Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 536-537 mars-avril 2008

IVG

L’usagère pose le diagnostic

Cf. aussi : [Avortement]

Didier Epsztajn

CADAC, Valérie Haudiquet, Maya Surduts, Nora Tenenbaum (coordination), Une conquête inachevée : le droit des femmes à disposer de leur corps, Éditions Syllepse, Paris 2008, 10 euros

Les textes et les interventions présentées sont issus d’un colloque organisé à Paris le 2 février 2007 par la Coordination des associations pour le droit à la contraception et à l’avortement (CADAC). Si les femmes ont massivement investi le champ du travail salarié, elles continuent de (sup)porter très majoritairement le travail domestique et plus encore l’éducation des enfants. Les principes de liberté et d’égalité énoncés dans la Constitution ne semblent pas pouvoir être déclinés jusqu’au bout face aux assignations et assujettissements essentialistes, à l’identification des femmes à une nature reproductive, au féminin comme non universaliste contrairement au masculin dominant.

Le contrôle des corps par l’État (Loi de 1920 criminalisant l’avortement, interdiction de la contraception et de sa publicité) a vécu. Les luttes des féministes ont bousculé les politiques familiales natalistes et leurs interdictions, sans pour autant pouvoir imposer largement ni définitivement le droit à disposer de leur corps. L’avortement reste un droit limité, souvent considéré en regard d’une contraception défaillante, la contraception non totalement gratuite se résume dans la plupart des cas à une contraception féminine. Le corps médical détient toujours la clé et limite la demande ou l’exigence des usagères qui posent leur diagnostic soit en terme de contraception soit en terme d’avortement. Sans oublier l’usage des corps des femmes dans la publicité, la pornographie comme « découverte » de la sexualité, le retour du religieux et de ses interdits.

Ce livre collectif est subdivisé en trois parties. La première, « Vous avez dit conquête ? », propose quatre textes qui interrogent la contraception et les rapports sociaux de sexe, la politique familiale et l’emploi, les réformes et l’emploi des mères et le plus globalement paysage familial.

La seconde, « Transfert de pouvoir et permanence de la domination », se compose d’interventions autour de l’enseignement de l’avortement et de la contraception dans les études médicales, des droits des femmes en regard du pouvoir médical, de la paupérisation des étudiant-e-s et des conséquences du désengagement de l’État sur le droit à la contraception et à l’avortement. Les auteur-e-s soulignent les conséquences désastreuses des réformes libérales de l'hôpital pour les services qui pratiquent les avortements (non réévaluation de la tarification, manque de moyens, etc.).

Dans la troisième partie est interrogé l’avenir de la reproduction et la possibilité d’écarter les femmes de la procréation par les nouvelles techniques tirées des « procréations médicalement assistées ».

Chaque partie est complétée de courtes interventions retranscrites du débat.

Ces travaux et réflexions sont toujours d’une actualité brûlante. La récente position de la Cours de Cassation sur ce qu’il faut bien nommer le statut de l’embryon en est encore un cruel rappel.

Un livre à diffuser, un combat toujours à mener pour le droit des femmes à disposer de leur corps et donc pour l’émancipation de tou-te-s. ■

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