Inprecor
Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Notes de lectures

N° 583-584 mai 2012

GUERRE D'ALGÉRIE

S’insoumettre ou déserter, pour la liberté

Cf. aussi : [Algérie]

Didier Epsztajn

Association Sortir du colonialisme, Résister à la guerre d’Algérie par les textes de l’époque, Éditions Les Petits matins, Paris 2012, 5 €

« Nous respectons et jugeons justifié le refus de prendre les armes contre le peuple algérien. Nous respectons et jugeons justifiée la conduite des Français qui estiment de leur devoir d’apporter aide et protection aux Algériens opprimés au nom du peuple français. La cause du peuple algérien qui contribue de façon décisive à ruiner le système colonial, est la cause de tous les hommes libres. » (Dernières phrases du Manifeste des 121 pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie - 5/9/1960)

Au moment où certains valorisent la civilisation « Française » en opposition à une mythique barbarie des « Autres », où certains semblent oublier le lien historique entre « République » et impérialisme et colonialisme, où d’autres, ou les mêmes, oublient les « confettis » de l’empire mais colonies réellement existantes, il est bon de mettre en mémoire, de donner à lire les oppositions concrètes à la sale guerre coloniale que fut celle d’Algérie.

Ce travail est aussi un travail contre les inventions de l’histoire par la droite et d’un prétendu rôle positif de la colonisation, du silence d’une partie de la gauche bien pensante, et d’une amnésie du PCF qui oublie son vote des pleins pouvoirs en 1956, son refus de soutenir les déserteurs, sa négation de la « nation algérienne », ses « Paix en Algérie » lorsque d’autres, plus justement criaient « Autodétermination » et « Indépendance pour les Algérien-ne-s » ; sans oublier la juste protestation contre le « massacre de Charonne » mais dans le silence pesant du 17 octobre 1961, sept morts « Français » valant probablement plus que des centaines d’Algériens !

Comme le rappelle Tramor Quemeneur, seules de toutes petites organisations — FCL (Fédération communiste libertaire) et PCI (Parti communiste internationaliste) — prennent position dès novembre 1954. Mais de 1954 à l’indépendance en 1962, elles et ils furent des dizaines de milliers, celles et ceux qui n’obéirent pas, qui désobéirent, qui refusèrent « l’union nationale » et aidèrent le FLN algérien, y compris contre le silence ou l’inaction de leurs organisations. Elles et ils sont notre passé, notre présent, notre résistance.

Quelques citations :

Synthèse actualisée Inprecor

« C’est parce que cette guerre est contraire à tous les enseignements que nous avons pu tirer pendant notre jeunesse, qui s’est déroulée sous occupation étrangère, que nous avons appris le dégoût d’une armée installée chez un peuple étranger ».

« Simplement ceci : les peuples d'Afrique du Nord ne veulent pas être exploités par les colons, brimés par les policiers, martyrisés par la répression . Ils veulent gérer eux-mêmes leurs affaires ; ils ne veulent plus êtres nos sujets, mais nos associés. Comment ne pas les comprendre ? Comment ne pas approuver ? »

« Au moment où le peuple algérien s’est levé pour libérer son sol national du joug colonialiste, ma place est aux côtés de ceux qui ont engagé le combat libérateur ».

« Le peuple français et le peuple algérien ont objectivement un ennemi commun — le groupe de colonels et de généraux qui dirige la guerre d’Algérie ».

En postface, Niels Andersson, indique, entre autres : « la question nous est posée aujourd’hui, pour modifier les rapports domi-nants/dominés, colonisateurs/colonisés, et pour notre propre émancipation, d’une réelle solidarité, d’une histoire partagée avec les mouvements des peuples arabes, avec ceux d’Amérique latine... »

Patrick Farbiaz, animateur de Sortir du colonialisme, souligne, quant à lui : « Rappeler que la société française n’a pas été unanime, que dans toutes les catégories sociales il y a eu des combattants anticolonialistes — des ouvriers, intellectuels, avocats, étudiants — pour contester le nationalisme, le chauvinisme, le racisme et la guerre coloniale, est une pédagogie politique essentielle alors que la mondialisation et la crise recomposent le paysage politique français en exacerbant l’identité nationale agressée de l’extérieur ».

A lire et à faire lire.

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