Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 532-533 novembre-décembre 2007 *

LECTURES

Ne me libère pas, je m’en charge

Cf. aussi : [Théâtre]

Didier Epsztajn

Olivier Neveux, Théâtres en lutte, Le théâtre militant en France des années 1960 à aujourd’hui, La Découverte 2007, Paris, 321 pages 23 euros.

En référence aux travaux d’Erwin Piscator, de Bertolt Brecht et des troupes d’agit-prop soviétiques, Olivier Neveux nous présente les diversités du théâtre militant depuis les années soixante.

L’auteur détaille et explique les choix politiques et esthétiques, entre autres, d’Armand Gatti, d’Augusto Boal, d’Alain Badiou, d’André Benedetto et de nombreux collectifs. Il revient sur un aspect méconnu d’un pan de l’histoire, le théâtre politique de l’après guerre avec Sartre, Brecht et Vilar, le théâtre et la décolonisation, les dramaturgies autour de la lutte de libération du Vietnam.

L’étude du mai théâtral est précédée d’une présentation du théâtre radical américain et de réflexions sur la crise de la culture.

Dans les années 1970, des luttes ouvrières et sociales ont été accompagnées de tentatives multiples d’expressions collectives engagées. De la contestation de la représentation théâtrale à un autre théâtre possible, la volonté de dénaturaliser les représentations a donné lieu à de nombreuses expériences et débats.

Subjectivement, j’ai préféré les parties du volume consacrées au rire politique et Dario Fo à la figure de l’opprimé chez Augusto Boal et à Armand Gatti.

Je reste plus dubitatif à une certaine volonté classificatoire et discriminante de l’auteur, références aux « dramaturgies marxistes » d’André Benedetto ou de la même manière lorsqu’il parle aussi de « théâtre anarchiste » ou de « théâtre marxiste-léniniste ».

Dans certains cadres, le théâtre peut participer au dévoilement des réalités, mais il nous faut être attentif à la distinction entre les missions que se donnent les praticiens et les impacts des « artifices théâtraux» ou des productions effectives.

Je partage l’idée de l’auteur que l’on ne peut s’abriter aux généralités du manifeste de Breton et Trotsky insistant sur « toute licence en art », il nous faut donc aussi nous confronter aux débats esthétiques.

Toujours est-il que ce livre est indispensable tant pour la connaissance des années évoquées que pour tout un pan de l’activité théâtrale. Il devrait inciter les un-e-s et les autres à lire les différents auteurs cités. De plus gageons qu’un renouveau des luttes sociales entraînera des interrogations sur les possibles représentations de la colère, des injustices et de l’espérance.

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