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Informations et analyses publiées sous la responsabilité du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

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N° 518 juin 2006 *

FRANCE

Une crise sociale et politique majeure

Cf. aussi : [France]

Laurent Carasso

La France vient de connaître la troisième confrontation en moins d'un an avec le gouvernement.

Laurent Carasso, syndicaliste, est membre du BP de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) et du Bureau exécutif de la IVe Internationale.

Le pays avait déjà connu un affrontement politique d'ampleur avec la mobilisation contre l'adoption du Traité constitutionnel européen au printemps 2005 et, déjà, un puissant mouvement de grève avait mobilisé les lycéens à la même époque, suivi d'une sévère répression. A l'automne, après plusieurs grèves retentissantes dans la région de Marseille, notamment celle des marins de la SNCM (Société nationale Corse Méditerranée), la révolte des jeunes des cités a marqué le pays et même l'Europe : des dizaines de journées d'émeutes, des centaines de véhicules incendiés dans de nombreuses villes du pays par des jeunes exaspérés par les discriminations, l'injustice sociale et le racisme.

Cette nouvelle épreuve de force contre le Contrat première embauche (CPE) a rendu compte à nouveau d'une instabilité extrême, d'un rapport de force entre les classes où, malgré les défaites de 2003 et de 2004 sur les questions sociales, la grande majorité des salariés et des jeunes rejettent toujours avec autant de force les politiques patronales et libérales.

La droite française souffre d'un manque de base sociale grandissant : rejetée dans les urnes, lors des élections régionales et européennes de 2004, lors du référendum de 2005, ébranlée dans la rue en 2003 et lors du mouvement contre le CPE, ces coups de boutoir engendrent une crise et des divisions intestines qui ont affaibli sa capacité à répondre à de tels affrontements. Cette paralysie se manifeste aujourd'hui encore, après le retrait du CPE, et à une échelle inouïe, avec le scandale politico-financier Clearstream qui ravage le peu de crédibilité politique restant à la majorité chiraquienne.

L'affrontement de la jeunesse contre le CPE aura engendré une crise sociale et politique maintenue durant plusieurs semaines, avec une division ouverte et une paralysie de la droite et l'obligation pour la gauche sociale-libérale de suivre jusqu'au bout les exigences du mouvement.

La jeunesse scolarisée vient là de connaître sa mobilisation la plus longue et la plus profonde depuis mai 1968, avec une combativité et une unité exceptionnelles, une aspiration à la démocratie qui s'est exprimée dans un processus d'auto-organisation remarquable.

Au-delà de l'action du principal syndicat étudiant (l'Union nationale des étudiants de France — UNEF), depuis le mois de février, s'est constituée à partir des universités en grève une coordination nationale capable, semaine après semaine de se réunir, de conduire le mouvement, d'opérer la jonction entre les salariés et le mouvement de la jeunesse, de donner à celui-ci un contenu revendicatif et politique précis qui, autour du « retrait sans condition du CPE », s'est progressivement élargi dans la remise en cause du contrat nouvelle embauche (CNE) et de la précarité, menant en conséquence à l'affrontement contre le gouvernement porteur de ce projet et aboutissant à l'exigence de la démission de celui-ci. Dans ce chemin de maturation, le mouvement a su en même temps approfondir ses propres bases et obliger, autour du combat pour le retrait du CPE, à l'unité des directions syndicales et politiques de gauche.

1/ Le CPE : un objectif patronal et un pion dans le jeu politicien

Depuis le début de l'année 2006, une épreuve de force politique s'est engagée contre le gouvernement, épreuve de force dont la jeunesse scolarisée a constitué l'épine dorsale.

En intégrant le CPE dans son projet de loi pour « l'égalité des chances », le gouvernement Villepin comptait prolonger l'offensive déclenchée dès l'été 2005 par la promulgation d'ordonnances remettant en cause plusieurs dispositions du Code du Travail et la mise en place du CNE. Le CNE est un contrat qui permet dans les entreprises de moins de vingt salariés d'imposer aux nouveaux embauchés une « période d'essai » de deux ans, période durant laquelle l'employeur peut mettre fin au contrat sans aucune justification et sans suivre les procédures légales du licenciement. Cette offensive s'est poursuivie par les privatisations mises en œuvre à la SNCM, à la Régie des transports marseillaise (RTM), à EDF et à GDF. Ce cours politique agressif du gouvernement reflétait à la fois un pas de plus dans la réalisation d'objectifs de fond de la majorité de droite, correspondant aux impératifs libéraux, et un point de plus à marquer pour Villepin dans sa concurrence vis-à-vis de Sarkozy en vue de la présidentielle de 2007.

Depuis son élection en 2002, la droite sait qu'elle surfe sur un paradoxe : la victoire de Chirac (plus de 80 % des voix face à Le Pen), la vague bleu horizon qui s'en est suivie lors des élections législatives sont le résultat d'une perte de confiance massive envers la social-démocratie et ses politiques libérales, rejet qui a entraîné l'absence de Jospin au second tour de la Présidentielle.

Et c'est la mise en œuvre de politiques tout autant et même plus libérales qui avait déjà entraîné en 2003 le plus fort mouvement de grève depuis 1995, puis le rejet électoral de la droite en 2004, du libéralisme dans son ensemble en 2005 lors du référendum. La démagogie sécuritaire a été, comme dans le reste de l'Europe, le corollaire de la politique de régression sociale. La crise sociale qu'elle entraîne a amené les jeunes de banlieue à exprimer leur colère et leur révolte, quelques mois plus tard.

Comme dans le reste de l'Europe, les gouvernements successifs creusent leurs propres défaites électorales en mettant méthodiquement en œuvre les recettes libérales dictées par le capital, générant la succession de crises sociales et de crises politiques, amenuisant toujours davantage la différence réelle entre les programmes de la social-démocratie et ceux de la droite traditionnelle. Le gouvernement SPD-CDU en Allemagne en est l'exemple, exemple aussi de l'amenuisement de base sociale qu'entraîne pour les partis traditionnels la mise en œuvre de telles politiques. Ainsi, les dispositifs en France du CNE et du CPE coïncident avec des projets identiques des gouvernements allemand et espagnol.

Sur le fond, le CPE n'est donc pas une initiative française isolée, mais correspond bien au cours des gouvernements libéraux européens, soucieux de remettre en cause toutes les protections dont peuvent bénéficier encore les contrats de travail de l'ensemble des salariés. Frappant frontalement la jeunesse, il était le second prélude, après le CNE, à la marche vers le contrat unique remettant en cause les protections dont dispose le CDI (contrat à durée indéterminée). L'objectif est évidemment important car le patronat sait que c'est maintenant qu'il faut changer fondamentalement les règles d'emploi, en s'appuyant sur de forts taux de chômage, notamment de la jeunesse. Les années qui viennent vont imposer au patronat des embauches massives pour compenser la mise à la retraite de la génération du baby-boom. S'il compte bien profiter de ce phénomène démographique pour augmenter encore la productivité et diminuer le nombre d'emplois, des centaines de milliers d'embauche seront néanmoins nécessaires. Il sera alors moins aisé d'imposer de nouvelles dégradations des conditions d'emploi.

Mais l'obstination de Villepin durant cette crise ne peut pas simplement se comprendre en fonction des objectifs du patronat. Sur le terrain politique, Villepin comptait aussi faire du CPE un nouveau pion dans sa bataille pour l'hégémonie au sein de la droite, face à Sarkozy. Après l'état d'urgence promulgué par le premier ministre en novembre dernier contre les jeunes des cités, il était important pour lui de montrer à nouveau sa fermeté, sa capacité à imposer des reculs sociaux, et ainsi de reconquérir les rangs de l'UMP en menant une politique offensive. D'où, après les ordonnances de l'été, le recours à une procédure parlementaire d'urgence (un seul aller et retour entre l'Assemblée nationale et le Sénat) et au « 49.3 » (procédure qui écourte les débats et évite la bataille d'amendements en engageant la confiance du gouvernement) pour l'adoption de la loi promulguant le CPE.

Paradoxalement, c'est cet entêtement à vouloir faire ses preuves comme leader de la majorité qui a entraîné la chute politique de Villepin, discrédité par la légitimité du mouvement de la jeunesse. Aux yeux de millions de jeunes et de salariés, la perte de crédibilité du gouvernement s'est développée au même rythme que la crise sociale et politique. Isolé avec Villepin dans sa propre majorité, Chirac a essayé de sauver son premier ministre en redonnant, début avril, la main à l'Assemblée nationale avec son imbroglio institutionnel de « promulgation sans application ». Mais ce geste a, de fait, donné carte blanche à Sarkozy, leader de la majorité parlementaire qui a pu apparaître comme donnant à la crise l'issue que Villepin était incapable de trouver.

Chirac et Villepin ont été obligés de suivre les propositions du groupe UMP et de faire disparaître le CPE de la loi pour « l'égalité des chances ». Même si cette loi scandaleuse a été maintenue (elle comporte plusieurs mesures réactionnaires comme l'apprentissage à 14 ans, le travail de nuit et le dimanche pour les jeunes), un tel choix apparaît à juste titre comme une victoire, un recul du gouvernement, le premier depuis la réélection de Chirac.

La riposte au CPE s'est soldée pendant 90 jours par une lame de fond de mobilisation de la jeunesse et une adhésion majoritaire à ce combat parmi la population.

C'est une génération entière de la jeunesse qui a fait, durant un trimestre, l'expérience d'un mouvement de masse combatif, de la démocratie dans la grève, de l'auto-organisation, des initiatives de rue, de l'affrontement politique avec les responsables politiques de l'État. La présence massive des lycéennes et des étudiantes à tous les niveaux est un indice évident, non seulement de la massivité du mouvement, mais aussi de ses formes d'organisation démocratiques, sous le contrôle des assemblées générales.

Face à un tel mouvement, le gouvernement aura tout tenté : une propagande outrancière dans les médias de soutien au CPE, rappelant les vains efforts déployés quelques mois plus tôt pour promouvoir la constitution européenne ; la division en essayant de monter les « jeunes des facs » contre ceux « des quartiers » ; enfin la répression policière frontale, violente, visant à décourager et intimider, notamment les lycéens des banlieues et des quartiers.

2/Le front syndical, son unité, ses limites et le combat pour la grève générale

A la différence de 2003 et 2004, à partir de janvier 2006, l'ensemble des directions syndicales s'est retrouvé autour de l'exigence centrale du mouvement : « retrait du CPE ». Cette unité maintenue, notamment, par la force du mouvement de la jeunesse, est un des éléments qui a permis la construction d'un rapport de force de plus en plus important parmi les salariés.

La force du mouvement étudiant, rejoint par celui des lycéens début mars, la massivité du refus de la précarité et du libéralisme parmi les salariés ont été telles que le soutien populaire n'a cessé de s'amplifier durant le mois de mars, avec un nombre croissant de grévistes et de participation de salariés aux manifestations, témoignant du niveau de refus des politiques libérales et notamment de la précarisation croissante des emplois. C'est aussi cette conscience politique continue, affirmée à plusieurs reprises ces dernières années qui explique la politique de directions confédérales comme celles de la CFDT, de la CFTC, de la CGC et de l'UNSA qui, à la différence de leur tactique antérieure, ont maintenu fermement le front syndical jusqu'au retrait du CPE. Les pertes électorales subies par la CFDT après 2003 dans plusieurs secteurs l'amènent à plus de prudence, d'autant plus que la morgue du gouvernement ne lui donnait aucun point d'appui pour une politique de négociation.

D'un côté, les salariés sont apparus solidaires durant ce premier trimestre des jeunes, avec un taux croissant de participation aux manifestations et du nombre d'entreprises appelant à des arrêts de travail, mais sans que cela ne se prolonge par le départ en grève reconductible dans des entreprises ou des secteurs. Cela s'explique par deux éléments :

— Que ce soit en 1995 ou en 2003, les secteurs partis en grève l'avaient fait tout autant sur la question centrale (le plan Juppé contre la Santé en 1995, la réforme des retraites en 2003) que sur les attaques particulières menées contre les cheminots en 1995, contre les enseignants en 2003.

— Le départ en grève de secteurs aurait pu avoir lieu dans les mêmes conditions, par exemple face à la privatisation de GDF, ou dans d'autres secteurs sur les revendications salariales, mais cette absence de dynamique renvoie aussi au bilan de 2003, à la conscience de la difficulté à faire plier le gouvernement par la mobilisation d'un secteur. De même en octobre le mouvement des marins et des travailleurs de la SNCM et la puissante manifestation du 4 octobre sont restés sans suite.

Les directions confédérales n'ont pas poussé dans un sens qui puisse redonner confiance aux salariés, leur permettre de penser que la généralisation des luttes était possible en prenant appui sur des revendications d'emploi ou de salaires qui poseraient concrètement la question de l'extension et pousseraient dans le sens du « tous ensemble !» durant le mois de mars. Elles ont accompagné le mouvement dans l'unité en limitant son objectif (retrait sans condition du CPE) par des journées nationales, mais se sont refusées à étendre la plate-forme au CNE et à la précarité, à s'engager dans la construction d'une grève générale reconductible dans les entreprises du public et du privé. Par contre, la multiplication des blocages d'axes routiers, des occupations de lieux publics auront été la forme prise par la jonction jeunes/salariés. Une fois de plus, les directions syndicales auront poursuivi une politique visant à éviter à ce gouvernement la crise et la confrontation par la rue et la grève.

La FSU et Solidaires, associés pour la première fois au front syndical national, n'ont pas joué dans ce mouvement de rôle particulier, si ce n'est dans l'exigence que le front s'ouvre à la coordination étudiante, et pour Solidaires dans une prise de position constante pour la grève générale reconductible, sans pour autant réussir à la concrétiser sur le terrain.

La dynamique du mouvement est venue de l'audace des jeunes, de leurs initiatives, de leur volonté de s'adresser aux salariés et à leurs organisations. Les directions des confédérations n'ont agi que sous la pression du mouvement lui-même, de celle des salariés aussi, mais sans plan, sans politique de généralisation. Elles ont été en deçà des possibilités du mécontentement.

3/La gauche politique et le mouvement :

La gauche traditionnelle a, elle aussi, joué le jeu de l'unité, accompagnant la lutte tout en ayant le souci d'éviter la confrontation.

Dans le mouvement, le Parti socialiste a essayé de jouer sa carte de l'alternance… pour 2007. Il a su s'appuyer à fond sur le mouvement (participer même à son impulsion au départ avec le MJS, la direction de l'UNEF et de l'UNL), en soutenir la revendication centrale, mais en tentant à chaque instant de maintenir la mobilisation sur les seuls rails d'un mouvement revendicatif, mettant à chaque instant en avant les leviers institutionnels (rôle de l'Assemblée, Conseil constitutionnel) pour éviter le développement politique de l'affrontement dans un cadre extra-parlementaire. Le mot d'ordre central de François Hollande, premier secrétaire du PS, était : « les électeurs s'en souviendront en 2007 ». De même, certains ténors du PS ont tenté de se faire entendre des oreilles du MEDEF en faisant leurs propres propositions alternatives au CPE (d'autres contrats spécifiques pour les jeunes) alors que le mouvement, lui, progressait vers un mot d'ordre simple : « pas de contrat dérogatoire pour la jeunesse ». C'est pourquoi, les dernières semaines avant le retrait du CPE ont vu un grand écart croissant entre les mots d'ordre du mouvement et les interventions du PS, derrière l'unanimité du retrait du CPE. Quand le mouvement avançait le refus de contrats dérogatoires et l'exigence de la démission de Villepin et du gouvernement, le PS tentait de maintenir son propre cap, même si le porte-parole de l'UNEF avait un tout autre discours.

Le Parti communiste a joué sur le même registre que le PS, refusant de donner au mouvement son caractère d'affrontement politique contre le gouvernement (« il n'est pas question de demander la démission de Villepin… »), mais ce parti a montré, pour la première fois à cette échelle, sa faiblesse dans le mouvement de la jeunesse (dont témoigne l'absence de ses militants dans les coordinations nationales) et surtout son refus net de pousser vers la crise politique, de pousser le mouvement de la rue.

PC, PS, Verts, et autres composantes de la gauche traditionnelle se sont donc centrés jusqu'à fin mars sur l'interpellation de Chirac comme recours face à Villepin « pour ne pas ouvrir de crise politique », veillant à rester dans le cadre institutionnel le plus strict..

La LCR et les JCR ont développé une intense activité politique durant plusieurs semaines, dont témoignent la place prise par nos camarades jeunes dans le mouvement et la place de la LCR dans les manifestations et les initiatives politiques, la place de nos militants pour le développement de la mobilisation parmi les salariés. Ses axes d'intervention ont été de développer la perspective de la construction d'un mouvement d'ensemble vers la grève générale contre la précarité et le chômage et la systématisation des blocages en s'appuyant sur le développement du mouvement étudiant et lycéen dans lequel les JCR et les militants LCR jeunes ont mis toutes leurs forces ; s'appuyer sur ce développement de la mobilisation et de l'affrontement pour avancer l'exigence politique du départ de ce gouvernement illégitime, de cette droite désavouée trois fois par les urnes, et deux nouvelles fois par trois millions de manifestants présents dans les rues le 28 mars et le 4 avril. Dans le mouvement étudiant, les militants des JCR et les jeunes de la LCR ont développé l'axe de l'auto-organisation et la mise sur pied de la grève générale reconductible dans les facultés et les lycées, et ces camarades ont pris une réelle place politique à tous les niveaux du mouvement.

Aux forces politiques du mouvement ouvrier et de la gauche, la LCR a proposé un front unique dans le cadre du collectif « Riposte » qui a rassemblé toutes les forces politiques de gauche. Mais, mis à part des communiqués communs, la LCR s'est heurtée au refus national d'initiatives communes sous forme de meetings. De telles initiatives ont pu être réalisées dans plusieurs villes du pays, permettant à la fois de confronter les forces de gauche aux exigences du mouvement et, à la LCR de mettre en avant nos propres propositions.

Parmi celles-ci :

— le refus de contrats spécifiques, l'exigence de la reconnaissance du CDI plein temps comme seul contrat de travail, l'interdiction des licenciements et l'exigence du maintien du contrat de travail,

— des centaines de milliers de créations d'emplois nécessaires, notamment dans la santé, l'enseignement, la Poste,…

— l'attribution d'une allocation d'autonomie de 800€

— le droit à la formation, y compris dans le cadre de l'activité professionnelle, prise en charge sur le temps de travail et rémunérée comme tel.

Évidemment, tous ces éléments sont liés à la cohérence anticapitaliste d'ensemble des propositions de la LCR sur les services publics, les salaires et la répartition des richesses, propositions détaillées dans le plan d'urgence qu'elle vient de sortir sous forme de brochure.

La LCR a été la seule force politique à exiger haut et fort le départ de Villepin, de Sarkozy et de Chirac, s'appuyant sur le rejet massif du gouvernement parmi les jeunes et les salariés mobilisés

Crise politique et nouvelles attaques

Le délabrement de ce gouvernement se poursuit après l'affrontement du CPE.

Le caractère corrosif de la crise sociale prend encore une fois la dimension d'une crise politique avec l'affaire Clearstream. Scandale politico-financier, il ne cesse, à l'heure où cet article est écrit, de produire ses effets. L'affaire est partie d'une tristement banale affaire de comptes dans une société de transfert financier basée au Luxembourg, comptes dont parmi les titulaires apparaissent, entre autres, des dirigeants du Parti socialiste et de l'UMP. Visiblement, une partie de l'appareil chiraquien a essayé d'utiliser cette affaire pour discréditer Sarkozy au sein de l'UMP.

Le scandale, qui mouille aussi des dirigeants d'anciennes entreprises publiques comme EADS, frappe à nouveau Chirac et Villepin.

Cette nouvelle crise, que la droite n'arrive pas à juguler révèle une nouvelle fois la décadence, non seulement de la droite, mais du système institutionnel de la Vème République.

Système politique fondé sur le pouvoir personnel du président de la République (élu au suffrage universel), il exacerbe l'hypercentralisation de la vie politique française, sa concentration sur le gouvernement et le président, laissant peu d'espace à la vie parlementaire, et encore moins aux institutions locales. Système ayant survécu à mai 1968 et à de multiples crises, il est aujourd'hui à bout de souffle.

Mais durant la crise, les attaques continuent.

Après la privatisation de Gaz de France (GDF), sous la forme d'une fusion avec la banque d'affaires Suez, c'est un nouveau coup porté aux libertés démocratiques : le Parlement vient d'adopter une nouvelle loi scélérate de Sarkozy, la loi SECEDA « pour l'immigration choisie » , en fait pour l'immigration jetable, précarisant davantage les conditions de vie de centaines de milliers d'immigrés.

La victoire contre le CPE semblerait presque déjà loin !

Toutes ces mobilisations sociales et politiques que nous avons vécues reposent de façon lancinante une exigence claire : il faut une perspective à la hauteur de la puissance et de la radicalité de ces mouvements. Il doit leur correspondre une gauche de combat qui rompe avec les errements de la gauche gestionnaire des affaires du capitalisme, une force anticapitaliste.

La nouvelle génération qui est entrée dans le combat ces dernières semaines peut en être le ciment.

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