Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 532-533 novembre-décembre 2007 *

NOTES DE LECTURE

Les fusillés de Châteaubriant

Cf. aussi : [Fascisme] [Jean-Michel Krivine]

Jean-Michel Krivine

"En expiation de ce crime, j'ai ordonné préalablement de faire fusiller 50 otages. Étant donné la gravité du crime, 50 autres otages seront fusillés au cas où les coupables ne seraient pas arrêtés d'ici le 23 octobre 1941 à minuit"

"En expiation de ce crime, j'ai ordonné préalablement de faire fusiller 50 otages. Étant donné la gravité du crime, 50 autres otages seront fusillés au cas où les coupables ne seraient pas arrêtés d'ici le 23 octobre 1941 à minuit"

Au cours du mois d’octobre le Parti Communiste Français a beaucoup parlé de la fusillade de Châteaubriant qui avait eu lieu le 22 octobre 1941 et surtout du plus jeune fusillé, Guy Môquet, âgé de 17 ans. Le plus incroyable est que celui qui a ouvert le débat n’est autre que le président de la république, Sarkozy, le 16 mai 2007, jour de son investiture. Par la suite l’Elysée a insisté pour que la dernière lettre de Guy Môquet soit lue dans les établissements scolaires. Dans cette lettre, certes émouvante, il se présente simplement comme un patriote victime du nazisme sans la moindre allusion à ses idées communistes. Bien évidemment les enseignants se sont retrouvés partagés quant à la lecture de cette lettre qui déifie un jeune communiste en le présentant comme le symbole du patriotisme et de l’union sacrée sans la moindre allusion à son idéal et à ses combats.

L’Humanité a réservé un nombre impressionnant de pages à son héros et notamment le numéro spécial de l’Humanité Dimanche qui y consacre 32 pages dont deux sont consacrées aux photos des « 26 qui sont tombés avec Guy Môquet ». Ils sont ainsi présentés : « Ces hommes sont communistes et c’est pour cela qu’on va les tuer (…). Ils sont communistes et ont le tort de dire « non », de résister (…). L’histoire de France leur appartient et le général De Gaulle en fera le symbole de la Résistance ».

Les communistes de 1941 étaient militants d’un parti stalinien, or, parmi les 27, deux ne l’étaient plus : Marc Bourhis avait rejoint les trotskistes en 1935 et Pierre Guéguin avait rompu avec le PCF lors du Pacte germano-soviétique de 1939 puis était devenu sympathisant trotskiste. Certes l’Humanité Dimanche montre la photo de leur visage mais elle se contente de mentionner leur activité professionnelle : « Pierre Guéguen : 45 ans, professeur, maire de Concarneau ; Marc Bourhis : 34 ans, marié, un enfant, instituteur à Concarneau ».

C’est tout. Dans les autres pages très nombreuses de l’Humanité quotidienne sur Châteaubriant, pas un mot sur eux.

Dans une brochure de 1954 « Lettres des fusillés de Châteaubriant » éditée par l’Amicale des anciens internés patriotes de Châteaubriant-Voves (contrôlée, bien sûr, par le PCF) on trouve les photos de Bourhis, « professeur, maire de Concarneau », et de Guéguen, « instituteur public ». On se contente de préciser qu’ils furent très courageux mais pas un mot sur leurs opinions politiques.

Pourtant, il y a peu, l’Humanité avait publié un article inattendu et incroyable. Il est trouvable sur Internet ici « Bourhis et l’Humanité ». Il a été publié le 18 octobre 2003 sous le titre « Châteaubriant. Sur les pas de Pierre Guéguin, ancien maire de Concarneau ». On y détaille la vie aussi bien de Guéguin (on peut aussi l’écrire Guéguen) que de Bourhis en précisant bien qu’ils étaient trotskistes. On cite élogieusement un livre à eux consacrés par un auteur breton (1) et on va même jusqu’à en citer des passages mettant en cause les militants communistes : « selon Marc Morlec, Guéguin et Bourhis ont été tenus “à l’écart“ par les autres détenus qui leur battaient froid ».

L’Humanité du 24 mai 2007 se contente de dire que les 27 fusillés étaient tous communistes sauf un, sans autre précision. La tradition continue. Dans les années 1970 la LCR avait mené campagne sans succès pour que le PCF et son Amicale, dirigée par Fernand Grenier, reconnaisse que parmi les 27 il y avait un trotskiste et un opposant au stalinisme.

Pendant et après la guerre les trotskistes bénéficiaient de l’appellation « hitléro-trotskistes » de la part du PCF et de ses journaux, est-ce pour ne pas avoir à se livrer à une pénible autocritique qu’actuellement ils préfèrent le silence ?

Ce silence n’est d’ailleurs pas absolu car la lecture de l’Humanité réserve d’autres surprises au lecteur d’Inprecor. Pour la première fois un numéro de notre revue y est analysé de façon objective dans un article du mardi 23 août intitulé « Voies d’Amérique latine » et qui commence ainsi : « La revue Inprecor est éditée sous la responsabilité de la IVe Internationale ». Suit une analyse du n° de juin-juillet sur l’Amérique latine, en y joignant le coût, le nombre de pages et l’adresse. Il est signé Michel Rogalski, économiste, directeur de la revue Recherches internationales. Qui l’aurait cru il n’y a pas si longtemps ? ■

Notes

1. Marc Morlec, Filets bleus et grèves rouges, Ed. Skol Ureizh (L’Ecole bretonne), Motroules/Morlaix 2003

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