Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Politique

N° 536-537 mars-avril 2008

AFRIQUE-FRANÇAFRIQUE

Le néocolonialisme de la « rupture » (1/2)

Cf. aussi : [Afrique]

Jean Nanga

Jean Nanga est le correspondant d’Inprecor pour l’Afrique subsaharienne.

Photothèque Rouge/Franck Houlgatte

Photothèque Rouge/Franck Houlgatte

Deux mois après son entrée en fonction, comme il n’a pas manqué de le rappeler (1), le chef de l’État français Nicolas Sarkozy s’est rendu dans deux pays de l’ex-Afrique occidentale et équatoriale française, le Sénégal et le Gabon. Dans la capitale sénégalaise, Dakar, Nicolas Sarkozy, a prononcé le 26 juillet 2007, à l’Université Cheikh Anta Diop, un discours que le rédacteur, son conseiller spécial Henri Guaino, voulait comparable au Discours de Brazzaville (1944) du général de Gaulle, chef de la France Libre. Ce discours, prononcé à l’occasion de la Conférence des gouverneurs généraux des territoires français d’Afrique, serait, selon maints historiens peu soucieux de la vérité historique, le point de départ de la décolonisation française en Afrique, autrement dit un événement historique. Le Discours de Dakar, adressé à l’élite de la jeunesse africaine, se voulait lui aussi événementiel, parce que censé marquer la « rupture » — programme fétiche de Nicolas Sarkozy — avec la politique dite françafricaine et placer les relations africano-françaises « sous le signe de la vérité », d’un véritable partenariat dépourvu du paternalisme traditionnel et de ses avatars.

Sarkozy révise le colonialisme

Ledit discours, disponible sur le site du gouvernement français, ne sera pas, en effet, vite oublié car il s’agit d’une pièce d’anthologie qui mérite d’être lu dans son intégralité et commenté phrase par phrase. Cependant nous ne pouvons en présenter ici que la quintessence, sous forme de citations de certains thèmes majeurs qui parlent mieux que quelque résumé. A commencer par la colonisation, inévitable dans un contexte caractérisé par, entre autres, le débat sur le rôle positif de la colonisation. Nicolas Sarkozy s’était déjà illustré pendant la campagne électorale par sa stigmatisation de la repentance. Ainsi, après avoir condamné la colonisation et réitéré son amour pour l’Afrique, pour les Africains, il a rappelé que pendant la colonisation il n’y a pas eu que du vol, il y a aussi eu des dons, construction « des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles ». Les colons n’étaient pas tous des méchants, car « il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères ».

De ce fait, il faut mettre un terme au simplisme ne faisant de l’Afrique qu’une victime, car « l’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur » ; à vouloir comprendre le présent africain à partir du passé colonial : « La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution. ». En effet pour comprendre la situation actuelle de l’Afrique, il faut plutôt se référer à la nature, bien spécifique, de l’humanité africaine. Il faut comprendre que « l’homme africain vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires ». Ainsi, « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne, mais l’homme reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble écrit d’avance. Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique, et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique c’est d’entrer dans l’histoire ».

Cependant, sans incohérence aucune, il faut néanmoins admettre que « l’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen », même si sa culture se caractérise par « la mystique, la religiosité, la sensibilité, la mentalité africaine… », la présence des « êtres fabuleux qui gardent des fontaines, chantent dans les rivières et qui se cachent dans les arbres ». En fait, « la faiblesse de l’Afrique qui a connu sur son sol tant de civilisations brillantes, ce fut longtemps de ne pas participer à ce grand métissage. Elle a payé cher ce désengagement du monde qui l’a rendu si vulnérable. ».

De cette sortie volontaire du chemin du progrès humain, il en a découlé cette réalité dramatique que la jeunesse africaine n’a pas encore « regardé bien en face » et qui mérite d’être rappelée : « La réalité de l’Afrique c’est une démographie trop forte pour une croissance économique trop faible. La réalité de l’Afrique, c’est encore trop de famine, trop de misère. La réalité de l’Afrique, c’est la réalité qui suscite la violence. La réalité de l’Afrique, c’est le développement qui ne va pas assez vite, c’est l’agriculture qui ne produit pas assez, c’est le manque de routes, c’est le manque d’écoles, c’est le manque d’hôpitaux. La réalité de l’Afrique, c’est un grand gaspillage d’énergie, de courage, de talents, d’intelligence. La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas, parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes. »

Par amour pour l’Afrique et les Africains en général, sa jeunesse en particulier, dont une partie se suicide en voulant rejoindre l’Europe alors que l’avenir du continent lui appartient, il y a cette proposition salvatrice d’une renaissance africaine : « Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l’Europe et la Renaissance du monde ». Il va de soi que sa réalisation exige la démocratie, la liberté et de ne pas oublier qu’économiquement « l’Afrique a payé trop cher le mirage du collectivisme et du progressisme pour céder à celui du laisser-faire ». Par ailleurs, elle ne pourra réussir que dans l’unité : « Je suis convaincu comme Kwame Nkrumah que l’Afrique doit s’unir ». Ainsi, après Jaurès, Martin Luther King et d’autres, le président de la « rupture » s’est approprié Nkrumah, le dirigeant de l’indépendance du Ghana (ex-Gold Coast du temps de la colonisation britannique).

Indignation dans l’élite africaine

Alors que dans l’amphithéâtre de l’université dakaroise, le discours semblait avoir été bien reçu — sans désertion de la salle par le public trié avec soin — dès le lendemain, certains journaux dakarois ont commencé à le critiquer (2). Et, la plupart des élites africaines, que Sarkozy voulait éduquer, l’ont reçu comme une injure à l’Afrique. Pour l’ancien directeur général de l’UNESCO, Ahmadou Makhtar Mbow : « La déclaration de Nicolas Sarkozy ignore les réalités profondes de l’histoire de l’Afrique ». Quant à l’écrivain Boubacar Boris Diop : il a relevé le « “je” plein de présomption », avec « ces effets oratoires si empruntés qu’ils en étaient parfois un peu pathétiques », et « à l’arrivée on a presque envie de remercier Nicolas Sarkozy d’être venu nous apporter, bien malgré lui, la bonne nouvelle : en FrançAfrique, depuis le 16 mai 2007, le Roi est nul » (« Le discours inacceptable de Nicolas Sarkozy »).

De son côté, l’historien et politologue Achille Mbembe y a trouvé, entre autres, « l’exotisme qui constitue l’un des visages privilégiés du racisme à la française », « un amas de préjugés » que « le discours se déroule donc dans une béatifique volonté d’ignorance de son objet », ( «L’Afrique de Nicolas Sarkozy ») ; un « discours incohérent », avec « l’insolence, et surtout l’arrogance et la brutalité qu’autorise une telle volonté de méconnaissance » ( « France-Afrique : ces sottises qui divisent »). Et pour le président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, Mamadou Koulibaly, plus préoccupé d’économie « Nous croyons à l’économie de marché. Vous vous trompez, lorsque vous affirmez le contraire. Nous croyons au laisser-faire et nous nous méfions de toutes les barrières à la concurrence ». Du côté de l’historienne Adama Ba Konaré : « l’Afrique se rend compte brutalement que son principal partenaire a d’elle une vision étonnamment statique… Intervenir dans ce débat est un devoir à la fois scientifique et militant ». Bien d’autres encore, y compris des africanistes métropolitains tels l’historienne Catherine Coquéry-Vidrovitch, le politologue Jean-François Bayart, ont exprimé publiquement leur désapprobation de la forme et du contenu de ce discours dont la teneur raciste ne pouvait manquer de choquer quiconque possède un peu de bon sens. À tel point que même l’intellectuel médiatique français, et pourtant ami de Sarkozy, Bernard-Henri Lévy qui a, par ailleurs, connu l’Afrique par son entreprise d’exploitation du bois aux méthodes héritées du colonialisme (3), affirme avoir été choqué. Ainsi, si « rupture » il y a, avec le discours paternaliste des quatre décennies précédentes, c’est dans le recours au discours colonial et ethnologique traditionnel, sans fioritures.

Mais en fait, comme l’a rappelé le rapporteur de l’ONU contre le racisme, Doudou Diène : « Ce que dit Nicolas Sarkozy est (…) l’expression politique d’un courant idéologique profondément révisionniste » (« Le silence des chefs d’État africains est étonnant », Sud Quotidien, 23 août 2007) qui s’est plusieurs fois manifesté ces dernières années en France et qui a même été primé, par France Télévisions, à travers le livre de l’ex-spécialiste Afrique du quotidien Le Monde, Stephen Smith (Négrologies — Comment l’Afrique meurt, Paris, Fayard, 2003). Ouvrage dans lequel l’Afrique est présentée comme unique responsable du drame qu’elle vit. L’auteur ne le dit pas en ces termes, mais c’est comme si l’humanité des Africaines et des Africains était essentiellement déficitaire, voire a-historique. A tel point qu’ils et elles organisent quasi allègrement le suicide du continent, de sa partie subsaharienne.

Ce discours n’est donc pas une grande surprise, exception faite du « lieu du crime » (pour reprendre la formule de l’historien Mamadou Diouf), pour quiconque a suivi le traitement réservé en France métropolitaine par Nicolas Sarkozy (deux fois ministre de l’intérieur, sous la présidence de Jacques Chirac) aux Africaines, aux Africains et à leurs enfants — le plus souvent de nationalité française, mais condamnés à demeurer des immigrés — en général, les Noirs, en l’occurrence. Et aussi pour ceux et celles qui n’avaient pas oublié son insolent et irresponsable propos de mai 2006 à Bamako (Mali) : « La France n’a pas économiquement besoin de l’Afrique », réitéré six mois plus tard (4). Propos qui ne pouvait s’expliquer par quelque ignorance de certaines questions économiques par un ministre de l’intérieur, car Nicolas Sarkozy avait été auparavant ministre de l’économie et des finances dont l’une des attributions est la supervision régulière de la zone économico-monétaire du Franc CFA, ce symbole de la dépendance néocoloniale. Vu aussi que certains de ses amis du patronat français (Bolloré, Bouygues, Pinault…) et l’État français font de très bonnes affaires en Afrique, depuis des décennies… Sans oublier Total, le 4ème groupe pétrolier mondial et champion du CAC 40, qui était en 2005, soit un an avant l’ineptie ministérielle de Bamako : « le premier producteur international d’hydrocarbures en Afrique. Le continent africain représente plus de 30 % de la production du groupe et c’est d’ores et déjà sa première zone de production, avec un objectif supérieur à 1 million de barils équivalent pétrole par jour à l’horizon 2010… les enjeux les plus importants en exportation-production se situent principalement dans l’offshore profond du golfe de Guinée. Cette zone est la plus prometteuse à court et à moyen termes, le Groupe continuant d’y effectuer chaque année d’importantes découvertes, notamment au Nigeria et en Angola », selon Jean Privey, directeur de la zone Afrique du Groupe (5). Il y a donc une grande part africaine sur les 12,64 milliards d’euros de bénéfice réalisé en 2006 par le Groupe Total (6).

Cependant cette sortie raciste de Nicolas Sarkozy, qui ne serait pas un raciste, à en croire aussi bien Bernard-Henri Lévy (qui s’en prend plutôt au scribe de Sarkozy, Henri Guaino) que Doudou Diène (qui évoque la présence au gouvernement des Fadela Amara, Rachida Dati, Rama Yade, comme s’il n’y avait pas eu des colonisés dans les gouvernements et au parlement français pendant la colonisation, qui fut bien une situation raciste), ne doit pas être isolée du racisme atmosphérique néolibéral assumé à la fin du XXe siècle des idéologues anglo-saxons (7).

En effet, contrairement à une idée assez répandue, jusque dans l’extrême gauche francophone, la perception des anciennes colonies n’est pas fondamentalement différente du côté britannique, malgré sa réalité caricaturale française (8). Faut-il rappeler que la Communauté gaullienne était une version hexagonale du Commonwealth britannique, qui demeure coiffée par la reine d’Angleterre ? Et que les Africains progressistes de l’Afrique dite anglophone n’y voient pas autre chose qu’une institution néocoloniale ? Que la Grande-Bretagne aussi profite économiquement, financièrement de ses anciennes colonies africaines ? N’est-il pas plutôt question de complicité entre elles malgré la concurrence, inhérente au capitalisme, à l’impérialisme ? C’est bien ensemble que le capital international organise le renforcement de la dépendance, de la domination néolibérale des sociétés et États de la périphérie capitaliste, y compris au niveau de la représentation. La différence réside surtout dans la prétention de la République française à l’universalité, ce qui rend grotesque sa pratique néocoloniale. Alors que la monarchique Angleterre reste assez fidèle à la conception médiévale/féodale de l’humanité, la distinction entre humanité noble et humanité roturière ou inférieure que l’on ne devrait mélanger au nom de quelque assimilation. Une distinction conservée par l’existence d’une chambre des Seigneurs au Parlement. Ainsi, par exemple la littérature en langue anglaise, même de grande qualité, des originaires de la périphérie impériale même citoyens britanniques est encore classée « black writing » (écriture noire), tout comme les textes des Français originaires d’Afrique relèvent de la littérature francophone, non de la littérature française, etc.

Au service du capital… français

La volonté de vérité claironnée, par Sarkozy, semble avoir tourné plutôt en pratique du mensonge mêlé de racisme et en perpétuation de la politique françafricaine. Par coïncidence, la première sortie médiatique post-électorale de Sarkozy a été la prise en charge partielle de la croisière du président fraîchement élu par Vincent Bolloré dont le groupe est l’un des plus africains du Capital français et aussi un membre du top 200 européen. Pour les congés de fin d’année du nouveau président, c’est son avion privé qui a été, une fois de plus, préféré à un vol Air France pour se rendre au Caire (9). Des gestes de générosité de l’homme d’affaires qui ne sont pas dénués d’intérêt et qui relèveraient en fait de la corruption subtile, si ce phénomène n’était pas devenu, à la faveur de l’approche moraliste dominante des phénomènes économiques, sociaux et politiques, une particularité des sociétés et des États dominés en général, africains en particulier. Ce, jusque dans les milieux se voulant solidaires des peuples africains. On n’échappe pas facilement, à l’idéologie dominante de sa société. En effet, s’il peut être question, à propos, des appétits de Bolloré dans le domaine de la publicité et des médias en métropole, il y a aussi que dans la période post-électorale, ledit entrepreneur — qui «  n’a jamais travaillé avec l’État », en métropole, et qui « fait honneur à l’économie française », une autre contrevérité du nouveau chef de l’État français (10) — attend un retour d’ascenseur de l’État pour ses affaires, dont celles d’Afrique. Où il réalise actuellement 20 % de son chiffre d’affaires. Ce qui est loin d’être négligeable.

Le séjour africain de Sarkozy, « deux mois après son élection » a-t-il répété pour confirmer son affection, se déroule dans un contexte assez particulier : celui d’une rivalité interimpérialiste parallèle à l’internationalisation renforcée des capitaux. Les États nationaux sont encore portés à défendre les intérêts des entreprises d’origine nationale, à pratiquer un certain « patriotisme économique ». Qui douterait aujourd’hui que la plupart des déplacements hors de France de Nicolas Sarkozy ressemblent à ceux d’un VRP multicartes, avec pour principales marchandises particulières à placer les avions Rafale de Dassault, les Airbus d’EADS-Lagardère, les centrales nucléaires d’AREVA…

Cette restructuration de l’ordre économique mondial n’est pas sans affecter les règles traditionnelles de la FrançAfrique.

Sénégal : plus vieux poste colonial

C’est la porte d’entrée de l’Afrique subsaharienne disait Léopold Sédar Senghor (11), une des références africaines du discours de Guaino-Sarkozy. C’est aussi l’un des principaux pays de départ des migrants que l’État français prétend indésirables. Une question sur laquelle les deux États se seraient accordés sous le ministère de Sarkozy. Comme si ces migrants demandaient l’autorisation des États de leurs pays avant de se lancer à l’aventure.

En fait, la visite de Nicolas Sarkozy relève plutôt du rituel françafricain. Abdoulaye Wade est certes le plus âgé des Chefs d’État africains, mais surtout le Sénégal est le plus ancien poste français en Afrique subsaharienne, et en cela l’une des places fortes de la présence française en Afrique post-coloniale, avec une base militaire à la clef. Ce qui s’est encore renforcé avec la crise franco-ivoirienne.

Par ailleurs bien que les deux Chefs d’État ont en commun une certaine américanophilie et l’adhésion au néolibéralisme, leurs intérêts ne peuvent pas être identiques dans l’absolu. Ils ne peuvent, dans le contexte néocolonial, qu’être différenciés. Certes, Sarkozy n’a pas manqué de se réjouir de la santé du capital français au Sénégal : « J’observe d’ailleurs que de nombreuses entreprises françaises investissent actuellement au Sénégal, dans le ciment, dans les télécommunications, dans l’agro-industrie, dans les services, voire dans les mines avec le groupe européen et mondial Arcelor Mittal qui vient de signer des conventions pour l’exploitation du fer » (12). On pourrait même ajouter en faveur du capital français que « le déficit extérieur [du Sénégal] est structurel, aggravé en 2005 par une augmentation des importations tous azimuts en raison de la forte dépendance extérieure. La France enregistre un excédent récurrent qui s’est accru en 2005 avec la progression de 10,6 % des échanges » selon Le Moniteur du Commerce International (13).

Mais, il s’avère que le néolibéralisme de Wade peut se faire aux dépens de certains intérêts des mandants de Sarkozy. Et, jusqu’à preuve du contraire, il n’y a pas d’incompatibilité entre le néolibéralisme, voire l’américanophilie de Nicolas Sarkozy et son « patriotisme économique », prouvé en permanence au patronat français. Au grand dam, par exemple, des consommateurs béats des envolées démagogiques sur les droits de l’homme, qui ont paru choqués par le séjour officiel français (déjà programmé pour les mêmes raisons commerciales sous la présidence de Jacques Chirac) de l’autocrate libyen Mouamar El Kadhafi, partenaire et client de l’industrie française, celle de la mort surtout.

Or, les intérêts de classe de certains secteurs de la bourgeoisie sénégalaise, rendent le chef de l’État sénégalais (qui est aussi un entrepreneur privé) assez sensible, par exemple, aux offres des capitaux des émirats pétroliers, membres comme le Sénégal de l’Organisation de la Conférence Islamique et considérés peu susceptibles de le coloniser. Ce qui peut s’illustrer par la victoire remportée par Dubaï Port World aux dépens de Bolloré, en obtenant la concession du port de Dakar, selon, semble-t-il, les lois de la concurrence plutôt que le traditionnel principe de la préférence néocoloniale des trois premières décennies post-coloniales, dont ont souvent joui les capitaux métropolitains dans le cadre de la privatisation des entreprises publiques et de la libéralisation des marchés. Et ce, « malgré un intense travail de lobbying auprès d’Abdoulaye Wade, malgré les missions d’Alain Madelin (grand ami de Wade) et François Léotard, malgré la présence du groupe français au Sénégal depuis 80 ans, Bolloré a perdu la concession du terminal à conteneurs du port de Dakar…Et pourtant il y tenait ! » (14)

Dans ce cadre de développement des relations avec les capitaux du monde islamique, le Sénégal, dont le président, au capitalisme militant, a plus d’une fois dénoncé la rapacité des multinationales du pétrole dont Total, s’est tourné, en 2007, vers l’Iran pour son approvisionnement en pétrole brut, avec participation de la National Iranian Oil Refining and Distribution Company au capital de la Société Africaine de Raffinerie (SAR), du Sénégal, à hauteur de 34 %. Un partenariat qui comprend d’autres volets en matière d’infrastructures (15). Autrement dit des marchés à perdre par le capital français en particulier, occidental en général. Une expression de la solidarité Sud-Sud des bourgeoisies qui est en train de refaire surface et qui n’est pas faite pour plaire aux partenaires traditionnels et privilégiés de la métropole.

Omar conseiller de Nicolas

Avoir commencé par le Sénégal est une diversion dans la symbolique françafricaine. Wade est certes le plus âgé de tous mais le gardien du temple, un produit de la Vème République française ayant connu et bien travaillé avec tous les chefs d’État français de ladite République : c’est Omar Bongo (au pouvoir depuis 1967) (16). Il s’avère qu’une longue et forte amitié lie Nicolas Sarkozy, pourfendeur du clientélisme françafricain pendant sa campagne électorale, et Omar Bongo, son « cher Omar » qui lui a prodigué des conseils, pendant la course à la présidence et qui en a été remercié au téléphone quelques minutes après l’annonce de la victoire de « Nicolas ».

Quels conseils un « démocrate » ou un « républicain » peut-il recevoir d’un autocrate ? Le président de l’Assemblée nationale du Gabon semble avoir levé un coin de ce mystère en disant à son visiteur : « qu’il me soit permis, monsieur le Président de la République, de dire que j’ai noté dans votre méthode de gouvernement et votre projet de société d’énormes similitudes avec la pratique et les préoccupations politiques en vigueur, chez nous, au Gabon. Premièrement, l’ouverture pour une plus grande efficacité de la puissance publique, depuis la restauration de la démocratie en 1990, les gouvernements successifs ont été au Gabon marqués du sceau de la main tendue à l’ensemble des talents et sensibilités qui, par-delà les clivages partisans, entendent se mettre au service de la communauté nationale tout en demeurant fidèle à l’esprit des institutions et à la nécessité de consolider chaque jour davantage le dialogue social » (17). Propos qui semble porter la marque d’Omar Bongo.

Est-ce par simple coïncidence que l’un des premiers « socialistes » à avoir assumé ouvertement la collaboration ouverte avec la droite néolibérale est un habitué de certains palais présidentiels africains de l’espace françafricain, en particulier celui du Gabon : Bernard Kouchner ? Ce en quoi il n’est pas seul, car Jacques Attali a été l’employé du dictateur congolais Sassou Nguesso, avec la victoire militaire qui l’a ramené à la tête de l’État pétrolier du Congo en 1997, et Michel Rocard a été « lobbyiste » du dictateur togolais Gnassingbe Eyadema…

Tout comme le Sénégal, le Gabon est une place forte du dispositif françafricain, avec aussi sa très active base militaire française, qui a plus d’une fois su déployer ses forces pour la préservation des intérêts français au Gabon et ailleurs sur le continent. En effet, Bongo veille sur les traditions en Afrique centrale et en Afrique occidentale. Comme lors du ravitaillement français des sécessionnistes du Biafra, c’est du Gabon que sont parties les troupes françaises de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, en septembre 2002, pour renforcer le bataillon militaire français qui y est traditionnellement basé.

Alassane Ouattara s’est sans doute réjoui, de la victoire de Sarkozy qui est autant son ami que Bongo et Bouygues. Ouattara, dont Sassou Nguesso est client de son cabinet-conseil. Le chef d’État congolais, accessoirement beau-père de Bongo a été l’un des premiers à être reçu à l’Élysée par le nouveau chef de l’État français. Malgré les cadavres qu’il a dans le placard et autres casseroles judiciaires internationales.

Et pour cause, Bongo et son beau-père Sassou Nguesso jouent les sous-traitants dans la crise centrafricaine en mettant en place une force de maintien de la paix de l’Afrique centrale, la Force multinationale en Centrafrique (FOMUC) pour soutenir le général François Bozizé contre son opposition armée. Bozizé qui est arrivé au pouvoir avec l’aide de Paris, sous escorte de l’armée tchadienne d’Idriss Deby. Cette FOMUC s’inscrit sans doute dans le programme de renforcement de la coopération militaire entre la France et la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) par l’instauration d’un commandement interarmées français basé au Gabon. Une situation enviée par les États-Unis qui peinent à trouver un site pour leur Commandement pour l’Afrique (Africom), décidé sans consultation aucune de quelque gouvernement africain.

Le Gabon est précieux pour la France. Ce qui le fait bénéficier, en ces temps de reconfiguration du jeu impérial, d’une attention particulière de la part de la métropole françafricaine. Par exemple, cette flatteuse générosité évoquée par le parlementaire gabonais, qui prouve, par ailleurs, une fois de plus, que l’annulation de la dette publique extérieure des États est une arme politique et que l’identification établie entre « l’immigration choisie » et le pillage des cerveaux n’est pas une lubie, malgré les dénégations de l’ex-ministre de l’intérieur : « Au cours des deux derniers mois, vous n’avez eu de cesse d’envoyer des signes aussi forts que positifs… C’est ainsi que la France et le Gabon ont signé un accord sur la gestion concertée des flux migratoires. Au terme du dit accord, les étudiants gabonais en France, désireux de trouver un premier emploi auront accès sur le site Internet de l’Agence Nationale pour l’emploi des cadres à l’ensemble des offres disponibles. La France a par la suite fortement contribué à rallier le Club de Paris à l’offre de remboursement anticipé de la dette du Gabon portant sur un montant d’un milliard six cent millions d’euros. Ces négociations ayant abouti à une décote globale supérieure à 15 %, portent assurément la marque du génie de la France qui assumant totalement son rôle de principal créancier du Gabon a consenti à alléger la dette bilatérale du Gabon de 20 %. » (18).

Économiquement, le Gabon, ce sont des intérêts français très vitaux. À commencer par ceux de Total. C’est aussi le marché BTP, le bois, le manganèse… Or, l’État gabonais est aussi touché par la fièvre de la plus grande diversification du partenariat en la matière. Ainsi des concessions importantes ont été accordées à la Chine en matières pétrolière, forestière et minière (19), aux États-Unis en matière pétrolière. Le Gabon a déjà été l’objet d’une opération, pour pasticher F. Fanon, « peau noire, masques verts » de la part du capital états-unien : le capital noir états-unien est censé y jouer le rôle d’ambassadeur du capital états-unien.

AREVA et velléités d’autonomie du Niger…

Cette volonté d’étendre la marge d’autonomie, à l’égard de la métropole néocoloniale, s’est aussi manifestée au Niger, l’une des principales sources d’approvisionnement français en uranium depuis quatre décennies, avec des coups d’État militaires et l’instrumentalisation des revendications du peuple touarègue à la clef (20). Comme par fidélité à cette tradition néocoloniale, une rébellion armée touarègue, le Mouvement des Nigériens pour la Justice (MNJ), s’est déclenchée au moment où le gouvernement du Niger revendiquait une révision à la hausse du contrat (expirant en fin décembre 2007) avec AREVA (championne du monde des centrales nucléaires) sur le prix de l’uranium, traditionnellement acquis très en deçà du prix du marché (27 300 francs CFA le kg au lieu des 80 000 à 110 000 FCFA) et s’engageait à accorder des contrats avec les Chinois dans le secteur. Selon la très bien informée Lettre du Continent, « les rebelles du Mouvement nigérien de la Justice (MNJ) » ont revendiqué « que tous les permis d’uranium soient attribués à AREVA » (21). Ce qui semble viser l’attribution, quelque temps auparavant (juillet 2006), de deux permis d’exploitation à un consortium chinois.

En d’autres temps, le gouvernement nigérien aurait bénéficié d’une oreille différemment attentive et l’aurait payé cher, politiquement. Mais l’État nigérien semble moins exposé à une déstabilisation rapidement aboutie, en ces temps de fuite en avant des responsables du réchauffement climatique vers le nucléaire, d’une présence économique extra-métropolitaine et de l’image positive du gouvernement nigérien à Washington — qui camoufle ses appétits derrière la « lutte contre le terrorisme » à la frontière de l’Algérie. D’où la volonté exprimée, à propos, par Sarkozy de ne pas s’aliéner les autorités de ce pays, source d’approvisionnement d’une des principales marchandises offertes ces derniers temps par l’économie de pointe française : « Nous allons essayer de démêler les fils, de voir ce qu’il s’est exactement passé… Je ne voudrais rien dire qui complique une situation qui l’est déjà suffisamment, le Niger étant un pays important pour nous, puisque ce sont les principaux producteurs d’uranium militaire, d’où la présence d’AREVA sur place » (22). Ce qui est bien à l’opposé de la fanfaronnade du ministre de l’intérieur Sarkozy, à Bamako. AREVA, qui veut vendre des centrales nucléaires au monde entier pour booster la croissance française, a ainsi été obligé de négocier : l’État nigérien a obtenu une révision à la hausse, bien relative, à 40 000 FCFA, avec effet rétroactif sur l’année courante 2007 ! Ce que permet bien le surprofit néocolonial.

Ces changements relatifs dans les relations françafricaines ne sont pas le fait d’une volonté de changement de la partie française, mais la conséquence d’un nouveau rapport de force à l’échelle internationale dont profitent les fractions actuellement gouvernantes en Afrique. Même celles qui s’étaient opposées à l’exemple ivoirien sous la houlette de Laurent Gbagbo adoptent de façon moins tapageuse sa démarche : la quête d’une plus grande autonomie, profitable aux néolibéraux locaux, à l’égard des intérêts de la métropole néocoloniale. Ainsi, ce sont en fait les gouvernants africains de la FrançAfrique qui éduquent leurs « partenaires » français à reformer la FrançAfrique, en s’adaptant relativement à la concurrence néolibérale.

…et de la Centrafrique

Même la Centrafrique du général François Bozizé — dont l’arrivée au pouvoir en 2003 s’est déroulée selon un scénario bien rôdé de la FrançAfrique, avec mise à sa disposition, en matière de défense et de sécurité intérieure, de généraux trois étoiles de l’armée française — n’a pas manqué de manifester quelque velléité de plus grande autonomie. Le gouvernement de Bangui a « osé » un bras de fer avec AREVA et Total. D’une part, il s’est opposé à la rétrocession par l’entreprise canadienne UraMin à la française AREVA, ayant acquis UraMin, de sa mine d’uranium de Bakouma, sans consultation et accord préalable, prévu dans le contrat, des autorités centrafricaines. Un acte dont l’illégalité a choqué l’opinion publique centrafricaine, ayant en mémoire le passif anti-écologique dans l’exploitation française de la mine quelques décennies auparavant et davantage hostile à la posture impériale française. Cette transaction illégale permettait à AREVA d’échapper à quelque velléité centrafricaine de suivre l’exemple nigérien (23). D’autre part, il a voulu mettre un terme au monopole de la distribution des hydrocarbures en Centrafrique par Total, en termes, au départ, de création d’une entreprise d’État : « Nous avons constaté que Total réalisait des bénéfices exagérés dans le domaine de la distribution des carburants en Centrafrique. Nous avons attiré l’attention de ses dirigeants sur ce point et créé une nouvelle société mixte de distribution, au sein de laquelle Total était appelé à prendre sa part. » selon François Bozizé (24). Ce qui est un adoucissement du projet, initié par le ministre de tutelle, par ailleurs neveu de F. Bozizé, de réduction draconienne, pour Total, de cette source de surprofit néocolonial. A ces contrariétés économiques s’ajoute la raclée donnée par la garde présidentielle centrafricaine aux gendarmes français, au cours de la soirée du 14 juillet 2007 chez l’ambassadeur de France (25).

Cependant la Centrafrique n’est pas le Niger. L’État français y détient un atout : son armée sur le sol centrafricain (Opération Boali), où elle intervient dans les combats opposant les forces armées centrafricaines aux rebelles, en arrêtant dans certains cas la progression de celles-ci et en bombardant les villages accusés de sympathie à l’égard de la rébellion (26). Ainsi, n’ayant pas oublié comment et qui l’avait fait chef d’État, avant sa légitimation électorale, F. Bozizé a remplacé les instructeurs français de sa garde rapprochée, retirés par Paris après l’incident du 14 juillet, par des Sud-africains, s’est abstenu au dernier moment de participer en septembre 2007 à l’Assemblée générale de l’ONU à New-York, préférant veiller sur son trône. Mais après une pression diplomatico-économique française, menée par le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, le secrétaire d’État à la Francophonie, Jean-François Bockel (apologète du discours de Sarkozy à Dakar) et la patronne d’AREVA, Anne Lauvergeon (ex-conseillère de F. Mitterrand), il a fini par délester son neveu de ministre — l’inspirateur des contrariétés avec les entreprises françaises — du portefeuille des finances qu’il cumulait avec celui des mines, satisfaisant ainsi un vœu des « partenaires » métropolitains. La visite officielle effectuée en France en novembre 2007 semble avoir effacé les aspérités de la collaboration néocoloniale.

Suite de l'aricle le néocolonialisme de la rupture (2/2)

Notes

1. Interview au quotidien dakarois Le Soleil, 26 juillet 2007

2. Sur la fraîcheur de l’accueil de son discours par la presse sénégalaise du lendemain : « L’Afrique c’est l’Afrique et on ne peut pas se plaindre qu’il n’ y ait pas assez de démocratie. Cela devient difficile ! Quand il n’ y a pas de critique c’est qu’il n’y a pas de démocratie, quand il y a des critiques, il n’y a pas d’accord. Il faut accepter et les gens qui ne sont pas d’accord au Sénégal, c’est très bien », Point de presse de Nicolas Sarkozy du 27 juillet 2007 à Dakar.

3. Pour Jean-François Bayart, théoricien de la politique africaine comme « politique du ventre », « les propos régressifs du président de la République ont quelque chose d’abject » et « On devine le Président assez ignorant des sciences sociales ». « Y a pas rupture, patron ! » lit-on dans le quotidien camerounais Le Messager du 8 août 2007. Presque tous les textes sur le sujet sont en ligne sur le site de LDH-Toulon et d’autres sites...

4. « J’ai ajouté qu’il fallait cesser de répéter que la France était présente en Afrique pour piller ses ressources, car, tout bien pesé, c’est vrai, nous n’avons pas économiquement besoin de l’Afrique — et je mets quiconque au défi de me démontrer le contraire. La France est en Afrique avec des ambitions plus amicales ». François Soudan et Marwane Ben Yahmed, « Nicolas Sarkozy : Si j’étais président », Jeune Afrique, n° 2391 du 5 au 11 novembre 2006, pp. 20-28

5. « Un avenir particulièrement prometteur », interview de Jean Privey, par Pierre Rival, Energies, hors série « L’Afrique se met en marche », 3ème trimestre 2005. En 2005, la production de Total en Angola était supérieure à sa production cumulée en Algérie et en Libye. En cette année 2005, elle avait ajouté à son réseau africain 500 stations-service, 30 terminaux et dépôts.

6. Le plus gros bénéfice du CAC 40 en 2006, en progression de 4,10 % par rapport à 2005, suivi par celui de BNP Paribas : 7, 30 milliards d’euros ; Société Générale : 5,22 milliards ; Arcelor Mittal : 6,35 milliards… Concernant ce dernier, notons que la nouvelle présidente du Liberia et ancienne technocrate du FMI, Sirleaf Johnson, a engagé un bras de fer avec Mittal, dès son entrée en fonction, pour la révision d’un contrat léonin d’exploitation du fer, source de surprofit néocolonial, signé avec le régime précédent.

7. Par des gens tels que l’idéologue états-unien Paul Johnson réactualisé au XXIe siècle par le « Tony Blair’s foreign policy guru Robert Cooper » (gourou de la politique étrangère de Tony Blair) dans certains de ses articles de presse : « Why we still need empires » (Pourquoi avons-nous toujours besoin d’empires), The Observer du 7 avril 2002, http://observer.guardian.co.uk; cf. aussi « The new liberal imperialism » (Le nouvel impérialisme libéral), idem.

8. Cf. par exemple, Richard Drayton, « The wealth of the west was built on Africa’s exploitation. Britain has never faced up to the dark side of its imperial history » (La richesse occidentale a été établie par l’exploitation de l’Afrique. La Grande-Bretagne n’a jamais fait face à cet aspect sombre de son histoire impériale), Guardian du 20 août 2005.

9. Cf. « Clinquantes vacances égyptiennes aux frais de Bolloré et de l’émir d’Abou Dhabi », Le Canard enchaîné, 26 décembre 2007.

10. Cf. « Le groupe de Vincent Bolloré a bien obtenu des marchés publics », Le Monde du 11 mai 2007.

11. La France y est présente depuis le XVIIe siècle.

12. Interview au quotidien dakarois Walfadjri, 26 juillet 2007

13. « Les entreprises françaises en Afrique 2007. 18e Rapport du Conseil français des investisseurs en Afrique », Le Moniteur du Commerce International n° 1783-1784, du 28 décembre 2006 au 10 janvier 2007, p. 61

14. Père Jacques Lacour, « Droit dans les yeux : le port de Dakar échappe à Vincent Bolloré », Le Faso.net, 17 juillet 2007. Sakozy aurait confié, à l’issue de sa rencontre avec Abdoulaye Wade, en juin 2007 à Paris : « s’il voulait le port, il n’avait qu’à y mettre les moyens », Hyacinthe Seillat, « Et Bolloré dit au port : “Salut” », Bakchich, 22 juin 2007

15. « Approvisionnement en pétrole : l’Iran s’engage à fournir du brut au Sénégal », AFP, 28 août 2007

16. Si la stabilité avait été consolidée en Côte d’Ivoire, Nicolas Sarkozy l’aurait aussi visitée, une autre place forte traditionnelle des intérêts (économiques et militaires) françafricains. Ce fut le parcours de Chirac en 1995. Nicolas Sarkozy s’est contenté d’une conversation téléphonique avec le chef d’État ivoirien Laurent Gbagbo.

17. Le bon sens, métropolitain surtout, ne peut admettre que la politique mise en place dans la République française soit d’inspiration gabonaise ou sénégalaise. Les Sénégalais aussi retrouvent dans le vagabondage politique des figures de la gauche française une pratique des régimes sénégalais d’Abdou Diouf (membre de l’Internationale socialiste), ayant eu pour ministre d’État son principal challenger, Abdoulaye Wade (un économiste libéral patenté). Et, à son tour, Abdoulaye Wade a eu, dans les gouvernements de son premier mandat, des dirigeants de la gauche et de l’extrême-gauche, à l’instar de l’ex-leader maoïste Landing Savané d’And Jëf — qui n’aurait jamais été communiste, bien qu’au 15ème Séminaire communiste international organisé par le Parti du Travail de Belgique (Bruxelles, mai 2006) et ayant eu pour thème « Expériences passées et présentes dans le mouvement communiste international » le représentant d’And Jëf, membre du Bureau Politique, Madièye Mbodj, assumait dans sa communication l’identité de « panafricaniste socialiste », de « l’avant-garde marxiste-léniniste maoïste » et de « gauche révolutionnaire », partie prenante du « mouvement communiste et anti-impérialiste ». Une page du Livre des retournements des identités politiques…

18. Allocution du Président de l’Assemblée nationale du Gabon, recevant Nicolas Sarkozy le 27 juillet 2007, à Libreville.

19. Selon le journal satirique panafricain publié à Paris, Le Gri-Gri International, le Gabon a scandaleusement cédé à la Chine, pour environ 2 milliards d’euros, l’exploitation des gisements de fer de Belinga et l’exploitation prioritaire des « autres substances, telles que l’or, le cuivre et autres associés ou non au fer… » (extrait de l’accord), Justine Okimi, « Le Gabon vendu pour 1600 milliards ! », Le Gri-Gri International n° 80 du 5 novembre 2007.

20. L’instrumentalisation de quelques groupes Touareg par la France ne délégitime en rien les revendications du peuple touareg.

21. La Lettre du Continent n° 521 du 5 juillet 2007, p. 2

22. « Nicolas Sarkozy va se pencher sur le dossier AREVA au Niger », Reuters, 27 juillet 2007

23. Selon le chef de l’État centrafricain :« Nous négocions avec AREVA. Ils sont venus nous voir ici à Bangui à deux reprises. Si cela n’aboutit pas, nous saisirons nos avocats, mais, je ne crois pas que cela soit dans l’intérêt de ce groupe. Après tout, le Niger a imposé à AREVA de nouveaux accords et la Namibie s’est fait payer un ticket d’entrée. Pourquoi pas la Centrafrique, pauvre d’entre les pauvres ? Ce serait la moindre des choses… » Interview de François Bozizé « La Centrafrique n’est pas un État sauvage », Jeune Afrique n° 2441-2442 du 21 octobre au 3 novembre 2007.

24. Op. cit. Ajoutons, que selon La Lettre du continent (n° 521) « une société d’économie mixte a été créée pour prendre contact avec PDVSA, la compagnie nationale pétrolière du Venezuela. Si Total perd le dépôt centrafricain qui « arrose » en outre le Nord du Congo-K, c’est également le transport par le groupe Bolloré (Socatraf) qui sera en péril. Aussi l’alerte rouge a-t-elle été déclenchée à Paris ».

25. « Je l’ai dit à l’ambassadeur : la responsabilité de cet incident incombe à la partie française. Suite à cette histoire, les instructeurs détachés par Paris au sein de ma garde rapprochée ont été rappelés. Tout cela me paraît bien disproportionné et, pourquoi ne pas le dire, vexatoire. Savez-vous que, dans les quartiers, certains exigeaient déjà que je rompe les relations avec la France ? Heureusement que je sais raison garder », op. cit.

26. Cf. par exemple, Junior Ouattara, « Centrafrique : Les Mirage français soutiennent la contre-offensive de l’armée », Marchés tropicaux & méditerranéens, 8 décembre 2006, p. 22

Vous appréciez ce site ?
Aidez-nous à en maintenir sa gratuité
Abonnez-vous ou faites un don
Qui sommes-nous ? |  Contact | Abonnement | Design et codage © Orta