Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 651-652 mai-juin 2018

CUBA

Notes pour un bilan de dix ans de réformes

Cf. aussi : [Cuba]

Ariel Dacal Díaz*

I. Depuis qu’à la fin de 2007, Raúl Castro a appelé à un large débat national, dix années se sont écoulées. C’était une sorte de « catharsis sociale » de tous les problèmes du pays. Ce fait peut être marqué comme le début d’un processus de transformation qui a touché tous les espaces de la vie économique, politique, sociale et subjective à Cuba.

Au cours de cette décennie, deux variables importantes ont été clarifiées :

Synthèse

1) quels changements seraient entrepris dans l’ordre économique et social, et

2) quelle serait la conception du socialisme mise en pratique.

Ces données permettent de placer l’analyse sur les réformes non pas dans l’éther des hypothèses, mais dans le concret des résultats, en mettant l’accent sur les modifications structurelles et conceptuelles, les contradictions et les complexités qu’elles impliquent, ainsi que leurs perspectives.

S’il est exact que toute modification d’une partie du système affecte l’intégralité de celui-ci, il reste à clarifier une autre variable importante : le cadre politique et juridique de la relation entre les acteurs socio-économiques anciens et nouveaux. Ces ajustements, qui devaient faire partie d’un processus de réforme constitutionnelle allaient établir un nouveau contrat social à Cuba.

En février 2008, en prenant le poste de président des Conseils d’État et des ministres, Raúl Castro a présenté ce qui peut être considéré comme les « lignes maîtresses » des « mises à jour » qui seraient entreprises sur l’île :

• Ratifier que le Parti communiste de Cuba (PCC) est le garant de l’unité de la nation et l’héritier de la direction historique de la Révolution. Il y ajoutait la condition que « si le peuple est fermement uni autour d’un parti unique, ce dernier doit être plus démocratique que tout autre, et avec lui la société dans son ensemble ».

• Développer les processus de débats au sein de la société, car « le soutien massif à la Révolution nous demande de nous questionner sur ce que nous faisons pour l’améliorer (…) Il n’y a pas lieu de craindre des divergences dans une société comme la nôtre. (…) De l’échange profond des opinions divergentes naissent les meilleures solutions, s’il est canalisé par des propositions sérieuses et avec responsabilité ».

• Rendre plus efficace la gestion gouvernementale. Il faut « une structure plus compacte et fonctionnelle, avec moins d’organismes de l’administration centrale de l’État et une meilleure répartition des fonctions qu’ils remplissent ».

• Renforcer l’économie en tant que « prémisse incontournable » pour progresser dans tout autre domaine de la société. « Le travail productif est la seule source de richesse de la société ». Il faut « bien planifier » sans « dépenser plus que nous avons (…) pour trouver les mécanismes et les moyens d’éliminer tout obstacle au développement des forces productives et exploiter les importants potentiels que sont l’épargne et la bonne organisation du travail ».

• Satisfaire, en priorité, « les besoins fondamentaux de la population, tant matériels que spirituels, en partant du renforcement soutenu de l’économie nationale et de sa base productive ».

Deux quinquennats plus tard, ces lignes ont été ainsi concrétisées :

• Réorganisation des processus de production, de distribution, d’échanges et de consommation. Cela inclut l’extension du système de gestion de la propriété et la diversification des sujets économiques : propriété socialiste du peuple entier, propriété coopérative, propriété mixte, propriété privée, celle des organisations politiques, de masse, sociales et autres de la société civile. La transition d’une politique de plein-emploi à une expansion du marché du travail. La diminution de la présence de l’État dans la distribution. La norme était de passer de la subvention des produits à l’aide aux personnes. La politique de plein-emploi fut abandonnée. Le rôle du marché dans la distribution des biens et services, dans l’emploi et dans la vie quotidienne a été élargi en se fondant sur le revenu personnel et familial.

• Définition des secteurs stratégiques pour le développement :

1. gouvernement socialiste, efficace, efficient et d’intégration sociale ;

2. transformation productive et insertion internationale ;

3. infrastructures ;

4. potentiel humain, science, technologie et innovation ;

5. ressources naturelles et environnement ;

6. développement humain, équité et justice sociale [Documentos del 7mo, 2017].

• Modification des mécanismes de politique sociale axés sur la vulnérabilité, avec une base solide dans les politiques fiscales. Utilisation efficiente des ressources, orientée vers la stabilité macroéconomique et financière.

• Ajustement du fonctionnement de l’administration centrale de l’État : plus de décentralisation, de clarté et de stabilité dans les fonctions du gouvernement ; renforcement du rôle des municipalités ; meilleure information publique sur la gestion gouvernementale. Élection pour toutes les charges publiques limitée à deux mandats.

• Définition des axes stratégiques du plan de développement national :

1. gouvernement, défense et sécurité intérieure ;

2. environnement et ressources naturelles ;

3. socioculturel ;

4. territorial ;

5. démographie ;

6. infrastructures ;

7. commerce extérieur ;

8. monétaire, financier et fiscal ;

9. potentiel productif, technologique et humain [Documentos del 7mo, 2017].

• Définition du rôle de l’État socialiste comme « garant de l’égalité et de la liberté, de l’indépendance, de la souveraineté, de la participation et du contrôle populaires, du développement du pays » et devant également garantir « l’exercice et la protection des droits et devoirs économiques, sociaux, culturels, civiques, politiques, individuels et collectifs » [Documentos del 7mo, 2017].

• Confirmation du Parti communiste de Cuba (PCC) comme seule instance politico-partisane faisant partie du modèle. Ses organes permanents se réunissent périodiquement. Au cours de cette période deux Congrès ont eu lieu, ainsi que les sessions plénières correspondantes de son Comité central et, pour la première fois, une Conférence nationale a été convoquée. La politique adoptée vise la séparation progressive des fonctions administratives assumées par cette organisation et la concentration de son travail dans le domaine politique/idéologique.

• Modification de la structure productive : la gestion étatique domine avec 70 %. Le « travail pour son propre compte » (employés, employeurs et travailleurs indépendants) s’est accru, atteignant 567 982 personnes (12 % de la population active). Les 420 coopératives non agricoles agréées comptent 112 000 associés et associés. 1 917 000 hectares de terres ont été accordés à 222 000 personnes physiques. On compte plus de 250 sociétés liées au capital étranger (capital étranger à 100 %, entreprises mixtes et contrats d’association économique internationale).

II. Les divers ajustements dans les politiques et les réglementations des nouvelles formes de propriété et de gestion ont entravé la stabilité et le développement de la nouvelle carte structurelle/productive – ce qui génère de l’incertitude chez les acteurs économiques émergents. De plus, les mesures de consolidation, d’expansion et de promotion ont été lentes et aucun calendrier n’a été établi.

En plus de réaffirmer la logique d’un ordre étatique fortement centralisé et bureaucratique, le « Modèle… » semble reposer sur la cohabitation des classes ; il est conceptuellement réduit à une coexistence dans le cadre dominant de la propriété sociale des moyens de production. Une telle compréhension ne tient pas compte des complexités et des contradictions de classe qui se manifestent entre des acteurs économiques divers. C’est une vision économiste qui oublie, tant dans l’analyse conceptuelle que dans la pratique politique, les conflits capital/travail, employeur/employé (privé ou étatique), citoyen/producteur.

Deux phénomènes sont sous-jacents dans ce contexte, malgré la décentralisation de la gestion des entreprises étatiques :

1. Dans les entreprises, on a une logique verticaliste et salariale, les gestionnaires concentrent un plus grand pouvoir de décision dans les processus productifs. L’initiative et la créativité requises des travailleur·es, en tant que propriétaires des moyens de production, sont réduites aux questions techniques et non à des questions organisationnelles ou stratégiques au sein des unités productives [Martín, 2015] ;

2. Dans les rapports de l’entreprise avec l’extérieur, la gestion autoritaire et centralisatrice des entreprises par l’État se matérialise dans des réglementations inadaptées et inefficaces [Torres, 2015].

La démocratisation des rapports de production n’apparaît pas comme une tendance de ce « modèle… ». Son approche fondamentale et sa pratique politique normative ne font pas du travail (les êtres humains produisant directement des biens et des services) la centralité – ce qu’exige l’impératif socialiste afin de socialiser la production et le pouvoir. Par conséquent il ne promeut pas une subjectivité coopérative, complémentaire et solidaire, liée à ces processus politiques/productifs.

Cette tendance est soulignée par le fait que les coopératives font face à des limites plus grandes pour être agréées, ce qui renforce leur caractère exclusivement expérimental. Le « modèle ...» ne mentionne pas la cogestion et l’autogestion comme piliers de la socialisation, ni les diverses formes de l’économie populaire et solidaire qui pourraient pourtant être des concrétisations de la propriété sociale dans les espaces communautaires pour la production de biens et de services.

Synthèse

La « mise à jour » ne concerne pas seulement le modèle économique, mais aussi les relations sociales et leur redimensionnement subjectif, individuel et collectif. À ce propos, des enquêtes psychosociales révèlent que les relations de subordination employeur-employé sont perçues dans de nombreux cas comme une exploitation, dans laquelle l’autorité, l’intelligence et le leadership sont assignées à l’employeur alors que l’obéissance et la soumission le sont à l’employé. Dans le cadre de ces normes subjectives, il y a peu de souhaits de partenariat avec les institutions étatiques, de développement de processus coopératifs ou d’actions en faveur de la responsabilité sociale. Par contre, c’est plus à l’échelle individuelle et familiale que les enquêtés ressentent la participation aux transformations. [Pañellas, 2015]

Un autre aspect des réformes devrait nous alerter : bien qu’il soit indispensable de garantir la soutenabilité économique du projet social cubain et qu’il faille mettre fin à la faible harmonisation de la politique sociale avec l’économie, en pratique la politique sociale a tendance à être subordonnée à l’économique.

En tant que manifestation de cette logique, le problème des inégalités et des exclusions sociales n’est pas abordé avec rigueur. Les mots inégalité et pauvreté ne sont plus utilisés : on parle de population à risque ou vulnérable, de groupe défavorisé, de pauvreté assistée ou protégée, de désavantage social [Valdés, 2013 et Zabala, 2013]. La non-reconnaissance de cette situation empêche le déploiement de politiques sociales ainsi que les transformations économiques qui s’attaqueraient à la pauvreté et la misère existantes.

Par exemple, l’indice de Gini, qui mesure l’inégalité entre 0 et 1, s’élargit à son niveau le plus bas : de 0,24 en 1980 à 0,38 en 2000. Pour 2015, il a été estimé à 0,40. De même, la féminisation, la racialisation et la territorialisation de l’inégalité et de la pauvreté ont augmenté [Espina, 2015].

Des recherches récentes révèlent que « l’ascenseur social » existe pour les hommes blancs, jeunes, disposant de qualifications supérieures et d’origine sociale intellectuelle. De l’autre côté de la médaille se trouvent les femmes, les non-blancs d’origine ouvrière et paysanne, peu éduqués, ce qui indique la transmission générationnelle de l’inégalité [Espina, 2015]. Il faut souligner qu’il y a 33 % de femmes dans le secteur « à son propre compte » [Pérez, 2017] et que la plupart d’entre elles ne sont pas propriétaires, mais salariées, avec des revenus moyens inférieurs aux hommes.

Les piliers d’une telle situation sont, dans l’espace micro-social, le manque ou l’insuffisance des atouts et leur reproduction générationnelle. Au niveau macro, il s’agit de l’incapacité des mécanismes économiques à générer des sources de travail avec une rémunération adéquate, de l’affaiblissement des mécanismes structurels d’inclusion sociale dépendants du fait d’avoir un emploi, comme les allocations et la sécurité sociale.

Tout cela se reflète dans l’expansion du secteur « à son propre compte » et des micro-entreprises, sans qu’il y ait un soutien public adéquat et des incitations pour les publics défavorisés (microcrédits préférentiels, marchés, formation, conseils juridiques et techniques). Cela peut générer de l’emploi dit informel, précaire, qui permet juste de survivre et augmente les niveaux de pauvreté [Espina, 2015]. Cette insuffisance contraste avec le fait que les ressources qui pourraient être utilisées pour promouvoir les initiatives ou les projets restent immobilisées – par exemple les économies de la population déposées dans les banques [Díaz, 2015] –, ou avec les limitations mises au déploiement de projets de coopération internationale.

Dans la pratique, le déficit des sources de financement privées et étatiques (subventions ou aides publiques) n’est que très insuffisamment compensé par la famille, les amis et les Cubains résidant à l’étranger. Le transfert d’argent vers Cuba est estimé à environ 3 milliards de dollars par an, dont environ 50 % sont utilisés comme capital par le secteur non étatique [Rodríguez, 2017].

Une autre nuance de la même question c’est que les politiques de crédit ne visent pas à autonomiser les individus, les groupes et les communautés affectés, ce qui impliquerait de tirer parti du potentiel de la communauté et de la société civile pour faire face à cette réalité. Il convient de mentionner le déploiement de formes d’économie sociale et solidaire, de budgets participatifs et de l’accès direct aux ressources de la coopération internationale.

Dans ce scénario, bien que le salaire moyen dans le secteur public ait augmenté, il ne répond toujours pas aux besoins de base. Alors que sa moyenne est de 740 CUP (peso cubain) – et 824 dans le secteur entrepreneurial [Rodríguez, 2017] – le montant de salaire requis pour satisfaire ces besoins est estimé à plus de 2 000 CUP [Monreal, 23 juin 2017]. La répartition de cette moyenne est inégale : puisque 60 % des salaires sont inférieurs à la moyenne nationale, environ 38 % se situent entre 824 et 2 000 et seulement 1,7 % dépasse ce dernier chiffre [Rodríguez, 2017]. De même, la pension moyenne a augmenté, mais confrontée à la hausse des prix elle ne couvre pas les besoins alimentaires de base.

Dans le cas des travailleurs « à son propre compte » les revenus sont six fois le salaire moyen étatique et l’écart est beaucoup plus grand selon les professions dans ce secteur (Mesa-Lago, 2017). Tant dans l’activité « pour son propre compte » que dans les coopératives, il y a un lien plus étroit entre le revenu et le travail, ce qui stimule la croissance de la productivité.

Il convient d’ajouter que les prix élevés devaient être compensés en 2017 grâce à une subvention budgétaire de 3 740 000 CUP aux produits rationnés, alors que les dépenses sociales s’élevaient à 36 554 000. Ces dernières comprennent les coûts des services de santé, d’éducation, de sécurité et aides sociales, ainsi que les tarifs subventionnés de l’électricité, du gaz, de l’eau, du téléphone et des transports publics [Rodríguez, 2017].

Le système de santé se maintient, grâce au principe d’universalité et de gratuité. Certains indicateurs continuent à progresser (la mortalité infantile est de 4,3 pour 1 000 naissances, le nombre d’habitants pour un dentiste a été réduit de 35 %, la vaccination a été augmentée pour 7 des 11 vaccins). En même temps, l’accès, le nombre d’installations, le personnel et la qualité des services ont diminué. Le nombre d’hôpitaux a diminué de 32 % et celui des polycliniques de 8 %, tous les hôpitaux ruraux et les centres de santé ruraux et urbains ont été fermés en 2011 [Mesa-Lago, 2017]. Cela, alors que le vieillissement de la population exige une augmentation des services, déjà si coûteux.

Le système éducatif, qui a également conservé sa nature universelle et gratuite, a vu diminuer de 39 % le nombre d’inscrits, et le personnel enseignant a été réduit de 13 % – en particulier en milieu rural et pour les ouvriers agricoles [Mesa-Lago, 2017]. On observe également des zones où la qualité de l’enseignement disponible baisse.

Pour remédier à la situation, les salaires ont été augmentés dans le secteur, la réembauche des enseignants retraités a été rendue possible et les conditions d’embauche et d’enseignement ont été révisées. La révision actuelle comprend une « troisième amélioration » du système éducatif, qui vise essentiellement à actualiser les programmes, les textes et les directives méthodologiques ; ainsi que l’organisation du projet éducatif dans chaque école en fonction de son contexte, une plus grande autonomie dans la direction des centres éducatifs et de leur relation avec les environnements familiaux et communautaires.

Bien qu’il soit réaffirmé que l’État garantit des services gratuits de santé et d’éducation, la possibilité a été ouverte de déterminer ponctuellement et centralement « les services pouvant être payants offerts à ceux qui les demandent pour des raisons qui ne répondent pas aux besoins essentiels ou fondamentaux » [Documentos del 7mo, 2017]. Cette ambivalence ouvre de facto les portes à la marchandisation de ces services, à l’élargissement potentiel des inégalités déjà croissantes et ébranle l’un des principaux piliers de la légitimité du socialisme cubain.

L’expansion du marché et de l’activité privée a un impact sur l’inégalité. Il en va de même des salaires et retraites étatiques qui ont « pris du retard » par rapport aux niveaux atteints dans d’autres domaines plus dynamiques : les salaires de l’activité privée, les revenus des travailleurs « pour leur propre compte » et des coopératives, les envois de fonds des émigrés et autres « entrées » (légales et illégales).

Certaines analyses suggèrent que pour avancer dans une discussion sur l’inégalité, il convient d’analyser la distribution primaire de la valeur, celle qui se produit dans le processus de production et qui entérine diverses formes de revenus, notamment les salaires [Monreal, 13 juin 2017]. Le salaire minimum dépend principalement de son équivalence avec le coût du « panier de base ». Il exprime le coût de la « reproduction du travail ». Par conséquent, il ne devrait pas dépendre directement du niveau de productivité existant au niveau social ou dans les branches déterminées où travaillent les ouvriers et les ouvrières. Il ne doit pas être violé par les caprices bureaucratiques [Monreal, 23 juin 2017].

L’analyse des salaires en vigueur reste axée sur l’effet et non sur la cause. Les controverses entre « augmentation du salaire pour augmenter la productivité » et « augmentation de la productivité pour augmenter le salaire », sont des miettes du même pain. Dans les deux cas, ils partent de forces sociales extérieures aux travailleurs, qui gèrent les moyens de production (les bureaucrates) ou en sont les propriétaires (les capitalistes). L’un et l’autre se reproduisent, avec des différences marquées, en réduisant le travailleur à vendre sa force de travail et à aliéner ainsi sa participation à l’ensemble des rapports sociaux de production.

Il est souvent évident, dans la critique de la politique salariale de l’État, que le secteur privé (indépendamment des revenus plus élevés qu’il assure aujourd’hui) reproduit l’ancienne logique selon laquelle le capitaliste accroît son pouvoir en s’appropriant un certain montant du travail non payé aux travailleurs. Le capitaliste s’efforce de réduire les salaires et de prolonger la journée de travail, tandis que le travailleur pousse constamment dans la direction opposée. Même si cette tension est régulée par la loi – effet de l’action politique générale des travailleurs – la répartition de la richesse sociale entre capitalistes et travailleurs est de plus en plus inégale (l’observation empirique de tels rapports naissants à Cuba le confirme).

Dans les débats, les propositions et la recherche de solutions au problème salarial à Cuba, on ne s’attend pas à ce que le système salarial soit une relation qui limite la créativité, la liberté et les droits des producteurs et productrices directs de biens et de services. De même, il engendre des conditions matérielles et des formes sociales pour sa reproduction. Par conséquent, la lutte permanente pour l’augmentation des salaires n’est qu’un palliatif. Pour cette raison, exhorte Marx, le lemme conservateur d’un « salaire juste pour une journée de travail juste » doit être remplacé par le slogan révolutionnaire : « abolition du salariat » [Marx].

C’est une raison de plus pour explorer profondément les formes de production coopératives, solidaires, mutualistes, où le travail ne se soumet pas aux conceptions salariales de la bureaucratie, ni du capital. Où il établit ses propres mécanismes pour une distribution équitable des richesses, autrement dit les bénéfices, le profit ... toujours à condition d’un nouveau rapport social de production où le travail impose sa centralité.

En général les traits, les tendances et les tensions décrits ci-dessus se produisent sur des résultats économiques insuffisants pour réaliser le décollage, le développement et la durabilité du « Modèle… », ce qui ajoute plus de tension au processus.

Pour 2016, selon les données officielles, la principale source de revenus économiques est le tourisme, qui contribue à hauteur de 3 milliards de dollars par an. Ce secteur peut apporter une plus grande contribution indirecte à l’économie en raison de ses « retombées » en termes d’interactions (encore loin du potentiel) et de revenu direct pour les familles cubaines. D’un autre côté, le tourisme a de graves conséquences sociales et environnementales, puisqu’il nécessite l’importation de nourriture, de boissons, de carburant et de produits de luxe pour satisfaire plus de 4 millions de visiteurs.

Tous les autres secteurs économiques fondamentaux ont tendance à être déficitaires. La production de nickel a été réduite et l’industrie sucrière a diminué à 1 500 000 tonnes (400 000 de moins que prévu). La vente de produits pétroliers a chuté de 68,9 % et l’importation de pétrole vénézuélien de 4,4 %. La production d’énergie électrique a chuté de 6 %. Les exportations totales ont chuté de 16,3 %. Les exportations de services (médecins et enseignants) ont diminué de 11 %. En revanche, l’importation de produits alimentaires s’est élevée à 1 688 000 de dollars, tandis que celle des marchandises a diminué de 3,3 %. Dans ce scénario, le pays a payé 5 299 000 de dollars de sa dette extérieure pour continuer à avoir du crédit [Almeyra, 2017].

Le contexte du crédit international est complexe et il semble qu’il n’y ait aucun moyen d’aller de l’avant sans faire face à cette complexité. Bien que les conditions se soient améliorées relativement au cours des cinq dernières années, à partir de la restructuration de la dette extérieure, certains auteurs soulignent comme éléments de cette situation : le pays n’est membre d’aucune organisation financière internationale pertinente, ni concessionnelle ni compensatoire ; l’approfondissement des sanctions des États-Unis, et l’historique désolant du crédit cubain, avec plusieurs moratoires de la dette. Tout cela implique que les coûts d’émission de la dette sont très élevés, à quoi il faut ajouter qu’il n’y a pas beaucoup de partenaires avec qui travailler. Dans cette complexité il faut inclure la perception que la dette met le pays entre les mains de ses créanciers, sans alternatives viables, qui peuvent essayer de pousser Cuba vers l’adoption de mesures qu’on a essayé d’éviter jusqu’à présent [Torres, 2017].

On ne peut pas ignorer que dans le concert financier international, les grandes institutions n’ont pas comme priorité l’aide au développement, mais seulement l’expansion et la protection du capital financier. Et ce n’est pas du tout compatible avec les projets de souveraineté qui tentent de protéger l’économie pour qu’elle soit au service des besoins de développement de sa population.

Dans ce scénario tendu, l’investissement étranger s’est élevé en 2016 à environ 1 300 000 dollars, loin de la croissance annuelle nécessaire entre 2 000 000 et 2 500 000. Le plan de l’économie nationale de 2017 prévoit que les entreprises étrangères assumeront seulement 6,5 % de l’investissement.

La lenteur de l’approbation des nouveaux projets a entravé l’accès aux ressources à court terme et l’expansion des capacités de production pour assurer un dynamisme accru de l’économie dans les années à venir. Cela est dû à l’inefficacité bureaucratique, liée aux déformations du système bancaire et financier national, ainsi qu’à la dualité monétaire [Terrero, 2017].

Certains analystes suggèrent de ne pas prendre en compte uniquement les grands projets, qui impliquent le décaissement de sommes importantes, mais de considérer les petites et moyennes entreprises ainsi que le renforcement de la capacité d’exécution des investissements du pays pour attirer les capitaux étrangers [Rodríguez, 2017]. Comme alternative, l’autorisation des investissements d’un montant limité aux niveaux provincial et municipal pourrait être prise en compte.

La vérité, c’est que l’investissement étranger a un caractère paradoxal. D’une part, c’est peut-être l’élément constitutif du modèle de développement sur lequel on peut agir plus efficacement à court terme. Et en même temps il porte les risques que représente le capital international pour tout projet national fondé sur la dignité populaire en général et celle des travailleurs et travailleuses en particulier. Sans doute l’une des plus grandes exigences de la créativité politique en défense de la souveraineté. Rappelons que, derrière le slogan sinueux de « plus de stimulation à l’investissement », se cache la dérégulation du capital qui conditionne, dans les cas les plus extrêmes, les politiques économiques des pays en développement.

III. Lorsque l’on tente un examen approfondi du processus de réforme, c’est dans le domaine politique/réglementaire que se trouvent les plus grandes incertitudes. S’il est vrai que les documents de la « mise à jour » ont eu des niveaux de consultation plus ou moins importants avec différents secteurs et institutions sociales, ces moments de démocratie ne semblent pas annoncer la formation de structures de dialogue politique stables avec les acteurs sociaux et économiques dans le pays, de plus en plus divers.

Les lignes directrices énoncées en ce qui concerne l’ordre politique ne vont pas très loin : étudier comment réduire le nombre de membres de l’Assemblée nationale du pouvoir populaire sans sacrifier la représentativité du peuple, analyser l’utilité d’un corps permanent et professionnel qui dirige les processus électoraux, et réaliser le programme de Perfectionnement des Organes du pouvoir populaire approuvé par la direction du Parti [Penín, 2017].

L’idée d’un parti « plus démocratique » dans son rôle de guide de la Nation n’a pas eu de concrétisations significatives. Les propositions visant à augmenter, diversifier et préciser le dialogue de l’État avec la société ne donnent pas de résultats tangibles. Il n’y a pas non plus d’avancées dans le réajustement de la relation du PCC avec les organisations de masse légalement constituées, ni avec la population cubaine dans toute sa diversité.

Cependant, et c’est une partie significative du contexte, les instances de l’État et du parti ont perdu leur monopole sur les questions et les réponses. Au contraire, la « densité » de la société civile est accrue, comme en témoigne l’émergence de réseaux associatifs qui défendent diverses questions, autonomes et capables d’influencer la société et les agendas publics : communautés religieuses, mouvement LGBT, mouvement pour les droits des Noirs, divers collectifs féministes, plateformes de communication alternatives, travaux communautaires socioculturels et productifs, entre autres.

Ces groupes d’acteurs représentent une large gamme idéologique et critique, qui n’implique pas une rupture avec « le révolutionnaire », mais lui redonne un sens. Beaucoup de ces groupes surmontent largement la méfiance des secteurs officiels traditionnels et gagnent en légitimité et en accès à la sphère publique [González, 2015].

IV. Face à cette réalité, il faut promouvoir la redéfinition d’un nouveau pacte social, en définissant notamment les modalités futures d’organisation d’un dialogue permanent et en renforçant l’inclusion sociale dans les processus de définition, de décision et de contrôle des politiques publiques.

Cette route est déjà ouverte et sa poursuite peut se déduire des documents de la « mise à jour », mais il est impératif d’accélérer sa construction. C’est-à-dire élargir les processus normatifs qui lui donnent corps et contenu. À cette fin, une révision des conditions du « contrôle populaire » et de la « société civile socialiste » mentionnés dans les documents de réforme serait nécessaire.

Plus la « mise à jour du modèle » progresse, plus les ajustements deviennent nécessaires. La loi doit servir à tous. Les réformes ouvrent des espaces à de nouveaux acteurs qui ne sont pas totalement dépourvus de droits et de devoirs réglementés ayant permis leur création, leur reconnaissance, la clarification de leurs fonctions et de leur organisation, à la fois en tant qu’acteurs économiques, acteurs sociaux et acteurs politiques.

Dans le secteur productif, il serait souhaitable d’ajuster un cadre juridique transparent, prévisible et non discrétionnaire qui facilite le développement du monde entrepreneurial [Torres, 2015], étatique et non étatique. Il serait nécessaire de réglementer par la loi les acteurs économiques non étatiques. Ceux-ci manquent de modèles spécifiques pour s’adapter afin de développer leur activité et ainsi contribuer à leur reconnaissance et à leur régulation. Par exemple les petites et moyennes entreprises, que ce soit en tant que personne physique ou collective. Et cela ne concerne pas seulement des entreprises privées, puisque les entreprises étatiques mériteraient également d’adopter diverses formes organisationnelles et associatives [Cobo, 2016].

Le terme « travail pour son propre compte » doit être reconceptualisé pour son ajustement normatif. Il concerne aussi bien des personnes qui effectuent leur travail individuellement, que d’autres qui engagent leur capital propre ou commun et emploient de la main-d’œuvre, ainsi que ceux dont les revenus sont plus une rente que le résultat de leur travail.

Certains employeurs fonctionnent comme des petites et moyennes entreprises, donc le statut de l’entrepreneur doit être reconnu et légiféré. De la même manière, il faut prendre en compte la distinction entre employeurs et salariés, qui doit transcender la sphère syndicale, puisque les deux n’occupent pas la même place, particulièrement dans le secteur privé. En tenant compte de ces particularités, il serait souhaitable de revoir le Code du travail et de la sécurité sociale.

Synthèse

En ce qui concerne le pacte social nécessaire avec les acteurs nouveaux et anciens de la société civile, il faut envisager le réajustement de la loi sur les associations, la réforme de la loi électorale, la création d’une loi du culte, d’une loi sur la citoyenneté, d’une loi des municipalités et d’une loi sur la communication. Ajoutons la mise à jour des droits et devoirs économiques, sociaux, culturels, civico-politiques, individuels et collectifs, ainsi que les réglementations juridiques qui organisent et assurent leur mise en pratique.

Presque comme l’aboutissement de ces dix années, l’élaboration, le débat et la présentation finale des documents de la « mise à jour » ont conclu : Conceptualisation, Plan de développement et Lignes directrices. Il s’agit là, dans leur ensemble, d’un corps doctrinal, politique de propositions à large spectre. C’est un ensemble intégrateur qui permettra, à moyen et court terme, d’avoir un cadre de référence pour les débats, suggestions et ajustements. Un instrument programmatique auquel recourir dans le processus long et complexe vers un meilleur pays pour toutes et tous.

Parmi les contenus fondamentaux est visé le développement économique et l’élévation du niveau de vie, basé sur la prospérité, la justice sociale et l’équité et en harmonie avec l’environnement. La reconnaissance de l’égalité des droits et devoirs de tous les citoyens, et en particulier des travailleurs dans toutes les formes de gestion et de propriété est envisagée. Droits et devoirs qui devraient être efficaces en matière d’inclusion, de participation démocratique aux processus décisionnels dans la vie économique, politique et sociale, et faire face à toutes les formes de discrimination préjudiciables à la dignité humaine [Documentos del 7mo, 2017]. Tous ces contenus sont des bases potentielles pour la création sociale de la politique.

Dix années se sont écoulées depuis que Raúl Castro a convoqué un large débat sur les problèmes du pays et leurs solutions possibles. En conséquence, nous avons un pays transformé, même s’il ne faut pas oublier les complexités, les contradictions et les tensions. La vérité est que l’approche selon laquelle rien à Cuba n’a fondamentalement changé est intenable. Mais il est tout aussi vrai que ces années ont laissé beaucoup de choses à dénouer.

Un large éventail d’options s’est ouvert, mais même quand elles sont présentées avec des termes similaires, elles ne pointent pas vers le même horizon. Dans le secteur productif les priorités formulées par au moins trois tendances sont bien connues :

1. Prévalence plus élevée de l’entreprise étatique avec l’augmentation de l’efficacité productive et distributive ;

2. Expansion de la propriété privée, sous différentes formes, avec l’ouverture au marché du travail pour augmenter la production et les revenus ;

3. Priorité pour des formes sociales, communautaires et collectives de production, en mettant l’accent sur la coopérative, qui lie directement les productrices et les producteurs aux revenus résultant de la productivité.

Face à un projet de justice sociale, économique et politique, en tant que visages de la souveraineté, de l’indépendance et de la dignité nationale, trois clés minimales seraient nécessaires pour promouvoir ce qui est le plus encourageant et contenir les dangers que ces années ont laissés :

a) Repolitiser la société. Nous pouvons choisir d’être un sujet conscient et actif. Nous sommes toutes et tous le contexte, alors nous devons changer le sous-entendu de la question « Où va Cuba ? » en certitude citoyenne « là où je veux contribuer qu’il aille ».

b) Contrôle populaire. Augmenter la participation populaire en tant que moyen politique pour éliminer le pouvoir paralysant de la bureaucratie et freiner la voracité prédatrice du capital.

c) Autonomie et créativité collective. Accumuler des expériences dans la gestion socialisante de la propriété entre les mains de ceux qui produisent, dans un lien incontournable avec la démocratisation permanente de tous les domaines de la vie quotidienne, publique et privée.

La Havane, 11 décembre 2017

Ariel Dacal Díaz (Camagüey, 1974) éducateur populaire, docteur en Sciences historiques de l’université de La Havane (2007) est membre de l’équipe de formation en éducation populaire du Centre Martín Luther King. Ses principales publications : Rusia: del socialismo real al capitalismo real (Editorial de Ciencias Sociales, 2005) ; Educar en y para la libertad. El desafío de la educación popular (Editorial Caminos, 2011) ; Movimientos sociales. Sujetos, articulaciones y resistencias (Ciencias Sociales, Ruth Casa Editorial, 2010) ; Crisis alimentaria. La agresión del capital (Cuadernos de solidaridad 2. Editorial Caminos, 2009) ; « Apuntes para un socialismo vigente » dans Valores, utopías y socialismo (Ocean Sur, 2012) ; « Revolución y democracia – Experiencia, acumulado y olvidos » (Revista cubana de pensamiento socio-teológico Caminos, n° 75-76, 2014-2015). Cet article a été d’abord publié sur le site internet de l’association Cuba posible, un laboratorio de ideas (Cuba possible, un laboratoire d’idées) : https://cubaposible.com/cuba-diez-anos-reformas/ (Traduit du castillan – Cuba – par JM)

Notes

Bibliographie

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• Zabala, María del Carmen. “Equidad social y cambios económicos en Cuba: retos para la atención a la pobreza y a la desigualdad”. Cuba: los correlatos socioculturales del cambio económico. Editorial Ciencias Sociales. Ruth Casa Editorial, 2015.

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