Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

N° 624 février-mars 2016

RUSSIE - TURQUIE

Déclaration commune

Cf. aussi : [Turquie] [Russie]

Collectif Otkrytaïa Levaïa et Sosyalist Demokrasi İçin Yeniyol*

Après qu’un missile des Forces armées turques a abattu le bombardier russe SU-24 qui aurait violé l’espace aérien de la Turquie, le 24 novembre 2015, les relations entre les deux pays ont pris une nouvelle dimension. C’est le résultat attendu de l’affrontement entre deux stratégies dans la guerre civile en Syrie.

Bombardier russe Sukhoi Su-24 © Bartek Kozłowiec

Bombardier russe Sukhoi Su-24 © Bartek Kozłowiec

Le 5 janvier 2016

L’interventionnisme militaire de Poutine en vue de protéger la dictature d’Assad était sans aucun doute inacceptable pour Erdogan, qui n’hésite pas à collaborer ouvertement avec les gangs djihadistes pour renverser le régime de Damas. Cependant, les tensions avaient été étouffées autant que possible et n’ont pas conduit jusque-là à une confrontation ouverte en raison de la dépendance énergétique de la Turquie envers la Russie et du projet de gazoduc « TurkStream ». Pourtant, du fait du jeu géopolitique chaotique dont la Syrie est le centre, il n’était plus possible de préserver ces relations. En abattant l’avion russe, la Turquie a cherché à intimider Poutine, pour lui faire assumer un conflit non seulement avec la Turquie, mais aussi avec l’OTAN. En retour, Poutine a répondu par une épreuve de force visant à prouver qu’il est prêt à prendre tous les risques.

Il est important de souligner que ce qui avait conduit au rapprochement de Poutine et d’Erdogan – leur style politique – est devenu un facteur déterminant du conflit. Il s’agit d’une combinaison de la perception mégalomaniaque de leurs rôles historiques, de la rhétorique nationaliste et des ambitions impériales qui déterminent leurs politiques étrangères. L’argument soulevé par la Turquie à propos des « frères Turkmènes » dans le nord de la Syrie chevauche la démagogie de Poutine présentant l’Ukraine comme faisant partie d’un « monde russe », à la fois ethnique et culturel, qui s’étendrait au-delà des frontières de la Russie.

Face à ces circonstances et ces tensions régionales, en tant que marxistes-révolutionnaires de Russie et de Turquie, nous disons non à la politique agressive, aux attaques militaires, aux interventions et ambitions de nos gouvernements que ce soit en Syrie ou au Kurdistan, en Ukraine ou dans toute autre partie du monde. Il est plus important que jamais de faire entendre nos voix et de nous lever contre la guerre et contre la domination nationaliste et militariste. ■

* Le Collectif Otkrytaïa Levaïa<:B< (Gauche ouverte) de Russie anime le site web http://openleft.ru/ ; Sosyalist Demokrasi İçin Yeniyol est la section turque de la IVe Internationale.

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