principes sont la recherche du profit à tout prix et le développement d’une conception inégalitaire de l’humanité. Quitte à mettre à feu et à sang des sociétés périphériques du capitalisme mondial. Ce regard moins limité sur le cannibalisme du système capitaliste semble ne pas intéresser de nombreuses associations et personnes de bonne volonté héritières malgré elles de l’humanisme colonial, ce paternalisme progressiste caractéristique de la gauche française patriotarde. Ce qui aussi s’explique par le fait qu’elles ne soient pas souvent parmi les plus critiques en matière de politique économique et sociale intérieure de leur propre État. Y compris sur une question, pourtant liée au colonialisme et au néocolonialisme, telle que l’immigration avec son volet « sans-papiers ». Alors que le travailleur sans-papiers est le salarié idéal du capitalisme néolibéral, qui de la Banque mondiale au Medef a programmé le démantèlement des codes du travail en vigueur, hérités du compromis capital-travail favorisé entre autres par la “menace communiste”.

Ainsi faire preuve de radicalité intelligente (prendre le mal à la racine) à propos de la FrançAfrique reviendrait aussi à articuler ses méfaits avec les attaques du capital contre le travail, en métropole. Tout comme dénoncer les pratiques d’AREVA au Niger ou en Centrafrique, de Total dans le Golfe de Guinée devrait être articulé à la critique de la politique énergétique, voire industrielle, de l’État du capital français… Comme le disait Guy Debord : « la cohérence de la société du spectacle a d’une certaine manière, donné raison aux révolutionnaires, puisqu’il est devenu clair que l’on ne peut y réformer le moindre détail sans défaire l’ensemble » (44).

Dans ce cas, le mensonge néocolonial de « l’aide au développement » qui même à 0,7 % profitera toujours aux mêmes, vu que le cadre demeure celui du développement capitaliste, de la reproduction de la dépendance néolibéralisée, devrait être abandonné aux prisonniers du parlementarisme, tel Robert Hue qui parle lors d’un débat sénatorial de « codéveloppement partagé entre la France, l’Europe et l’Afrique. ( « Applaudissements sur les travées du groupe socialiste ») ». Ou cet autre sénateur français, Georges Othily : « Comme les conclusions d’un récent rapport du Conseil d’analyse stratégique, l’ex-commissariat général du Plan, nous y invitent, en rupture avec un relent de néocolonialisme, l’enjeu véritable est une appropriation par les États aidés des politiques suscitées par les États aidants ». Qui ne se rend pas compte que c’est aussi du néocolonialisme.

Réactions africaines ou ambiguïtés et limites de l’indignation

Toutefois, des militantes et des militants, des organisations de la métropole néocoloniale n’est attendue qu’une solidarité. C’est aux Africaines et aux Africains qu’il revient de se mobiliser, de raviver la flamme de la résistance et de l’utopie. Et en la matière, il ne saurait y avoir d’unanimité fondée sur une commune origine ou quelque sens congénital de la solidarité communautaire qui serait propre aux Africains. Il y a eu dans le passé récent ou lointain des Africains préférant à l’indépendance la subordination coloniale réformée. Il y a en Afrique des partisans du capitalisme néolibéral ou autre. Ainsi, il est normal qu’il y ait eu diversité de réactions au discours raciste injurieux de Dakar.

En effet, le président des Français, malgré son arrogance raciale, patriotarde et de classe, ne manque pas d’amis en Afrique subsaharienne ou dans la diaspora africaine. On n’y compte pas que des gouvernants. Pendant la campagne présidentielle, il y a eu, par exemple, un site de supporters autochtones de Sarkozy au Cameroun (45). Par ailleurs, dans son dossier consacré au vote des Français noirs, l’hebdomadaire panafricain de Paris, Jeune Afrique (n° 2412-2413, du 1 au 14 avril 2007, pp. 38-45) évoquait la préférence sarkozienne de certains écrivains originaires d’Afrique tels Gaston Kelman (auteur de Je suis Noir mais je n’aime pas le manioc) et Alain Mabanckou (Prix Renaudot), le balancement entre Bayrou (46) et Sarkozy de l’écrivaine Calixthe Beyala. Si le premier s’est confusément exprimé à propos du discours de Sarkozy, les autres semblent avoir préféré le silence. D’ailleurs, un des premiers critiques du dit discours, Boubacar Boris Diop, n’a pas manqué d’évoquer la contribution — inconsciente ? — de certains intellectuels africains à cette campagne de dénigrement, avec leur manie d’expliquer presque tous les maux de l’Afrique par quelques spécificités culturelles ou quelque psychologie typique des dirigeants africains, en les décontextualisant et en exprimant une admiration quasi béate à l’égard des classes dirigeantes métropolitaines. La réaction de Mamadou Koulibaly (chantre de la Refondation en Côte d’Ivoire) qui, tout en critiquant les propos de Nicolas Sarkozy à Dakar, partage avec lui le même mépris néolibéral, la même arrogance de classe à l’égard des immigrés africains en France et des pauvres « Français de souche », avec des mots qu’applaudirait bien l’électorat commun à Sarkozy et au Front National de Jean-Marie Le Pen (47). Mais la surprise est venue d’ailleurs.

Achille Mbembe (Camerounais de l’Université de Witwatersrand en Afrique du Sud) avait, dans sa critique du discours de Sarkozy, mis au défi ce dernier de prononcer un tel discours en Afrique du Sud. Malheur lui en a pris d’apprendre que le chef de l’État sud-africain, Thabo Mbeki, avait réagi favorablement au discours de son collègue français, dans une lettre qui a laissé perplexes ses compatriotes, à peine sortis d’un régime ouvertement raciste (48). Car, en dépit de la manipulation élyséenne du message de Thabo Mbeki à Sarkozy (49), l’ancien dirigeant anti-apartheid a clairement écrit : « Je n’ai aucune hésitation à vous remercier vivement pour ce que vous avez dit, ainsi que pour le lieu où vous avez choisi de le dire et pour la façon dont vous l’avez formulé (…) « Il y a quelques années, j’ai eu l’occasion de dire aux principaux dirigeants des entreprises françaises que nous avons eu le privilège d’accueillir dans notre pays, que l’histoire a défini la France en tant que citoyen africain. J’ai dit alors, que ceci nous a placés dans la bonne position et que nous pourrons avoir certainement la France, citoyen d’honneur de l’Afrique, de notre côté en nous efforçant de relever nos défis en tant qu’Africains. M. le Président, ce que vous avez dit à Dakar m’indique, que nous pouvons compter sur vous comme sur un citoyen de l’Afrique, comme sur un partenaire dans la lutte prolongée pour réaliser la véritable Renaissance de l’Afrique, dans le contexte de la renaissance de l’Europe et du reste du monde. »(2 août 2007). Derrière l’enthousiasme de Mbeki pour le soutien de Sarkozy au projet de Renaissance africaine, il y a sans doute quelque trace de sa rivalité pour le leadership africain avec l’hôte de ce dernier et co-concepteur du NEPAD, le président sénégalais Abdoulaye Wade. Mais, il y a aussi, voire surtout, une adhésion commune au néolibéralisme, pratiqué par le gouvernement de l’African National Congress (ANC), promoteur du « black economic empowerment » (qui consiste à mettre 25 % des parts des entreprises sud-africaines à la disposition des communautés noires se structurant en sociétés et bénéficiant de financements exceptionnels pour acheter ces parts) ayant révélé et permis de concrétiser les ambitions capitalistes de nombreux dirigeants anti-apartheid.

Achille Mbembe semble s’être trompé sur Mbeki. Cependant, celui-ci semble plus cohérent, en ne critiquant dans sa lettre aucun aspect du discours fondamentalement raciste de son homologue français. Alors que Mbembe critique la dimension raciste en négligeant presque le projet économique, « social-darwiniste » et cannibale, qu’il sert. Dans ses « Impressions de Paris » (mis en ligne sur différents sites) il relate sans complexe sa participation à l’université d’été du patronat français, le Medef, où il semble avoir été invité après sa sortie contre Sarkozy pour la touche culturelle, exotique sur le cosmopolitisme : « Le panel auquel je participais avait justement pour titre “Balayons devant notre porte”. L’on s’est accordé (une fois de plus) sur le fait que les façons de penser de l’Occident ne sont pas les seules valables et qu’il existe bien des alternatives au système occidental de compréhension du monde — si tant est qu’il existe quelque chose de cette nature. Portées par les courants philosophiques et spirituels d’autres cultures, ces différentes appréhensions du réel ont un profond impact sur l’organisation sociale et économique des sociétés concernées. Je me suis attelé, pour ma part, à répondre à l’une des questions qui nous était posée : à savoir si le progrès technique, la démocratie et la croissance ont été un objectif par une majorité de pays au XXe siècle, quelle aspiration commune pouvons-nous imaginer pour le monde de demain ? Comme c’est souvent le cas dans ce genre de forum, l’Afrique brillait par son absence. Hormis Alpha Oumar Konaré (Union Africaine), Abdoulaye Bio-Tchané (Directeur Afrique au FMI) et moi-même, il n’y avait aucune autre voix africaine et le Continent ne figurait nulle part comme thème à part entière des débats ».

Ce constat, qui a par ailleurs un accent auto-valorisant, n’implique pourtant pas un manque d’intérêt du capital français pour l’Afrique. Mbembe n’ignore pas, évidemment, que le Medef International a un Comité Afrique (50), dirigé par le vice-président du groupe Bolloré, ex-n° 2 de la DGSE et ex-ministre, Michel Roussin, par ailleurs impliqué dans une des affaires de prévarication, en métropole. Cette branche est bien active sur le continent et coorganise, pour son expansion, des rencontres du même type, mais exclusives sur l’Afrique, à l’instar de « Pour un renforcement de la présence française dans la corne de l’Afrique » (jeudi 2 mars 2006). Rencontres auxquelles sont invités leurs collaborateurs africains, acteurs politiques et intellectuels acquis à leur cause, susceptibles de l’être ou capables de « neutralité axiologique » à l’égard du capitalisme.

Alternative

Certes, « on ne peut plus de nos jours opposer critique dûment informée et transformation sociale. La critique dûment informée — et donc qui repose sur un ensemble de connaissances — est absolument indispensable pour toute lutte émancipatrice » (Mbembe), cependant il nous semble que le chemin vers une Afrique émancipée des différentes formes d’exploitation, de domination et d’abrutissement ne passe pas par la fréquentation du patronat français ou de quelque autre patronat impérialiste, principaux acteurs du malheur actuel de l’écrasante majorité humaine en Afrique et ailleurs. A moins de croire soit que de telles rencontres peuvent être des moments d’éducation de ces fieffés capitalistes, qui les détourneraient de la course au profit, soit à la conciliation des intérêts des classes exploiteuses et dominantes avec ceux des classes exploitées et dominées. Il est par ailleurs inutile d’aller vers eux, vu qu’ils sont déjà présents, par leurs idéologues dans la plupart des espaces d’échanges intellectuels, de diffusion des connaissances, davantage sous leur contrôle. Ce serait une illusion intellectualiste voire une approche moraliste que même Sarkozy ne se prive pas de servir de temps à autre, sous forme de pseudo-critique de ce que certains nomment le « capitalisme sauvage », en déclarant par exemple : « Parce que l’absence de règles et les super rentes ce n’est pas du libéralisme, c’est de la caricature. » (51). Face aux énormités de notre époque, il n’est pas difficile de s’indigner. Même Pascal Lamy, du haut de sa sinécure à l’OMC s’est mis à dénoncer le capitalisme. Par ailleurs, l’impérialisme prouve sans cesse son insensibilité à l’indignation, voire qu’il peut la mettre en spectacle pour mieux s’en moquer, sous forme de campagnes de « lutte contre la pauvreté », d’ajout d’une « dimension sociale à la mondialisation » néolibérale. Le plus important ce n’est pas de s’indigner, mais d’organiser politiquement cette indignation.

Le développement de « la critique et de l’intellectualité », on ne peut plus nécessaires en Afrique, voire ailleurs, gagnerait, compte tenu de la force historique du capital à corrompre les individus et les collectifs (de façon plus importante de nos jours), à créer en Afrique et parmi les Africaines et les Africains de la diaspora des espaces collectifs d’acquisition, de partage et de développement de l’intellectualité critique engagée dans un projet politique d’émancipation, collectivement et en permanence élaboré, avec les travailleurs/travailleuses, les chômeurs/chômeuses, les jeunes… Ce que ne favorisent ni l’espace scolaire et académique actuel, davantage aligné sur le principe de rentabilité capitaliste, ni les principales associations de la « société civile africaine », ni encore les organisations politiques actuellement en compétition pour le pouvoir. Il s’agit de renouer et propager le principe inspiré à Fanon par l’échec des premières indépendances africaines, voire les conflits internes de la révolution algérienne : « bander nos muscles et nos cerveaux dans une direction nouvelle ».

Sans la concrétisation de ce principe les Africaines et les Africains ne pourront avoir de vrais instruments de lutte contre le capitalisme, dont la Françafrique n’est qu’un avatar, et pour une transformation sociale radicale et émancipatrice du continent, différente des processus dévoyés du passé. Et, dont certains acteurs brillent désormais, en Afrique aussi, par le reniement pratique de ces idéaux. À tel point que l’historien sénégalais de la Columbia University, Mamadou Diouf, sans se revendiquer de la révolution socialiste, en est arrivé, dans sa critique du discours de Sarkozy, à fustiger « nos anciens maoïstes qui se couvrent de poussière pour se faire pardonner par le prince leur crime de lèse-majesté » (52).

Sans ces instruments de lutte, en permanence élaborés à l’épreuve de la pratique, les Africaines et les Africains ne pourront participer de plein pied à quelque processus universel de destruction du capitalisme et de ses avatars, dont l’impérialisme néolibéral, et de construction d’un ordre émancipateur, socialement juste, humainement égalitaire et écologique.

Contre les discours du type de celui de Sarkozy, les pratiques impériales de la France et de ses semblables, le capitalisme, néolibéral ou autre, quelle que soit la couleur de la peau de ceux qui l’incarnent en Afrique, à l’instar de l’Union Africaine et de son NEPAD, la tâche actuellement est de renforcer, nationalement, régionalement et continentalement (les îles comprises), les solidarités sectorielles favorisées par la vague altermondialiste. De les porter, de concert avec ce qui reste de la gauche anticapitaliste africaine, au-delà de la fragmentation mécaniste et des égoïsmes sectoriels, au-delà de la conception vaseuse, dépolitisante de la « société civile » promue par les institutions de Bretton Woods et assimilées. D’élaborer en agissant un projet global, autrement dit, d’émancipation permanente. Ainsi, honneur serait rendu aux humiliées et aux humiliés du passé et du présent, aux combattantes et aux combattants du passé.

Notes

27. Par exemple, on a pu lire récemment dans un article intitulé « L’armée investit le champ de bataille numérisé », paru dans Le Figaro du 09 novembre 2006 : « Les nouveaux systèmes informatiques vont être testés pour la première fois cet été en opération en Côte d’Ivoire ».

28. Au moment où le régime de Nicolas Sarkozy procède à des économies budgétaires, il pourrait se rappeler que le retrait de la soldatesque française d’Afrique contribuerait à la réduction du déficit budgétaire : Brigitte Rossigneux parle du « jackpot que constituent les périodes de réserve dite “opérationnelle” » dans Le Canard enchaîné du 10 octobre 2007.

29. Claude Angeli, « Sarko renforce le contingent français au Tchad », Le Canard enchaîné, mercredi 25 juillet 2007, p. 3 ; « Le droit “canon” au secours des otages ? », Le Canard enchaîné, mercredi 26-12-2007

30. Les intérêts français au Soudan ne sont pas négligeables, à commencer par ceux de Total. Mais il n’y a pas que le pétrole, Cf. Hilaire Avril, « Le pétrole ne doit pas occulter le reste », Marchés tropicaux et méditerranéens n° 3137 du 27 janvier 2006, p.7.

31. Claude Angeli, « Le Tchad fait peur aux Européens », Le Canard enchaîné, mercredi 5 décembre, 2007, p. 3 ; Thomas Mayer, « Entraîner l’Europe au Tchad pour servir Paris », Der Standard (Vienne), repris par Courrier inteernational du 13 au 19 décembre 2007, p. 12

32. Jacques Chirac a attendu de ne plus être chef d’État pour s’y opposer : « Je crois que les APE proposées par Bruxelles négligent une partie des réalités économiques africaines. On ne peut pas laisser menacer les rares industries nationales et réduire les recettes fiscales des États. On ne peut pas assister à un déferlement des produits européens en Afrique sans réelle contrepartie si ce n’est pour quelques filières comme l’exportation de fleurs vers l’Europe. Il faudrait repousser le calendrier d’exploitation. Bruxelles doit mettre en place un traitement préférentiel pour les États africains et notamment les Pays les moins avancés » (entretien avec le quotidien dakarois Le Soleil du 11 décembre 2007).

33. Débat sénatorial français sur la loi de finances 2008, « Séance du 29 novembre 2007 (Compte-rendu intégral des débats) »

34. « Lors de son récent voyage en Chine » N. Sarkozy « a proposé aux autorités chinoises, et notamment à son homologue, de les faire bénéficier de l’expertise française dans le cadre d’actions clairement entreprises par les autorités chinoises au service du développement en Afrique. On peut parfois douter que ces actions servent exclusivement, ou même concomitamment, au développement des pays africains dans les circonstances que vous avez évoquées tout à l’heure » (Christine Lagarde, Débat sénatorial…).

35. Cf. par exemple le « journal de la finance africaine » Les Afriques, dont la rédaction est localisée à Alger, Casablanca et Dakar…www.lesafriques.com

36. « Dossier Françafrique », Marchés tropicaux et méditerranéens du 20 avril 2007, pp. 5-9. La BBC aussi a consacré, à la veille de la présidentielle française, une émission à la « Françafrique ». La vulgarisation de ce terme, peut s’accompagner d’une banalisation des conséquences du phénomène historique qu’est la FrançAfrique, cette relation néocoloniale.

37. Cf. Nicolas Beau et Hervé Liffran, « Le cadeau du maire Sarko à son promoteur préféré », Le Canard enchaîné du 14 mars 2007 ; Hervé Liffran, « La police rôde autour du duplex de Sarko », Le Canard enchaîné du 19 septembre 2007.

38. A la même occasion, invitation ou plutôt ordre a été intimé, aux juges de faire le jeu du patronat délinquant : « Les juges doivent jouer le jeu : jouer le jeu pour les juges, c’est ne pas se laisser tenter par le Gouvernement des juges, c’est ne pas se laisser aller à devenir les arbitres de la politique et à juger de la manière dont les chefs d’entreprises font leur métier ».

39. Communiqué publié le 19 octobre 2007 à l’occasion de la visite d’État du chef de l’État centrafricain à Paris.

40. Une nouvelle affaire vient d’éclater en France, au sein du patronat français, avec la découverte du détournement de fonds de la fédération patronale de la métallurgie, l’Union des Industries et Métiers de la Métallurgie (UIMM, longtemps fer de lance de l’anti-communisme patronal), dont serait l’auteur son président, Denis Gautier-Sauvagnac, membre du directoire du Medef. Cette branche patronale possède un trésor de centaines de millions d’euros dont 21 millions, retirés entre 2000 et 2007 auraient servi à « fluidifier les relations sociales » ou « réguler les relations sociales », un euphémisme pour parler de corruption des anciens « ennemis de classe » devenus « partenaires sociaux ». La somme utilisée en trente ans est considérée huit fois plus importante. Si elle est menée à son terme, cette affaire risque de mieux éclairer certaines positions de certaines directions syndicales… Il faut espérer que la grande presse, qui en parle encore, ne cesse de le faire au moment où la justice en saura plus. Si le principe de compétitivité, cher à Nicolas Sarkozy, auquel doivent se soumettre les juges, n’impose pas un étouffement de cette affaire ou n’aboutit pas à un non-lieu. Pour ne pas remonter aux combines ou malversations des années 1960-1970 dans le secteur des BTP, qui se souvient encore dans l’opinion publique française des protagonistes de l’affaire des marchés publics d’Île-de-France et des sommes empochées ?

41. « Détournements de fonds : L’Union européenne accusée de complicité », Sud Quotidien du 6 mars 2007 (repris de l’agence panafricaine PANA). D’autres oligarques, tels Houphouët-Boigny ou Omar Bongo, ne se sont pas gênés de dénoncer l’hypocrisie des États receleurs. Ainsi, pour ce dernier : « Ces pays ne sont pourtant pas les derniers à donner des leçons de démocratie au monde entier et particulièrement à l’Afrique. Pourtant ce sont les pays de la corruption, mais personne n’en parle », Omar Bongo, Blanc comme nègre. Entretiens avec Airy Routier, Paris, Grasset, 2001, p. 265

42. Il semble que l’idéologie d’un Occident croisé du respect universel des droits humains demeure très prégnante dans certains milieux militants de gauche et altermondialistes.

43. Lors de sa Conférence de presse à Lisbonne à l’occasion du deuxième sommet Union européenne-Afrique (8 décembre 2007), il s’est prononcé sur la présence militaire française en Afrique, à l’aide d’un exemple qui défie le bon sens : « la question de la présence militaire française en Afrique, ce n’est pas un sujet tabou. Les forces armées françaises ne resteront pas contre l’avis des pays où elles se trouvent. J’ai d’ailleurs eu l’occasion de dire au président Déby que si l’on gênait, il fallait nous le dire tout de suite. Je n’ai pas compris que l’on gênait. Je ne peux pas vous répondre plus franchement ».

44. Commentaires sur la société du spectacle, éd. Gallimard, Paris 1992, p. 107.

45. Il s’agit de l’Association Camerounaise des Fans de Nicolas Sarkozy (ACFANS).

46. François Bayrou avait, en tant que Ministre de l’Éducation nationale, retiré du programme scolaire (classes de terminale) en 1995, l’ouvrage d’Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, introduit en 1994.

47. Auteur de : Le libéralisme, nouveau départ pour l’Afrique, L’Harmattan, Paris 1992. « Les plus nombreux, qui vous font le plus mal, sont ceux qui arrivent chez vous, pour profiter, comme de nombreux Français de souche, du parasitisme offert par votre État-providence... Nous allons en France pour toucher des allocations, pour nous livrer à de petits et à des grands trafics, pour profiter des cadeaux qu’offre l’État français à ses propres parasites » in « La réponse de la jeunesse africaine à Sarkozy », 28 août 2007

48. Achille Mbembe affirme que la présidence sud-africaine n’a publié cette lettre qu’après une certaine insistance : « Direct request to obtain a copy of President Mbeki letter’s have failed. Officials at the Union Buildings say that the correspondance is private. So we do not know whether Le Monde’s report is accurate, nor the context in which the remarks were made » (Les demandes directes d'obtenir une copie de la lettre du président Mbeki ont échoué. Les fonctionnaires déclarent que la correspondance est privée. Ainsi nous ne savons pas si le rapport du Monde est précis, ni le contexte dans lequel les remarques ont été faites), « Sacré Bleu ! Mbeki and Sarkozy ? », Mail & Guardian online,www.mg.co.za ; Xolela Mangcu « We must know what Mbeki said to Sarkozy » (Nous devons savoir ce que Mbeki a dit à Sarkozy), Business Day du 23 août 2007 ; Karima Brown, « Storm over Mbeki’s letter to Sarkozy » (Tempête à propos de la lettre de Mbeki à Sarkozy), Business Day du 23 août 2007.

49. Cf. l’article de Philippe Bernard, qui a évoqué en premier la lettre de Thabo Mbeki : « Le président sud-africain Thabo Mbeki remercie M. Sarkozy pour son discours de Dakar sur l’Afrique », Le Monde du 15 août 2007.

50. Il est présidé par Michel Roussin, ex-n° 2 de la DGSE, ex-ministre et actuellement vice-président du Groupe Bolloré.

51. Conférence de presse au deuxième sommet Union-Européenne-Afrique, Lisbonne, 8 décembre 2007.

52. Interview à Sud Quotidien du 17 août 2007. La pique n’est pas adressée à ceux et celles qui sont passés de la rupture révolutionnaire à la rupture sarkoziste. Elle semble plutôt viser la réalité du Sénégal, théâtre de l’Épître aux Africains (Mbembe), en l’occurence la direction d’And Jëf dont le leader et ex-ministre d’État du premier mandat présidentiel d’Abdoulaye Wade, Landing Savané, avait parlé, en février 2007, du régime qu’il venait de quitter pour se présenter à la présidentielle, comme d’une bande de voleurs et s’est rétracté par la suite. Comme d’habitude le doigt dans l’engrenage institutionnel a fini par emporter tout l’être…

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