Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 605-606 mai-juillet 2014

BIOSPHÈRE

La survie de notre espèce est devenue une lutte sociale (3)

Cf. aussi : [Ecologie]

Yves Dachy*

3. Pourquoi la défense de la biosphère est-elle aussi difficile chez les anticapitalistes ?

1. Des violences de la nature et de la chance

2. Écologie et politique

3. Difficile chez les anticapitalistes ?

Le dodo s'est éteint moins d'un siècle après sa découverte, à la fin du xviie siècle avec l'arrivée des Européens.

Le dodo s'est éteint moins d'un siècle après sa découverte, à la fin du xviie siècle avec l'arrivée des Européens.

L’anthropisation de la biosphère

Les régions occupées par l’homme ont vu aussitôt leurs grandes espèces animales (la mégafaune) massacrées par les premiers migrants. Le cas du dodo de l’île Maurice, un pigeon dodu de la taille d’un dindon, incapable de voler, que les marins de passage massacraient avec un bâton, est connu. Mais de nombreuses espèces d’oiseaux de grande taille ont disparu en quelques décennies. Des prédateurs accompagnant les hommes dans leurs migrations (rats, chiens, chats, divers insectes), ou introduits volontairement (lapins, renards, escargots carnivores, crapaud-buffle, plusieurs espèces d’écrevisses américaines, etc. et des plantes envahissantes aussi) ont prolongé l’action de l’homme en éradiquant beaucoup d’espèces endémiques dont on n’a pas fini d’établir la liste sur tous les continents. Pour la première fois, des hommes commencent l’inventaire des désastres qu’ils ont provoqués.

Il ne s’agit plus seulement de la mégafaune détruite çà et là, mais d’un phénomène anthropique qui laboure la surface de la planète, justifiant la désignation d’une ère nouvelle : l’Anthropocène. Un contributeur de la collection Anthropocène (éditions du Seuil) pose ainsi le problème : « Nous sortons des conditions biogéoclimatiques relativement stables pendant 11.500 ans de l’Holocène [dernière période de l’ère Tertiaire], qui firent de la Terre la mère des civilisations humaines. Et nous filons exponentiellement vers l’inconnu, vers des états nés il y a deux siècles avec la révolution thermo-industrielle,  que le système Terre n’avait pas connus depuis des millions d’années ».

Certaines espèces comme les termites, les fourmis, les mousses, les algues, et bien d’autres modifient les sols, l’environnement, la faune et la flore, et peuvent être comparés à des phénomènes géologiques massifs et superficiels. D’autres espèces comme les requins et les carnassiers en général, régissent la faune et la flore, en supprimant les individus malades, « anormaux » ou surabondants selon le schéma classique. Toutes les espèces alentour survivent par des adaptations diverses. Ce scénario écologique fonctionne depuis des millions d’années et forme des biocénoses qui évoluent ensemble en maintenant leur équilibre. Dans les années 1950, les « gardiens » de la grande plaine du Serengeti, entre Kenya et Tanzanie (des gardes armés contre les braconniers, sans éducation écologique) décidèrent que les lions, hyènes et lycaons constituaient un danger pour les touristes et ils commencèrent à les détruire. Il ne fallut pas longtemps pour que la plus grande épizootie jamais vue se déclenche, parce que les prédateurs de service, que les gardes tuaient, cessaient de consommer les animaux malades. Les lions et les hyènes se sont remis de ce massacre, mais les lycaons sont restés rares et pourraient disparaître si les hyènes occupent leur niche écologique. Ainsi agit naturellement l’homme dans la nature.

L’arrivée de l’homme et de ses engins ne permet pas que durent les équilibres naturels. François Ramade donne les résultats des travaux de quatre spécialistes de cette question (Écologie appliquée, 6e éd) : le rythme des disparitions est de 5.000 à 25.000 espèces par an dans les forêts pluvieuses tropicales et le rythme des disparitions est 1.000 à 30.000 fois supérieur à celui qui a caractérisé les périodes géologiques « d’extinctions de masse ». Ces chiffres signifient que, à l’échelle des temps géologiques, la période actuelle « d’extinction de masse » est instantanée. Le taux d’extinction finale pourrait être supérieur à 95 %, plus grave que les extinctions du Permo-Trias. Il est prévisible que la majorité de la population humaine mondiale ne pourra pas s’adapter à ce rythme effréné et disparaîtra elle aussi, parce que ses ressources alimentaires naturelles auront été détruites.

Bien avant la définition d’une ère nouvelle appelée Anthropocène, les naturalistes habitués aux études de terrain exprimaient facilement leurs appréhensions et leur pessimisme. Pendant une sortie entre géologues et alors qu’une discussion s’était engagée pour déterminer la position stratigraphique du terrain sur lequel nous nous trouvions, quelqu’un dit : « Maintenant, nous sommes dans le Cocacolien », et il partit fouiller un fossé voisin. Peu après, il rapporta une bouteille de Coca-Cola en disant : « Et comme les bouteilles sont différentes chaque année, les géologues du futur pourront même déterminer la strate annuelle à l’intérieur du Cocacolien ». Ce n’était qu’une boutade, mais tellement significative.

Pierre-Paul Grassé (1895-1985) fut le principal auteur et directeur de publication du Traité de zoologie en 38 volumes (commencé en 1940 et poursuivi jusqu’à la fin de sa vie). Peu avant sa mort, il écrivit : «  l’Homme en accusation : de la biologie à la politique » (1980). Ornithologiste, entomologiste et fondateur de nombreuses revues, il évitait d’exprimer un point de vue hétérodoxe dans ses activités académiques. Cependant, dans une brochure associative intitulée Réflexions sur l’aménagement des Parcs nationaux, il a exprimé ces remarques d’époque à la fin des années 1960 (cité par F. Ramade) : « Avec le développement de l’industrie et l’avènement de la société scientifique, la dégradation de la nature s’accélère dangereusement et la faune va vers son extinction. Si rien ne fait obstacle à la dévastation, on peut prévoir un moment où seuls subsisteront sur la terre ferme quelques végétaux alimentaires, des bactéries, des champignons et quelques rares animaux anthropophiles. Il ne s’agit pas d’une prévision car la marche vers un monde sans vie animale est bel et bien commencée. » Il en est ainsi de P.-P. Grassé et de nombreux autres spécialistes des sciences de la nature : ils expriment couramment des propos convenus pour le public et les institutions qui les emploient, mais en vérité, par leurs expériences de terrain et leurs connaissances étendues, ils sont convaincus qu’une catastrophe est au bout de notre monde brisé par les combines et le lucre. P.-P. Grassé ne connaissait pas les oppositions au stalinisme et rangeait les « marxistes » avec les staliniens dont il dénonçait la corruption profonde. Il n’avait pas lu « La révolution trahie ». Sa culture et son expérience l’avait mené au point de rupture qu’il exprimait d’une façon particulière : « Le petit dieu ne se porte pas bien ; c’est certain. Le mal qui mine son esprit, le plus précieux et le plus fragile de ses biens, semble être la contrepartie des gains matériels qu’il a réalisés » (Toi ce petit dieu. 1971.)

L’exemple du saturnisme

Intoxication au plomb

Intoxication au plomb.

En restant dans le cadre d’une réflexion politique qui prend en compte les expériences politiques du passé, et dans une perspective de revendications et de luttes anticapitalistes examinons le cas d’un toxique peu connu : le plomb.

Un peu de science. Le plomb est assez facile à extraire et à travailler en raison de sa concentration dans des roches, comme la galène qui contient 86 % de plomb, et de son point de fusion bas (327°C). Ce métal ductile à forte masse volumique apparaît dans les fouilles archéologiques dès l’âge du bronze, 7 000 à 5 000 ans av. le présent. Rappelons au passage que le bronze ne contient pas de plomb, c’est un alliage 90/10 de cuivre et d’étain. On savait durcir le plomb par alliage avec de l’antimoine et de l’arsenic, très toxiques. De l’Empire romain jusqu’à nos jours, l’extraction, le façonnage et la dispersion d’objets en plomb n’étaient pas une activité marginale puisqu’on trouve la signature d’une pollution planétaire par le plomb depuis le premier siècle de l’histoire, observée dans les carottes de glace extraites de l’Islandis arctique. Les Européens ont souffert du plomb à leur insu pendant 2 000 ans jusqu’à nos jours.

Depuis l’Antiquité tardive jusqu’à aujourd’hui, le plomb était connu pour ses liens avec les maladies des mineurs et des artisans travaillant le plomb. Ce fut probablement la première observation d’une cause environnementale pour une maladie. Ce fut aussi la première maladie professionnelle reconnue : le saturnisme, intoxication par le plomb, qu’il ne faut pas confondre avec la plombémie qui mesure le taux de plomb dans le sang. Au XIXe siècle, la toxicité du cristal de verre, très répandu sous forme de carafes et de verres à boire fut découverte. C’est un verre brillant un peu jaune, qui contient du plomb jusqu’à 40 % de la masse. Les alcools spiritueux acides qui séjournent dans une carafe en cristal de verre deviennent toxiques par diffusion du plomb dans le liquide ! La première législation sur le plomb est apparue en Suisse (1914), interdisant la fabrication et l’utilisation de tuyaux en plomb pour la distribution d’eau potable.

Ce métal n’a pas de fonction biologique connue. On vit mieux sans plomb car il est toxique à n’importe quelle concentration. C’est un poison cumulatif qui se fixe progressivement dans l’organisme, comme le DDT. Cette toxicité fonctionne aussi pour les invertébrés et les plantes qui se raréfient ou disparaissent sur les sites hautement pollués en métaux lourds (jusqu’à mille fois la concentration des sols naturels pour le plomb et le zinc). Le plomb n’est pas biodégradable et on ne connaît pas non plus de comportement de défense des organismes contre le plomb. C’est un fort biocide dans les milieux touchés par l’acidification anthropique. Ingéré, il est mis en suspension par l’acidité du système digestif et se répand dans l’organisme où il se fixe dans certains organes et dans les os. Si l’intoxication s’arrête, il est en partie éliminé, mais ses dégâts sur la santé persistent. Cependant les botanistes connaissent des sols naturellement chargés en métaux lourds, ou pollués par des activités métallurgiques, avec notamment zinc, cadmium et plomb, appelés « sols calaminaires ». Ces sites accueillent au moins 4 plantes particulières pouvant former des gazons denses. Malgré leur abondance sur ces sols, ces plantes peuvent être absentes sur des centaines de kilomètres avant qu’on en trouve une autre station également sur sol calaminaire (Lemoine & Pauwels. La pollution créatrice de biodiversité. Revue Espèces, juin 2014). Il existe même au moins une plante endémique (Viola calaminaria) qui pousse uniquement sur des sols naturellement calaminaires.

Le plomb a été le plus dispersé dans la nature par les armes de guerre et les plombs de chasse. Une étude de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui s’est concentrée sur un département dans les années 1990-2000, a montré qu’environ 45 000 tonnes de plomb se sont ajoutées aux sols forestiers et cultivés du Nord-Pas-de-Calais, non compris le plomb qui a été lessivé et emporté vers les mers. Cette énorme masse de métal toxique répandu dans l’environnement d’un seul département résulte pour l’essentiel des munitions utilisées ou abandonnées à l’occasion de nombreux affrontements !

Chez les femmes, le plomb passe la barrière du placenta et s’accumule chez le fœtus. Les reins des enfants n’évacuent que 50 % du plomb ingéré alors qu’un adulte en bonne santé peut en évacuer jusque 80 % à 95 % ! Il n’existe pas de seuil de tolérance parce que le plomb peut s’accumuler jusqu’à un taux très élevé si la pollution est permanente. L’intoxication chez les enfants se fait au début sans symptômes. Les effets se font sentir plus tard même si l’enfant a changé de comportement et de lieu de vie, principalement : baisse des capacités intellectuelles, troubles du comportement, anémie, pertes auditives. Dans les milieux sociaux concernés, les enfants n’étaient pas suivis en rapport avec le saturnisme. Quand un enfant montre des signes de déficience mentale, on dit dans des milieux peu éduqués qu’il est « retardé » et l’entourage mène rarement une investigation sur les origines de ce « retard ». Les médecins constatent dans l’instant les symptômes d’une affection sur la personne, et sont rarement formés pour intégrer les conditions de vie, l’environnement et l’origine sociale du patient, et encore moins disponibles pour se déplacer et observer le milieu de vie du patient. Des maladies qui sont les effets d’une plombémie élevée peuvent être soignées sans que le saturnisme soit diagnostiqué et que les causes environnementales d’une plombémie élevée soient recherchées. En cas de décès, la cause désignée de la mort  – cancer, insuffisance rénale, etc. – peut résulter d’une plombémie élevée, et les informations permettant la détection du saturnisme sont faussées quand la présence de plomb dans l’organisme n’est pas signalée. Telle était la situation du saturnisme jusqu’à la fin du XXe siècle.

Un peu de politique. Les bâtiments construits avant 1949 contenaient des peintures à bas prix contenant jusqu’à 95 % de plomb en poids. Elles furent interdites à la vente en 1949 mais ce décret n’enlevait pas les peintures appliquées dans les bâtiments d’habitation. Dans les habitations vétustes souvent humides, rescapées de la guerre, ces peintures s’écaillaient et s’accumulaient au pied des parois, sur les sols des communs jamais nettoyés. Ces écailles de plomb presque pur ont un goût sucré et les petits enfants les recherchent pour les sucer ! Les enfants de la bourgeoisie ne résident pas dans les habitats humides dont les peintures s’écaillent. « La maladie des peintures » (le saturnisme infantile) ne sévissait que dans les quartiers habités par les pauvres et les immigrés des trente glorieuses.

Il existe des anecdotes qui valent plus qu’un long discours. Dans la ville de Rouen (Seine-Maritime, France) les journaux régionaux des années 1970 et 1980 faisaient grand cas d’intoxications au plomb concernant des enfants jeunes. Ces cas de saturnisme étaient traités par les médias de façon anecdotique et superficielle, comme si le hasard seul était à l’origine de ces drames. Par mon travail professionnel, j’étais informé des causes du saturnisme dans les quartiers délabrés, et aussi de l’absentéisme des services sociaux. Dans une réunion de militants, j’avais proposé que la question du saturnisme soit abordée, en expliquant sa dimension sociale. Aussitôt, un militant s’écria : « Ah Non ! On ne va pas commencer à parler des maladies ! Il y a des médecins pour ça ! ». Curieusement, aucun militant présent ne semblait connaître la cause et l’impact social du saturnisme. Ils ne croyaient pas que la défense des pauvres contre le saturnisme était une composante des luttes sociales. Pour eux, cette « maladie » était du ressort d’un « service social » ou d’un médecin, et nous avions « autre chose à faire ». Mon intervention ayant été furieusement interrompue, la proposition logique qui la concluait (connaître, intervenir) fut rejetée. J’ai observé des comportements semblables sur fond de culture parcellaire pendant des années. Seuls les militants de la CSF (5), de la CGT, et des infirmières, prenaient en considération ces informations et comprenaient le « caractère de classe » du saturnisme infantile parce qu’ils étaient au contact de travailleurs pauvres.

Abus de langage

Quelques écologistes des années 1970 ayant diffusé des analyses sommaires et des mots d’ordre pittoresques (« Economisez l’eau. Lavez-vous les dents avec un verre d’eau »), des militants avaient rapidement rejeté tout ce qui évoque « l’écologie ». Du temps est passé depuis 1970. Pourtant, en 2013, dans un congrès départemental d’une organisation anticapitaliste, la perspective d’organiser des activités « écologistes » fut rejetée. Mais la biosphère dégradée par le capitalisme avance vers des lendemains qui pleurent des larmes de sang. C’est pourquoi les luttes dites « écologistes » et les luttes sociales deviennent indissociables.

C’est par un abus de langage, et certaines méconnaissances à propos de l’écologie scientifique, qu’une barrière artificielle a été dressée entre l’écologie et les luttes sociales. Une conséquence de ces positions est que les anticapitalistes organisent rarement des réunions publiques sur ces thèmes en dépit de déclarations radicales : « La crise écologique, dont le basculement climatique est l’expression la plus inquiétante, représente une menace sans précédent pour l’humanité et la biosphère. Une catastrophe irréversible se profile. » (l’Anticapitaliste, hebdomadaire du NPA, France, n° 237, mai 2014). La rareté des actions publiques organisées par les anticapitalistes sur ces thèmes leur donne une cape d’invisibilité ou fait croire, à tort, que ces questions ne les intéressent pas, comme on l’entend dire dans les réunions de naturalistes et dans les laboratoires. ■

* Yves Dachy est entomologiste, président d’une association de naturalistes et militant anticapitaliste.

Bibliographie sommaire

Lire quelques ouvrages scientifiques (et plus) n’est pas un effort insurmontable dans une vie de militant.

Bonneuil C., Fressoz J.-B., L’événement anthropocène – La Terre, l’histoire et nous, Coll. Anthropocène, Seuil 2013.

Dajoz R., Précis d’écologie, Dunod 2000 (7e édition).

De Wever P. et Coll., Paléobiospère – Regards croisés des sciences de la vie et de la Terre, Vuibert 2010.

Gauthier-Clerc M., Thomas F., Écologie de la santé et biodiversité, De Boeck 2010.

Krause B., Le grand orchestre animal, Flammarion 2013.

Leakey R., Lewin R., La sixième extinction, Champs 1995.

Lethiers F., Evolution de la biosphère et événements géologiques, Gordon Breach Science Publichers 1998.

Löwy M., Écosocialisme, Mille-et-une Nuits 2011.

Luminet J.-P., Astéroïdes : la Terre en danger, Cherche-Midi. 2012.

Ramade F., Eléments d’écologie – Ecologie appliquée, Dunod (6e éd. 2005, 7e éd. 2012).

Ramade F., Le grand massacre – L’avenir des espèces vivantes. Hachette 1999.

Tanuro D., L’impossible capitalisme vert, La Découverte 2010.

Schneider J.-L., Les traumatismes de la Terre – Phénomènes naturels extrêmes, Vuibert 2013.

Articles en ligne

- les articles de la rubrique « Planète, Écologie, Environnement » d’Inprecor :

www.inprecor.fr/inprecor

- les articles « Écologie » du site Europe Solidaire Sans Frontières (ESSF) : 

http://www.europe-solidaire.org/spip.php?page=recherche&recherche=Ecologie

Notes

3. On peut suivre en ligne les publications du « Groupe de travail sur les pesticides systémiques »

4. http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article32347

5. Confédération syndicale des familles.

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