Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 607-608 août-septembre 2014

UKRAINE

La liberté et l’identité sociale dans le Donbass

Cf. aussi : [Ukraine]

Hanna Perekhoda*

© Inprecor/JR

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Le passé – c’est la locomotive, qui tire l’avenir derrière elle. Parfois il arrive que ce passé, de plus, est étranger. Tu vas en arrière et tu ne vois que ce qui a déjà disparu. Et pour descendre du train, il faut un billet. Tu le tiens dans tes mains. Mais à qui vas-tu le montrer ? Victor Pelevin, La flèche jaune

Le 29 juin 2014

Je suis née à Donetsk dans une famille où il y avait deux diplômes posés sur l’étagère : un de constructeur de fours industriels, un d’artiste. Les titulaires de ces diplômes ont désespérément essayé de construire leur bonheur sur les ruines d’un communisme non réalisé. Mais ce qui semblait être des solutions temporaires s’est transformé en professions permanentes et, maintenant, mon père est un chauffeur de taxi avec des années d’expérience et ma mère vend des fleurs depuis déjà quinze ans. La recherche du bonheur fut transférée sur moi durant toutes ces années. Les salaires ont été économisés, j’ai étudié les langues étrangères, terminé le lycée, et je suis partie à l’université de Kiev, puis en Europe pour étudier. Dans mon exil choisi, il est temps de réfléchir à d’où je viens et comment vivre avec ça.

Le Donbass, où j’ai vécu pendant dix-huit ans et où restent mes amis et ma famille, a fait les frais de l’hystérie collective de la société post-soviétique. Et donc je teste sur moi toutes les conséquences du conflit qui a éclaté dans mon pays et qui fait rage dans les âmes de beaucoup de mes compatriotes. Tenter d’analyser ce qui s’est passé c’est, pour moi, avant tout une façon de me comprendre, de comprendre cette fragile construction faite de souvenirs, de désirs et d’idées, qui menace de s’écrouler à chaque nouvelle vague d’émotions.

Dans les moments les plus difficiles de dépression et de réflexion, je me souviens ce que l’écrivain Amin Maalouf a écrit à ce sujet dans son essai « les Identités meurtrières » : « L’identité ne se compartimente pas, elle ne se répartit ni par moitiés, ni par tiers, ni par plages cloisonnées. Je n’ai pas plusieurs identités, j’en ai une seule, faite de tous les éléments qui l’ont façonnée, selon un "dosage" particulier qui n’est jamais le même d’une personne à l’autre. » Néanmoins, j’ai des problèmes avec mon identité – trouver en elle des avantages et des aspects positifs est une question de survie et de santé mentale.

Aujourd’hui, il semble que la ligne de démarcation entre l’absurdité et la réalité est insignifiante, que de toute évidence, elle a disparu pour une longue période, qu’il faut concentrer toute son énergie mentale seulement pour comprendre les raisons de ce qui s’est passé. Par exemple, pourquoi le mouvement séparatiste, une idée marginale dans l’est du pays, est devenu la cause d’un conflit politique et militaire qui a rivé l’attention du monde pendant plusieurs mois ? Pourquoi la ligne de feu suit les frontières des régions de Donetsk et Lougansk ? Cette ligne sépare quoi exactement ? La Russie et l’Ukraine ? L’Asie et l’Europe ? L’Union soviétique et l’Ouest capitaliste ? Les meilleurs esprits (et pas seulement les meilleurs) spéculent vigoureusement et presque en vain sur ces questions, jour après jour, dans différents pays, en particulier en Ukraine, dont la situation a tourné de manière complètement inattendue. Je ne vais pas cacher, que pour moi et pour toutes les personnes que je connais à Donetsk, ce fut une surprise.

Donetsk est une ville qui a toujours vécu confortablement sans aucune identité nationale. C’est une ville d’immigrants, d’anciens prisonniers, et d’un prolétariat paupérisé, ne possédant rien d’autre que la force de ses bras. Son centre n’a jamais été une église ou une mairie et le plan de la ville n’a pas pendant longtemps prévu une place publique pour les assemblées ou les célébrations. Le cœur de Donetsk c’était l’usine, quelque chose de terrible, dangereux et imprévisible, et en même temps nécessaire, généreux et paternel. L’usine et la mine ont joué le rôle des idoles et des tabous : ils donnaient la vie et avaient le droit de la reprendre.

Avant tout, sa propre définition était fondée essentiellement sur le principe de la « propriété privée », qui divise clairement la ville prolétarisée et les villages koulaks, bien avant que ces concepts n’aient été utilisés comme armes par les bolcheviks. En tant que contraire absolu des citadins – sur le plan psychologique, culturel et économique – les paysans parlaient ukrainien. Peu de gens savent aujourd’hui – et généralement ils nient ce fait – que les gens qui ont habité cette région parlaient ukrainien. Les raisons de ce trou de mémoire se trouvent en grande partie dans la politique de collectivisation, du « vertige des succès », et dans la famine de 1932-1933. Mon arrière-grand-mère, qui vivait dans le village de Chicherino dans la région de Donetsk, est l’une des trois survivantes d’une famille de onze enfants. Elle avait déjà quatre-vingt-dix ans, quand, pour la première fois elle a parlé de ce qu’elle avait vécu, à ceux qui étaient déjà ses petits-enfants et ses arrière-petits-enfants. Elle ne l’a fait que lorsqu’elle a été certaine que la faucille et le marteau avaient été retirés de l’immeuble du conseil du village pour de bon et lorsque le drapeau jaune et bleu y flottait depuis plusieurs années. Elle a parlé d’exécutions et de cannibalisme, terminant son histoire avec la phrase : « Si seulement Staline avait été informé… »

Selon ceux dont les enfants et les parents sont morts de faim, rien de tout cela ne serait arrivé si Staline l’avait su. Il est assez effrayant de réaliser que ce sont les régions qui ont été les plus touchées par la famine artificielle qui nient ce crime avec le plus de rage. Je ne suis pas prête à soutenir les politiciens ukrainiens qui prétendent qu’il s’agissait d’un génocide du peuple ukrainien. Les gens qui parlaient ukrainien à l’époque ne se considéraient pas toujours comme une nation, mais ils se sentaient maîtres de leur terre et ils ont tenu jusqu’au dernier. La famille de ma grand-mère a souffert non pas parce qu’elle parlait ukrainien, mais parce qu’elle ne voulait pas renoncer à son lopin de terre noire ni à sa vache. Et sur cette terre brûlée, il était plus facile de nourrir l’homme « soviétique » nouveau, et il n’était pas difficile de convaincre mon grand-père de parler russe et d’avoir honte de sa mère non instruite, qui babillait un dialecte étranger à ce grand pays.

Je suis née dans une famille russophone, mais je suis allée dans une école de langue ukrainienne (alors l’une des quinze dans une ville d’un million de personnes) seulement parce qu’elle était près de la maison. Je ne cesse de remercier le ciel que mes enseignants aient été des gens avec des « identités doubles », qui nous ont donné la capacité de penser de façon critique et d’essayer différents « costumes nationaux ». Grâce à nos leçons d’histoire, Bandera n’est pour moi ni un gros mot ni une étoile indiquant la voie. Je n’ai jamais été confrontée à la question du choix des héros ni des idéaux, parce que je sentais que mon avenir ne devait pas et ne dépendait pas de l’histoire de mon pays. Et la question du pays n’a jamais été posée. J’ai toujours aimé la Russie « que nous avons perdue », tandis que la Russie contemporaine inspirait plus la pitié et le dégoût, me faisant même essayer la blouse brodée ukrainienne, telle « une sorte de démocratie terne », car elle était quand même plus proche de moi.

Alors que je portais blouses brodées, parlant russe à Lviv, apprenant le français à Kiev et insistant sur mes racines prolétariennes, entourée d’étudiants européens, la vie a continué son propre chemin dans le Donbass. Quand la révolution a commencé en Ukraine, j’ai reconstruit une fois de plus activement mon identité, rassemblant les citoyens pour manifester devant le siège de l’ONU à Genève, faisant des discours enflammés sur mon amour pour l’Ukraine, me sentant utile… et aussi coupable face à ceux qui risquaient leur vie pour notre pays.

Puis un jour, mes amis de Donetsk m’ont envoyé une vidéo. Sur l’avenue Ilitch, où je suis née et où j’ai vécu plus d’une étape de socialisation, avance une colonne de quelques centaines de personnes avec des drapeaux étrangers, en criant le nom d’un pays étranger. Une femme à l’arrêt de bus affiche ostensiblement son passeport ukrainien, que les manifestants lui arrachent violemment en l’insultant. Je peux utiliser des faits nus, des sondages et d’autres données pour analyser pourquoi cela s’est produit, mais je ne peux pas m’imaginer que cela se passe dans ma rue.

Ce qui m’a le plus surprise, en tant que native de Donetsk, c’est la demande des régions de leur accorder plus de pouvoirs économiques et culturels. Pendant de nombreuses années, si l’on ne tient pas compte des administrations Kravchuk et Iouchtchenko, le Donbass a reçu des subventions sans précédent, car c’étaient les clans de Donetsk et Dnipropetrovsk qui exerçaient le pouvoir. Mais les autorités locales, qui scandaient inlassablement le mantra que l’argent du Donbass allait nourrir les oisifs à Lviv et Kiev, ont empoché l’argent. L’économie de la région était totalement contrôlée par les autorités locales. Question : quels pouvoirs supplémentaires pourrait-on encore accorder et à qui ? À ces mêmes « autorités locales » qui depuis vingt-trois ans, travaillant comme des chiens, « ont soulevé le Donbass de ses genoux » ?

Ils disent que chaque région doit décider quelle langue parler et quels héros honorer. Mais afin de décentraliser un beau jour, il serait d’abord nécessaire de centraliser le pays autour d’un concept culturel commun. Les plaintes concernant l’ukrainisation excessive de la région non seulement ne correspondent pas à la réalité, mais la contredisent. La langue ukrainienne est dans cette ville plus exotique que l’arabe, je n’ai jamais entendu personne parler ukrainien dans les rues de Donetsk. Pas un journal n’a été publié dans cette langue et les stations de télévision locales n’ont pas diffusé en ukrainien. Pour trouver les livres dont j’avais besoin sur la littérature ukrainienne, j’ai dû les commander à Kiev. La dernière étape de dé-ukrainisation consistait à décrocher des bâtiments gouvernementaux les drapeaux ukrainiens, seuls signes de la présence de l’Ukraine dans ces terres orientales. C’est à cette étape de dé-ukrainisation que les masses populaires ont été mobilisées.

Le projet ukrainien a échoué parce que pendant vingt-trois ans on n’a pas réussi à ce que le Donbass devienne une partie de l’Ukraine. On n’a trouvé aucune idée unificatrice fondée sur une vision d’un avenir commun, plutôt que sur l’héritage historique, sur l’identité ethnique et linguistique. Alors l’Ukraine a vécu son histoire de la lutte pour la liberté, héroïque et tragique, tandis que le Donbass a été abandonné aux rêves d’un retour à l’Union soviétique.

Le projet de création d’un « peuple soviétique » a été un succès dans le Donbass, et maintenant l’heure est venue d’en récolter les fruits. Il n’est pas nécessaire de prendre au sérieux le fait que la « junte de Kiev » y est conjurée simultanément avec deux icones – celle de Staline et celle du Christ. Ce ne sont que des symboles, des talismans, des amulettes, un vernis. Les gens dans le Donbass sont motivés par le désir sincère d’obéir à quelqu’un qui peut incarner l’image du « père » (ou batya, dans le langage courant).

D’où vient ce désir d’une main de fer ? De plus en plus, les journalistes fournissent une explication simple : c’est parce que mentalement, physiologiquement et presque génétiquement, ils sont des esclaves, des sovoks (homo sovieticus), qu’ils sont irrationnels et en plus incultes. Je trouve ces explications inacceptables. Ils rendent cet écart presque biologiquement insurmontable, et condamnent à l’avance toute tentative de trouver un terrain d’entente.

Tout d’abord, il est utile de rappeler cette société n’avait aucune expérience de construction de liens sociaux horizontaux. Cette chance a été donnée en 1991, mais les clans criminels l’ont rapidement étouffée, ont saisi le bâton de la « main de fer », laissant tomber le bien-être social, abandonnant le peuple travailleur à son désespoir.

Un pouvoir qui ne contrôle rien, mais qui rend responsables les citoyens de tous ses échecs, c’est un pouvoir faible. Par exemple, pour beaucoup de gens à Donetsk la démocratie c’est un pouvoir faible et inefficace. Pourquoi les offices de logement ne fonctionnent-ils pas, pourquoi n’y a-t-il pas d’ampoules dans les cages d’escalier ? Parce que « partout seule la démocratie et la liberté se multiplient », pensent-ils. À quoi sert une telle liberté à des hommes soviétiques habitués à l’ordre ? La liberté est apparue inutile, car elle a été comprise comme la liberté de faire tout ce que tu veux et de survivre comme tu peux.

Je n’ai pris conscience des incohérences d’une telle conception de la liberté qu’en expérimentant la vie dans un pays européen. J’ai eu une fois à expliquer à un camarade occidental le dilemme éternel de notre société : est-ce l’ordre ou la liberté qui est plus important. Cette réflexion lui parut comme datant du Moyen ge, parce que pour beaucoup d’Européens, il est évident que la liberté de chaque citoyen est la seule garantie de l’ordre. La liberté de choix et la démocratie sont les mécanismes qui permettent à la société de contrôler ceux qu’elle a choisis pour diriger.

Il semble que le Donbass a vécu jusqu’en 1991 et qu’ensuite il n’a fait que survivre ressemblant à un malade en phase terminale. Non seulement les salaires élevés ont disparu avec la prospérité, mais aussi le sens de la vie, qui avait été fondée sur la croyance en des slogans sur la contribution inestimable des mineurs et des travailleurs pour la construction de l’avenir communiste radieux. Et puis tout a disparu : les privilèges, la confiance en l’avenir et la fierté dans son travail. La pauvreté est facile à manipuler, et ceux qui ont déclaré à chaque occasion que « le Donbass nourrit l’Ukraine » et qu’il « ne pouvait pas être mis à genoux » se sont assuré un avenir confortable au détriment de la population de la région, qui vit en dessous du seuil de la pauvreté.

Au cours de ces vingt et quelques années, les gens du Donbass nés dans l’Union soviétique ont vécu dans la nostalgie, se souvenant seulement des bons choses. Ma mère a souvent rappelé combien le lait quotidien de l’école maternelle était délicieux et comment elle avait été bien payée pour des fresques représentant les athlètes et les cosmonautes sur les murs de la Maison des Jeunes Pionniers à Marioupol. Même les files d’attente pour les ensembles de vaisselle et les tapis, puis pour les saucisses et le pain, étaient remémorés comme quelque chose de lumineux, comme un symbole de l’unité du peuple au milieu de son malheur. Après tout, presque tout le monde était dans les files d’attente pour la saucisse, et ceux qui n’avaient pas besoin de faire la queue évitaient d’étaler leur richesse.

Les gens ne cherchent pas des politiciens qui leur disent des vérités incommodes. Et la vérité c’est que l’industrie du charbon est depuis longtemps un puits sans fonds, déficitaire, qu’il faut modifier toute la structure industrielle du Donbass, qu’il faut commencer sa transformation, qu’il n’y a pas d’autres solutions. Il n’est pas difficile de deviner que la population préfère être volée, mais consolée. Dans son anti-utopie 1984, Orwell a écrit : « [Winston] prévoyait ce que dirait O’Brien. Que le Parti [...] cherchait le pouvoir parce que, dans l’ensemble, les hommes étaient des créatures frêles et lâches qui ne pouvaient endurer la liberté ni faire face à la vérité, et doivent être dirigés et systématiquement trompés par ceux qui étaient plus forts qu’eux ; que l’espèce humaine avait le choix entre la liberté et le bonheur et que le bonheur valait mieux. » Peut-être que ceux qui sont nés dans le Donbass peuvent ressentir pleinement le sens de ces lignes.

La rhétorique de l’ère soviétique revint assez rapidement. Tandis que le niveau de vie augmentait très lentement, la population se contentait plutôt du mythe de la bonne vie. Mes voisins de palier parlaient avec fierté du joli stade que Rinat Akhmetov (l’oligarque et « patron » du Donbass) avait construit et se félicitaient que le championnat d’Europe du football se tienne dans notre ville. Ils étaient vraiment heureux, alors qu’ils n’avaient aucun moyen d’acheter un billet pour l’un des matchs et n’avaient aucune idée de qui avait payé la construction de stades qu’ils ne pouvaient que regarder de loin.

Toutes les forces politiques de renom dans le Donbass promettaient obstinément une chose : l’union avec la Russie. Personne n’osait promettre un retour à l’Union soviétique, mais les descriptions de la Russie étaient des copies exactes d’un paysage du paradis soviétique perdu. Dans cette Russie fantasmatique, tous étaient égaux, aimaient la patrie et le chef suprême, méprisaient l’Occident pourri, allaient à l’église orthodoxe du Patriarcat de Moscou (le vrai patriarcat). Mais, le plus important, tout était stable en Russie, il y avait une vie normale sans chocs et sans tracas inutiles. Bien sûr, il y a là aussi des parasites, qui se moquent du pouvoir et de l’église, exigent quelque liberté, mais ils sont, Dieu merci, rapidement isolés de la société normale et saine.

Des citoyens honnêtes ont naïvement cru à ce fantasme d’Union soviétique. Ils ont pris la flagrante moquerie pour sa valeur nominale et l’ont élevée sur un piédestal comme une idée nationale. Cet amalgame incroyablement grotesque du tsarisme, du stalinisme, du national-bolchevisme, de l’eurasisme, du culte de la Victoire et de l’orthodoxie a été couronné avec le nom de Poutine, qui a trahi (ensuite) la foi sincère du peuple de Donetsk.

Reste une masse de questions. Tout d’abord : comment ces gens trompés pourront continuer à vivre, si les promesses du monde russe répétées pendant vingt ans se révèlent fausses ? Deuxièmement : comment ceux qui n’ont jamais cru en ces contes de fée pourront vivre avec eux ? Comment puis-je retourner dans ma ville natale ? Après tout, ceux qui ont mon âge et qui, parfois, m’attendaient devant l’entrée de mon immeuble pour se divertir en me faisant peur ou en m’insultant, maintenant portent des mitrailleuses et s’amusent comme des adultes. Qui sait quand je vais obtenir des réponses à mes questions, quand je pourrais vivre à la maison et ne plus voyager à la recherche d’hôtes bienveillants, prêts à m’accueillir. Qui sait quand mes parents retrouveront du travail dans Donetsk vidé, où personne ne prend un taxi de nos jours et où on n’achète plus de fleurs que pour les enterrements.

Pour nous l’identité a un prix élevé. Des milliers de personnes ont été tuées, aussi pour que tous ceux qui sont russophones puissent dire avec confiance : « Nous, Ukrainiens », non pas parce qu’ils parlent l’ukrainien, mais parce qu’ils veulent être libres. L’être humain n’est pas libre s’il ne veut pas connaître la vérité et qu’il se sent à l’aise dans l’ignorance. Ceux qui commencent à penser deviennent libres. C’est pourquoi je veux que l’Ukraine devienne libre dans la recherche de la vérité, qui fait souvent mal aux yeux, mais nettoie l’âme.  ■

* Hanna Perekhoda, originaire de Donetsk, est étudiante à l’Université de Lausanne. Cet article a d’abord été publié par le site web russe Otkritaya levaya (Gauche ouverte : http://openleft.ru). Otkritaya levaya présente sa publication en ces termes : « Nous publions la lettre de notre lectrice, qui est née à Donetsk. Sa réflexion sur les événements ukrainiens et, surtout, sur ce qui se passe dans le Donbass, est construite autour de la question de l’identité – soviétique, russe, ukrainienne. Elle se semande si une idée culturelle commune pourrait unir les régions de l’Ukraine et si ces régions ont besoin de plus d’indépendance ? Bien qu’une telle conception du rôle de l’identité en tant qu’instrument principal pour expliquer les processus sociaux en cours en Ukraine puisse paraître discutable, nous pensons qu’il est important de publier ce texte. » .(Traduit du russe par JM)

Notes

1. Bandera était l’un chefs de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne qui s’est battue à partir de 1942 pour l’indépendance de l’Ukraine (contre l’Allemagne nazie, l’URSS et la Pologne).

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