Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Document

N° 631-632 septembre-novembre 2016

COLOMBIE

Le peuple en marche tisse une paix digne

Déclaration de la Marche de la Paix*

* Nous reproduisons ici une déclaration de la gauche radicale et des mouvements sociaux, dont font partie nos camarades du Mouvement écosocialiste de Colombie, qui a organisé une Marche de la paix de Santander de Quilichao à Corinto (département du Cauca), et tenu une assemblée les 5-6 septembre 2016.

Nous, Colombiens et Colombiennes, réunis ce 6 septembre 2015, avec notre diversité de couleurs, de voix et d’espoirs, nous – paysans, indigènes, afrocolombiens, communautés universitaires et organisations de résistance urbaines contre l’ajustement néolibéral et rurales contre le contrôle de nos territoires par les multinationales –en soulignant le rôle historique des femmes dans la résistance et la construction de la paix, nous avons décidé de soutenir le OUI dans le référendum du 2 octobre sur les accords de La Havane.

Un Oui qui devrait servir de point de départ pour la construction et la mise en œuvre d’un agenda social alternatif commun en défense de la vie, de la nature et des droits de toutes et tous.

Synthèse et articles Inprecor

Nous exigeons :

• La défense de la vie, de la Terre-mère et de ses droits en tant que sujet vivant, par une réforme agraire réelle qui permettra de déconcentrer la propriété de la terre pour récupérer la diversité sociale et naturelle de notre pays, en construisant les territorialités alternatives fondées sur l’autonomie des communautés :

– En garantissant la souveraineté alimentaire et la promotion des marchés alternatifs entre les campagnes et les villes ;

– En impulsant l’agroécologie en tant que base d’une planification territoriale et sociale alternative ;

– En rejetant la marchandisation de la Terre-mère qui se fait à travers les OGM, les monocultures, l’extraction minière légale et illégale de l’énergie et l’empoisonnement massif de la Terre ;

– En s’opposant à la privatisation de l’eau qui est un bien commun et la source de la vie ;

– En recherchant des alternatives soutenables à l’élevage, parce qu’il utilise de vastes étendues improductives qui pourraient être utilisées pour la production des aliments et la souveraineté alimentaire ;

– En créant un Fonds énergétique alternatif financé par le budget public pour commencer la transition vers la production d’énergies autres que les hydrocarbures et celles proposées par le capitalisme vert, et dont la production doit être concertée, définie et appropriée par les communautés ;

– En appelant les peuples du monde à combattre le modèle agro-industriel, les marchés verts et l’exploitation des hydrocarbures qui produisent le changement climatique et mettent en danger l’avenir de notre planète et donc la vie ;

– En définissant une politique de substitution des cultures de la coca, de la marijuana et du pavot, tenant compte du fait que les peuples ethniques en font un usage traditionnel, culturel, pharmaceutique, économique et ancestral. Par conséquent nous nous opposons à la vente du glyphosate (1) et des autres herbicides, qui tuent la vie et détruisent les communautés, influent sur le débat concernant la politique internationale contre les drogues ;

– En reconnaissant constitutionnellement et juridiquement la paysannerie en tant que sujet politique de la loi pour élargir et renforcer la territorialité rurale ;

– En abrogeant les règlements qui défavorisent la commercialisation des produits des petits agriculteurs et favorisent les grandes entreprises et commerces;

– En sauvegardant et en protégeant les semences autochtones et les savoirs historiques traditionnels dans la production agricole ;

– En éliminant la pauvreté dans les campagnes et dans les villes ;

– En annulant les dettes contractées par les agriculteurs petits et moyens à des taux d’intérêt usuraires dans le système financier ;

– En unifiant les communautés ethniques, les paysans et les travailleurs agricoles en vertu du principe de la solidarité pour renforcer les revendications des populations rurales et parvenir à une ruralité alternative.

• La paix est un principe de la vie des peuples et on l’atteint par les mesures suivantes :

– Démilitarisation de la vie politique nationale et pacification des territoires pour que soit respectée l’autonomie des communautés et des peuples ethniques, avec leurs propres autorités, et que soit reconnu le contrôle territorial exercé par les gardes indigènes, cimarrones (2) et paysannes ;

– Élimination de la doctrine de sécurité des forces armées et de la police dans son rôle de répression des luttes sociales. Dissolution des unités mobiles anti-émeute et liquidation des bases militaires étrangères ;

– Le rôle de l’armée doit se limiter à la défense des frontières, comme le stipule la Constitution ;

– Démantèlement des Bacrim (3) et des groupes paramilitaires qui continuent à opérer sur des territoires.

– Respect et garanties données aux organisations syndicales, sociales et communautaires à la campagne et dans les villes ;

– Conception d’une politique publique rendant possible la réintégration dans leurs territoires et dans des conditions de vie dignes des paysans et des communautés ethniques déplacées par la guerre.

• La paix doit garantir un système de vérité, la justice, les réparations pour les victimes et leur dignité, y compris les animaux et la nature détruits à la fois par le conflit armé et par un développement économique :

– Réalisation d’un mémorial historique afin de recueillir les témoignages de victimes dans diverses régions du pays ;

– Traduire en justice et sanctionner ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité ;

– Traduire en justice et sanctionner les entreprises nationales et étrangères, les latifundistes et les particuliers qui ont financé la guerre et en ont profité.

• Respect et reconnaissance devant la justice des peuples ethniques par les signataires des accords de La Havane :

– Définition d’un mécanisme de concertation entre les communautés ethniques et le gouvernement pour appliquer la loi statutaire qui définit les compétences de la juridiction indigène spéciale, de la justice ordinaire et de la justice spéciale pour la paix ;

– Inclusion des membres des peuples ethniques au Tribunal pour la paix ;

– Intégration des communautés ethniques dans la définition des politiques de vérité, de justice et de rétablissement de leurs territoires, pour une politique nationale globale qui restitue leur dignité aux victimes du conflit armé ;

– Arrêt de la criminalisation de la résistance sociale et environnementale et de ses dirigeant-e-s ;

– Reconnaissance et respect des droits des victimes du conflit armé et de son impact sur les peuples ethniques, particulièrement sur les femmes.

Nous exigeons que les signataires de « l’accord final pour la fin du conflit armé et la construction d’une paix stable et durable » honorent leurs promesses dans le processus de mise en œuvre qui suivra cet accord, en respectant le chapitre ethnique en tant que partie intégrante et jamais au détriment des droits inscrits dans la Constitution.

Nous profitons de cette occasion pour lancer un appel à construire un réseau social populaire qui élaborera un programme politique alternatif pour le pays et renforcera la relation entre la campagne et la ville. Nous nous adressons aux mouvements de la jeunesse urbaine, écologistes, LGBTI, aux défenseurs de la santé, de l’enseignement et du logement décent, aux défenseurs des droits humains, des droits des animaux, aux syndicats et à tous les travailleurs, aux communautés universitaires : articulons ensemble notre objectif commun.

Signataires : Autorités traditionnelles du nord du Cauca ; Conseil régional interethnique et interculturel du nord du Cauca (qui comprend : Chxab Wala Kiwe - ACIN, Association des conseils communautaires du nord du Cauca - ACONC, ANUC) ; Javier Giraldo Moreno (prêtre jésuite et défenseur des droits humains) ; Mouvement écosocialiste de Colombie ; Mouvement socio-politique E-24 ; Programme social alternatif de Cali ; Asoquimbo de Huila ; Rios vivos de Huila ; Censat agua viva ; Corporation de semenciers de Colombie ; Instituto Major Campesina (IMCA) du Valle del Cauca ; Collectif culturel et artistique Coca - Université du district de Bogota ; Groupe jeune Boycott – Meta ; Collectif Sembralina - Bogota ; Tissage de la conscience environnementale – Bogota ; Groupe d’études de l’économie digne (GEED) Université nationale ; Centre intégral d’éducation environnementale (CIEA) Sevilla,Valle del Cauca ; Mouvement citoyen pour la défense du territoire d’El Pital -– Huila ; Colectivo cacica Yaguilga, el Pital – Huila ; Collectif anticapitaliste, université du Tolima à Ibagué ; Association des éducateurs du Valle del Cauca - Asieve ; Fédération de libération animale de Colombie, Fondation Tiempo de Alegria y Fe (FUNTAF) Valle del Cauca, Fondation unie afrocolombienne (FUA) Valle del Cauca (4).

Les personnes et les organisations voulant signer ce document peuvent le faire en prenant contact avec une des adresses électroniques : , , , .

Notes

1. Le glyphosate est utilisé en Colombie dans le cadre du Plan Colombie étatsunien pour détruire les champs de coca, détruisant ainsi des milliers d’hectares de la forêt tropicale. Il est vendu par Monsanto sous le nom de Roundup.

2. Les Cimarrones sont un peuple d’esclaves qui a été le premier en Amérique du Sud à se libérer à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle. Dans le département de Bolivar, en Colombie, la Guardia cimarrona assure la sécurité et l’éducation populaire dans la ville de San Basilio de Palanque.

3. Les Bandes criminelles émergentes, dites Bacrim, sont des milices d’extrême droite, parfois liées aux mafias de narcotrafiquants, apparues à la suite des Autodéfenses unies de Colombie (AUC) lorsque le gouvernement Uribe a signé un accord de démobilisation avec AUC. Ces bandes armées contrôlent certains territoires et parfois luttent entre elles. En 2010 le nombre de leurs membres était estimé à 6 000. Le gouvernement Uribe et le gouvernement Santos refusent de la qualifier de paramilitaires, disant qu’ils n’ont plus de liens avec les forces armées.

4. La Colombie est divisée en 32 départements. 7 sont représentés ici : Cauca, Huila, Meta, Tolima,Valle del Cauca, et le District fédéral Bogota.

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